Grasset Et Fasquelle

  • Sartre avait montré dans Réflexions sur la question juive comment le juif est défini en creux par le regard de l'antisémite. Delphine Horvilleur choisit ici de retourner la focale en explorant l'antisémitisme tel qu'il est perçu par les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives.
    Dans tout ce corpus dont elle fait l'exégèse, elle analyse la conscience particulière qu'ont les juifs de ce qui habite la psyché antisémite à travers le temps, et de ce dont elle «  charge  » le juif, l'accusant tour à tour d'empêcher le monde de faire «  tout  »  ; de confisquer quelque chose au groupe, à la nation ou à l'individu (procès de l'  »élection  »)  ; d'incarner la faille identitaire  ; de manquer de virilité et d'incarner le féminin, le manque, le «  trou  », la béance qui menace l'intégrité de la communauté.
    Cette littérature rabbinique que l'auteur décortique ici est d'autant plus pertinente dans notre période actuelle de repli identitaire que les motifs récurrents de l'antisémitisme sont revitalisés dans les discours de l'extrême droite et de l'extrême gauche (notamment l'argument de l'  »exception juive  » et l'obsession du complot juif).
    Mais elle offre aussi et surtout des outils de résilience pour échapper à la tentation victimaire  : la tradition rabbinique ne se soucie pas tant de venir à bout de la haine des juifs (peine perdue...) que de donner des armes pour s'en prémunir.
    Elle apporte ainsi, à qui sait la lire, une voie de sortie à la compétition victimaire qui caractérise nos temps de haine et de rejet.
     

  • En novembre 2019, Paul Preciado s'exprime devant 3500 psychanalystes lors des journées internationales de l'Ecole de la Cause Freudienne à Paris. Devant la profession qui l'a diagnostiqué « malade mental » et « dysphorique du genre », il s'appuie sur Kafka et son Rapport pour une académie, dans lequel un singe parlant discourt devant une assemblée de scientifiques. Loin de toute émancipation, le singe parlant de Kafka explique que son apprentissage du langage ne fut qu'un passage d'une cage à une autre : des barreaux de fer à la subjectivité humaine.
    Depuis sa cage de « mutant », il ne s'agit pas pour Preciado de parler de l'homophobie ou la transphobie des pères fondateurs de la psychanalyse, mais de montrer la complicité de celle-ci avec une idéologie de la différence sexuelle datant de l'ère coloniale, aujourd'hui rendue obsolète par les moyens dont nous disposons pour influer sur nos corps et notre façon de procréer.
    Surtout, le philosophe lance un appel à la transformation des discours et des pratiques psychologiques et psychanalytiques : dans les années à venir, nous devrons élaborer collectivement une épistémologie capable de rendre compte de la multiplicité des vivants, sans réduire le corps à sa force reproductive hétérosexuelle, et qui ne légitime pas la violence hétéro-patriarcale et coloniale.
    La conférence provoque un séisme dans l'auditoire et depuis les associations psychanalytiques se déchirent. Filmé par des smartphones, le discours est mis en ligne et des fragments sont retranscrits, traduits et publiés sur internet sans souci d'exactitude. Afin d'élargir le débat, il importait de publier ce texte dans son intégralité.

  • « J'ai déposé mes courses sur le tapis roulant, la jeune femme a encaissé. J'avais envie de lui dire : moi, je n'encaisse pas. Parce que je ne suis pas à sa place, et surtout parce que je ne supporte pas les normes de cette société qui font d'elle et de ses collègues des sans voix, peu reconnus, peu protégés.
    Les caissières illustrent ce qui ne tourne pas rond dans une société où l'on ne cesse de nous asséner : ne pense pas, dépense. La caisse enregistre cet argent roi qui nous fait perdre le sens de la vie, et la déshumanisation en marche s'incarne à travers ces « petites mains » que nous confondons avec leur outil de travail. Leur quotidien rapporté à leur salaire illustre une effrayante hiérarchie des valeurs. Et sur le tapis roulant, elles voient passer toute la démesure consumériste d'un monde qui court à sa perte. L'écosystème, pas plus que nos désirs, ne peut supporter une telle gabegie, tandis que de plus en plus de personnes, de familles ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois. ».

