P.o.l

  • Il est des hommes est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l'enfance dévastée, l'injustice, le sida, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000.
    Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l'Etoile et flanquée d'un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Karel vit avec sa soeur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance, toxicomanie, pauvreté des parents, et indifférence des institutions.
    Le roman s'ouvre sur l'assassinat de leur père. Les trois enfants vont s'inventer chacun un destin. Karel s'interroge : « Qui a tué mon père ? » Et fantasme sur la vie qu'il aurait pu mener s'il était né sous une bonne étoile, s'il avait eu des parents moins déviants et moins maltraitants. Il se demande s'il n'a pas été contaminé par la violence, s'il n'est pas dépositaire d'un héritage à la fois tragique et minable, qui l'amènerait à abîmer les gens comme son père l'a fait. Il veille sur son petit frère et voit sa soeur réussir une carrière au cinéma.
    C'est aussi le roman de Marseille, d'avant le MUCEM et d'avant la disparition du marché de la Plaine, qui constitue la géographie sentimentale du livre. Et c'est une plongée romanesque dans toute une culture populaire dont l'auteure saisit l'énergie et les émotions à travers les chansons de l'époque, de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John.

  • Pas dormir Nouv.

    Pas dormir

    Marie Darrieussecq

    « J'ai perdu le sommeil. Je me suis retournée sur mes pas et il ne me suivait plus. Il s'était détaché de moi, et j'errai sans lui dans la nuit. » Marie Darrieussecq souffre d'insomnie depuis des années, comme beaucoup d'entre nous. Elle raconte dans ce livre l'aboutissement de vingt ans de voyage et de panique dans la littérature et dans les nuits. Vingt ans de recours désespérés et curieux, parfois très drôles, à toutes sortes de remèdes, pharmacopée, somnifères, barbituriques, méditation, exercice physique, tests, chamanisme, technologie, recettes et expédients divers... Mais ce livre est surtout hanté par une question magnifique : « Qui est-ce qui ne dort pas quand je ne dors pas ? ». Pas dormir est ainsi une autobiographie d'un genre nouveau : raconter « l'autre qui ne dort pas » et qui est aussi soi. Marie Darrieussecq mène évidemment l'enquête dans la littérature : « J'ouvre les livres et tous me parlent d'insomnie. Woolf ! Gide ! Pavese ! Plath ! Sontag ! Kafka ! Dostoïevski ! Darwich !
    Murakami ! Césaire ! Borges ! U Tam'si ! Sur tous les continents, la littérature ne parle que de ça. Comme si écrire c'était ne pas dormir. » Elle raconte ses voyages dans le monde entier, les chambres d'hôtel où le sommeil ne vient pas. Jusqu'au Rwanda, où la mémoire vive du génocide témoigne d'une autre insomnie : devant l'horreur.
    L'insomnie nous éveille à l'altérité du monde : présences effacées, fantômes, espèces vivantes en voie de disparition, mondes perdus : « D'autres êtres ont les yeux ouverts. D'autres yeux regardent. L'insomnie se nourrit de ce sentiment confus : il y a autre chose ».
    De nombreuses photos et reproductions de documents accompagnent le récit.

  • Yoga

    Emmanuel Carrere

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • Hors gel Nouv.

    Hors gel

    Emmanuelle Salasc

    Au déclenchement de la sirène, courez immédiatement vous mettre à l'abri au point de rassemblement le plus proche. Ne téléphonez pas. Ne quittez pas le point de rassemblement sans consignes des autorités.
    Oubliez votre soeur.

  • Lambeaux

    Charles Juliet

    Lambeaux est un récit autobiographique.

    Dans la première partie, l'auteur évoque sa mère qu'il n'a pas connue et qui a eu un destin tragique. après avoir vécu un amour malheureux, s'être mariée, avoir sombré dans une dépression consécutive à quatre maternités rapprochées, elle fut admise dans un hôpital qu'elle n'a plus quitté et où elle est morte huit ans plus tard.
    Dans la seconde partie, l'auteur nous relate son parcours: la famille adoptive, l'enfance paysanne, l'école d'enfants de troupe, puis les premières tentatives d'écriture, lesquelles vont progressivement déboucher sur une toute autre aventure: celle de la quête de soi.
    Une descente aux enfers sera le prix à payer pour qu'un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.

  • Ce que c'est qu'une existence Nouv.

