Sciences humaines & sociales
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Beauté fatale ; les nouveaux visages d'une aliénation féminine
Mona Chollet
- La découverte
- Poche Essais
- 23 Avril 2015
- 9782707185815
Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la " tyrannie du look " affirme aujourd'hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du " complexe mode-beauté " travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au coeur de la sphère culturelle.
Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d'auto-dévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu'il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps constitue bien la clé d'une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail. -
On aime à se dire qu'elle est essentielle. Mais, en réalité, l'amitié est souvent raillée, considérée comme futile ou invisibilisée. Dans les films, les livres, les imaginaires et les récits que l'on fait de nos parcours, elle passe presque toujours à l'arrière-plan : la jeunesse terminée, elle devrait s'éclipser au profit du couple et de la famille. Elle est ce lien que l'on sacrifie volontiers les années passant, quitte à abandonner une petite part de soi avec. Mais pourquoi le couple romantique représenterait-il l'unique façon de cheminer avec d'autres dans l'existence ?
Depuis quelques années, de plus en plus de personnes décident de revendiquer leurs amitiés et de s'engager pleinement dans ces relations. Elles y découvrent des lieux de joie, mais aussi de solidarité et de résistance face aux aliénations du système patriarcal, capitaliste et dans une période de grande incertitude écologique. Hétéros ou queers, entre femmes, entre hommes ou dans des groupes mixtes, elles et ils sont nombreux à réinventer, entre ami.es, des manières de militer, d'habiter, de consommer, de faire famille, de vieillir ensemble et, finalement, de prendre soin les un.es des autres.
Mobilisant de nombreux entretiens, des références culturelles, des études sociologiques aussi bien que des textes philosophiques, Alice Raybaud montre que l'amitié porte une dimension libératrice puissante, qu'elle peut être une force de dissidence et d'émancipation. Elle appelle ainsi à réinventer ce lien, intime et politique, et à remettre nos amitiés au centre de nos vies. -
Vivre, libre - Exister au coeur de la suprématie blanche
Amandine Gay
- La découverte
- Cahiers Libres
- 2 Octobre 2025
- 9782348082702
Comment vivre et s'émanciper dans un monde façonné par l'oppression raciale ?
En commençant par en reconnaître la dimension systémique : plus qu'une idéologie de haine, plus qu'une question individuelle ou morale, c'est un régime politique, dont les fondements historiques et philosophiques continuent d'opérer aujourd'hui.
Dans ce livre, Amandine Gay en dévoile les ressorts à travers une exploration de son propre parcours et des classiques de la pop culture : de la domination adulte à la famille en passant par l'amitié, la sexualité ou le travail, elle identifie les manifestations quotidiennes de la suprématie blanche et les mécanismes de sa perpétuation.
En observatrice sagace des rapports de pouvoir, elle pointe les formes ordinaires de la violence raciale mais aussi les moyens de s'en libérer. Dans le sillage des Jacobin.es noir·es dont elle reprend la déclaration d'indépendance postrévolutionnaire, l'autrice nous invite à nous décentrer et à nous engager dans un antiracisme actif, conditions indispensables d'une émancipation qui serait vraiment celle de tou.tes. -
Sortir de la maison hantée : Comment l'hystérie continue d'enfermer les femmes
Pauline Chanu
- La découverte
- Cahiers Libres
- 16 Octobre 2025
- 9782348084065
L'hystérie n'est-elle qu'une fiction du passé ? On l'associe généralement à un diagnostic obsolète, né de l'esprit d'hommes de la fin du XIXe siècle et resté figé dans les mémoires par les photographies de femmes en train de faire l'arc de cercle, pieds et mains au sol, les yeux révulsés. Supprimée des classifications psychiatriques, l'hystérie est supposée avoir aussi disparu du vocabulaire juridique. Le terme peut même nous faire sourire tant son caractère misogyne relève aujourd'hui de l'évidence.
Et pourtant, l'hystérie continue de nous hanter. Elle est toujours présente dans les cabinets des médecins, les couloirs des hôpitaux psychiatriques, au sein des cours de justice, des commissariats de police, dans nos familles et nos imaginaires. Si ce signifiant flottant se terre parfois sous d'autres noms, il s'agit toujours de faire des femmes des folles pour cacher les violences dont elles sont réellement victimes.
