Philippe Rey

  • Où vivaient les gens heureux Nouv.

    Lorsque Eleanor, jeune artiste à succès, achète une maison dans la campagne du New Hampshire, elle cherche à oublier un passé difficile. Sa rencontre avec le séduisant Cam lui ouvre un nouvel univers, animé par la venue de trois enfants : la secrète Alison, l'optimiste Ursula, et le doux Toby.

    Comblée, Eleanor vit l'accomplissement d'un rêve. Très tôt laissée à elle-même par des parents indifférents, elle semble prête à tous les sacrifices pour ses enfants. Cette vie au coeur de la nature, tissée de fantaisie et d'imagination, lui offre un bonheur inespéré. Et si entre Cam et Eleanor la passion n'est plus aussi vibrante, ils possèdent quelque chose de plus important : leur famille. Jusqu'au jour où survient un terrible accident...

    Dans ce roman bouleversant, Joyce Maynard emporte le lecteur des années 1970 à nos jours, liant les évolutions de ses personnages à celles de la société américaine - libération sexuelle, avortement, émancipation des femmes jusqu'à l'émergence du mouvement MeToo... Chaque saison apporte son lot de doute ou de colère, mais aussi de pardon et de découverte de soi.

    Joyce Maynard explore avec acuité ce lieu d'apprentissage sans pareil qu'est une famille, et interroge : jusqu'où une femme peut elle aller par amour des siens ? Eleanor y répond par son élan de vie. En dépit de ses maladresses, son inlassable recherche du bonheur en fait une héroïne inoubliable, dans sa vérité et sa générosité.

  • 2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d'une petite ville de l'Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l'un des « médecins avorteurs » du centre.

    De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l'accident qui a causé la mort d'une de ses filles, et un mari démuni face à la dépression de sa femme. Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église où il fait la rencontre décisive du professeur Wohlman, activiste anti-avortement chez qui il croit entendre la voix de Dieu. Comme un sens enfin donné à sa vie, il se sent lui aussi chargé de défendre les enfants à naître, peu importe le prix à payer.

    Dans un camp comme dans l'autre, chacun est convaincu du bien-fondé de ses actions. Mené par des idéaux humanistes, Augustus Voorhees, le docteur assassiné, a consacré sa vie entière à la défense du droit des femmes à disposer de leur corps. Les morts de Luther et d'Augustus laissent derrière eux femmes et enfants, en première ligne du virulent débat américain sur l'avortement. En particulier les filles des deux hommes, Naomi Voorhees et Dawn Dunphy, obsédées par la mémoire de leurs pères.

    La puissance de ce livre réside dans l'humanité que l'auteure confère à chacun des personnages, qu'ils soient « pro-vie » ou « pro-choix ». Sans jamais prendre position, elle rend compte d'une réalité trop complexe pour reposer sur des oppositions binaires. Le lecteur est ainsi mis à l'épreuve car confronté à la question principale : entre les foetus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ?

    Joyce Carol Oates offre le portrait acéré et remarquable d'une société ébranlée dans ses valeurs profondes face à l'avortement, sujet d'une brûlante actualité qui déchire avec violence le peuple américain.

  • Poursuite

    Joyce Carol Oates

    De son enfance, Abby garde le souvenir de nuits tourmentées, habitées par un cauchemar récurrent : un champ peuplé d'ossements humains dans lequel elle erre à l'infini. Aujourd'hui Abby a vingt ans et, tandis qu'elle pensait avoir vaincu ses démons, son mariage imminent ravive l'affreux cauchemar. Moins de vingt-quatre heures après la cérémonie, Abby s'engage sur la chaussée et se fait renverser par un bus.

    Accident ou résultat d'un geste prémédité ? C'est ce qu'essaie de déterminer son mari, Willem, alors qu'un troublant faisceau d'indices se présente à lui : quelle est donc cette marque rouge autour du poignet droit d'Abby ? Pourquoi se réveille-t-elle en hurlant chaque nuit ?

    De confession en confession, Abby partage avec Willem ce qu'elle n'a jamais avoué à personne : l'histoire de Nicola, sa mère perpétuellement terrifiée, et de Lew, son père jaloux, violent, vétéran de la guerre d'Irak, accro à toutes sortes de drogues. Entre les deux, une fillette prise en étau...