    Haut lieu du consumérisme débridé et de la frustration, l'hypermarché matérialise la folie capitaliste. C'est l'espace de toutes les promotions, sauf pour les caissières. Dans l'un des plus grands groupes mondiaux de distribution, il a fallu 15 jours de grève pour obtenir 45 centimes d'euros en plus sur les tickets restaurants ! L'hypermarché, c'est aussi là où l'on voudrait nous faire croire que croissance infinie est synonyme de mieux-être sur une planète aux ressources limitées. Il est urgent de rompre le lien entre le plus et le mieux. Et ce n'est pas l'essor de l'e-commerce, avec son profilage numérique dit intelligent, qui freinera le marketing agressif fabriquant la pulsion d'achat, le gâchis, les inégalités... quand il promet plutôt la surveillance généralisée.
    « Rien ne sera comme avant », a juré Emmanuel Macron pendant la crise sanitaire. Pourtant, depuis des décennies, les gouvernements successifs n'ont cessé d'encourager la loi du profit, la marchandisation de tout et le démantèlement des biens communs.
    A travers le prisme de l'hypermarché, Clémentine Autain montre ce qui doit changer, maintenant. Au fil d'un récit mêlant l'intime et le politique, elle appelle à une transformation profonde, sociale et écologiste, qui ne résultera pas de l'addition de gestes individuels mais de la conscience et de l'action collectives.

  • « Je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que j'appelle l'Ur-fascisme, c'est-à-dire le fascisme primitif et éternel.
    L'Ur-fascisme est toujours autour de nous, parfois en civil.
    Ce serait tellement plus confortable si quelqu'un s'avançait sur la scène du monde pour dire « Je veux rouvrir Auschwitz... » Hélas, la vie n'est pas aussi simple.
    L'Ur fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes.
    Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes - chaque jour, dans chaque partie du monde. » Umberto Eco L'auteur mêle ici souvenirs personnels de sa jeunesse sous le fascisme et analyse structurelle des 14 archétypes du fascisme primitif et éternel qui sont :
    Le culte de la tradition / le refus du modernisme / le culte de l'action pour l'action / l'incapacité à accepter la critique / l'exploitation de la peur de la différence / l'appel aux classes moyennes frustrées et défavorisées / l'obsession du complot, si possible international / l'obsession de la richesse ostentatoire et de la force de l'ennemi / la vision du pacifisme comme collusion avec l'ennemi / le mépris pour les faibles / le culte de l'héroïsme étroitement lié au culte de la mort / le machisme / le populisme qualitatif consistant à remettre en cause la légitimité du parlement / l'utilisation d'une novlangue.

    EN LIBRAIRIE LE 19 AVRIL

  • Parce qu'elle a été la première en France en 1791 à formuler une "Déclaration des Droits de la Femme" qui pose dans toutes ses conséquences le principe de l'égalité des deux sexes. Parce qu'elle a osé revendiquer toutes les libertés, y compris sexuelle ; réclamer le droit au divorce et à l'union libre ; défendre les filles-mères et les enfants bâtards, comprenant que la conquête des droits civiques ne serait qu'un leurre si l'on ne s'attaquait pas en même temps au droit patriarcal.
    Parce qu'elle a payé de sa vie sa fidélité à un idéal. Olympe de Gouges demeure une figure fondatrice du combat contemporain pour l'égalité des sexes. Après le beau succès du roman graphique de Catel paru l'an dernier, Benoîte Groult rend un nouvel hommage à cette pionnière

  • « ce livre n'est pas une autofiction. il s'agit d'un protocole d'intoxication volontaire à base de testostérone synthétique. pendant le temps de cet « essai corporel », deux impondérables : la mort de guillaume dustan et le tropisme du corps de beatriz preciado vers le corps de v.d. sont enregistrées ici aussi bien les micro-mutations physiologiques et politiques provoquées par la testostérone dans le corps de beatriz preciado que les modifications théoriques et physiques suscitées dans ce corps par la perte, le désir, l'exaltation, l'échec ou le renoncement. « le lecteur ne trouvera pas ici de conclusion définitive sur la vérité de mon sexe, ni d'oracle sur le monde à venir. je donne à lire ces pages qui dessinent les croisements des théories, des molécules et des affects, pour laisser trace d'une expérience politique dont la durée exacte a été de 236 jours et nuits et qui continue aujourd'hui sous d'autres formes. si le lecteur trouve ici, assemblés sans solution de continuité, des réflexions philosophiques, des récits de session d'administration d'hormones, et des registres détaillés de pratiques sexuelles, c'est simplement parce que c'est le mode sur lequel se construit et se déconstruit la subjectivité.» b.p.

