Cerf

  • Les femmes, en France, n'ont pas reçu le droit de vote des mains d'un homme enfin éveillé et attentif à l'injustice de leur sort. Elles l'ont gagné de haute lutte après cent ans de revendications. Elles l'ont arraché au législateur. L'ordonnance promulguée en 1944 a été l'aboutissement d'un mouvement sans cesse recommencé de contestation initié au milieu du xixe siècle.
    C'est l'histoire de cette ère de débats et de combats que dresse ici, d'une plume ardente et vivante, Anne-Sarah Moalic, la spécialiste incontestée de cette question cruciale qui constitue aussi bien une épopée militante. Loin des images d'Épinal, recourant aux faits, aux portraits, aux archives, reprenant argument contre argument ce long cheminement, ce livre montre comment, face aux défenseurs d'un ordre inique assignant les femmes à un rôle secondaire, les pionnières de l'équité politique ont peu à peu structuré la conscience du féminisme.
    Passer derrière l'isoloir, glisser un bulletin dans l'urne, émarger les listes électorales : ces gestes devenus communs à toutes et à tous condensent une mémoire active qui détermine encore aujourd'hui la recherche de l'égalité réelle entre les sexes.
    Une lecture passionnante et tonifiante.

  • Les nostalgériades : nostalgie, Algérie, jérémiades Nouv.

    Nostalgie. Algérie. Jérémiades. C'est par ces trois mots, regroupés en Nostalgériades que s'ouvre le nouveau livre de Fatiha Agag-Boudjahlat, alternant l'essai politique et le récit autobiographique. Décrivant les naïves croyances des collégiens auxquels elle enseigne chaque jour (« Au bled, ça coûte rien », « Seul Allah guérit »), et la difficulté qu'éprouvent les professeurs à enseigner la colonisation, la guerre d'Algérie ou la Shoah, la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République décrypte la condition féminine, en France comme dans les pays de culture musulmane. Rêvant d'un MeToo mondial, elle affirme dans sa splendide conclusion que si la condition féminine est un malheur, alors « il ne faut pas renoncer à ce malheur ».
    Sans langue de bois, sans naïveté et sans ressentiment, voici le nouvel essai flamboyant d'une femme puissante appelé à provoquer le débat.

  • Quel avenir prépare la crise de la mondialisation et de son idéologie néolibérale ? Face aux convulsions qui s'emparent de nos sociétés, où en sont les peuples ? Comment peuvent-ils reconquérir la démocratie confisquée par les oligarchies ? Dans ce livre d'entretiens, la philosophe Chantal Mouffe et le cofondateur de Podemos Íñigo Errejón livrent leurs réponses. Partant des expériences national-populaires en Amérique latine, de la victoire de Syriza en Grèce et des évolutions européennes, ils dessinent les perspectives théoriques et stratégiques nécessaires à la refondation de la gauche sur le Vieux Continent, dont le retour des nations, le rôle du leader en politique, le consensus au centre, le populisme de droite et de gauche et les batailles culturelles. Ce dialogue identifie les opportunités et les dangers qui se présentent aux gauches de la transformation et décrypte les nouveaux rapports de force continentaux. Un livre indispensable pour comprendre la nouvelle ère qui s'ouvre.

  • Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
    La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie. Reliant des champs de l'éthique appliquée qui d'ordinaire sont étudiés séparément - la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap -, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
    Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové. Ainsi, le sujet de l'éthique de la vulnérabilité s'inquiète du devoir être de son droit et intègre, dans son vouloir vivre, le souci de préserver la santé de la terre et de ne pas imposer aux autres hommes et aux autres espèces une vie diminuée.

  • Leurs ennemis sont célèbres : Staline, Hitler, Mussolini, Mao. Elles n'avaient qu'un objectif : dénoncer le totalitarisme. Elles n'avaient qu'une arme : leur stylo. Qui sont-elles ? Des femmes soldats, héroïnes de la liberté.
    Résistantes au communisme, au fascisme, au nazisme, elles étaient intellectuelles, témoins ou victimes. Ces héroïnes de la liberté ont combattu la propagande, l'idéologie, les camps. On les trouvera ici réunies, mais on découvrira surtout un florilège de leurs témoignages, mémoires, articles, carnets secrets ou brochures clandestines. Parmi elles : l'étudiante allemande Sophie Scholl, guillotinée à vingt-deux ans ; la pianiste Zhu Xiao-Mei, emprisonnée dans un camp de travail ; l'essayiste Victoria Ocampo qui a sauvé Gisèle Freund du régime nazi en 1941 ; Dorothy Thompson qui appelait, sur la BBC, les Américains et les Anglais à soutenir la cause de Churchill ; la philosophe Simone Weil, gaulliste de la première heure.
    Parce que le monde libre leur doit sa victoire, il leur fallait un livre hommage.
    Un document d'histoire exceptionnel.

