Albin Michel

  • Au moment où les partis populistes remportent des succès déconcertants dans les sociétés libérales occidentales, en Autriche, en Italie, aux États-Unis..., nul ne saurait douter que nous traversons aujourd'hui ce que Chantal Mouffe appelle un « moment populiste », qui s'explique par la désaffection croissante envers les partis de gouvernement traditionnels et la défiance envers la chose politique dans son ensemble.
    Après L'illusion du consensus, la gauche progressiste que défendait l'auteure, capable de revitaliser la démocratie et de rétablir un espace où s'expriment les conflits, doit désormais se reconstruire ; et il semble bien qu'elle n'ait d'autre choix que d'adopter, elle aussi, une « stratégie populiste ». Mais attention, par « populisme de gauche », il faut entendre la stratégie qui vise à construire une frontière entre « le peuple » et l'« oligarchie », la seule frontière politique qui vaille, comme l'avance Chantal Mouffe dans ce texte aux allures de véritable manifeste.

  • Après un demi-siècle de dictature militaire, la Birmanie s'ouvre enfin au monde dans un contexte d'euphorie et de grands bouleversements. À l'issue d'élections historiques, le parti d'Aung San Suu Kyi, l'icône de la résistance, a été propulsé à la tête d'un nouveau gouvernement entré en fonction en avril 2016. Malgré cette victoire fulgurante, l'armée continue de peser lourdement sur la vie politique et économique. Guérillas ethniques, discours de haine de bonzes extrémistes et tragédies humanitaires fragilisent les bases d'une démocratie balbutiante.
    Bravant divisions et enjeux, des hommes, et surtout des femmes, de milieux différents, innovent dans tous les domaines - lutte contre la montée des intégrismes, justice sociale, égalité des genres, préservation des cultures, etc. - pour transformer une société traumatisée et construire une paix durable. C'est à travers leurs regards incisifs et leurs actions courageuses que Sylvie Brieu, grand reporter reconnue pour son travail en immersion avec les peuples autochtones du monde, s'est engagée à découvrir leur pays méconnu, riche de potentiels devenus objets de convoitises internationales. Son récit captivant nous fait partager le quotidien de ces résistants qui, tout en embrassant des problématiques universelles, nous confronte à nos responsabilités. Entre doute et espoir, tous rêvent de liberté.

  • Malgré le renouvellement de l'histoire des femmes, malgré les critiques adressées par des historien(ne)s à cette lecture de l'universalité monotype qui ne se dit pas, l'histoire de la démocratie continue de s'écrire au masculin. Pensée par des hommes et pour des hommes dans l'événement fondateur, la démocratie revisitée par les historiens ne pourrait-elle inclure les femmes dans son histoire, sachant que certaines d'entre elles sont intervenues, au même moment, dans le même événement, pour obtenir les mêmes droits ? Ou tout simplement, comment écrire l'histoire des hommes qui agissent et parlent avec celle des femmes qui se taisent pour la plupart ? Les femmes, exclues du politique, ne sont-elles pas incluses dans cette idée républicaine, dans cette démocratie qui ne peut devenir réalité qu'en englobant les deux sexes d'une humanité impossible à séparer ? Cette histoire peut-elle s'écrire ? Comment rendre compte du devenir d'une démocratie dont les maîtres d'oeuvre sont quelques-uns qui agissent au nom des autres, hommes et femmes ?

    Écrire cette histoire-là, c'est le défi qu'a choisi de relever Michèle Riot-Sarcey. Pour ce faire, l'auteur a choisi d'emprunter la démarche biographique : soit, suivre le parcours de trois femmes qui vécurent publiquement les moments forts de la première moitié du XIXe siècle en réclamant l'égalité des droits, dans ce temps important de l'élaboration de la pensée démocratique, toujours étroitement associée à la pratique politique.

  • Lorsqu'elle est intervenue devant la commission parlementaire sur le « voile intégral », Dounia Bouzar a défendu l'idée que l'État n'a même pas à se demander si la burqa relève de l'islam ou pas, il doit l'interdire pour raisons d'ordre public. Mais, même si elle accepte que cette interdiction se fasse par une loi (qui juridiquement ne serait pas nécessaire), elle entend prévenir du danger qu'il y aurait à croire à son efficacité. Car c'est en fait par beaucoup d'autres biais, que l'islam radical cherche à s'immiscer dans la vie quotidienne, des piscines municipales avec horaires réservés aux femmes jusqu'aux refus de consultations par un médecin homme dans les hôpitaux publics, en passant par l'exigence de viande hallal dans les écoles, etc.
    Comme elles l'ont fait avec l'islam dans les entreprises, les auteurs livrent ici le fruit de leur enquête dans les services publics, et pointent les multiples laxismes qui contreviennent aux principes républicains, partout. ou presque, puisque seule l'attitude à la fois équilibrée et ferme des services hospitaliers respecte à leurs yeux les valeurs de la laïcité.
    Ce constat sans concession est assorti, comme dans le précédent ouvrage, des conseils concernant les critères républicains que devraient suivre les responsables de l'État et des collectivités locales.

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