Mercure De France

  • Une mère inconnue qui ressemble à Liz Taylor, un père tendrement aimé qui se prend pour Musset, un amant marié qui joue avec un revolver, un autre qui apparaît le jour de la mort de Beckett, des amies en Allemagne, en Corse, en Angleterre, dont parfois le souvenir a presque disparu, et un Je tantôt féminin, tantôt masculin, vulnérable ou assassin, apparaissent tour à tour, comme on abat des cartes, dans ce nouveau jeu d'Anne Serre placé sous le signe de Lewis Carroll.
    Un autoportrait en trente-trois facettes.

  • Parle tout bas Nouv.

    Je ne pouvais plus échapper à mon histoire, sa vérité que j'avais trop longtemps différée. J'avais attendu non pas le bon moment, mais que ce ne soit plus le moment. Peine perdue. La mienne était toujours là, silencieuse, sans aucune douleur, elle exigeait d'être dite. J'ai espéré un déclenchement involontaire qui viendrait de cette peur surmontée d'elle-même. La peur n'est pas partie mais les mots sont revenus.

    En 2005, la narratrice a dix-neuf ans quand elle est victime d'un viol dans une forêt. Plainte, enquête, dépositions, interrogatoires : faute d'indices probants et de piste tangible, l'affaire est classée sans suite. Douze ans après les faits, à la faveur d'autres enquêtes, un suspect est identifié : cette fois, il y aura bien un procès.
    Depuis, la narratrice a continué à vivre et à aimer : elle est mère d'une petite fille et attend un deuxième enfant.
    Aujourd'hui, en se penchant sur son passé, elle comprend qu'elle tient enfin la possibilité de dépasser cette histoire et d'être en paix avec elle-même Elsa Fottorino livre ici un roman sobre et bouleversant, intime et universel, qui dit sans fard le quotidien des victimes et la complexité de leurs sentiments.

  • Sous un tonnerre d'applaudissement, Lydia quitte la scène, chargée de bouquets, dont l'un uniquement d'orchidées, fleur de prédilection de Diaghilev. Il n'a inscrit qu'un mot sur la carte épinglée à la gerbe : Bravissima ! Elle lève les yeux vers sa loge et le salue, avec Serge Lifar, son partenaire dans cette entreprise triomphale de L'Oiseau de feu. Et elle aperçoit Maynard qui applaudit avec tant de frénésie que ses mains en paraissent floues...

    ...Maynard Keynes, son mari, le célèbre économiste, dont les gouvernements britannique, américain et même soviétique s'arrache les conseils, et qui, à quarante ans passé, est tombé amoureux fou de la danseuse étoile des Ballets Russes, lui qui n'avait connu jusque-là que des liaisons homosexuelles. Et elle, la belle Lydia Lopkova, qui a dix ans dansait Casse-Noisette devant le tsar Nicolas II, devenue une star au fil d'une carrière professionnelle et amoureuse mouvementée.
    Leur liaison improbable, puis leur mariage, inattendu, à Londres en 1925, stupéfia et émut l'Angleterre, en particulier leurs amis du fameux Groupe de Bloomsbury, dont Virginia Woolf, qui commença par s'y opposer... Voici leur histoire.

  • Indienne par sa mère, américaine par son père, Karina n'a pas trouvé d'équilibre dans sa double origine. La mort accidentelle du petit frère qu'elle aimait tant, puis le divorce de ses parents qui n'ont pas supporté ce drame, finissent par lui faire perdre pied.
    Entrée à l'université, elle ne s'y sent pas à sa place, son pre mier petit ami la trompe... Bref, elle est prête à tomber dans les fi lets du séduisant et ténébreux Micah.
    On connaît bien les techniques utilisées pour appâter une per sonne fragile et l'intégrer dans une secte sans qu'elle s'en rende compte. C'est ce qui arrive à Karina - et est admirablement décrit ici par Shilpi Somaya Gowda. D'abord le charme, puis l'emprise, puis le doute, l'inquiétude et finalement la peur, mais l'impossibilité de se libérer. Ce que Karina avait cru être une nouvelle « famille » va en fait devenir une terrible prison.