    Avec la participation de Biljana Vucetic (Institut historique de Belgrade), Verónica Vives (Université de Barcelone) et Delphine Denuit (journaliste).

  • Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s'agit de réfléchir sur ce qu'est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions - et l'amour tout particulièrement - peuvent avoir de déconcertant et d'éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d'un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l'école d'une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l'illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place.

    Dans « La Connaissance de l'amour », Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s'agit d'abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l'importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n'est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La « connaissance de l'amour » consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l'amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l'enseignement propre de l'amour, parce qu'il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d'irréductiblement singulier. Mais il s'agit, ensuite, de mettre en lumière l'importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d'Aristote, les romans de Henry James, de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

  • Cet ouvrage fait écho au retentissement qui suivit la révélation par Françoise Dolto, vers la fin des années 1970, de son allégeance spirituelle à la foi chrétienne, alors qu'elle était au faîte de sa carrière de psychanalyste.
    Dans un milieu analytique foncièrement hostile, par principe, à tout appel au religieux, elle prenait le risque d'aller à contre-courant, en livrant une interprétation personnelle du texte de l'Evangile, qui signait son adhésion au message du Christ. C'est toute cette élaboration singulière, pour certains scandaleuse, qui fut la sienne entre foi et psychanalyse, dont Gérard Guillerault s'emploie à suivre ici les tenants et aboutissants, en particulier là où se trouve mise en valeur la thématique médiatrice du désir.
    C'est aussi l'occasion, dans ce contexte, de situer la place de Françoise Dolto et de son oeuvre par rapport à ses maîtres, Sigmund Freud et Jacques Lacan. Cela ne va pas sans que cette excursion insolite du côté de l'Evangile conduise en retour à une interrogation portant sur la psychanalyse en elle- même, dans ce qui en questionne le sens et la visée.

  • La princesse jeanne bibesco

    Oddo/Poulat

    • Cerf
    • 11 Octobre 2007

    Princesse, carmélite, égérie de la IIIe République, Jeanne Bibesco (1864-1944) eut un destin aussi inattendu qu'exceptionnel. Dès l'âge de vingt et un ans elle choisit la vie religieuse. Elle entre au carmel d'Alger, à Bab-el-Oued, en octobre 1889. Le cardinal Lavigerie reconnaît en soeur Marie Bénie de Jésus une personnalité susceptible de servir sa politique et une femme d'une intelligence hors pair. Nommée supérieure en mai 1890, elle devient la fondatrice et la « prieure à vie » d'un des plus beaux carmels de la Méditerranée, qu'elle édifie grâce à sa fortune sur les hauteurs d'Alger.

    Mais la loi du 1er juillet 1901 met en péril le monde congréganiste. Mère Bénie de Jésus se rend à Paris pour défendre elle-même son dossier auprès du président du Conseil. Au terme de cet entretien de mai 1903, Émile Combes aura ces mots : « Princesse, vous m'avez vaincu », à quoi Mère Bénie de Jésus rétorquera : « Monsieur le Président, j'étais venue pour faire votre conquête, et c'est moi qui pars conquise. » S'amorce alors une complicité affective qui ne se démentira jamais.

    Or, en octobre 1911, le pape Pie X fait fermer le carmel. Relevée de ses voeux, la princesse revient dans le siècle, à quarante-sept ans, en femme libre et conquérante. Elle renoue avec le monde des salons, côtoie les politiques, devient une proche du cardinal Baudrillart. Son audace la pousse, à la veille de la Seconde Guerre mondiale et alors qu'elle est fort âgée, à travailler pour le renseignement français.

