Arts de l'image

  • Vivian Maier Nouv.

    Vivian Maier

    Collectif

    Vivian Maier (1926-2009) est connue comme photographe. Il aura fallu le hasard de la découverte de son corpus photographique en 2007 dans une brocante aux Etats-Unis pour que le public puisse la connaître.
    Vivian Maier naît à New-York en 1926. Son père est d'origine austro-hongroise et sa mère est française, ce qui la conduit à séjourner à plusieurs reprises en France dans sa jeunesse. Elle commence à exercer le métier de gouvernante d'enfants dès 1951, d'abord à New-York puis, jusque dans les années 1990 à Chicago où elle s'éteint au printemps 2009.
    Cette passion qui l'habite et qui deviendra une activité presque quotidienne, l'élève aujourd'hui au rang des plus grands photographes emblématiques de la Street Photography, et la fait figurer dans l'histoire de la photographie aux côtés de Diane Arbus, Robert Frank, Helen Levitt ou Garry Winogrand.
    Son oeuvre est constituée de plus de 120 000 images photographiques, de films super 8 et 16 mm, d'enregistrements divers, de photographies éparses, et d'une multitude de pellicules non développées, comme autant de trouvailles fascinantes.
    Les scènes de rue et les quartiers ouvriers, là où elle rencontre la vie, constituent une des grandes thématiques de son oeuvre. Au travers de nombreux portraits d'inconnus à qui elle délivre une fraction de seconde d'éternité en croisant leurs regards, Vivian Maier fixe un geste, une expression, une situation, la grâce de petites choses accessibles.
    Il y a aussi l'univers des enfants qui a été le sien durant si longtemps, et qui est aussi le monde de la liberté où le temps n'existe plus. Elle s'attache aux formes, aux rythmes, aux matières et aux objets trouvés au détour de ses longues promenades.
    D'abord en noir et blanc jusqu'aux années 1960, Vivian Maier utilise la couleur, où elle joue des spécificités de cette nouvelle technique pour varier sa pratique photographique.
    Dans cet ouvrage, des rapprochements nouveaux de ses photographies forment un ensemble dense et brillant de son travail. Grâce à des archives inédites de la photographe, de nouvelles analyses scientifiques sont présentées, mettant en regard plusieurs aspects de sa création.
    Vivian Maier « empoignait la vie qui était partout où elle portait son regard. Elle la saisissait par petites séquences, elle l'observait, elle la suivait. Véritable artiste dont la sensibilité et l'humanité apparaissent sans nul artifice.

  • Une fabuleuse somme collective, un livre manifeste, un ouvrage de référence : telle est l'ambition de cet ouvrage co-construit par 160 autrices du monde entier qui présentent 300 femmes photographes, de l'invention du médium aux années 2000. Ainsi les portraits de chaque photographe ont été rédigés par des femmes de toute nationalité pour se prémunir de l'écueil d'un regard "occidentalo-centré". Les séquences de portraits alternent avec des portfolios qui font dialoguer les oeuvres entre elles.

  • Cet ouvrage et l'exposition éponyme ont vocation à montrer comment, autant que la règle ou le crayon, la photographie a été l'outil de prédilection de Charlotte Perriand dès les années 1920.

  • Toujours en activité à 96 ans, Sabine Weiss a contribué de manière majeure au courant de la photographie humaniste française, qui rassemble des photographes comme Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Brassaï. Le goût de la rencontre, le souci de la technique et une curiosité vive et constante pour l'observation des gens - anonymes ou personnalités publiques - apparaissent comme les fils conducteurs d'une oeuvre très diverse.

  • Helen Levitt (1913-2009) a saisi la vitalité de l'aire de jeux informelle que constitue la rue. Elle témoigne de la coexistence, parfois heureuse parfois conflictuelle, des minorités ethniques, dans le Brooklyn de son enfance, ou dans le Lower East Side et les quartiers Nord de Manhattan - Harlem, Spanish Harlem - d'où proviennent la plupart des images prises à partir de 1936.

  • Créée en 1982 par l'éditeur Robert Delpire, la collection Photo Poche compte aujourd'hui 159 titres. Quand une centaine sont consacrées à des hommes, seules une dizaine à des femmes, non par un choix délibéré mais bien par manque de reconnaissance accordée aux femmes photographes par les institutions et le marché de la photographie. Les "grands noms" qui s'imposent au fil des expositions et des publications sont bien majoritairement masculins. Pourtant, les femmes photographes existent dès la première heure et sont nombreuses ! Conscient de ces disparités, Robert Delpire souhaitait leur consacrer un coffret de trois volumes couvrant toute l'histoire de la photographie. La sélection des photographies a été réalisée par Sarah Moon.