    Porté par une écriture nerveuse oscillant entre le présent et l'enfance torturée d'Abby, à la poursuite de la surprenante vérité d'une famille, ce roman méticuleusement orchestré tient en haleine le lecteur jusqu'à la dernière seconde.

  • Un libraire Nouv.

    Un libraire

    Mérédith Le Dez

    Un essentiel parmi les essentiels, Jacques Allano était libraire en Bretagne, à Saint-Brieuc. Faute de successeur, il était sorti de sa retraite, prise presque dix ans plus tôt, pour revenir en octobre 2019 à la tête de la librairie dont il était le cofondateur, « Le Pain des rêves », et empêcher sa fermeture. Il en a été profondément heureux jusqu'au 16 mars 2020. Confronté à ses fragilités pendant le premier confinement, il s'est suicidé quelques jours après la réouverture de la librairie, le 16 mai 2020.

    Jacques était de la haute lignée des libraires. Un serviteur avant tout, humble et tenace, à la mémoire encyclopédique, au désordre savant parmi lequel seul un libraire peut se retrouver, et à l'amour inconditionnel des livres.

    Dans un premier temps, l'idée de raconter Jacques me parut révoltante à différents égards. Comment faire sans trahir sa pudeur ? Comment faire avec les trous, les lacunes, les mystères, les contradictions ? Comment faire avec mon chagrin ? Mais un dimanche de novembre, alors que chaque jour depuis sa mort je lui parlais intérieurement, comme au temps du « Pain des rêves » que nous avions partagé en frère et soeur de livres, je commençai de lui écrire.

  • Et devant moi, le monde Nouv.

    Printemps 1972 : le New York Times Magazine publie un long article qui connaît un immense succès. La signataire de ce discours original sur la jeunesse, Joyce Maynard, dix-huit ans, en première année d'université à Yale, reçoit des centaines de lettres enthousiastes, parmi lesquelles celle de J. D. Salinger, cinquante-trois ans (dont elle n'a jamais lu une ligne). S'ensuit une correspondance soutenue entre la jeune étudiante et l'auteur culte de L'Attrapecoeurs. Très vite, sur les instances de celui-ci, Joyce abandonne Yale et ses études pour aller partager avec son admirateur une vie faite d'un splendide isolement et d'ascétisme alimentaire. Mais, au fil des mois, les problèmes se multiplient au sein de ce couple improbable. Acupuncture et homéopathie n'y pourront rien: laissée en proie à un désarroi total, Joyce est congédiée d'une manière aussi cruelle qu'inattendue.

    Vingt-cinq ans plus tard, divorcée et mère de trois enfants, devenue ellemême un écrivain confirmé, elle tente de raconter cette histoire et d'y trouver une explication. Elle décrit son adolescence entre un père poète alcoolique et une mère décidée à faire de sa fille un prodige littéraire, mais surtout, avec une franchise parfois jugée choquante, elle analyse son combat désespéré pour retrouver son équilibre après que Salinger a mis fin à leur liaison. Une liaison étrange et dévastatrice dont le récit porte un éclairage peu banal sur l'idole des lettres américaines.

  • Folles nuits

    Joyce Carol Oates

    Plus inventive, et brillante, que jamais, Joyce Carol Oates joue dans ces nouvelles irrésistibles à imaginer les derniers jours de cinq géants de la littérature américaine. C'est ainsi que, dans Le Phare, Edgar Allan Poe, devenu gardien de phare, se retrouve sur une île déserte du Pacifique en proie à ses abominables souvenirs de souffrance et de deuil, avec pour seule compagnie celle d'un chien, témoin aussi de sa transformation en un monstre hybride, parent du « Cyclophage » né de sa démence. Grandpa Clemens et Poisson Ange, 1906 décrit un Mark Twain obsédé par les très jeunes filles, tandis que Papa à Ketchum, 1961 raconte un Hemingway réfléchissant à son suicide. Dans Le maître à l'hôpital Saint-Bartholomew, 1914-1916, Henry James doit pénétrer dans une salle remplie de soldats blessés et surmonter ses révulsions premières avant de s'enticher de ces « chers garçons » qu'il a toujours secrètement désirés. EDickinsonRépliLuxe fait revenir à la vie Emily Dickinson sous la forme d'une poupée androïde, un robot vivant fait sur mesure pour un couple de bobos entichés de poésie. Un prodigieux tour de force que ces histoires de folie, de désespoir, de solitude, et de frustration sexuelle, superbement tricotées par Oates dans le style même de chacun de ces cinq maîtres pourtant réputés inimitables.

