Seuil

  • Alors que le féminisme est plus que jamais nécessaire, il est malmené de toutes parts. D'un côté, des pseudo-radicalités instruisent le procès d'un « féminisme blanc » qui irait d'Olympe de Gouges à aujourd'hui. De l'autre, une mouvance de droite et d'extrême droite instrumentalise le féminisme dans une perspective identitaire, nationaliste et raciste. Face à ces entreprises de brouillage et de régression, il est urgent de réaffirmer la valeur de l'émancipation et de plaider pour un féminisme universel, concret et pluriel. Ni décolonial ni occidental, le féminisme se construit sans cesse, dans les luttes et la solidarité des combats quotidiens.

  • Le phénomène du populisme n'a pas encore été véritablement pensé. C'est en effet surtout à caractériser sociologiquement les électeurs populistes que se sont attachés la plupart des livres sur le sujet ; ou à discuter ce dont il est le symptôme (le désenchantement démocratique, les inégalités galopantes, la constitution d'un monde des invisibles, etc.) ; ou encore à sonner le tocsin sur la menace qu'il représenterait.

    Cet ouvrage propose de le comprendre en lui-même, comme une idéologie cohérente qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l'économie. S'il exprime une colère et un ressentiment, sa force tient au fait qu'il se présente comme la solution aux désordres du présent. Il est pour cela l'idéologie ascendante du xxie siècle, à l'heure où les mots hérités de la gauche semblent dorénavant résonner dans le vide.

    L'auteur en présente une théorie documentée, en retrace l'histoire dans celle de la modernité démocratique et en développe une critique approfondie et argumentée. Il permet ainsi d'en finir avec les stigmatisations impuissantes et dessine les grandes lignes de ce que pourrait être une alternative mobilisatrice à ce populisme.

  • La région Ile-de-France est à la fois la plus riche de notre pays... et la plus inégalitaire. Les écarts entre les plus aisés et les plus pauvres, entre les banlieues populaires et les centres d'affaires et de tourisme, y sont colossaux. Malgré son effervescence, son patrimoine et sa créativité, chaque jour davantage de ses habitants rêvent de la quitter pour fuir la vie chère, le stress, les pollutions. Ces inégalités sociales et territoriales ne sont pas une fatalité : elles sont le résultat de choix politiques axés sur la compétitivité, l'attractivité, la concurrence. Car avec ses 5 milliards d'euros de budget et son pouvoir d'impulsion, la région Ile-de-France a les moyens d'améliorer le quotidien de sa population.

    Clémentine Autain propose d'abord de dégager un horizon assombri par les crises en créant un choc de solidarité. Puis d'engager un changement profond de modèle de développement qui devra être guidé par trois exigences : l'égalité sociale et territoriale, la bifurcation écologique, l'ambition éducative et culturelle. Grâce au partage des richesses et des ressources, à la mise en commun des savoirs et des pouvoirs, l'Ile-de-France peut changer de trajectoire pour devenir plus respirable et épanouissante.

    La députée de Seine-Saint-Denis indique un cap nouveau et ambitieux pour, dès demain, mieux vivre en Ile-de-France.

  • Nul ne conteste que la santé et l'éducation constituent des priorités absolues. Mais la situation actuelle n'incite pas à l'optimisme : neuf millions d'enfants meurent chaque année avant l'âge de cinq ans de maladies que l'on sait guérir et, en Inde, la moitié des enfants scolarisés ne sait pas lire. Pour remédier à cet état de fait, Esther Duflo évalue localement et concrètement les programmes de lutte contre la pauvreté, à l'aide d'une méthode révolutionnaire : l'expérimentation aléatoire. De l'Inde au Malawi, du Kenya au Mexique, cette méthode permet de répondre à de nombreuses questions : comment rendre plus efficaces les campagnes de vaccination ? Comment améliorer l'instruction des enfants à moindre coût ? Comment lutter contre l'absentéisme des enseignants et des infirmières ? La santé et l'éducation sont les préalables non seulement au bien-être social, mais aussi à la liberté : ce livre montre comment les faire progresser de manière décisive.

  • Plutôt que de réfléchir de manière abstraite à  la réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement, Esther Duflo évalue concrètement et localement l'efficacité des programmes qui y sont menés.
    Pour ce faire, elle utilise une méthode fondée sur des expériences « randomisées » : sur le modèle des essais cliniques en usage en médecine, elle compare des localités ou des régions qui ont bénéficié d'une action spécifique (par exemple la construction d'une école) à  celles qui n'en ont pas bénéficié. En confrontant les groupes tests avec les groupes témoins, on peut repérer ce qui fonctionne et ce qui échoue. Ces deux ouvrages rendent compte des résultats de plusieurs dizaines d'expériences réalisées in vivo au sujet des écoles au Kenya, des commissariats en Inde, de la distribution de moustiquaires en Afrique, du microcrédit, des aides au développement agricole, etc. Le premier volume porte sur ce que les économistes appellent le « capital humain » (la promotion de la santé, l'investissement dans l'éducation, la formation des hommes), le deuxième sur les institutions (la lutte contre la corruption, l'élaboration d'une meilleure gouvernance, l'organisation des marchés).