Car l'hystérie ne tombe pas du ciel : pour qu'il y ait " hystérisation ", il faut d'abord des " hystériseurs ".
À partir de rencontres avec des femmes psychiatrisées, d'affaires contemporaines, d'entretiens avec des historien.nes, des avocat.es, des médecins, d'archives d'hôpitaux, de témoignages laissés par des autrices internées, Pauline Chanu exhume la voix des femmes enfouies sous les diagnostics et nous invite à laisser parler les fantômes. Celles-ci nous montrent la porte de sortie de la maison hantée. -
Résistances affectives : Les politiques de l'attachement face aux politiques de la cruauté
Chowra Makaremi
- La découverte
- 11 Septembre 2025
- 9782348088148
Pourquoi certaines morts soulèvent-elles des foules ? Comment les émotions et les relations peuvent-elles devenir des formes de résistance ? De Baltimore à Téhéran, de Buenos Aires à Delhi, cet essai traverse les soulèvements contemporains à partir de leurs matières sensibles, et déplie leur héritage féministe. C'est de là que part la question de la résistance affective, interrogeant ce que nos vulnérabilités, nos colères, nos attachements font à la politique. Il ne s'agit pas d'opposer l'émotion à la raison, mais de penser les affects comme une mémoire vive, un point d'appui et de riposte face aux politiques de la cruauté.
Au fil des pages, se dessinent les systèmes nerveux de la résistance, les savoirs nocturnes qui hantent l'histoire, les formes de soin qui sous tendent l'organisation politique. Le récit s'attache à ce que le pouvoir fait aux corps - et ce que les corps font à la politique.
De l'intime au collectif, l'enquête avance en suivant des points de tension (l'indignation, le deuil, la mémoire, les liens) qui tracent les chemins par lesquels on tient, on se relève et on répond. La colère face à une injustice, le chagrin qui ne passe pas, l'impression que ce qui compte est effacé : ce qu'on ressent est aussi politique - et ces expériences ordinaires nous invitent à porter attention à ce qui, en chacun, résiste déjà. -
On ne naît pas mec : Petit traité féministe sur les masculinités
Daisy Letourneur
- La découverte
- Poches Decouverte
- 6 Mars 2025
- 9782348087547
Pourquoi parler encore des mecs ?
On parle beaucoup d'hommes, mais plus rarement des hommes. On parle d'individus en particulier, bien peu de la classe des hommes dans son ensemble. On parle des Grands Hommes, moins de tous ceux qui envoient des photos de leur pénis sur Internet. On parle plus des ministres que des violeurs (sauf quand il s'agit du même type).
Alors, si nous retournons le regard féministe vers les hommes, que voyons-nous ? Soudain, on comprend comment les hommes sont construits et les histoires qu'on se raconte sur la " nature masculine " se révèlent mensongères. On voit que l'amour des hommes pour les femmes n'est pas un cadeau et que, de toute façon, ils préfèrent les hommes.
Je suis une femme blanche, trans et lesbienne et mon point de vue n'est pas moins neutre qu'un autre. Je vais recourir à des statistiques, des théories, des histoires, des dessins et des punchlines pour vous faire poser un nouveau regard sur les hommes de votre vie - et peut-être sur vous-même. -
Je suis une personne née sous X, qui ne possède rien de son passé : ni antécédents médicaux, ni arbre généalogique, ni mémoire familiale. Je dois donc écrire mon histoire pour ne pas être qu'une somme de silences, de traumas et de dépossessions. Ce livre est une trace, une archive, une pièce du puzzle que je tente de compléter grâce à l'analyse politique de ce qui m'arrive.
On oublie trop souvent que si des familles sont constituées par l'adoption, c'est parce que d'autres, plus précaires, ont été détruites. Qu'il s'agisse des rapports de classes, des inégalités mondiales ou du continuum colonial, en contexte occidental, l'adoption est inscrite dans une histoire de violences. C'est de cette histoire que les personnes adoptées héritent ; contre ses persistances qu'elles luttent.