  • Dans cet ouvrage, Véronique Donard propose une approche psychanalytique de la dimension spirituelle de l'être humain, tentant de saisir les processus spirituels à leur stade archaïque, dans leur universalité, en deçà de toute croyance ou confession. Pour ce faire, elle adopte une perspective interdisciplinaire, engageant un dialogue avec l'anthropologie, l'histoire des religions, la littérature, la biologie, la philosophie et la théologie. En suivant la notion de sacrifice dans des contextes différents - criminologie, mythes de création, métapsychologie pulsionnelle, étude du cas de Thérèse de Lisieux -, l'auteur démontre que, aux fondements de l'organisation psychique, il existe une position sacrificielle archaïque à adopter par le moi, en réponse à toute situation trauma-tique, et ce, même au stade le plus originaire de la psyché. A cette position correspond un fantasme sacrificiel, qu'il est proposé de classer dans la catégorie des fantasmes originaires, et qui serait par conséquent universel. De cette organisation originaire sacrificielle et du fantasme qui la sous-tend naîtrait la logique spirituelle qui guidera le sujet dans son développement psychoaffectif, l'aidant à se structurer, jusqu'à aboutir ou non à son adhésion à un idéal du moi sous-tendu par des idées proprement religieuses. La pertinence de cette approche novatrice en psychanalyse repose dans la mise en évidence d'une dynamique spirituelle qui participerait activement à la structuration psychique du sujet, permettant de penser la spiritualité indépendamment de toute croyance religieuse explicite. Préfacée par Sophie de Mijolla-Mellor, cette étude est accompagnée d'une postface théologique de Christoph Theobald.

  • En 1943, Simone Weil, après avoir pris la route de l'exode vers Marseille, puis celle de l'exil vers New York, a finalement réussi à se faire rapatrier à Londres dans les services de la France libre pour partager le sort de ses compatriotes. Elle y rédige son "second grand oeuvre", que sa mort l'empêcha d'achever, L'Enracinement. En vue de la réorganisation de la France après-guerre, la philosophe formule un certain nombre de propositions politiques pour remédier à la maladie dont souffrait son époque, le déracinement. Pour porter ce diagnostic, celle qui était trop bien née, voulut se déraciner, partager les humiliations de ceux que le hasard de la naissance avait moins favorisés qu'elle, se frotter au réel. Agrégée de philosophie, elle endura successivement dans sa chair la dure condition ouvrière, puis celle du monde agricole. S. Weil affirmait haut et clair n'avoir aucune racine dans la tradition juive - "on n'hérite pas d'une religion" - même si le régime de Vichy la renvoya à son ascendance. Pourquoi celle qui prétendait être née et avoir grandi dans " 'inspiration chrétienne", le seul réel garant à ses yeux contre le désordre de l'époque, ne parvint-elle pas à franchir le seuil de l'Eglise, demeurant en attente, incapable pour sa part de prendre racine en ce monde? Peut-être parce que "seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l'énergie qui enfonce profondément dans la terre les puissantes racines. L'arbre est en vérité enraciné dans le ciel".

  • Considérant la tyrannie comme l'éternelle incarnation de l'arbitraire, de la coercition et du pouvoir outrepassant ses justes prérogatives, Femmes, totalitarisme & tyrannie embrasse la généalogie du phénomène totalitaire et entend brosser un panorama de l'apport féminin à l'insurrection de l'esprit contre l'idéologie, la démagogie et la logomachie. Consacrant cet apport éthique et intellectuel à la Résistance anti-tyrannique, trente-cinq auteurs de dixnationalités différentes et de toutes sensibilités apportent des théorisations inédites sur la nature et la teneur des processus totalitaires leurs tenants et aboutissants spécifi ques, des témoins illustrant la place des héroïnes et le rôle des anonymes. Constatant une amnésie séculaire sur l'apport des femmes à la pensée et, spécialement, à cette séquence majeure de l'histoire que fut le totalitarisme, on s'attache ici à réhabiliter leur réflexion stratégique et leur apport à la philosophie politique. Constituant une première, cette histoire au féminin tente d'échapper à l'écueil de tous les dogmatismes, en fournissant matière à comparaison, méditation et réflexion.