    Après les succès de La fille secrète et d'Un fils en or, on re trouve ici tout le talent de la grande romancière indienne

  • Victoire ne savait nommer ses plats et ne semblait pas s'en soucier. Elle était enfermée le plus clair de ses jours dans le temple de sa cuisine, petite case qui s'élevait à l'arrière de la maison, un peu en retrait de la case à eau. Sans parler, tête baissée, absorbée devant son potajé tel l'écrivain devant son ordinateur. Elle ne laissait à personne le soin de hacher un cive ou de presser un citron comme si, en cuisine, aucune tâche n'était humble si on vise à la perfection du plat. Elle goûtait fréquemment, mais, une fois la composition terminée, ne touchait pas.

    Cuisinière au savoir-faire inoubliable, Victoire Élodie Quidal travaille au service d'Anne-Marie et Boniface Walberg, à La Pointe. Sa virtuosité et son excellence sont recherchées par la bonne société guadeloupéenne qui la réclame dans ses cuisines... Victoire, qui n'a pas été épargnée par le destin, connaîtra-t-elle enfin son heure de gloire ? C'est avec une affection toute particulière que Maryse Condé brosse le portrait attachant de cette femme qui fut aussi sa grand-mère.

  • Né à Lille, de père guadeloupéen et de mère roumaine, Kassem ne sait où se situer et se voit forcé d'endosser des identités qu'il n'a pas choisies. Il rencontre le Dr Ramzi dont il devient l'assistant et le protégé. Le médecin a une réputation sulfureuse. Kassem soupçonne des pratiques douteuses, voire coupables. Mais Ramzi exerce sur lui une fascination dont il ne peut se défendre. Ce Dr Ramzi est-il vraiment un sauveur ? Kassem saura-t-il s'affranchir de lui ? Énigmes et rebondissements sur un rythme haletant nous entraînent dans l'univers de Maryse Condé, sur les pas de son héros au destin à la fois burlesque et pathétique.

  • Un bungalow colonial au mobilier banal, très usé, très pauvre. Autour, la plaine de Kam, dans le Haut-Cambodge. Cinq personnages. La mère s'assied sur un siège bas, les autres se groupent autour d'elle. Ils parlent de la mère. De son passé. De sa vie. De l'amour par elle provoqué. La mère restera immobile, lointaine, comme séparée de sa propre histoire. Tout ce qui pourrait être dit ici l'est directement par ses enfants Joseph et Suzanne, par le Caporal et Mr Jo qui l'ont aimée. La mère - objet du récit - n'aura jamais la parole sur elle-même, ni sur sa vie d'enseignante en Indochine, de pianiste à l'Eden Cinéma au temps du cinéma muet, ni sur son existence ingrate, ardue, d'après l'Eden Cinéma. «Elle était dure, la mère. Terrible. Invivable. Pleine d'amour. Mère de tous. Mère de tout. Criante. Hurlante. Dure...»

  • Candace est une jeune Américaine d'origine chinoise discrète et introvertie. Après des études de photographie, elle vit désormais à Manhattan dans un petit appartement et travaille pour Spectra, une entreprise qui fabrique des livres pour les grands éditeurs, notamment des Bibles. Elle vit comme une New-yorkaise classique en dépensant l'argent qui ne passe pas dans son loyer à s'acheter des vêtements Uniqlo, des crèmes hydratantes Clinique ou à boire des cafés chez Starbucks... Bientôt la fièvre Shen, une épidémie venue de Chine, touche la population mondiale. Cette maladie inconnue oblige les gens à des gestes répétitifs dénués de sens : ils deviennent des zombies répétant inlassablement et à l'infini des gestes quotidiens - mettre la table, essayer des vêtements - jusqu'à mourir d'épuisement... La nostalgie semble un facteur aggravant de la maladie : les enfiévrés sont piégés dans leurs souvenirs. Candace reste seule dans les bureaux désertés de Spectra, voit New York se vider de ses habitants et se figer autour d'elle. Des palmiers se mettent à pousser sur Time Square déserté... Écrit bien avant l'épidémie de corona virus, ce roman visionnaire saisissant de réalisme réinvente le genre post-apocalyptique : Les enfiévrés questionne notre rapport au travail et la solitude de la vie contemporaine.

  • On était ceux de La Borde. Dans le village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. Elle nous a sensiblement mis dans le même sac, une bande de drôles de loustics qui laissaient des Fous circuler dans un parc sans barrières et vivaient avec eux. Nous savions que les Pensionnaires étaient des Fous, évidemment ; mais La Borde, avant toute chose, c'était chez nous. Les Pensionnaires, on disait aussi les Malades, n'étaient ni en plus ni en moins dans notre sentiment. Ils étaient là et nous aussi.