  • L'appel a résonné au creux de la nuit : « Votre mari, Raymond Smith, est dans un état critique... » Titubante d'appréhension mais espérant contre tout espoir, Joyce se précipite à l'hôpital dont, guéri d'une banale pneumonie, Ray devait sortir le matin même. À l'arrivée, son compagnon de près d'un demi-siècle est déjà mort d'une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d'aucune sorte, Joyce est confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l'absence sans merci.

    J'ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d'une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. En proie à l'angoisse de la perte, cernée par un cauchemar de démarches administratives - et les absurdités pathétiques du commerce du deuil -, Oates décrit l'innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s'extraire que rarement, et à grand-peine, en se tournant vers ses amis.

    Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d'un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l'absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop-corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre, avec ce livre - qui ne ressemble à rien de ce qu'elle a écrit jusqu'ici - non seulement une belle histoire d'amour, mais aussi le portrait d'une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.

  • Paysage perdu

    Joyce Carol Oates

    C'est avec un mélange d'honnêteté brute et d'intuition poignante que Joyce Carol Oates revient sur ses années d'enfance et d'adolescence. Enfance pauvre dans une ferme de l'État de New York, qui fourmille de souvenirs : les animaux (notamment une poule rouge avec laquelle Joyce a noué un lien spécial), la végétation, le monde ouvrier, ses grands-parents hongrois dont elle remarque l'étrangeté, surtout celle de son grand-père dur, sale, élégant et taquin qui la terrifiait, ses premières classes à l'école, ses parents aimants et dévoués à leur fille. Des années qui lui offrent à la fois un univers intime rassurant, mais un univers limité, cerné par des territoires inaccessibles, propices à enflammer l'imagination de la jeune fille, du futur écrivain qui trouve là ses premières occasions de fiction. Des territoires où la mort rôde et où les êtres souffrent : cette maison dans la forêt où vivent des enfants qu'elle connaît, battus et abusés par un père violent et ivrogne qui y mettra le feu ; son amie de classe Cynthia, brillante et ambitieuse élève qui se suicidera à l'âge de 18 ans - Joyce culpabilisera de lui avoir survécu ; et sa soeur Lynn Ann, née le jour des 18 ans de Joyce, gravement atteinte d'autisme, qui deviendra violente au point de dévorer littéralement avec les dents les livres de sa grande soeur...
    Dans ce texte émouvant, Joyce Carol Oates explore le monde à travers les yeux de l'enfant et de la jeune fille qu'elle était, néanmoins consciente des limites de sa mémoire après tant d'années. Mais cette lectrice du premier livre qu'elle adula, Alice au pays des merveilles, sait que la vie est une succession d'aventures sans fin, qui voit se mêler comédie et tragédie, réalité et rêverie. La plume toujours ciselée, l'oeil aiguisé, Oates arpente un endroit et un temps oubliés qui virent la naissance de l'écrivain qu'elle est devenue, un voyage captivant qui ne manquera pas de renvoyer son lecteur, par un effet de miroir, à ses propres paysages perdus.

  • Ma vie de cafard

    Joyce Carol Oates

    Doit-on être loyal à la justice ou loyal à sa famille ?

    Rejetée par ses proches, Violet Rue Kerrigan revient sur son passé. Sa faute ? Avoir dénoncé pour meurtre ses grands frères, tortionnaires d'un jeune Africain-Américain. Lors de leur accès de violence raciste, elle avait douze ans.

    Dans un récit émouvant, Violet se remémore son enfance en tant que cadette d'une fratrie dysfonctionnelle d'origine irlandaise, durant les années 70 dans l'État de New York. Une famille où la parole du père ne souffre aucune contestation et où les garçons ont plus de valeur que les filles. La jeune femme raconte comment elle est passée du meilleur au pire : elle était la préférée des sept enfants Kerrigan, elle est maintenant celle qui « a cafardé » et entraîné l'arrestation de ses frères. Une décision qui lui a valu d'être exilée, chassée par ses parents, ses frères et soeurs, son Église...