Devons-nous être une
tabula rasa pour que l'adoption fonctionne ? Qui sont nos
vrais parents ? Est-ce une chance d'être adoptée ? Suis-je une
vraie Noire ? Cet essai autobiographique invite à s'interroger sur l'identité, la filiation et la parentalité à partir du regard que nous, personnes adoptées, posons sur la famille et la société. -
Le temps des pères : Une histoire naturelle des hommes et des bébés
Sarah Blaffer Hrdy
- La découverte
- Sciences Sociales Du Vivant
- 21 Août 2025
- 9782348084973
Il a longtemps semblé évident que les femmes s'occupaient des bébés et les hommes d'autre chose. N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? Lorsque la science de l'évolution est apparue, elle a entériné cette vénérable division du travail : les mâles mammifères ont évolué pour rivaliser entre eux afin d'accroître leur statut et le nombre de leurs partenaires, tandis que les femelles assuraient la gestation, l'allaitement et les soins de la progéniture des vainqueurs. Mais, au XXIe siècle, de plus en plus d'hommes s'occupent tendrement de nouveau-nés. Faut-il simplement l'attribuer à des changements politiques, sociaux et culturels ?
Selon Sarah Blaffer Hrdy, ceux-ci ont plutôt permis à un potentiel biologique latent de pleinement s'exprimer. On ne s'est intéressé que tardivement à ce qui se produit dans le corps et le cerveau des hommes qui prodiguent des soins à des bébés. Or, chez ceux-là, des scientifiques ont observé des bouleversements neurologiques et hormonaux comparables à ceux identifiés de longue date chez les femmes qui deviennent mères. Ces dispositions méconnues qui ne demandent qu'à être (ré)activées paraissent d'autant plus inattendues que, si l'investissement paternel est attesté chez de nombreuses espèces d'oiseaux, de poissons et même d'insectes, ce comportement est extrêmement rare chez les mâles mammifères, en particulier chez les grands singes les plus proches de nous. Comment est-il alors apparu dans notre lignée ?
En éclairant l'évolution de l'humanité sous un jour surprenant, cet ouvrage magistral nous conduit à envisager autrement les définitions de la masculinité et à mesurer leurs implications pour la société et notre espèce. -
Les damnées de la mer : Femmes et frontières en Méditerranée
Camille Schmoll
- La découverte
- Poches Sciences
- 2 Octobre 2025
- 9782348090080
Longtemps, les femmes ont été absentes du grand récit des migrations. Elles sont pourtant nombreuses à quitter leur foyer et leurs proches, et à entreprendre la longue traversée du désert et de la Méditerranée.
Fondé sur une recherche au long cours, menée en Italie et à Malte, ce livre est une enquête sur la trace des survivantes. Au fil des récits recueillis, il restitue leurs parcours, de déchirements en errances, de rencontres en opportunités. Entre persécutions, désir d'autonomie et envie d'ailleurs, les causes de leur départ sont loin d'être simples et linéaires.
Les Damnées de la mer offre ainsi une remarquable plongée dans leur vie quotidienne, dans des centres d'accueil où leur trajectoire est suspendue, en attente d'une reconnaissance de cette Europe qui souvent les rejette. L'ennui et la marginalisation sont omniprésents. Mais ces femmes sont également résistantes et stratèges, à la recherche de lignes de fuite.
En restituant les multiples facettes de ces destinées, ce livre décline l'histoire des migrations en Méditerranée au féminin. Il refuse les clichés binaires qui opposent la migrante-victime à la migrante-héroïne pour adopter le point de vue de l'expérience des femmes : non sans tensions, l'autonomie qu'elles mettent à l'épreuve apparaît à la fois comme le support et l'horizon de leur projet migratoire. -
Trouble dans le genre ; le féminisme et la subversion de l'identité
Judith Butler
- La découverte
- Poche Sciences Humaines
- 2 Novembre 2006
- 9782707150189
Dans cet ouvrage majeur publié en 1990 aux États-Unis, la philosophe Judith Butler invite à penser le trouble qui perturbe le genre pour définir une politique féministe sans le fondement d'une identité stable. Ce livre désormais classique est au principe de la théorie et de la politique queer : non pas solidifier la communauté d'une contre-culture, mais bousculer l'hétérosexualité obligatoire en la dénaturalisant. Il ne s'agit pas d'inversion, mais de subversion.