    Fondé en 1953, l'établissement de La Borde est célèbre dans le monde de la psychiatrie. Cette clinique hors normes entendait rompre avec l'enfermement traditionnel qu'on destinait aux malades mentaux et les faire particpier à l'organisation matérielle de la vie collective. Ce lieu doit beaucoup à Félix Guattari, psychanalyste et philosophe qui codirigea la clinique jusqu'en 1992.
    Quand on habite enfant à La Borde parce que ses parents y travaillent, l'endroit est surtout perçu un incroyable lieu de liberté : un château, un parc immense, des forêts et des étangs.À travers une série de vignettes et par touches impressionnistes, Emmanuelle Guattari évoque avec tendresse son enfance passée dans ce lieu extraordinaire où les journées se déroulent sous le signe d'une certaine fantaisie.

  • Tu écris comme on crie pour appeler à ton secours, transformer les morts en vivants, retrouver des lieux perdus. Jamais de plan, tes personnages te dictent les mots qu'il faut. Tu écris comme tu jardines, la terre creusée en profondeur comme pour mieux t'ancrer dans le sol français, écris pour liquider un contentieux avec toi-même et ton passé. Tu as rarement recours à l'imagination, ta vie dépasse toute fiction. C'est dans ta nature de perdre les hommes qui t'aiment, dans ta nature d'écrire ce que tu vis, le vécu ne prend sens qu'une fois écrit noir sur blanc ou serré, braise dans ta main, la brûlure confirme que tu es encore en vie.

    Une femme s'interroge : pour quelles raisons n'a-t-elle pas su garder les hommes qui ont partagé sa vie ? La passion d'écrire est-elle incompatible avec l'amour ?
    Vénus Khoury-Ghata parle de toutes les femmes qui vivent dans une grande solitude après une disparition.
    Vénus Khoury-Ghata rend le deuil presque supportable.

  • Je connais tout de ces situations maintes fois rencontrées en trente ans de métier. Mais je n'ai jamais pu me faire à cette peur qui vous étreint lorsque vous sonnez à la porte d'un patient, que vous entendez dans le fond de son appartement des cris ou des râles ou, pire encore, le silence, et que vous n'avez aucun moyen de voler au secours de celle ou de celui qui a tant besoin de vous. Appeler les enfants, souvent occupés, loin, injoignables, tenter d'alerter un voisin qui a peut-être un double de la clef. En dernier recours : appeler les pompiers...

    Montpellier. Madeleine, Évelyne, Lilas, Léonor et Joseph sont infirmiers dans un cabinet médical. Parmi leurs patients, beaucoup de personnes âgées à qui ils prodiguent des soins, bien sûr, mais apportent surtout un peu de chaleur humaine. Ils se relaient auprès d'eux, créant un périmètre de protection. Parfois, il en faudrait peu pour qu'ils se laissent submerger. S'oublier et se perdre eux-mêmes, et ce serait alors tout un édifice fragile d'aide et d'assistance qui risquerait de vaciller...
    Dans ce roman bouleversant, Michèle Gazier rend un hommage délicat à ces femmes qui sont des passantes des temps modernes, aux avant-postes de la solidarité et de l'altruisme.

  • Je ne sais pas quand je me suis dit pour la première fois « mon père est fou », quand j'ai adopté ce mot de folie, ce mot emphatique, vague, inquiétant et légèrement exaltant, qui ne nommait rien, en fait, rien d'autre que mon angoisse, cette terreur infantile, cette panique où je basculais avec lui et que toute ma vie d'adulte s'employait à recouvrir, un appel de lui et tout cela, le jardin, le soir d'été, la mer proche, volait en éclats, me laissant seule avec lui dans ce monde morcelé et muet qui était peut-être le réel même.
    Personne est le portrait, en vingt-six angles et au centre absent, en vingt-six autres et au moi échappé, d'un mélancolique. Lettre après lettre, ce roman-abécédaire recompose la figure d'un disparu qui, de son vivant déjà, était étranger au monde et à lui-même. De « A » comme « Antonin Artaud » à « Z » comme « Zelig » en passant par « B » comme « Bond (James Bond) » ou « S » comme « SDF », défilent les doubles qu'il abritait, les rôles dans lesquels il se projetait. Personne, comme le nom de l'absence, personne comme l'identité d'un homme qui, pour n'avoir jamais fait bloc avec lui-même, a laissé place à tous les autres en lui, personne comme le masque, aussi, persona, que portent les vivants quand ils prêtent voix aux morts et la littérature quand elle prend le visage de la folie.