    À partir de ce bannissement, Joyce Carol Oates analyse les souffrances de Violet, mais aussi comment elle s'est émancipée de l'emprise familiale pour partir en quête de sa propre identité. En définitive, c'est une vérité douloureuse qui parcourt ce roman sombre et sensible : les émotions les plus tendres peuvent changer en un instant. Vous pensez que vos parents vous aiment ? Êtes-vous bien certain que c'est vous qu'ils aiment, et pas juste l'enfant qui est le leur ?

  • Ady, soleil noir

    Gisèle Pineau

    Lorsque Man Ray, quarante-quatre ans, et Adrienne Fidelin, dix-neuf ans, se croisent au Bal colonial de la rue Blomet dans le Paris des Années folles, naît entre eux une histoire d'amour intense, qui durera quatre années avant d'être brutalement interrompue par la guerre. Des années de complicité et de passion qui les marqueront tous deux à vie.

    Gisèle Pineau, par la voix d'Ady, fait revivre ce temps suspendu du bonheur. Obligée de quitter sa Guadeloupe natale à l'âge de quinze ans pour s'installer à Paris, la jeune femme spontanée séduit bientôt Man Ray et se voit entraînée par le grand artiste américain dans la vie de bohème qu'il mène avec ses amis. Car, à Montparnasse, comme durant les étés à Mougins avec Paul et Nusch Éluard, Pablo Picasso et Dora Maar, Lee Miller et Roland Penrose, les instants sont d'une liberté sexuelle et intellectuelle sans pareille : les corps nus s'exposent au soleil ou à l'objectif de Man ; Ady, Lee et Nusch s'accordent tous les plaisirs désirés. C'est un âge d'or que raconte Ady, un temps de nouveauté et de création, une vie volcanique dont les protagonistes sont des géants de l'histoire de l'art.

    Gisèle Pineau a écrit le roman vrai d'Ady, une muse éblouissante, le « soleil noir » de Man Ray - une femme toute de grâce, dont Éluard aurait assuré qu'elle avait « des nuages dans les mains ».

  • Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes.
    Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée.
    Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu'elle voit, entend ou touche.
    Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir.
    Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l'ouragan suit les itinéraires personnels de deux " soeurs de naissance ", des années 1950 à aujourd'hui. Avec la virtuosité qu'on lui connaît, Joyce Maynard raconte les voies étranges où s'entrecroisent les vies de ces deux femmes, de l'enfance et l'adolescence à l'âge adulte - les premières amours, la découverte du sexe, le mariage et la maternité, la mort des parents, le divorce, la perte d'un foyer et celle d'un être aimé - et jusqu'au moment inéluctable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence.
    C'est un roman sur la culture des fraises et la conscription pour le Vietnam ; sur l'élevage des chèvres et les rêves vains de fortune vite gagnée ; sur l'amour de la terre et l'amour d'un père ; sur des individus qui, sans cesser de se chérir, peuvent soudain se blesser profondément. Les Filles de l'ouragan est surtout une histoire sur les liens qui constituent une famille, un foyer, sur la force dévastatrice de l'amour qui s'achève, et l'apaisement qu'apporte le pardon.

  • Femme a la fenetre

    Joyce Carol Oates

    Une célèbre peinture d'Edward Hopper se transforme en histoire trouble : il est 11 heures, une femme nue, chaussée d'escarpins à talons hauts, le regard vide tourné vers une fenêtre, attend son mari. Au même moment, celui-ci se précipite pour honorer ce rituel mis en place quotidiennement, tandis que le lecteur pénètre l'esprit des deux amants, chacun empreint pour l'autre de désir, de dégoût et de haine...

    Des six nouvelles intrigantes et mystérieuses qui composent ce recueil, Oates réussit à faire des prodiges de littérature. Une femme jalouse invite une étudiante, qu'elle croit être la maîtresse de son époux, à se joindre à eux pour le thé, et propose un jeu de roulette russe étrange et funeste : entre des tasses Wedgwood contenant une infusion corsée et un assortiment mortel de médicaments, qui boira quoi ? Dans un autre récit, un jeune marginal se croit hanté à la suite du décès de son père, torturé à mort. Dans un autre encore, le corps d'une enseignante, connue pour ses remarques déplacées envers ses étudiants, est retrouvé sans vie. Mais l'aveu du meurtre par l'un de ses élèves sème le doute : qui a vraiment tué cette femme ?

