Cerf

  • Nostalgie. Algérie. Jérémiades. C'est par ces trois mots, regroupés en Nostalgériades que s'ouvre le nouveau livre de Fatiha Agag-Boudjahlat, alternant l'essai politique et le récit autobiographique. Décrivant les naïves croyances des collégiens auxquels elle enseigne chaque jour (« Au bled, ça coûte rien », « Seul Allah guérit »), et la difficulté qu'éprouvent les professeurs à enseigner la colonisation, la guerre d'Algérie ou la Shoah, la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République décrypte la condition féminine, en France comme dans les pays de culture musulmane. Rêvant d'un MeToo mondial, elle affirme dans sa splendide conclusion que si la condition féminine est un malheur, alors « il ne faut pas renoncer à ce malheur ».
    Sans langue de bois, sans naïveté et sans ressentiment, voici le nouvel essai flamboyant d'une femme puissante appelé à provoquer le débat.

  • Leurs ennemis sont célèbres : Staline, Hitler, Mussolini, Mao. Elles n'avaient qu'un objectif : dénoncer le totalitarisme. Elles n'avaient qu'une arme : leur stylo. Qui sont-elles ? Des femmes soldats, héroïnes de la liberté.
    Résistantes au communisme, au fascisme, au nazisme, elles étaient intellectuelles, témoins ou victimes. Ces héroïnes de la liberté ont combattu la propagande, l'idéologie, les camps. On les trouvera ici réunies, mais on découvrira surtout un florilège de leurs témoignages, mémoires, articles, carnets secrets ou brochures clandestines. Parmi elles : l'étudiante allemande Sophie Scholl, guillotinée à vingt-deux ans ; la pianiste Zhu Xiao-Mei, emprisonnée dans un camp de travail ; l'essayiste Victoria Ocampo qui a sauvé Gisèle Freund du régime nazi en 1941 ; Dorothy Thompson qui appelait, sur la BBC, les Américains et les Anglais à soutenir la cause de Churchill ; la philosophe Simone Weil, gaulliste de la première heure.
    Parce que le monde libre leur doit sa victoire, il leur fallait un livre hommage.
    Un document d'histoire exceptionnel.

    Avec la participation de Biljana Vucetic (Institut historique de Belgrade), Verónica Vives (Université de Barcelone) et Delphine Denuit (journaliste).

  • De l'état

    Stein E

    • Cerf
    • 17 Octobre 1989

    L' " Essai sur l'Etat " fait suite, dans le Jahrbuch für Philosophie und phänomenologische Forschung de 1925 à deux travaux, parus trois ans plus tôt, sur les fondements des sciences humaines.
    Alors que ces recherches de 1922 suivent rigoureusement l'intention critique de Husserl visant à donner d'ultimes fondements aux sciences, l' " Essai sur l'Etat " répond plus précisément aux voeux d'une théorie des essences. Il s'agit en effet de dégager l'essence, ou les structures invariantes de sens, qui fait qu'une collectivité humaine, une société, est un Etat - alors qu'elle pourrait ne pas l'être - et que cet Etat est souverain, ou n'est pas du tout.
    Cette préoccupation essentialiste rejoint évidemment celle des théoriciens du droit qui cherchent à leur façon à dégager le " juridique pur " de ce qui est jurisprudence factuelle ou pratique historique du droit. Mais elle s'inspire également des philosophes qui, à la suite de Fichte, notamment, jugent l'Etat selon sa capacité d'autonomie, voire d'autarcie. C'est ici qu'Edith Stein, au meilleur de sa forme philosophique, rapproche une théorie de la personne, passablement inspirée de Max Scheler et développée dans le second texte des " Fondements " intitulé " L'Individu et la Communauté ", d'une théorie de l'Etat issue des travaux de Reinach, Bernazik et Jellinek.
    C'est alors une analogie entre la souveraineté du Moi et la souveraineté de l'Etat qui se dégage et qui fait toute l'originalité de cette recherche. Une telle démarche impose évidemment de penser le rapport entre souveraineté et appartenance à une communauté d'Etats, comme s'est imposé à l'égologie husserlienne de penser le passage de la subjectivité monadique à l'intersubjectivité du monde commun.
    A l'heure où l'Europe se constitue, cette réflexion sur les conditions de l'Etat - toujours menacé de disparaître par manque de souveraineté - est fondamentale. Les nations ont-elles toujours vocation à la souveraineté étatique, ou est-ce l'Europe qui devra un jour assumer cette souveraineté imposée à chaque nation par sa propre histoire ?

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