  • noor se sent aussi sèche que les feuilles flétries qui collent à ses semelles, que son puits déserté par l'eau.
    elle s'alimente le moins possible, ne fait plus de feu pour chasser le froid accumulé sous sa peau, s'attache à ne rien modifier autour d'elle. ils viendront accompagnés d'enfants et de chiens teigneux qui s'en prendront à sa chèvre utile pour le repas traditionnel prévu d'avance. ils mangeront après avoir lancé les sept premières pierres appelées les salvatrices. sept, répète-t-elle en s'aidant de ses doigts.
    sept, comme les jours de la semaine, comme les cailloux qui fixent le toit de la réserve. sept pierres pour fêler sa tête comme une grenade mûrie au soleil de l'été. dans un village aux portes du désert, noor attend son châtiment : coupable d'adultère et condamnée par une fatwa, elle doit être lapidée. sur la place, les pierres sont déjà prêtes. noor n'imagine pas pouvoir se soustraire à la justice et aux traditions ancestrales : elle doit payer pour sa faute.
    c'est compter sans l'intervention de l'étrangère, une française au service d'une mission humanitaire qui, pour la sauver, déploiera des trésors d'énergie et de volonté... formidable conteuse, vénus khoury-ghata brosse les portraits de femmes au destin tragique, déchirées entre le respect de la tradition, l'aspiration à la liberté et le droit à l'amour et au plaisir.

  • 11 mars 2004 : attentats dans les gares de Madrid. Alice, qui vit à Madrid puis 7 mois et qui est restauratrice de tableaux, spécialiste de Zurbarán, fait partie des nombreuses victimes. Elle sort indemne mais choquée de la catastrophe qui fera plus de 200 victimes. Après le drame, Alice n'est plus la même: elle qui aimait tant travailler sur les détails des soieries et raviver la beauté des saintes de l'Allégorie de la charité, trouve désormais son travail dérisoire. Et même la relation amoureuse avec Angel, chef-cuisinier venu de Colombie, est remise en cause. Elle vit les affres de la culpabilité des « survivants ». Bientôt emmurée dans son silence, seule avec sa blessure intime, elle a besoin de rentrer en France. Mais comment faire quand on est incapable de prendre un avion ou un train ? En France, le drame espagnol est déjà loin des mémoires...


  • au sommet du morne câpresse, dans un véritable jardin d'eden, vit la mystérieuse congrégation des filles de cham.
    dirigée par la soeur pacôme, la communauté recueille des femmes blessées par la vie : meurtrières, droguées, prostituées. soumises à une hiérarchie inflexible, des dizaines d'adeptes oeuvrent pour panser les plaies de ces filles perdues et faire respecter des rites stricts. c'est en désespoir de cause que line, à la recherche de mylène, sa soeur disparue, grimpe sur le morne et s'adresse aux filles de cham : mais ses questions gênantes perturbent le bel ordonnancement.
    derrière les apparences idylliques, ces femmes cacheraient-elles quelques lourds secrets oe.

  • Tous les jours, andres soriano, perclus d'arthrose, se poste sur le banc de l'abribus de la ligne numéro 15.
    C'est là qu'il rencontre milush, l'adolescente au drôle de prénom. la jeune fille et le vieux monsieur entament la conversation. elle vit seule avec sa mère ; lui nourrit l'espoir quasi obsessionnel de retrouver l'ange noir qui l'a un jour émerveillé par son chant magnifique... malgré la disparité de leurs âges, les lourds secrets de famille, les peurs et les peines, une affinité élective hors du commun va se révéler entre la gamine impertinente et le vieil homme, qui fondera peu à peu une belle complicité et illuminera leurs existences.

  • Puis il s'était penché. Je m'étais approchée pour lui offrir ma joue. Mais il s'était penché encore. Et soudain, dans le choc des visages, j'avais senti l'humidité de sa bouche s'échouer au coin de mes lèvres. Je n'avais eu que le temps d'esquisser un mouvement de recul. Il avait refermé la portière, me faisant un signe de la main en me souriant tandis que la voiture démarrait et que je m'effondrais sur le dossier, essuyant mon visage avec dégoût sur la manche de ma veste en jean, le coeur battant, en retenant mes larmes.