    Joyce Carol Oates explore brillamment les thèmes de l'abus physique, psychologique et émotionnel. Chaque nouvelle se lit comme une flèche empoisonnée logée en plein coeur. Personne, ni les personnages ni les lecteurs, n'en sortira indemne.

  • L'exercice

    Claudia Petrucci

    Giorgia et Filippo forment depuis trois ans un couple apparemment normal. Filippo a renoncé à une carrière de journaliste pour reprendre le bar de ses parents. Giorgia, qui souffre de troubles psychiques, voit en lui le garant de sa stabilité. Pour affronter leurs difficultés financières, elle abandonne ses études et s'accommode d'un emploi de caissière dans un supermarché. Agrippés l'un à l'autre, ils se racontent jour après jour une version supportable de leur vie, sorte de parenthèse avant la réalisation de leurs rêves. Mais quand réapparaît Mauro, l'ancien professeur de théâtre de Giorgia, la fiction qu'ils ont construite commence à vaciller, car avec ce talentueux metteur en scène ressurgit un passé que la jeune femme s'est efforcée de dissimuler. Cependant, elle accepte le rôle qu'il lui propose dans sa nouvelle pièce malgré les dangers qu'un tel engagement comporte pour elle.

    Mauro et Filippo font alliance pour la soutenir. Tour à tour complices et rivaux, ils ont l'idée de la soumettre à un « exercice », initiative qui les conduira tous les trois sur des chemins imprévus...

    Ce premier roman éblouissant raconte l'histoire d'une implacable manipulation. Claudia Petrucci y explore avec audace les frontières qui séparent la folie de la normalité, la fiction du réel, l'amour de la possession...

  • Avec La Princesse-Maïs, Joyce Carol Oates captive une fois de plus le lecteur par sept récits vénéneux et intrigants. Dans le premier, Marissa, douce préadolescente à la pâle chevelure couleur maïs, disparaît un soir de chez sa mère, qui peine à l'élever seule. Tandis que cette dernière et la police retournent les environs en vain, ils sont loin de se douter que Marissa a été kidnappée par des camarades, décidées à pratiquer sur leur proie un sacrifice inspiré d'une légende indienne.

    Sombres et oppressantes, les six autres nouvelles nous invitent dans la psyché de personnages troublés. Telle cette jeune veuve qui se fourvoie dans une relation dangereuse et ambiguë avec un ex-soldat abîmé par la guerre en Irak (« Helping Hands »). Ou ce malheureux chirurgien qui rate de manière spectaculaire une trépanation dans une ambiance des plus surréaliste (« Un trou dans la tête ») ; ces jumeaux aux caractères et aux physiques opposés, pris au piège de relations amour-haine (« Champignon mortel » et « Personnages-fossiles ») ; cette fillette incapable de distinguer rêve et réalité, qui refuse désespérément d'accepter l'arrivée de sa petite soeur (« Personne ne connaît mon nom »). Ou enfin cette jeune femme mettant à exécution une cruelle vengeance contre son ex-beau-père, qu'elle croit responsable du décès de sa mère (« Bersabée »).

    C'est bien de cauchemars qu'il s'agit, mais à la lecture pleine de délicieux frissons.

    Nouvelles traduites de l'anglais (états-Unis) par Christine Auché et Catherine Richard.

  • Désiré, balayeur de la Ville de Paris, trouve dans le métro une sacoche oubliée, contenant un ordinateur. Et lorsqu'il découvre à l'écran les premières pages d'un roman, cette lecture réveille en lui un enthousiasme bien enfoui depuis son départ de la lointaine île Maurice. Cet immigré à la vie humble, qui connaît les mots mais ne sait pas bien les écrire, sollicite l'aide de Marie, une bénévole en association, pour adresser un courrier des plus audacieux à l'auteur : l'ordinateur ne lui sera restitué que s'il donne une suite à l'histoire.

    Débute alors la correspondance entre Désiré et l'apprenti romancier Alexandre, cuisinier d'origine bretonne, sous le coup d'une rupture amoureuse. Comme, justement, Alexandre ne sait quoi faire de Sophie - son personnage victime d'un mal rare, mais réel : le syndrome de l'accent étranger -, il va mettre Désiré à contribution en lui demandant des idées.

    L'aventure commence pour ces deux hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer : un cheminement sensible, drôle, douloureux aussi. Au long de ce premier roman jubilatoire plein de surprises, les différents protagonistes s'aideront-ils mutuellement à surmonter leurs blocages pour donner un nouveau sens à leur vie ?