    Roman choral, Ce que c'est qu'une existence raconte cette mystérieuse évidence d'être au monde ensemble au même instant et de vivre des vies différentes. Plusieurs histoires sont reliées, d'une façon ou d'une autre, par la romancière, elle-même personnage de son propre livre. On suit différentes existences sur une seule et même journée, dans plusieurs lieux (un appartement, un avion, une chambre d'hôpital, un cargo sur la mer de Marmara, un taxi au sud de l'Europe, des villes turques...). Mais tout part d'un carrefour à Paris. Un père, déjà âgé, observe le quartier depuis sa fenêtre. Son fils, Tom, est sur un bateau en Méditerranée. Dorris fuit son histoire amoureuse avec Tom. Stan erre dans la ville, après avoir accompagné sa femme Magda à l'hôpital.
    Ahmad, qui vient de Syrie, s'installe chaque matin sur un carton à ce même carrefour. Et d'autres personnages encore, la gardienne de l'immeuble du père, le fils de la gardienne, une hôtesse de l'air dans l'avion que prend Dorris, une infirmière auprès de Magda, Anna et Steven, un couple de jeunes voisins qui se disputent, jusqu'à des homards furieux qu'on les plonge dans l'aquarium d'un restaurant. On suit, avec émotion, humour et empathie, comment chacun à son échelle se débrouille avec l'existence. Comment toutes ces vies se croisent, se frôlent, s'ignorent, se cherchent ou se fuient. On y parle d'amour, de l'affection père-fils, d'exil, de guerre, de prison, de la possibilité des réconciliations, des étés. Et de l'épidémie, qui s'est invitée de force dans l'histoire, puisqu'elle change le monde autour de nous. Ici ou là, se glissent des confidences intimes, des secrets douloureux. Tandis que le roman écrit les vies en train de se faire et se défaire.

  • Beaux et maudits (The Beautiful and Damned) est le deuxième des quatre romans de Fitzgerald (1896-1940), et sans doute le plus mal connu. Paru en 1921, il y a exactement un siècle, il raconte la déchéance d'un jeune couple, Anthony et Gloria, de la veille de la Grande Guerre au début de la Prohibition. Avec une noirceur radicale, Fitzgerald (qui n'a pas encore vingt-cinq ans) y massacre systématiquement : les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, l'amour, l'amitié, l'intelligence, le romantisme, l'écriture, l'espérance, les ambitions, des plus modestes aux plus nobles, la société américaine, la démocratie, l'armée, l'industrie du cinéma naissant. Aucune échappatoire possible : l'insouciance, l'alcool et la fête sont également disqualifiés. Mais ce pessimisme est un tremplin qui permet à Fitzgerald de faire surgir, sous forme de fragments éphémères, de regrets, de souvenirs impossibles, des instantanés de beauté et de poésie (la Beauté, dit-il plusieurs fois dans le roman, qui n'est poignante que parce qu'elle est condamnée) - et tout particulièrement dans ce qu'il transmet de New York (c'est son grand roman new-yorkais), de ses quartiers, de ses saisons, de sa lumière.
    Julie Wolkenstein propose une nouvelle traduction personnelle de ce roman américain à (re)découvrir : il n'existe que deux traductions françaises, l'une ancienne de 1964, l'autre de 2012 uniquement disponible dans La Pléiade.

  • « Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j'essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C'est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. » Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s'est imposé à elle alors qu'elle travaillait sur un autre projet et qu'elle a écrit d'une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif.
    C'est un roman à la première personne, où l'héroïne découvre au fur et à mesure qu'elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire.
    Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s'y cache avec d'autres. D'autres ? Des compagnons de fuite, loin d'un monde qu'on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu'ils ont emmenés avec eux dans leur fuite.
    Cette dystopsie, qui se situe dans la postérité de Le meilleur des mondes, comme dans celle de 1984 ou de Fahrenheit 451, nous raconte une histoire de trafic d'organes, de gérontocratie, de totalitarisme sanitaire et politique.
    Marie Darrieussecq, avec ce personnage très légèrement en retard sur les événements, et à ce titre bouleversant, renoue avec la veine de Truismes.

  • Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente ") - pierre de patience - Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères. on lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres. et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate...
    Et ce jour-là on est délivré.

    Dans un contexte de guerre, un homme a reçu une balle dans la nuque et se retrouve immobilisé. Sa femme est auprès de lui, lui parle, et exprime ses émotions sans retenue, sans savoir si son mari l'entend et la comprend. Cette confession la libère de l'oppression conjugale, sociale et religieuse, l'incitant à révéler ses secrets dans le contexte d'un pays semblable à l'Afghanistan.