    New York, septembre 1997. La jeune Cécile est étudiante. L'un de ses professeurs est un écrivain célèbre : Serge Doubrovsky, pape de l'autofiction. Entre elle et lui s'installe une relation très forte. Les années passant, la jeune femme et l'écrivain se voient, à Paris ou à New York, ils dînent ensemble, apprennent à se connaître toujours plus intimement, échangent sur la littérature et sur la vie. Bientôt, ils n'ont plus de secret l'un pour l'autre, une confiance absolue les lie. Pygmalion ou père de substitution, Doubrovsky n'est pour Cécile ni l'un ni l'autre. Du moins se plaît-elle à le croire et à le lui faire croire.

  • Ce que je veux, c'est arriver au point où je perds tout contrôle, pas dans la violence mais dans une douce acceptation des choses. Je souhaite le renoncement au terme d'un trajet de souffrance qui me révèle mon impuissance. Souffrir pour se rapprocher du moment où il n'y a plus rien à perdre et où toute parole, tout geste, toute odeur, tout souffle du vent, tout scintillement du soleil sur la mer est une grâce du ciel.

  • Le poète fou caché sous sa couverture continue à balbutier des choses. Ses mots refusent de mourir. Le vacarme des trains n'empêche pas le poète de se réciter ses poèmes, de se les déclamer. Il entend des ovations. Il peut mourir en paix maintenant qu'il se sait apprécié. Moins fou, Mandelstam comprendrait que ce qu'il prend pour des ovations ne sont que des réclamations, ses camarades, des déportés comme lui, veulent du pain et pas des mots. Mort, ils continueront à lever son bras pour profiter de sa ration.
    En 1938, le grand poète russe Ossip Mandelstam a 47 ans et se meurt dans un camp de transit près de Vladivostok. Staline, « le montagnard du Kremlin, l'assassin et le mangeur d'hommes », est le responsable de sa déchéance. Du fond de sa cellule, perdu dans son monde peuplé de fantômes, Mandelstam revoit défiler sa vie : quatre décennies de création et de combat, aux côtés de Nadejda, son épouse adorée, et de ses contemporains, Akhmatova, Tsvétaïeva, Pasternak et bien d'autres...
    Grâce à son écriture sensible et à son sens inné de la dramaturgie, Vénus Khoury-Ghata redonne vie à Mandelstam et lui permet d'avoir le dernier mot. Prouvant que la littérature est l'un des moyens les plus sûrs de lutter contre la barbarie.

  • Je suis une grand-mère sur patins à roulettes.
    J'avance, je fonce, je ne m'arrête pas une seconde. Peut-être que si je m'arrêtais je tomberais. Peut-être que si je ralentissais, mon coeur aussi ralentirait dans une lente asphyxie. Peut-être que l'effort, le travail, la vitesse me tiennent lieu de moteur, de ronron dans les veines, que les pinceaux sont mes meilleures jambes et la fatigue ma plus tendre amie.
    Je ne décille pas de toi, je ne désalive pas de paroles, je ne taris jamais de mots. Le passé coule entre nous sa masse.

    Celle qui se raconte ainsi, Linda, est une vieille dame fantasque de 85 ans. Elle vit aujourd'hui à Genève, mais son histoire a commencé ailleurs. Elle a traversé tout le XXe siècle, de Bagnolet où elle est née à la Suisse où elle vit désormais. À la jeune fille qui l'écoute avec attention, elle va livrer les secrets de sa vie qui fut peu banale. La vitalité de son récit, son allant et sa fougue tiennent sa jeune interlocutrice en haleine. Cette dernière l'interpelle, la pousse à se dévoiler toujours d'avantage : leurs deux voix alternent dans une atmosphère de confiance et de complicité qui va aussi permettre à celle qui se prénommait Nelly de révéler pourquoi elle est devenue la Linda d'aujourd'hui, une artiste dont l'appartement déborde de quatre mille tableaux et d'innombrables sculptures...

  • Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Une main à la Michel-Ange, aux ongles bien dessinés. C'est une histoire uniquement de gestes où les paroles privées de sens sombrent dans le néant. Et le désir reste impossible à combler, enfantin et adulte à la fois comme s'ils appartenaient, ces gestes, à une petite fille mais aussi à son contraire. Une petite fille solitaire et qui a faim de gratifications, et une adulte ingénieuse, experte. Même les odeurs sont des vagues qui vont et viennent et portent en elles tendresse et ténèbres, les narines les suivent comme si elles marquaient une piste pour s'orienter dans cette forêt de silences. L'amour est au centre de ce récit. Paris, Rome, Venise, les années se superposent, mais le regard de la petite fille est le même que celui de la femme qu'elle est devenue. Si aiguisé, si précis, si intuitif, si vrai. Pour la première fois, Rosetta Loy, figure majeure de la littérature italienne contemporaine, publie en France un texte inédit dans sa langue maternelle. Elle peut enfin dire, en toute liberté, toutes les choses enfouies et les restituer dans l'éclat où elles lui sont apparues. Avec violence et nécessité, sans jamais tricher. Rosetta Loy signe ici un grand livre en tressant sa vie intime avec celle de l'Italie.

  • Bien que Ping Lu soit un des écrivains les plus connus de Taiwan - romancière, essayiste, elle enseigne également à l'université de Taipei - elle a eu du mal à publier ce livre dans son pays et il ne le sera pas en Chine communiste. Elle n'est pas « politiquement correcte » sur un sujet qu'on n'a pas le droit d'aborder : l'amour, quand la politique s'en mêle. Et vice-versa.
    Il s'agit du très romanesque dernier amour de Sun Yat-Sen, le père de la révolution chinoise, mort en 1925, pour sa jeune et très belle deuxième épouse, Song Quingling. Après une vie pleine d'aventures, il avait rencontré au Japon cette ravissante fille d'une richissime famille chinoise (une de ses soeurs épousera Tchang Kai-Chek, une autre le principal banquier de la révolution) et s'en était immédiatement épris. Elle allait partager pendant neuf ans les aléas de son parcours - et se retrouva veuve à 34 ans à peine.
    C'est leur tumultueuse vie commune - puis les années de solitude qui allaient suivre que nous raconte ce roman. Après avoir été passionnément aimée, avoir assisté et participé aux combats de son mari, qu'allait devenir la belle Quingling ? Romancière, mais historienne aussi, Ping Lu nous entraîne dans les amours clandestines qu'elle connut ensuite - forcément clandestines, la veuve de Sun Yat-Sen ne pouvait s'afficher avec personne - et la vie étrange qu'elle a passée pratiquement recluse dans un palais de Pékin. Elle y est morte en 1981. Un voile se lève sur ces presque soixante années.

  • Amalia racontait les ronces qui envahissaient les chemins, les oliviers qui partaient à l'assaut des collines et dont, quand elle était petite, elle avait tellement peur.
    Elle racontait les brebis dans les granges et les murets de pierres sèches le long des champs. Le sentier qui menait à la falaise et l'âne un jour qui a sauté. Dans ces moments-là, Amalia redevenait pour un instant la petite fille qu'elle avait été, rêvant du monde entier sans avoir jamais quitté ses collines. Et même, mais alors vraiment rarement, Amalia parlait du jour où Stepan Iscenderini était arrivé à Tornavalo, le jour où le village s'était arrêté de respirer.
    Région des Pouilles, début du XXe siècle : Amalia a passé son enfance à déambuler dans des paysages écrasés de soleil en imaginant des mondes inconnus au-delà des mers. Le jour où elle croise un beau marin aux yeux verts arrivé de Turquie, et qui dit avoir traversé la mer Noire à la nage, la jeune fille comprend que l'homme sera à la hauteur de ses rêves. Bientôt, Amalia et Stepan quittent Tornavalo pour aller tenter leur chance à Alexandrie.
    Début d'un incroyable périple... De Bari à Istanbul, de Malte au Liban, d'Alexandrie à Marseille, Amalia Albanesi est la saga d'une famille sur quatre générations. Une lignée de femmes exceptionnelles ballottées d'un bord à l'autre de la Méditerranée au gré d'histoires d'amour passionnelles et des désordres de l'Histoire, de la révolution bolchevique à la guerre d'Espagne.

  • Lorsque François, agent immobilier, la quarantaine, en rupture de ban avec sa femme et ses enfants, rencontre Emma - La Succulente -, il découvre un personnage hors du commun.
    Certes, il n'a pas l'habitude de fréquenter les prostituées. Mais entre eux, la relation n'a rien de charnel : en partageant leurs solitudes, François et Emma deviennent amis. C'est ainsi que François découvre qu'Emma, avant d'être prostituée, a été championne de natation ! Lorsque La Succulente disparaît du jour au lendemain sans laisser d'adresse, François est sous le choc. Peut-être la maison de sa mystérieuse amie lui livrera-t-elle quelques nouveaux secrets.

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