  • Daddy Love

    Joyce Carol Oates

    Avec Daddy Love, Oates emmène son lecteur aux frontières de l'horreur. Une horreur qui commence dans le centre commercial où Robbie, cinq ans, l'enfant chéri des Whitcomb, est enlevé sous les yeux de sa mère.

    Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons dont il se débarrasse dès qu'ils atteignent onze ou douze ans. Devenu « Gideon », Robbie va ainsi passer sept ans à « obéir » à Daddy Love afin de survivre aux traitements abominables que celui-ci lui fait subir.

    Mais qui est Daddy Love ? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Église de l'espoir impérissable, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif et estimé du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé (fabriqués par Gideon), un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement « d'éduquer » ses proies.

    Et puis, soudain, le ciel ayant enfin, semble-t-il, décidé de se pencher sur cette affaire, Daddy Love est arrêté, Robbie retrouve sa famille. En apparence tout se passe bien. En apparence seulement, car pour nous faire vivre ce retour, Oates déploie de nouveau les raffinements d'une cruauté ravageuse que le lecteur ne manquera pas d'apprécier tout en se posant la question : Redevient-on un être normal après sept ans d'intimité avec un monstre ? Une intimité qui a par instants des résonances de complicité ?.

  • S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique - l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté -, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la soeur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Âgé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père - homme d'affaires ambitieux, la mère - arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ?

    Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l'angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l'incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d'oeuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l'âme humaine et de l'horreur ordinaire...

  • Souvent les femmes se croient indépendantes, autonomes...
    Jusqu'à ce que frappe la violence masculine. Alors elles vacillent et, incapables de faire plus que rêver à leur évasion, acceptent leur statut de victimes. Ce sentiment d'impuissance face à la brutalité mâle imprègne ces nouvelles finement ciselées, dont les héroïnes reçoivent cette cruauté chacune à leur manière : l'une raconte à son ex-mari son étrange aventure avec un joueur de dés qui la traitait avec sadisme ou tendresse selon les fluctuations de ses gains aux tables de jeu ; une autre, prostituée, rêve de trancher la gorge de son compagnon avec la lame de rasoir cachée dans son sac, mais se contente de le quitter en l'insultant faiblement...
    Ces vingt-cinq mini-romans, malgré leur noirceur sous-jacente, ne cessent de fasciner et - on ose à peine l'avouer - de séduire.

  • Cher époux

    Joyce Carol Oates

    Avec ce recueil de nouvelles (chacune un vrai roman en soi) et qui pourrait s'intituler Terreurs tranquilles, Joyce Carol Oates prouve encore, s'il en était besoin, son incontestable maîtrise du genre. En proie dès le début à un malaise grandissant, impossible à analyser, l'innocent lecteur devient la victime consentante d'une panique subtile qui finit par le laisser, au bout de ces récits, pantelant d'angoisse, incapable de distinguer un bonheur entrevu d'un malheur définitivement en marche. Froide et sans pitié, souvent sournoise, la violence approche, inexorable. Tout ce qui peut traverser la vie en manière de sentiments est là, semble-t-il, pour la nourrir : le désespoir - et le secret délice - d'aimer plus que l'on ne l'est en retour, (« Coeur sutra ») les passions génératrices de frustrations mortelles (« Vigilante »), (« Vice de procédure »), les obsessions érotiques fatales (« Magda Maria »), les liens familiaux cruellement distendus (« Vigilante» ) ou pervertis (« L'aveugle »). Dans tous les cas - (et plus particulièrement dans « Cher époux ») -, les couteaux, longs, minces et tranchants sont tirés. Prêts à servir.