  • Qu'est-ce qu'un bébé ?
    Pourquoi si peu de bébés dans la littérature ?
    Que faire des discours qui les entourent ?
    Pourquoi dit-on « bébé » et pas « le bébé » ?
    Qu'est-ce qu'une mère ? Et pourquoi les femmes plutôt que les hommes ?

  • La robe blanche

    Nathalie Léger

    • P.o.l
    • 23 Août 2018

    Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : une jeune artiste qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l'avait prise en voiture au sud d'Istanbul. Artiste ou martyre ? Candeur ou sacrifice ? Elle voulait faire régner l'harmonie par sa seule présence en robe de mariée. Mais ce n'est ni la grâce ou la bêtise de cette intention qui captive la narratrice, c'est d'avoir voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu'elle n'y soit pas arrivée. Et parce qu'elle découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : pouvoir réparer sa propre histoire blessée en lui demandant de raconter son mariage, d'exposer l'injustice de son divorce. Le père, l'ayant quittée dans les années soixante-dix avec éclat pour une autre femme, avait réussi à faire prononcer leur divorce à ses torts exclusifs, à elle, l'épouse abandonnée. La mère demande à sa fille d'écrire l'ordinaire de ce qui s'est passé, l'échec, l'abandon, les larmes, l'injustice. Elle lui demande aussi d'écrire pour réparer. Mais si une robe de mariée ne suffit pas à racheter les souffrances de l'humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice pour les larmes d'une mère ?

  • Mausolée Nouv.

    Mausolée

    Louise Chennevière

    Être amoureuse, follement, comme on peut l'être à vingt-cinq ans, et finir par être abandonnée. Connaître les doutes, les mensonges, les lâchetés, la jalousie. Histoire fatale et banale, familière. Celle des romans d'amour.
    Celle des amoureuses de tous les livres. C'est à la fois l'histoire de la narratrice du roman de Louise Chennevière, et l'objet de sa révolte. Une jeune femme indépendante, soucieuse de vivre sa liberté, se retrouve pourtant prise au piège d'une passion ardente et d'une rupture, du cliché historique et littéraire de la passion. Tout le long d'une nuit, douloureuse, cathartique, elle repasse une dernière fois par tous les souvenirs, raconte, ressasse son obsession, éprouve jusqu'à son point limite l'absence. Elle écrit, pour tout à la fois, pallier le manque et l'accepter, pour oublier et se souvenir, célébrer l'absent et le détruire, l'enterrer, l'enfouir dans un mausolée de mots. Cette voix, parfois lyrique, parfois clinique, rejoue et traverse tous les lieux communs du délire amoureux, s'inscrivant dans la lignée des plaintes des amoureuses de la littérature. Une voix qui se sait héritée, construite, contre laquelle la narratrice se rebelle, mais contre laquelle, aussi, elle ne peut rien. Et tout au bout de la nuit, le livre impossible est là : un roman d'amour, malgré tout.

  • Le jour baisse, dixième volume de mon journal, couvre quatre années, de 2009 à 2012. Dans les volumes précédents, je veillais à peu parler de moi. Ici, je m'exposedavantage, parle de ce que j'ai longtemps tu : mon épouse, sa famille, mes rapports avec celle-ci. Je relate ce que fut mon année préparatoire aux études de médecine, ma seconde session à cet examen. Une angoisse indicible. Échouer aurait été pour moi une tragédie. Arrêt des études et engagement dans l'armée.
    Pendant cette année, à mon école d'enfants de troupe, j'ai eu des rapports difficiles avec un capitaine. Plus le rugby, plus une ardente faim de vivre, plus des tentations, plus un grand désordre dans la tête et dans le coeur.
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  • Méthode