  • L'actualité le montre de plus en plus souvent, le dérèglement climatique tue, et il tue les plus pauvres et les plus fragiles de la planète.
    Un article de la revue de Nature (janvier 2015) a établi que pour rester sous la barre des + 2° C (seuil au-delà duquel les évolutions peuvent s'avérer catastrophiques), il faudra laisser inexploités dans le sous-sol près des 2/3 des réserves d'énergie fossile actuellement connues. Or nous n'en prenons nullement le chemin : l'extraction de fossiles bat son plein et les négociations climatiques en vue de la Conférence de Paris en décembre 2015 abandonnent l'objectif de tout faire pour rester sous ce seuil critique.
    Ce livre porte la voix de personnalités du monde entier, mais aussi celle d'innombrables victimes, réfugiés climatiques, de collectifs en lutte et de chercheurs conscients de l'impasse actuelle (climatologues, spécialistes des réfugiés environnementaux ou du droit de l'environnement, etc.). Tous nous rappellent la réalité du réchauffement climatique en cours, les souffrances qu'il produit et tracent les voies pour sortir de l'âge des fossiles.

    Une palette de personnalités de la société civile mondiale, mobilisées sur les enjeux climatiques et la nécessité de changer de modèle de développement : Naomi Klein, Vandana Shiva, Jean Jouzel, Susan George, Desmond Tutu, Bill McKibben, Geneviève Azam, Maxime Combes, Pablo Solon et Nnimmo Bassey.

  • Il n'est pas exagéré de dire qu'en France, la laïcité instituée par la loi de 1905 n'est pas un long fleuve tranquille. On croit le débat apaisé, terminé même, et de nouveau il rebondit, souvent là où on ne l'attendait pas. Comment expliquer tant de conflits, de malentendus, de haines parfois ? Sans quitter le terrain du débat social, Jean Baubérot propose une lecture d'historien et de sociologue pour comprendre l'origine d'une « passion française », puis ses rebondissements au cours d'un siècle, et enfin ses querelles qui ne sont toujours pas vidées. N'en déplaise à ceux qui voudraient en faire une idée éternelle, une statue figée dans le marbre de la loi de 1905, il montre en particulier que l'objet « laïcité » est une réalité vivante, complexe, toujours recommencé, en proie aux contradictions de l'histoire et peut-être même à l'usure du temps. Dès le départ, le « camp laïc » était divisé sur l'interprétation et la portée de la loi, et ce ne sera pas sans conséquences. A-ton ensuite assez tenu compte des droits de l'homme ? La laïcité ne s'est-elle pas elle-même laïcisée en cours de route ? N'est-elle pas atteinte, comme les religions, par l'individualisme de notre époque ? Ce sont au moins des questions qu'on doit poser. Mais essoufflement ne signifie pas fin. Au contraire, une prise en compte des questions nouvelles pourrait renforcer l'universalité de cette « exception française ».
    Le livre de Baubérot contient beaucoup d'informations historiques, sociologiques, culturelles, et à ce titre il est très intéressant. Ce n'est pas un livre d'histoire de la laïcité. Il traite plutôt certaines périodes charnières.
    L'auteur fait partir de ceux qui souhaitent « réformer » la laïcité française, et il débat, par conséquent, tout au long du livre, avec les tenants d'une sorte de forme pure de laïcité, qui serait la seule solution possible pour régler le problème des religions dans l'État.

  • Dans les démocraties, la Première dame, épouse du dirigeant politique, n'a aucun statut.
    A l'inverse de la femme du Prince qui depuis l'Antiquité, en passant par la royauté et la Révolution, avait un pouvoir reconnu par les institutions, celle du chef de l'Etat est politiquement inexistante. D'Eleanor Roosevelt à Jacky Kennedy et Michelle Obama, d'Yvonne de Gaulle à Cécilia et Carla Sarkozy, les médias ont cependant contribué à donner une visibilité à celle qui n'est qu'apparence. Les hommes de pouvoir tirent bénéfice de l'exposition de leurs compagnes, lesquelles, refusant de jouer les "potiches", s'immiscent peu ou prou dans les affaires publiques.
    Elle obtiennent ainsi une notoriété propre et par là même une certaine légitimité. Les médias alors s'interrogent: quel rôle, officieux à défaut d'être officiel, tiennent-elles du fait de cette situation maritale ? De plus en plus, ces personnages "dérivés" se trouvent en concurrence avec les femmes politiques, dont le nombre s'accroît et qui bénéficient de la légitimité démocratique. Effet de miroir qui, en retour, nous incite à envisager une problématique tout autre : qu'en est-il du rôle de leur époux ?

  • D'un côté, partout dans le monde la sécularisation s'accélère ; de l'autre, les religions manifestent une forte vitalité : telle semble la contradiction de ce temps. Ce livre éclaire, à l'échelle mondiale, ces phénomènes mêlés de sécularisation et de réveil religieux. Mais il montre aussi la puissance de " laïcisation " partout à l'oeuvre, avec la démocratie et les droits de l'homme, l'individualisme, le consumérisme... Dans bien des régions du monde, les États prennent des mesures constitutionnelles pour mettre fin au poids d'une religion officielle et permettre le pluralisme religieux ; ils donnent les mêmes droits à toutes les religions ; ils refusent les vetos religieux qui voudraient brider les libertés collectives et individuelles. Mais en même temps que cette " laïcisation ", ils s'efforcent d'entretenir de bonnes relations avec les religions, en leur accordant des avantages matériels et parfois des droits nouveaux. Au-delà des apparences, cet ouvrage de référence éclaire ces mutations religieuses et laïques en cours dans le monde entier dès lors que les libertés démocratiques sont respectées.

    Jean Baubérot a été le premier titulaire de la Chaire d'Histoire de la laïcité à l'EHESS. Ses nombreux travaux sur la laïcité font autorité en France et à l'étranger.
    Micheline Milot, professeure à l'Université du Québec à Montréal, experte auprès du Conseil de l'Europe, est auteure de plusieurs ouvrages sur la religion, l'éducation et la laïcité.

empty