  • étouffements

    Joyce Carol Oates

    Elle ne sait plus. Ou plutôt, la drogue aidant, elle ne se rappelle que trop bien : le bébé rose assassiné, les bandages autour de la tête, non ce n'était pas une poupée qu'elle a vue, c'est sa petite soeur, et c'est son père qu'elle aimait tant qui l'a tuée, étouffée, elle le sait, à moins que ce soit sa mère... Trente ans après, elle doit la venger, il le faut.
    Et il en va ainsi pour les personnages de ces dix nouvelles glaçantes. Hommes et femmes, jeunes et vieux, ils ne peuvent plus respirer. Dans l'attente désespérée d'un bonheur qu'ils ont connu et perdu, ou tant rêvé et jamais approché, ils étouffent, ils ont besoin d'air et de vengeance. Vampires exigeants, ils s'acharnent moins à sucer le sang qu'à voler le souffle de ceux qui leur ont failli. Ils veulent qu'on leur rende ce que, selon eux, on leur a pris : un coeur (Donnez-moi votre coeur : une femme abandonnée par son amant dans sa jeunesse, entend, vingt-trois ans plus tard le récupérer sous peine de mort,) ; une épouse (Le premier mari : un homme découvre dans un tiroir des photos de sa femme avec son premier mari : fou de jalousie, il décide de le tuer, et se jette sur lui à coups de fourche, mais le fait-il vraiment ?) ; un enfant (La Chute), une vie (Veine cave) ... Et les victimes de ces prédateurs, perdant la respiration à leur tour sous les assauts de l'angoisse ou de la haine, n'ont plus qu'à tenter de ne pas sombrer dans les remugles d'un passé qu'elles croyaient à tort oublié.

  • On a parfois dit de Joyce Carol Oates qu'elle écrivait trop. Mais, en tout cas, le soin et l'intelligence qu'elle apporte à chacun de ses textes font qu'elle n'écrit jamais n'importe quoi. Une preuve supplémentaire nous en est donnée avec ces dix nouvelles " de mystère et de suspense ". À quoi on pourrait ajouter " d'horreur tranquille ".
    Le décor est vite planté. Il est en général des plus ordinaires. L'atmosphère, apparemment celle de la banalité quotidienne, est distillée en quelques phrases innocentes. Mais soudain - un détail qui cloche, une expression un peu sibylline -, voilà que se répand en vous une vague inquiétude, lentement transformée en subtile terreur. Allez-vous abandonner votre lecture de peur de vous noyer dans l'horreur ? Pas question. Car cette championne de la survie en eaux glauques qu'est Oates vous oblige à tourner avidement les pages. Vous voulez " savoir ", connaître la fin de ces histoires, vous en libérer. Et c'est à vos risques et périls - le moindre étant l'insomnie - que vous irez jusqu'au bout de ce génial Salut ! Comment va ! (propre à vous dégoûter à jamais du jogging) avant d'entrer dans l'abominable Musée du Dr Moses en passant par Surveillance anti-suicide (de l'art consommé du chantage), le terrible Gage d'amour et l'indiciblement atroce Dépouillement. Quant aux cinq autres nouvelles, elles sont dignes d'un Edgar Poe ou, avec L'homme qui combattit Roland La Starza, d'un Ernest Hemingway.
    Un plaisir - diabolique - jusqu'à la dernière page.

  • De ma prison

    Nasreen Talisma

    C'est en effet d'une prison que Taslima Nasreen lance ces émouvants textes-messages. D'une prison rebaptisée safe house, où le gouvernement indien l'a tenue enfermée depuis novembre 2007 sous prétexte d'assurer sa protection. D'abord assignée à résidence début septembre dans sa maison de Calcutta, l'écrivaine découvre l'inquiétude du gouvernement local, soumis à la pression des partis politiques soucieux de s'assurer le vote islamiste.
    À partir du 23 novembre, ce sera l'« éloignement » dans un endroit inconnu près de Delhi. Mesure qui se transforme vite en un internement pur et simple, destiné à obliger la prisonnière à quitter l'Inde de son propre gré. Ce qu'elle refuse absolument, préférant continuer à affronter les menaces dont elle est l'objet plutôt que de renouer avec la vie d'errance qu'elle a menée par le passé, pendant près de douze ans loin de son pays et de ses sources d'inspiration. Cloîtrée dans sa cellule, avec pour seuls compagnons un ordinateur et un téléphone capricieux, elle résiste jusqu'au moment où, privée des soins appropriés, sa santé chancelle. Fin mars 2008, Taslima Nasreen a repris le chemin de l'exil.
    Ces pages, tissées d'angoisse et de solitude, sont aussi un long cri d'étonnement : pourquoi cette grande démocratie laïque qu'est l'Inde, où elle avait cru trouver enfin refuge et justice, lui a-t-elle infligé cette ultime punition? De quel péché Taslima s'est-elle rendue coupable ? Celui d'avoir dit la vérité ?

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