  • La religion, qui a irrigué la culture occidentale pendant deux mille ans, perd son influence sur tous les plans. La chrétienté ne se retire pas seule, mais avec elle ses fruits sécularisés, qui constituaient une architecture signifiante. Quel est le destin de notre représentation du monde à forée de cet effacement ? Certains désignent le relativisme, voire le nihilisme. qui s'instaurent dans l'oubli des référents fondateurs. Ce livre veut montrer que le nihilisme n'est qu'une brève transition, que le relativisme reflète une apparence. L'époque présente atteste plutôt la réinstauration de modes d'être et de pensée comparables à ceux qui précédèrent l'Occident chrétien et à ceux qui se déploient partout hors l'Occident chrétien : des sagesses et des paganismes, déjà à l'ouvre sous la texture déchirée de nos anciennes convictions. transcendantes ou immanentes. Ces sagesses se nourrissent de renoncement, lequel forme aujourd'hui l'essentielle disposition de notre esprit. Renoncement à la quête de la vérité, renoncement au progrès, à la royauté de l'homme, à la liberté personnelle. Les conséquences en sont, par un lent processus, le remplacement du vrai par le bien, des dogmes par vies mythe, du temps fléché par un retour au temps circulaire, du monothéisme par le paganisme ou le panthéisme, de l'humanisme de liberté par un humanisme de protection, de la démocratie par le consensus, de la ferveur par le lâcher prise. C'est une métamorphose radicale, et ce renoncement est un retournement, non seulement de nos pensées, mais aussi de nos modes d'être et de nos institutions. Après une histoire de deux mille ans, sous de multiples signes réapparaît l'appel à une résignation sereine dont les hommes sans Dieu n'ont jamais cessé de rêver.

  • Tous ceux qui se sont intéressés à l'histoire des idées, aux interrogations philosophiques, aux débats portant sur le catholicisme, aux combats d'ordre politique et social, ou simplement à la vie mondaine, aux relations entre figures importantes du XIXe siècle, ont croisé Madame Swetchine. Pendant longtemps, jusqu'aux années vingt du XXe siècle, elle est demeurée très connue. Et puis on l'a un peu oubliée, son image s'est effacée. Peut-être est-ce la redécouverte de Tocqueville et l'étude du catholicisme libéral et du catholicisme social qui ont ranimé l'intérêt qu'elle suscitait de son vivant. Aucune biographie pourtant ne lui a été consacrée depuis près de cent ans. Le regard que nous portons aujourd'hui sur l'époque et les civilisations qu'elle a connues, les épreuves qu'elle a subies, s'est beaucoup modifié. La connaissance des décennies qu'elle a traversées, des événements, des crises et des enjeux, s'est passablement enrichie. Il est temps de lui rendre la place qui fut la sienne. Certes, Sophie Soymonov n'a jamais cherché à être sur le devant de la scène. Mais celle qu'on a appelée « la mystérieuse Madame Swetchine », « la Madame de Sévigné russe » et dont Jean Guitton a rappelé que pour le christianisme son rôle avait été oecuménique est une figure que l'on a envie de retrouver.

  • De l'état

    Stein E

    • Cerf
    • 17 Octobre 1989

    L' " Essai sur l'Etat " fait suite, dans le Jahrbuch für Philosophie und phänomenologische Forschung de 1925 à deux travaux, parus trois ans plus tôt, sur les fondements des sciences humaines.
    Alors que ces recherches de 1922 suivent rigoureusement l'intention critique de Husserl visant à donner d'ultimes fondements aux sciences, l' " Essai sur l'Etat " répond plus précisément aux voeux d'une théorie des essences. Il s'agit en effet de dégager l'essence, ou les structures invariantes de sens, qui fait qu'une collectivité humaine, une société, est un Etat - alors qu'elle pourrait ne pas l'être - et que cet Etat est souverain, ou n'est pas du tout.
    Cette préoccupation essentialiste rejoint évidemment celle des théoriciens du droit qui cherchent à leur façon à dégager le " juridique pur " de ce qui est jurisprudence factuelle ou pratique historique du droit. Mais elle s'inspire également des philosophes qui, à la suite de Fichte, notamment, jugent l'Etat selon sa capacité d'autonomie, voire d'autarcie. C'est ici qu'Edith Stein, au meilleur de sa forme philosophique, rapproche une théorie de la personne, passablement inspirée de Max Scheler et développée dans le second texte des " Fondements " intitulé " L'Individu et la Communauté ", d'une théorie de l'Etat issue des travaux de Reinach, Bernazik et Jellinek.
    C'est alors une analogie entre la souveraineté du Moi et la souveraineté de l'Etat qui se dégage et qui fait toute l'originalité de cette recherche. Une telle démarche impose évidemment de penser le rapport entre souveraineté et appartenance à une communauté d'Etats, comme s'est imposé à l'égologie husserlienne de penser le passage de la subjectivité monadique à l'intersubjectivité du monde commun.
    A l'heure où l'Europe se constitue, cette réflexion sur les conditions de l'Etat - toujours menacé de disparaître par manque de souveraineté - est fondamentale. Les nations ont-elles toujours vocation à la souveraineté étatique, ou est-ce l'Europe qui devra un jour assumer cette souveraineté imposée à chaque nation par sa propre histoire ?