  • À voir Charles de Gaulle, figé dans la stature de l'Homme du 18 juin, Yvonne de Gaulle dans celle de «  la Discrète  », on oublie qu'ils sont un homme et une femme, indissolublement liés au plus profond de l'intime. Charles, sensible, provocant, vulnérable, secret. Yvonne, si courageuse et si pieuse, imprévisible, parfois rieuse, et toujours amoureuse.
    Si Charles est Ulysse, Yvonne n'est pas Pénélope. Elle ne reste pas à détricoter son ouvrage en l'attendant. Quitte à emporter quelques pelotes de laine, elle l'accompagne au long de l'odyssée qui les mène de Colombey à l'Élysée.
    Derrière l'image du président omniprésent qu'on lui  assigne  : Charles de Gaulle, le rebelle. Derrière la légende de première dame retranchée dans l'ombre du héros  : Yvonne, sa partenaire, allège le fardeau du pouvoir et des chausse trappes.
    Elle a en elle quelque chose d'une Princesse de Clèves du XXe siècle, tout gel à l'extérieur, tout feu à l'intérieur. Elle réserve sa passion à un seul être  : Charles.
      Le grand oeuvre du général demeure la France. D'après Malraux  :  «  C'est elle qu'il a épousée avant Yvonne Vendroux.  »  Marianne est la maîtresse du Général, dit-on. Dans les coulisses de l'Élysée et les rédactions, on chuchote d'autres prénoms en se rappelant que Charles, avant d'être de Gaulle, fut «  un chaud lapin  ». On évoque une comtesse polonaise, on lui prête une maîtresse, une deuxième, on s'interroge. Comment le plus haut personnage de l'État pourrait-il être aussi exemplaire  ? Le pouvoir est un puissant aimant, c'est connu. Yvonne, l'admirable épouse, garde un sourire de parade, et se renseigne.

  • « aujourd'hui, le présent est humilié. naguère, il fut arrogant. assez pour convoquer l'histoire et la révolution, comme si elles venaient de naître. j'ai pris part à cette arrogance. je m'appuie encore sur elle pour m'interroger à son propos. le gauchisme, mai 68, le maoïsme, qu'en puis-je dire aujourd'hui qui soit à la hauteur de ce que je sais ? les noms donnent la clé de l'énigme. des noms imaginaires - ouvrier, mao, france -, le maoïste que j'ai été passe aux noms réels. parmi les noms réels, le plus réel d'entre tous s'est fait entendre : le nom juif. après avoir confronté l'europe à ses propres penchants, après avoir dessiné la figure du juif de savoir, j'ai rencontré le juif de révolution. grandeurs et vanités, le triptyque est achevé. qu'on le replie ou le déplie, on y reconnaîtra le lieu des discordes à venir. » j.-c.m.

  • Après un séjour au Sénégal où elle a rencontré Tamsir, un pêcheur qu'elle a épousé et dont elle a eu des enfants, Marielle Trolet Ndiaye, en proie à des crises de paludisme, décide de revenir en France avec sa famille.
    Cette nouvelle vie ne leur convient pas. Ils ont la nostalgie de leur petit village du Sénégal. Un jour, ils décident de repartir pour l'Afrique. Le déménagement, le voyage, l'installation sont pleins d'embûches. Mais, portés par l'enthousiasme de vivre dans l'endroit qu'ils aiment, ils vont peu à peu aménager le terrain dont ils ont hérité et faire l'expérience d'un autre mode de vie où le temps passe plus doucement.

  • « Ne venez pas. Nous nous sommes trompés ». Manya Schwartzman, jeune révolutionnaire, quitte sa terre natale, la Bessarabie, pour construire le socialisme en Union soviétique et disparaît en 1937 dans les grandes purges staliniennes après ce dernier message aux siens. Pour traverser le fleuve, elle s'est émancipée des archaïsmes du monde juif, de son pays, de sa condition sociale. La Révolution n'était pas une pensée pour elle, mais une nécessité vitale.
    Parce que l'idée d'une tombe sans nom lui déplaît, Sandrine Treiner mène l'enquête pour arracher son héroïne à l'anonymat des fosses communes. Voyage dans des territoires et des idées perdues, au coeur des steppes ensoleillées baignées par la mer Noire, ce récit est d'abord une réparation. Et une rencontre avec Manya S., héroïne déterminée et trahie, rendue à la vie et, par ces lignes, à son engagement et à sa lucidité.