Judith Butler localise les failles qui témoignent, à la marge, du dérèglement plus général de ce régime de pouvoir. En même temps, elle questionne les injonctions normatives qui constituent les sujets sexuels. Jamais nous ne parvenons à nous conformer tout à fait aux normes : entre genre et sexualité, il y a toujours du jeu. Le pouvoir ne se contente pas de réprimer ; il ouvre en retour, dans ce jeu performatif, la possibilité d'inventer de nouvelles formations du sujet.
La philosophe relit Foucault, Freud, Lacan et Lévi-Strauss, mais aussi Beauvoir, Irigaray, Kristeva et Wittig, afin de penser, avec et contre eux, sexe, genre et sexualité - nos désirs et nos plaisirs. Pour jeter le trouble dans la pensée, Judith Butler donne à voir le trouble qui est déjà dans nos vies -
Pour une érotique du sensible
Aurore Vincenti
- La découverte
- Cahiers Libres
- 9 Octobre 2025
- 9782348085239
Les histoires qui nous font rêver érotisent le pouvoir et la violence. À tel point que nous avons du mal à penser le sexe en dehors des rapports de domination. Alors, quelle curiosité pouvons-nous déployer envers notre sexualité ? Dans la mêlée des injonctions, des normes et des violences, comment désirer autrement ?
Investir le terrain de la sexualité, c'est revenir à la source du désir, là où le corps entre en résonance sensible et sensuelle avec le monde. Dans ce livre, Aurore Vincenti ouvre un chemin d'exploration enraciné dans le corps, en s'appuyant sur son expérience en éducation somatique et en puisant dans la sexologie clinique, la linguistique, les pensées du vivant et les féminismes queer. Cette investigation fait circuler réflexions, émotions et sensations. Elle invite à penser et expérimenter la sexualité à l'aune du sensible, à l'engager dans une résistance vulnérable et tendre. Cette perspective renouvelée ranime la vitalité, stimule la créativité et nous reconnecte à notre désir comme puissance d'agir. -
Le communisme primitif n'est plus ce qu'il était : Aux origines de l'oppression des femmes
Christophe Darmangeat
- La découverte
- Poches Sciences
- 2 Octobre 2025
- 9782348090110
Dans
L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État, Engels défendait la thèse fameuse selon laquelle l'oppression des femmes serait une conséquence de l'accumulation des richesses et de la hiérarchisation en classes sociales. Cette " défaite historique du sexe féminin " aurait ainsi marqué la fin d'un état prévalant depuis l'aube de l'humanité, dans lequel hommes et femmes auraient occupé des positions égalitaires, voire où les secondes auraient tenu une place éminente.
C'est cette conviction, dont l'influence perdure encore de nos jours, que Christophe Darmangeat s'attache à réfuter en mobilisant de nombreuses données ethnographiques et archéologiques. Il démontre que, selon toute probabilité, la domination masculine constitue un fait extrêmement ancien et que la division sexuelle du travail, en réservant universellement aux hommes le maniement des armes et l'exercice de la force, a joué un rôle primordial dans son instauration. Ce raisonnement matérialiste éclaire, en miroir, les raisons pour lesquelles la société moderne est la première de l'histoire humaine à avoir sécrété l'idéal de l'" égalité des sexes " - en fait, de la disparition des genres. -
Réparer la justice : Enquête sur les pratiques restauratives en France
Delphine Griveaud
- La découverte
- 16 Octobre 2025
- 9782348083488
Le constat est sans cesse répété : la justice va mal et ne répond plus à ses missions. Comment la réparer ? Peut-être d'abord en cessant de considérer l'institution judiciaire comme la seule détentrice des moyens de " faire justice ".