  • La célébration du 70e anniversaire de la mort de Freud (septembre 1939) est l'occasion d'une réflexion sur sa théorie de la guerre et de la mort. Fondée sur le mythe de la horde primitive, le meurtre du père et la dette commune, la société, selon Freud, s'organise autour des interdits de meurtre et d'inceste. La guerre fondée dans la pulsion de mort est la conséquence de la levée collective de ces interdits. Freud bâtit ainsi ce que l'on pourrait nommer une « culture du meurtre ». Mais dès la Première Guerre mondiale, il avait saisi qu'un bouleversement était en train de s'opérer avec la guerre totale, industrielle et informationnelle.

    Tout en restant fondamentalement et radicalement enraciné dans la pensée freudienne, ce travail tente de démontrer un « au-delà » de Freud dans l'apparition d'une « culture de l'extermination » qui trouve son origine dans les grands textes fondateurs des monothéismes, puis son champ de réalisation dans l'histoire occidentale principalement. Cette « culture de l'extermination » n'a pas disparu avec les horreurs du siècle dernier. Elle est toujours bien présente partout dans le monde et prête à ressurgir en Occident comme le laissent entrevoir quelques frémissements politiques dans de nombreux pays. Il faut donc demeurer lucide et vigilant.

  • Dans le langage ordinaire comme dans l'usage plus académique, nous distinguons différents champs disciplinaires : science, art, philosophie, histoire, théologie, etc. (qui, à leur tour, font l'objet de minutieuses subdivisions : sciences de la nature, de l'homme, sociales...). Quelle est la pertinence de ces distinctions et, en dernière instance, en ont-elles une ? C'est à l'élaboration précise de cette question que voudrait contribuer cet ouvrage, en étudiant, plus particulièrement ici, la problématique distinction entre art et philosophie.

    Cette distinction - toujours supposée, sans cesse contestée - revêt dans l'histoire différentes figures, qui, souvent, aboutissent à penser la relation entre les disciplines soit en terme d'exclusion radicale (la distinction entre les domaines serait à jamais d'objet), soit en terme d'inclusion totale (la distinction entre les domaines ne serait plus pertinente : l'art devenant philosophie - Hegel, Danto, etc. -, ou la philosophie, art - Nietzsche, Novalis, Kosuth, etc.).

    Ce livre cherche à penser une relation en dehors de la réduction au même ou de l'exclusion de l'autre. Pour ce faire, il étudie, d'abord, les mises en relation entre art et philosophie proposées tant par les artistes que par les philosophes, et justifie le choix d'une tentative de spatialisation du problème. Il se propose, ensuite, d'expérimenter cette hypothèse par une série d'études concrètes alliant art et philosophie. Il tire enfin réflexivement les leçons de ces expérimentations.

    À travers cet essai de fertilisation croisée entre art et philosophie et à partir de comparaisons précises quoique inhabituelles (entre - parmi d'autres - Turell et Levinas, Baudelaire et Merleau-Ponty, Marc Petit et Russell, Kandinsky et Schelling, Giacometti et Aristote, Piero della Francesca et la phénoménologie française la plus contemporaine...), ce livre cherche à suivre l'entrecroisement des problèmes, la dynamique des phénomènes, tout en veillant à restituer la grammaire propre à chacun des domaines.

  • L'intérêt que Daniel Pezeril a porté sa vie durant à la pensée non chrétienne est né de ses études de philosophie à la Sorbonne, pendant son noviciat chez les Oratoriens, et particulièrement du choc provoqué par la lecture de Spinoza. Il voulut, à la fin de sa vie, questionner une fois de plus celui qui figurait à ses yeux « l'étranger » par excellence. C'est en reprenant son vieil exemplaire de « L'Éthique » - commenté par Charles Appuhn, dans « Les Classiques Garnier », et surchargé de ses propres notes - qu'il écrivit cet essai.
    La première version devait figurer dans « Le Christ étonné » et faire pendant à son étude sur saint Augustin, mais devant l'ampleur qu'elle prenait il y renonça. Nous avons en général suivi la seconde version en conservant les éclats de la première. [F. D.]