    Mary Dorsan

    La narratrice de ce nouveau roman est ergothérapeute, et décide d'animer des permanences syndicales. Dès la première fois, elle se trouve désemparée. Un homme se présente, et livre son désarroi intime et professionnel. La narratrice décide de nommer Méthode ce premier homme rencontré lors de sa première permanence. Quelques jours avant, un fait divers l'a bouleversée : le calvaire vécu par Méthode Sindayigaya, paysan burundais qui, en France, à Ville-d'Avray, est esclavagisé par un diplomate pendant dix ans. Il ne sort plus, dort au sous-sol, ne mange plus à sa faim. Dix années pendant lesquelles il ne peut plus maintenir de contact avec sa famille, son pays. L'ancienne femme de ménage d'un voisin raconte avoir vu une ombre sortir les poubelles de la résidence du diplomate. Méthode pèse quarante kilos. Le voisin fait un signalement à la Police. Tente de délivrer l'esclave. Mais Méthode a peur, il ne se résout pas à briser ses chaînes. Méthode devient pour la narratrice la méthode, en quelque sorte, pour tenter de dire, dénoncer l'injustice et le désarroi humain, social. « La littérature commence souvent là où la parole devient impossible », rappelle Mary Dorsan. Tout son livre en est comme l'exploration précise. Elle rend compte de plusieurs histoires humaines douloureuses qui forment une langue de combat, de conscience, pour rendre une parole aux humiliés d'aujourd'hui. « Méthode est un homme humilié. Ce récit est sa revanche. Évidemment, il ignore tout de mon travail d'écriture », écrit Mary Dorsan.

  • Toni tout court

    Shane Haddad

    « Aujourd'hui, Toni a vingt ans. Elle se regarde dans la glace. J'ai vingt ans. Elle n'a pas l'impression d'avoir vingt ans. C'est son anniversaire et c'est jour de match. ».
    C'est l'histoire de Toni. Elle se lève un matin, s'habille, déjeune, ferme la porte et s'en va pour la journée. La journée de son anniversaire et d'un match de foot. Le match de son équipe, la sienne, celle qu'elle aime, qu'elle suit, celle à laquelle elle pense à chaque moment de son errance quotidienne. Ce soir, c'est match et toute la journée est une attente. Toute la journée est une projection de son entrée dans le stade, son entrée dans la tribune où déjà les supporters chantent son arrivée. Le tambour, l'épaisseur des fumigènes, la foule de tous ces inconnus. C'est dans cette tribune remplie d'hommes qu'elle trouvera sinon une place, du moins un espace où vivre pour un temps. Parce que la tribune est à la fois un espace qui n'imagine pas une présence féminine et à la fois un espace hétérogène, multiple, indéfinissable. C'est pour cela que Toni est un personnage qui ne veut pas se définir. Elle est entre première personne et troisième personne du singulier, entre deux âges, entre deux temporalités, entre existence et disparition, entre marche décisive et errance sans fond, entre rêve et conscience, entre tumulte et silence, entre femme et homme.
    Cette narration, à l'apparence minimaliste, est tendue comme un drame. Shane Haddad invente une voix, dans une adresse directe presque sans interruption, pour faire apparaître le portrait d'une jeune femme insoumise et perdue, banale et porteuse d'une colère intime qui traverse le corps féminin.

  • Certains des textes regroupés dans L'Aplatissement de la Terre ont été écrits pendant la pandémie et le premier confinement en France, d'autres non, tous donnent des nouvelles du monde, monde souvent réduit, divisé, meurtri, mais où une parole peut toujours se déployer, raconter une histoire, et chercher à sa façon la rencontre.

  • Ethan Frome

    Edith Wharton

    • P.o.l
    • 6 Mars 2014

    Les montagnes du Massachusetts à la fin du XIXe siècle. Ethan Frome est un jeune homme pauvre qui aime les livres et rêve de voyages. Il a hérité d'une ferme et d'une scierie qui ne rapportent rien, épousé une vieille cousine hypocondriaque. Et, sans comprendre ce qui lui arrive, il tombe amoureux pour la première fois. En trois jours, sa vie va basculer. Même la mort ne voudra pas des héros de cette tragédie rurale, chef-d'oeuvre atypique d'Edith Wharton.

  • Dix récits, dix vies ou destins. À une même époque, dans diverses villes d'un même pays, ont vécu un brodeur, une actrice, une photographe, un dessinateur, une choriste, un sculpteur, une danseuse, une cinéaste, un musicien et un auteur. On n'aura pas nécessairement entendu parler d'eux. Leurs noms ne sont d'ailleurs pas mentionnés. Les dix artistes dont il est question forment une société réellement secrète - méconnue de ses membres mêmes. Leurs préoccupations sont liées les unes aux autres par d'innombrables attaches invisibles, peut-être encore plus solides que celles qui lient les membres d'un même milieu. Ce livre est ainsi le récit des affinités réelles mais inconnues. Chacune de ces vies partage le même sentiment (à son insu) de se trouver à la périphérie des choses plutôt qu'en leur coeur. Ces existences forment une société ténue, insaisissable : celle, précisément, dont elles pensaient manquer.
    C'est l'histoire de cette société imperceptible, manquante, qui est racontée, à travers les aspirations et tribulations particulières de ces artistes. Une société réellement secrète, dont le secret est si bien gardé que ses membres ne font que l'entrapercevoir dans leurs moments de plus grande solitude. Comme dans À l'OEil Nu avec les témoignages de strip-teaseuses, Alice Roland essaie de penser la littérature depuis un dehors - ici, parler de l'art non pas depuis l'intérieur du milieu de l'art, mais à travers des gens qui ne peuvent pas ou préfèrent ne pas entrer dans ce milieu.