C'est à en envisager d'autres que s'emploient les justices dites " alternatives ", parmi lesquelles la justice restaurative, qui regroupe diverses pratiques - des rencontres entre " victimes " et " auteurs " aux cercles de soutien, en passant par les jeux de rôles pour cultiver l'empathie -, afin de responsabiliser les auteurs et prévenir la récidive, prendre soin des victimes et rétablir la paix sociale. Serait-ce la clé d'une justice plus juste ?
Delphine Griveaud tente de répondre à cette question en étudiant sur le terrain les pratiques de la justice restaurative qui se sont développées dans le pays depuis 2014. Elle analyse les effets de son intégration au sein d'une institution pénale contre laquelle elle s'est pourtant construite. Elle plonge dans les rouages du système judiciaire, au plus près de ses publics comme de ses professionnel.les. Loin des visions iréniques qui font de la justice restaurative une solution miracle, elle propose un tableau lucide, nuancé, d'une manière de faire justice autrement qui se heurte à la réalité de l'institution. -
Dans l'ombre, les violences sexuelles sont le quotidien de chacun.e de nous. Depuis 2017, #MeToo les met en lumière de manière inédite. Du monde du travail jusqu'au coeur des couples et des familles, en passant par l'Église, les témoignages, rendus publics sur les réseaux sociaux, par des commissions ou lors de procès retentissants, attestent encore et encore de l'ampleur des violences sexuelles dans tous les milieux et les demandes de justice se font toujours plus pressantes. Cependant les débats politiques et médiatiques occultent bien souvent les enjeux les plus profonds : ces violences ne sont pas des actes isolés, elles participent d'une structuration sociale plus large. Alors comment les concevoir ? Et comment lutter contre ?
Si la philosophie a été historiquement muette sur le sujet, les féministes élaborent des réponses théoriques et pratiques à ces questions depuis des décennies. Dans les années 1970, ces mouvements font émerger les violences sexuelles comme un problème politique : elles seraient le fondement même du genre - de ce qui fait " des hommes " et " des femmes ". Mais ce modèle théorique est-il suffisant pour saisir l'ensemble de ces violences ? Comment l'articuler avec les autres logiques à l'oeuvre dans leur perpétuation, au premier rang desquelles l'âge ?
En relisant les rapports entre violences sexuelles et genre, cet ouvrage appréhende les premières en tant qu'injustices sociales structurelles et jette une lumière nouvelle sur la façon de les penser dans leur diversité. Il esquisse alors, depuis les pratiques féministes, les conditions d'une justice qui serait véritablement transformative - une justice qui sera féministe, ou ne sera pas. -
Après le virage, c'est chez moi : " C'est où, chez vous ? Est-ce le lieu où vous habitez ?"
Marie Kock
- La découverte
- Cahiers Libres
- 6 Mars 2025
- 9782348081729
On habite quelque part parce qu'on y est né, parce qu'on y travaille, parce qu'on a suivi quelqu'un, parce qu'on a été obligé de partir, parce qu'on a été obligé de rentrer, parce qu'on a voulu y tenter sa chance. Il y a le lieu où l'on vit. Il y a les lieux que l'on a quittés. Et parfois existe aussi un endroit que l'on espère trouver, celui qui n'est pas encore chez nous.
Un lieu qui répondrait à nos attentes existentielles, qui nous permettrait de trouver nos sensations d'enfance, qui correspondrait à l'idée que l'on se fait du beau, du vivable, du vrai. Chercher son lieu, c'est espérer trouver l'environnement qui sera le bon pour nous, mais aussi espérer trouver sa place, une forme d'évidence, de stabilité, de point de chute. Un lieu d'arrivée qui rendrait toute notre vie
cohérente.
Dans cette quête, plus ou moins consciente, plus ou moins active, nous devons composer avec nos obligations et nos ambitions familiales, professionnelles, financières, mais aussi politiques et environnementales. Entre désir d'ancrage, aspiration au mouvement et deuil de toutes les vies que l'on n'aura pas vécues, la poursuite du lieu rêvé n'est pas qu'une question géographique. Elle interroge notre rapport au dehors, à la propriété, au réel, à l'autre, à soi.