  • " Dans leur état présent, les lois de bioéthique et d'autres du même genre relatives - la procréation et - la fin de vie, n'ont rien de particulièrement permissif. Elles interdisent les mères porteuses, la sélection des embryons selon des critères de convenance, les recherches sur les cellules souches. Elles n'autorisent pas les gays, les lesbiennes et les femmes jugées trop " âgées " à bénéficier de l'assistance médicale à la procréation. Elles criminalisent toutes les formes d'aide active à mourir, même en cas de demande manifestement libre et éclairée d'un patient incurable en fin de vie, auprès d'un médecin dont les convictions éthiques ou religieuses n'y sont pas défavorables. Elles excluent l'avortement tardif sans motif approuvé par un collège de praticiens spécialisés. Je voudrais donner des raisons d'aller dans une direction opposée, moins paternaliste, plus respectueuse des libertés individuelles. " R.O.

  • Les ministres de l'Education se succèdent, l'idée demeure : il serait urgent d'introduire à l'école un enseignement de morale. Non parce qu'il faudrait former, comme on en défendit longtemps l'idée, de bons patriotes prêts à tout pour sacrifier à la nation, mais parce qu'il faudrait contenir, discipliner, vaincre un ennemi intérieur, une classe dangereuse qui ne partagerait pas les « valeurs de la République ».
    Qui sont ces réfractaires ? Pourquoi vouloir leur enseigner la morale ? Et d'abord quelle morale ? Pourquoi faudrait-il surtout qu'elle soit « laïque » ?
    Ruwen Ogien, dans ce nouvel ouvrage incisif et décapant, s'attaque à bien des idées reçues, révèle les lignes de force et les insuffisances d'une ambition profondément conservatrice : substituer à l'analyse des problèmes de notre temps en termes de justice sociale leur compréhension en tant que conflits de valeurs.
    Ouvrage de philosophie, ouvrage d'intervention. Capital pour aborder, sans préjugés ni précipitation, cette grande question de la morale à l'école.

  • Tout ce qui touche à l'europe vous a toujours paru assommant ? et si c'était parce qu'on ne vous en a jamais parlé de manière vivante, concrète, précise, drôle, charnelle, incarnée ? pour aller chercher la vérité de l'europe, marielle de sarnez a choisi les grands sujets qui fâchent ou qui unissent, qui divisent ou qui intriguent les européens. dans son petit dictionnaire, elle donne les clés pour les comprendre, elle les explique simplement : et nous sommes tous concernés. marielle de sarnez est députée européenne depuis 1999. elle a publié en 2008 un essai, féminin singulier (plon).

  • Le 13 mars 1881, après quatre tentatives ratées, un groupe de jeunes russes - autoproclamés "nihilistes" - parvient à faire exploser le carosse du Tsar Alexandre II, qui est alors le réformateur voulant libérer les serfs de son pays. Tel fut l'acte de naissance du "nihilisme politique" qui, depuis, s'est largement illustré - de Ravachol aux terroristes du 11 septembre. Or, ce nihilisme, cette politique du pire qui veut hâter les convulsions d'une société, a des fondements philosophiques. Quels sont-ils ? C'est ce que cet ouvrage tente d'explorer...
    En passant par Nietzsche, tout d'abord, dont le système philopsophique a étrangement donné ses lettres de noblesse à une conception éuptive du monde (Ne disait-il pas que "le nihilisme est un bouddhisme européen" ?). François Guéry passe ensuite aux théoriciens nazis et à ceux qui, tout en glorifiant la mort, haïssent toute forme de droit et toute idée de réforme. Bien entendu, son analyse conduit à l'étude d'un certain anarchisme contemporain aussi bien en politique (les "djihadistes"), qu'en philosophie (Alain Badiou), que dans certaines formes d'art contemporain. En contrepoint, François Guéry procède à une relecture bienvenue des contrepoisons au nihilisme, à savoir les oeuvres d'Ortega Y Gasset et d'Albert Camus.