  • « La même nuit que moi, ou la veille au soir, dans la même clinique, naît le fils d'un héros local de la Résistance. Le moment venu de me donner un prénom, duquel on ne s'est jusque-là pas mis en peine, ma mère demande comment s'appelle le fils du héros local. Le prénom connaît une version féminine. On ne va pas chercher plus loin. ».
    Avec ce nouveau livre, Danielle Mémoire s'approprie le genre autobiographique en s'inspirant directement du livre My life (1980) de la poétesse américaine Lyn Hejinian. Le premier paragraphe pour la première année de vie, suivi de deux pour la deuxième, puis trois pour la troisième, et ainsi de suite jusqu'à la trente-sixième année. Puis on redescend, de manière à arriver à un unique paragraphe, d'une unique ligne (et citée de Lyn Heginian), pour la soixante-douzième année.
    Les éléments retenus peuvent être ou bien les seuls dont l'auteure est sûre pour une année donnée, ou bien ceux qui sont, ou peuvent apparaître comme étant la source de motifs dans l'ensemble de ses écrits.
    Et l'effort de scrupuleuse véracité devient le principe à la fois génératif et limitatif du livre.

  • L'exposition

    Nathalie Léger

    À l'occasion d'un projet d'exposition sur La Ruine, la narratrice relate sa rencontre inopinée avec une héroïne oubliée du second Empire, la comtesse de Castiglione, dont elle tente de retracer l'existence à partir d'un recueil de photographies retrouvées dans sa bibliothèque. Cette femme, célèbre pour sa grande beauté, sa fatuité, sa fin lamentable, a entretenu un rapport très étrange avec son image : plus encore qu'aucun de ses contemporains, plus encore que Montesquiou, le modèle du Charlus de Proust.
    La Castiglione a confié le sens de son existence à la photographie. Ancêtre des héros modernes de l'autoportrait, cette beauté fatale se rendait chez le photographe comme certains vont au coffre y placer leur bien. Et pourtant, la beauté semble avoir déserté ces clichés ; ne subsiste qu'une tristesse et une solitude effroyables. Croyant exposer sa seule beauté, elle demanda à la photographie de l'accompagner dans le ravissement comme dans l'abjection et surexposa l'effondrement de son existence.
    Sous les bibelots d'un Empire à son apogée, la narratrice croise quelques questions toutes contem- poraines : l'effroi de son propre corps, la peur du regard de l'autre, l'attachement à quelques vestiges qui rassurent. Une image en fait surgir une autre, une femme en rappelle d'autres : l'autre femme, cruelle ou désirable. L'écriture, comme la photographie, permet de s'avancer au seuil de l'ombre, à la recherche de la mère tant aimée et de l'enfant qu'elle fut.

  • Au tréfonds de l'être, une plaie suinte, que maintiennent à vif maintes de ces questions auxquelles il n'est jamais facile de fournir une réponse : vivre, le faut-il ? Et ce mot, vivre, comment le comprendre ? Quelles significations lui attribuer ? Et que doit-on faire de sa vie ? Quel sens lui donner - ou en recevoir ? Et s'il semble rigoureusement indispensable de se connaître, cet être que je suis, quel est-il ? Dois-je le subir dans tout ce qu'il est ? Ou bien puis-je le transformer ? Mais alors dans quel but, quelle intention ? Vais-je savoir brûler ce qui m'encombre, désenfouir mon noyau, ne garder en moi que ce qui procède de l'élémentaire, l'originel ? Et cet autrui dont je viens de vérifier à quel point il est mon semblable, vais-je savoir le rejoindre ? Et si je cède à ce désir de me connaître, comment dissoudre l'angoisse qu'il suscite ? Comment vaincre la peur de la vie ? La peur de la mort ?..
    Mais quand ces questions le taraudent, l'être n'est pas à même de se les formuler. Elles ne sont tout d'abord qu'un malaise, un désarroi, une lancinante sensation d'exil, l'âpre nostalgie de ce que l'on ne saurait nommer, une infranchissable solitude. Et c'est à son insu que l'être se trouve progressivement engagé dans une aventure dont il ne soupçonne ni en quoi elle réside, ni où elle est susceptible de le mener.
    Les notes rassemblées dans ce Journal sont les traces laissées par un homme embarqué dans une telle aventure, et qui, des années plus tard, devra s'avouer qu'en se scrutant la plume à la main, il n'a fait qu'obéir à un urgent besoin de se révéler à soi-même, se clarifier, s'unifier, à l'impérieuse nécessité d'accéder à la liberté, la connaissance, une ineffable lumière.