Dans cet ouvrage, sorte de confession philosophique en forme d'itinérance intime et littéraire, Marie Kock s'interroge sur ce qui nous fait rester ou partir. Sur ce qui nous fait reconnaître un lieu comme étant le nôtre. -
Les nouvelles lois de l'amour : Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique
Marie Bergstrom
- La découverte
- Poches Sciences
- 18 Septembre 2025
- 9782348089343
En matière de rencontres, les applications occupent désormais une place importante, en France comme dans d'autres pays. En quoi changent-elles nos manières de nouer des relations intimes, les normes sexuelles ou encore les expériences du célibat ? Si les caractéristiques les plus spectaculaires de ces plateformes numériques - en particulier la masse des profils, la mise en scène de soi et les modalités de choix - modifient la conception que l'on se fait de l'amour au XXIe siècle, le vrai bouleversement ne se trouve pas dans l'émergence d'attitudes radicalement nouvelles, dans une désinhibition numérique ou un capitalisme émotionnel. Il réside davantage dans le cadre des rencontres : celles-ci se déroulent désormais en dehors, et souvent à l'insu, des cercles de sociabilité habituels. En ligne, la rencontre devient une affaire privée.
À partir de données inédites et d'une vaste enquête, auprès des usagers mais aussi du côté des plateformes et des entrepreneurs qui les développent, Marie Bergström bouscule la vision qu'on se fait du sexe, du célibat, du couple, de l'homogamie sociale, de la séparation et du coup d'un soir, et éclaire ainsi d'un jour nouveau les transformations récentes de la vie intime. -
Désirer comme un homme : Enquête sur les fantasmes et les masculinités
Florian Voros
- La découverte
- Poches Sciences
- 22 Mai 2025
- 9782348088216
Qu'est-ce qu'être un homme, un " vrai " ? Être actif, puissant et pénétrant ? Se contrôler et se montrer invulnérable ? Avoir de multiples partenaires sexuelles ? Coucher avec des " vrais mecs " ? À partir d'entretiens approfondis avec des hommes, Florian Vörös explore les imaginaires sexuels masculins à l'aune d'une pratique très courante, mais peu étudiée par les sciences sociales : le visionnage de pornographie.
En mêlant conversations entre hommes sur le désir et le plaisir sexuels et réflexion d'inspiration féministe sur les normes, les hiérarchies et les violences de genre, cet ouvrage décrit avec minutie la fabrique sexuelle de la masculinité blanche. Loin des discours alarmistes et de la panique morale entourant la pornographie et grâce à des comparaisons entre cultures sexuelles gay et hétéro, il interroge l'adhésion des hommes à un modèle hégémonique de masculinité, fondé sur une virilité pensée comme naturelle.
À travers l'exploration de la manière dont la domination masculine se noue dans les fantasmes,
Désirer comme un homme participe à l'une des discussions centrales du féminisme : comment débarrasser la sexualité des préjugés et violences sexistes. -
On fait - mais on ne sait pas ce qu'on fait. On parle - on ne sait pas ce qu'on dit. Pas davantage à qui. On défère, on ignore à quoi. On accumule des biens, mais sans idée de ce qu'on cherche.
Double-fond des actions individuelles. Et double-fond des rapports sociaux. Qui, à leur logique propre, ajoutent celle, le plus souvent inaperçue, de l'investissement pulsionnel.
C'est la psychanalyse qui a ouvert cette perspective, et c'est elle qui l'a refermée. Ouverture : les concepts du double-fond - pulsion, inconscient, jouissance, fantasme, refoulement. Fermeture : LePhallus, LaCastration, LaLoi - soit la transfiguration à majuscules d'un ordre social-historique contingent en éternité du Symbolique. La psychanalyse s'est voulue science générale, elle a seulement fait la théorie psychique d'un lieu et d'un temps. Son " général " transpirait l'Occident patriarcal.
Alors, reprendre tout l'appareil conceptuel - pour le brancher sur la variabilité des mondes collectifs.
Avec l'oubli - le discrédit - de la psychanalyse, la pulsion s'était absentée du discours. En réalité, elle n'a jamais cessé d'irriguer les formations sociales et leurs rapports. Entre capitalisme devenu forcené et fascisme de retour, la voilà même qui sature à nouveau le paysage politique - pas pour le meilleur. Déterminante d'autant plus qu'invisible. Il était temps de s'en occuper à nouveau.