  • Etat ou société civile ? république ou empire ? le progrès par le social ou par le droit ? les droits de l'homme ou la loi des etats ? « nature est un doux guide » ou « devenir maître et possesseur de la nature » ? les querelles françaises les plus actuelles sont aussi les plus anciennes, et elles n'ont pas fini d'animer notre opinion publique. en répondant aux interrogations sans concession du journaliste alexis lacroix, la philosophe blandine kriegel, faisant retour sur son propre parcours, tâche d'éclairer la généalogie de ces querelles et de clarifier ses principales réponses. au début des temps modernes, émerge dans la construction de l'etat souverain, l'idée de république. pourtant, malgré ses triomphes déjà anciens, la république connaît plusieurs dérives impériales et semble incertaine de sa durée et de ses concepts. n'existe-t-il pas « un reste impérial » au coeur de la souveraineté ? comment interpréter les conflits de l'histoire du droit qui rappochent ou écartent la république moderne du droit ancien ? comment expliquer que le droit soit devenu le parent pauvre du social, alors que la recherche de la justice est une grande cause nationale, sinon par un approfondissement des conflits philosophiques qui séparent les deux grandes voies de la modernité dans leur rapport à la révolution ? les idées peuvent avoir un droit de suite en politique. blandine kriegel les associe librement à l'histoire récente, en montrant comment sa génération s'est efforcée, dans l'immédiate après-guerre, jusqu'en 1968, de procéder à ses risques et périls, à une nouvelle invention de la liberté.

  • Ce qui frappe le plus dans les expressions de la conscience contemporaine, ce n´est pas tant l´exigence rationnelle que le besoin de faire à nouveau une place à l´irrationnel, composante essentielle du psychisme humain. Ce livre met en scène des fragments de l´histoire biblique, de la littérature classique ou de l´aventure scientifique, qui ont en commun d´échapper à l´activité rationnelle. Il n´a pas pour objet, comme le proposaient les jansénistes, d´humilier la raison, à un moment où une défense et illustration de celle-ci serait amplement justifiée, mais de suggérer qu´à tout vouloir rationaliser, on court le risque de perdre le sens de l´énigme, un des plaisirs inépuisables de l´esprit ; d´assécher la source des plus hautes activités humaines - parmi lesquelles se trouve l´art - et de compromettre l´exercice même de la raison en ignorant les aspects les plus obscurs du psychisme.

  • « Il est indispensable de passer d'un idéal de prospérité partagée, dont nous n'avons cessé de nous éloigner, à un idéal de bien vivre ensemble. »

  • Caroline fourest s'est fait une spécialité de clarifier et de mettre en lumière les grands débats comme les aime notre époque, mouvante et inquiète. avec un talent unique, elle créée des concepts, les clarifie, et fournit ainsi une « boîte à outils » intellectuelle pour ceux qui se sentent malmenés ou perdus dans les violentes ruelles de la pensée. ainsi, dans la tentation obscurantiste, caroline fourest ouvrait une voie d'analyse historique sur la gauche française : elle distinguait deux gauches, l'une fondée sur la résistance au nazisme ; l'autre fondée sur la lutte contre le colonialisme. cette clé d'apparence simple n'a cessé de montrer sa force, et d'être reprise par tous. depuis bientôt quatre ans, caroline fourest travaille sur une question majeure : l'agonie de l'universalisme - notre dernière utopie. cette belle ambition, gravée dans le marbre de la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, est battue en brèche. pourtant, il n'existe pas de meilleur remède à la crise que connaît le multiculturalisme depuis le 11 septembre 2001, à force de tout tolérer au nom de la culture et du religieux. cet enjeu dépasse largement l'aspect rhétorique. il est au coeur de débats qui agitent quotidiennement le monde. les nations-unies, le canada, les etats-unis, l'afrique du sud, l'australie, l'inde, la belgique, les pays-bas, la france... dans tous les pays où le respect des minorités et le culte de la diversité progresse, on se déchire pour savoir comment concilier droit à la différence et respect des valeurs communes. peut-on tout tolérer - l'excision ou l'infanticide - au nom des coutumes ? faire passer le respect du voile avant l'égalité hommes-femmes ? accepter des menus séparés dans les cantines ? des créneaux non-mixtes dans les piscines ? faut-il retirer les sapins de noël des places publiques ? reconnaître des arbitrages basés sur la charia ? dans ce livre puissant, caroline fourest explique le « modèle français », admiré et controversé, le malentendu avec le monde « anglo-saxon ». elle revient sur la révolution française, la constitution américaine, raconte le débat canadien sur les « accommodements raisonnables ». elle rend clair, enfin, les termes qui nous font perdre la tête : communautaire, communautarisme, multiculturalisme, essentialisme, racisme, islamophobie, musulmanophobie... et nous livre, à trente ans, le bréviaire courageux sur lequel rebâtir l'envie de faire société.

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