  • « J'ai commencé à écrire Le chant du poulet sous vide comme un conte, de la même manière que le marketing crée des contes, jusqu'à nous faire croire que les animaux que nous mangeons sont d'adorables bêtes, saines et dévouées, avec lesquelles nous avons une relation. ».
    La mère est morte. Sa fille, Paule, revient à la ferme et à son élevage de poulets. Citadine, elle se retrouve à devoir s'occuper d'eux, les tuer et les vendre au marché. Quitte à devoir négliger son mari architecte.
    Mais en mettant à mort les poulets, Paule renouvelle sans cesse le deuil de sa mère. D'autant qu'elle s'attache à eux et ne parvient à les sacrifier qu'en leur rendant hommage, en écrivant leur biographie, en leur créant des stèles. Le roman est ainsi ponctué de biographies de poulet qui deviennent de plus en plus funestes. Paule trouve pour chaque petite bête un caractère. Ces biographies précèdent de peu la mise à mort. Ecrire devient à Paule aussi nécessaire que tuer.
    Mais Paule entend améliorer l'existence des poulets. Elle retourne en ville avec un projet d'exploitation révolutionnaire. Le passage à l'échelle industrielle n'est pas sans risque, Paule commence à douter d'elle-même. Prise à son propre piège d'humaniser la viande à consommer, d'écrire des fictions sur les poulets. Le conte que Paule s'est inventé vire à l'absurde. Les personnages principaux du livre deviennent les poulets. Et l'humanité déraille doucement, victime de ses compromis entre son désir fou de consommation et de ses stratégies de dénégation d'une réalité sanglante.

  • Ce journal VI couvre les années 1993-94-95-96. Pendant ces années, Charles Juliet a publié Accueils, le cinquième tome de son Journal, Carnets de Saorge, et Lambeaux, le récit sur ses deux mères. Dans le même temps, il a composé les poèmes d'A voix basse, paru en 1997. Au cours de cette même période il effectue plusieurs voyages. Avec un couple ami, il se rend en Thaïlande et au Laos, et il est invité dans plusieurs villes d'Allemagne, au Québec, au Mexique et au Japon.
    Dans Lumières d'automne, avec une grande maîtrise et une écriture soignée, il aborde de nombreux sujets, parle de ses rencontres, du décès de sa mère adoptive, de ses lectures, revient sur son enfance, approfondit sa réflexion sur la connaissance de soi, la condition humaine, la vie en général...

  • Le psychanalyste

    Leslie Kaplan

    Simon est psychanalyste.
    Il est vif, joueur, ouvert au hasard. Avec lui, dans son cabinet, les analysants, leurs histoires tragiques, comiques, leurs questions, ce qui se passe pendant les séances, et ce qui se passe dehors. En contrepoint, une femme, Eva, qui, elle, essaie de penser le monde et la vie à travers la lecture et la relecture de Kafka. Car dans l'un et l'autre cas, c'est de cela qu'il s'agit : penser. Vivre et penser, ne pas vivre sans penser.
    Tous les personnages de ce livre sont des héros parce qu'ils affrontent le conflit entre leur désir de vérité et leur passion pour l'ignorance : ils sont des héros par la pensée, des héros de la pensée. En même temps ils sont tout le monde, chacun de nous.
    Si on pense on est vivant, on change, on peut changer. Alors, évidemment, il arrive plein de choses : le récit est toujours en train de se faire, comme l'identité, jamais donnée, car c'est dans chaque détail que tient le sens et le sens est lié à chaque détail.
    C'est pour ça que le dernier mot est au monde, cette accumulation innombrable de détails et de possibles.

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