Nous nous y sommes mis à deux. C'est-à-dire à trois. Parfois c'est l'une qui écrit, parfois c'est l'autre, parfois les deux ensemble - ça fait partie des armes. -
Se défendre ; une philosophie de la violence
Elsa Dorlin
- La découverte
- Poche Sciences Humaines
- 3 Octobre 2019
- 9782348054693
En 1685, le Code noir défendait aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l'État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s'armer. Aujourd'hui, certaines vies comptent si peu que l'on peut tirer dans le dos d'un adolescent noir au prétexte qu'il était menaçant .
Une ligne de partage oppose historiquement les corps dignes d'être défendus à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce désarmement organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l'insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l'autodéfense politique. Sous l'histoire officielle de la légitime défense affleurent des éthiques martiales de soi , pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu'elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler. -
Une étrange défaite : Sur le consentement à l'écrasement de Gaza
Didier Fassin
- La découverte
- 5 Septembre 2024
- 9782348085369
Avec le recul du temps, les événements qui, après l'attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre 2023, se sont déroulés en Palestine et leur réception dans une grande partie des lieux de pouvoir, tant politiques
qu'intellectuels, de la planète apparaîtront à la lumière crue de leur signification : plus que l'abandon d'une partie de l'humanité, dont la réalpolitique internationale a donné maints exemples récents, c'est le soutien apporté à sa destruction que retiendra l'histoire.
Cet acquiescement à la dévastation de Gaza et au massacre de sa population par l'État d'Israël, à quoi s'ajoute la persécution des habitants de Cisjordanie, a suscité l'indignation de celles et ceux qui, tout en condamnant les actes sanglants ayant déclenché l'offensive, rappelaient les décennies de spoliation, de violence et d'humiliation qui les avait précédés et refusaient la poursuite de l'écrasement d'un peuple et de l'effacement de sa mémoire. Mais on les a stigmatisés et réprimés. Une police de la pensée s'est imposée. Le détournement des mots et l'inversion des valeurs ont mis à l'épreuve l'intelligence politique et le discernement moral. Ce livre propose une archive et une analyse de cette abdication historique. -
La sexualité qui vient : Jeunesse et relations intimes après #Metoo
Marie Bergström
- La découverte
- 20 Mars 2025
- 9782348083693
La jeunesse est un laboratoire de sexualité. Notre époque en témoigne, avec la diffusion de nouvelles identifications et relations qui remettent en question des oppositions que l'on pensait éternelles, sinon naturelles, comme " homme/femme ", " hétéro/homo ", ou encore " en couple/célibataire ". L'hétérosexualité perd du terrain en faveur de la bisexualité et de la pansexualité, tandis que le couple se voit concurrencé par les "
sexfriends ", " amitiés avec un plus ", " plans cul " et " coups d'un soir ". Plus que jamais politisée, l'intimité est travaillée par des normes nouvelles, tel en premier lieu le consentement.
Quelle est cette nouvelle sexualité qui se dessine ? L'incompréhension face aux mutations en cours donne lieu à des discours radicalement opposés : il y aurait, d'un côté, une " génération Tinder " qui enchaînerait les rencontres et ferait exploser les tabous d'antan et, d'un autre côté, une " génération
no sex " qui se désintéresserait de la sexualité. Ces lectures, aussi contradictoires qu'erronées, résultent de la vaine tentative de lire les pratiques d'aujourd'hui avec les lunettes d'hier. Les cadres de la sexualité ont changé. Il faut changer de regard pour les voir.