  • L'ouvrage présenté ici a pour but de faire connaître la philosophie de Simone Weil, ainsi que les différentes facettes de son personnage, si lié à l'oeuvre elle-même. Les différents contributeurs auxquels nous avons fait appel sont tous des spécialistes de la philosophe, de plusieurs nationalités, et les plus éminents y figurent. Les responsables des « Cahiers Simone Weil » y sont naturellement bien représentés.

    Les aspects divers de la pensée de Simone Weil ont été ordonnés de façon à commencer par le coeur la philosophie pour aller ensuite à la morale puis à la politique et à l'histoire, et enfin à l'approfondissement religieux et mystique. Les derniers chapitres insistent sur quelques perspectives plus particulières. Nous espérons ainsi offrir au lecteur un aperçu à la fois riche et pluriel de celle qui fut l'une des grandes philosophes du XXe siècle français. [Chantal Delsol]

  • Hannah Arendt est un auteur à la mode, largement commentée en France aujourd'hui. Ses analyses sur le totalitarisme, sur la modernité ou sur la banalité du mal l'ont rendue célèbre. Ses rapports controversés au judaïsme et au sionisme sont également bien connus. Mais sait-on qu'elle fit sa thèse sur saint Augustin ? Sait-on qu'elle dressa un portrait étonnant du pape Jean XXIII, qui figure dans un recueil intitulé Vies politiques, aux côtés de Rosa Luxemburg et de Bertolt Brecht ? Sait-on qu'elle dénonça le silence du pape Pie XII durant la guerre, face au racisme et à l'antisémitisme ? Sait-on enfin que, sans envisager de se convertir, son intérêt pour le christianisme ne s'est jamais démenti ? Certes, Arendt a suivi très jeune, en parallèle à ses études de philosophie, les cours de théologie de Rudolf Bultmann et de Romano Guardini. Sa formation est donc solide. Ses analyses du christianisme surprennent pourtant, par leur acuité, leur finesse, leur audace et leur actualité. En s'appuyant sur l'enseignement de Jésus de Nazareth - qu'elle compare d'ailleurs à Socrate - elle procède à une vive critique des tendances antipolitiques du christianisme, tout en faisant l'éloge de ses ' miracles ' politiques : le pouvoir de pardonner qu'elle rattache directement à Jésus, le pouvoir de commencer du neuf et la natalité qu'elle relie à saint Augustin. Mais le plus étonnant est encore ailleurs : c'est son concept d'< amour du monde ' qui permet de dévoiler toute la complexité de son rapport au christianisme, livrant un éclairage nouveau sur l'ensemble de son oeuvre. Du souci pour la politique, qui s'impose en 1933, à l'amour du monde, choisi librement en 1955, la pensée d'Arendt ne cesse de s'élargir, dans un dialogue serré avec le christianisme.

  • Difficulté car, précisément, Levinas n'élabore pas de théologie et les sources hébraïques de sa pensée - Torah, Talmud et certains maîtres de la tradition juive - ne sont pas, à proprement parler, " théologiques ". Dans La Trace de l'infini, il s'agit de suivre comment l'attention à la source hébraïque de la pensée permet au philosophe de retrouver une couche de pensée largement occultée par la construction théologique, chrétienne pour l'essentiel. Levinas ne propose pas de discours sur Dieu, même si l'idée de Dieu est insistante dans son ?uvre, et il convient de réfléchir à cette idée en se demandant si elle donne à entendre la voix du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ou si elle ne fraie la voie - fût-elle nouvelle - qu'au Dieu des philosophes. Les thèmes principaux qui sont abordés portent sur la création, sur la prophétie pensée comme " psychisme même de l'âme ", et aussi sur l'eschatologie et la pensée du temps, sur la sainteté et sur l'épreuve de l'absence de Dieu. Cependant, comme le titre l'indique, l'axe majeur de la réflexion provient de l'idée de trace comme orientation d'espérance au plus secret de cette pensée marquée, pourtant, par la Catastrophe.

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