Reposant sur une grande enquête inédite de l'Ined auprès de plus de 10 000 jeunes adultes de 18 à 29 ans, ce livre dessine un portrait des jeunesses françaises dans leur diversité et sous le prisme des relations intimes. Il montre comment le numérique, le moment #MeToo et la complexification des parcours ont profondément changé la vie affective et sexuelle, et éclaire les inégalités de genre, de classe et de race qui se nichent dans l'intimité. -
Les héroïnes de la modernité : Mauvaises filles et psychanalyse matérialiste
Laurie Laufer
- La découverte
- 3 Avril 2025
- 9782348081934
La médecine, la psychiatrie et la psychanalyse ont, depuis le XIXe siècle, produit nombre de discours savants sur les paroles, les corps, les sexualités et les comportements des femmes. Diagnostics, médicalisation, pathologisation ont servi à les assigner à des rôles genrés et à maintenir les hiérarchies et les normes sociales. Pour ces " experts ", les lesbiennes sont malades, les prostituées sont folles, celles qui refusent d'être mères sont anormales, les femmes qui avortent sont amorales, les jeunes filles libres sont déséquilibrées. Elles sont toutes hystériques, mélancoliques, psychotiques, perverses.
Mais que font ces " mauvaises filles " de ce que l'on a fait d'elles, de ce que l'on a dit d'elles ? Elles racontent des histoires différentes. Elles écrivent et parlent de leur liberté. Elles arrachent les camisoles et, ensemble, se soulèvent. Les Madeleine Pelletier, Natalie Clifford Barney, Virginia Woolf, Monique Wittig, Wendy Delorme et toutes celles que nous rencontrons dans ce livre se sont frayé un chemin en dépit des résistances et du mépris. Refusant d'être objets de discours, elles ont pris des voies tortueuses, détournées, jusqu'à risquer leur vie pour déployer une liberté érotique, poétique et politique.
Comment l'inventivité de ces héroïnes de la modernité peut-elle inspirer la psychanalyse ? Il s'agit, dans ce livre, de penser une psychanalyse qui entende enfin les conditions de vie des " mauvaises filles " et prenne en compte les dispositifs sociaux qui les oppressent. Car l'inventivité de ces héroïnes de la modernité pourrait bien inspirer la psychanalyse et l'aider à redevenir, enfin, une pratique de la liberté. -
Le désir de nouveautés : L'obsolescence au coeur du capitalisme (XVe-XXIe siècle)
Jeanne Guien
- La découverte
- 6 Mars 2025
- 9782348083426
Jeanne Guien est docteure en philosophie et chercheuse indépendante, spécialiste de l'histoire du consumérisme, de l'obsolescence et des questions relatives aux déchets. Elle a publié de nombreux articles et deux ouvrages sur ces thématiques :
Le Consumérisme à travers ses objets. Gobelets, vitrines, mouchoirs, smartphones et déodorants (Divergences, 2021) et
Une histoire des produits menstruels (Divergences, 2023). -
Vers une psychanalyse émancipée : Renouer avec la subversion
Laurie Laufer
- La découverte
- Poches Decouverte
- 3 Avril 2025
- 9782348087592
La psychanalyse a-t-elle encore des choses à dire ? À une époque où les études de genre, les analyses de Foucault et les mouvements LGBTQI+ ont inventé d'autres perspectives en matière de genre et de sexualité, comment peut-on encore parler de l'Oedipe, de l'" envie de pénis ", de la " différence des sexes " ? Près de cent cinquante ans après son invention par Freud, soixante-dix ans après sa relecture par Lacan, la psychanalyse peut-elle prendre en compte les évolutions sociales sans être dénaturée ?
Certains psychanalystes s'érigent en détenteurs des normes sexuelles et sociales : ils considèrent l'homoparentalité ou la transidentité comme des symptômes du règne de la toute-puissance de l'individu. Selon eux, Foucault, Butler, Bourcier, Preciado ne comprennent rien à leur discipline et, pire, la défigurent.
Pourtant, Freud puis Lacan ont eu à coeur de laisser la psychanalyse ouverte à la " réinvention " : elle est un champ et une pratique traversés par les sciences, la culture et les mouvements de chaque époque. Si celle-ci souhaite se réinventer et renouer avec ses origines subversives, la psychanalyse pourrait aujourd'hui dialoguer avec les théories féministes, les études queers et les mouvements trans, et se laisser instruire par d'autres expériences érotiques et politiques. C'est en redevenant une théorie critique et inventive, à l'affût des nouveaux savoirs et pratiques, que la psychanalyse peut renouer avec l'émancipation.