  • "C'est compliqué de programmer des réalisatrices... Des films de femmes, il y en a peu. Nous choisissons les oeuvres de talent." Halte à cette litanie que l'on entend encore beaucoup trop souvent de la part des programmateurs ! Des films de femmes il y en a, des très bons films aussi et bien plus que cent !
    La date de naissance officielle du cinéma est le 28 décembre 1895. Dès mars 1896, une femme, secrétaire de Léon Gaumont, imaginait son futur en tournant la toute première fiction de l'histoire : La Fée aux choux. Mais comme Alice Guy était très inspirée et très douée, elle a également inventé des effets spéciaux, le ralenti, l'accéléré, les surimpressions, la superproduction et même le gros plan. Quasiment toute la grammaire du cinéma actuel. Elle fut la première cinéaste à tourner des films sonores, des opéras, elle savait faire rire ou pleurer, filmer la guerre ou la vie du Christ, et même fonder et diriger un studio de production américain. Elle reste méconnue, son oeuvre est pourtant extraordinaire.
    A voir comment a été traitée la pionnière la plus prolixe et à la carrière la plus longue (elle tourne jusqu'en 1920), il n'est pas étonnant que toutes celles qui ont suivi ne jouissent pas de la même notoriété que les confrères masculins.
    Il est donc temps de réhabiliter leur place !

    Aussi paradoxal que cela puisse paraître, un tel guide qui recense les meilleurs films réalisés par des femmes depuis les débuts du cinéma n'existe pas encore. Arte éditions et Gründ ont la volonté de publier ce guide précieux pour rendre visibles toutes les femmes de cinéma à tous les cinéphiles.

  • Rebelle de naissance, toujours joyeusement subversive par son art, Catherine Deneuve est la figure exquise pour toutes celles et tous ceux qui désirent commencer leur vie sans avoir jamais à courber la nuque. Une leçon de liberté, de fantaisie, de choix souverains, de fidélité à l'anarchisme de l'enfance. (Arnaud Desplechin)

  • Cookie, le retour ! Nouvel opus des incroyables récits autobiographiques de Cookie Mueller, après Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir paru il y a deux ans. Touche-à-tout de génie, icône de l'underground new-yorkais des années 70 et 80, elle évoque pêle-mêle souvenirs et amis : petits boulots improbables, voyage épique au fond de la jungle jamaïcaine, séance de tatouage collective sur la plage de Provincetown, portraits intimes de Jean-Michel Basquiat ou de Divine, visite mélancolique d'un musée de cire miteux à Coney Island...
    Conteuse géniale, à la fois nature et trash, Cookie écrit comme elle a vécu, avec une liberté et une insouciance qui sont la marque d'une époque révolue, celle de la génération fauchée par le sida.

  • Entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Madrid, la Suisse et l'école du Louvre à Paris, Martine Franck, belge d'origine, a connu des années de formation et d'études qui ont forgé sa vision transculturelle du monde et de sa diversité. De là, peut-être, son aptitude naturelle à appréhender l'universalité des conditions mais aussi, dans l'acception sartrienne du terme, la spécificité des situations.
    La photographie, qu'elle commence à pratiquer dans sa vingt-cinquième année, comble et exacerbe cette disposition aux voyages, à l'observation et aux enquêtes. Dès cette période s'engage aussi son indéfectible complicité avec Arianne Mnouchkine et le Théâtre du Soleil dont elle partagera photographiquement les aventures en en construisant la mémoire visuelle. Après avoir été l'assistante de plusieurs photographes, elle entame une carrière de photographe indépendante et publie régulièrement dans la presse internationale avant de rejoindre Magnum en 1980.
    Si l'on évoque parfois le classicisme de son style, c'est pour en souligner l'évidente rigueur comme l'exigence formelle qui s'y déploie. C'est dans ses célèbres portraits d'artistes, d'intellectuels ou de moines tibétains (univers avec lequel elle entretient de longue date une proximité revendiquée), et dans ses paysages d'Inde ou d'Irlande que s'affirme cette sérénité construite qui semble signer sa manière.
    Réservée, elle confesse dans une correspondance avec l'écrivain John Berger : " J'ai souffert d'être timide... parler aux gens me coûtait ; tenir un appareil m'a donné une fonction, une raison d'être quelque part comme témoin " et précise : " L'appareil est en lui-même une frontière, une barrière telle qu'on la brise constamment pour se rapprocher du sujet. " Cette pudeur, adossée à une forte conviction, confère à ses reportages humanitaires - on pense par exemple à son exemplaire collaboration avec l'association Les petits frères des pauvres - une dimension particulière où Martine Franck, en évidente empathie avec les êtres qu'elle photographie, nous les restitue dans la digne plénitude de leur humanité.


  • Sans lui

    Sophie Calle

    Présentées lors de son exposition au musée de la Chasse, à Paris, en 2018, puis ce printemps au Muséum d'histoire naturelle de Marseille, ces petites annonces, d'hommes cherchant des femmes, racontent l'évolution des qualités recherchées chez l'autre sexe depuis plus d'un siècle. Classés par décennies, des années 1910 à aujourd'hui, ces messages montrent les changements dans les critères de sélection. Au début du xxe siècle, les hommes parlent de fortune, de mariage, dans les années 1970, ils évoquent plutôt la crainte des femmes trop cérébrales et indépendantes. Plus on avance avec le temps plus le corps est évoqué, de même que la sexualité. Pour compléter son panorama sociologique des relations homme-femme, Sophie Calle a également puisé dans les annonces du Nouvel Observateur et du site de rencontres Meetic. Elle a repéré pour chaque décennie les qualités principales recherchées chez les deux sexes ; cet ouvrage présentant aussi des annonces de femmes cherchant des hommes. « J'ai toujours trouvé les petites annonces poétiques, j'aime leur langage concis, économique, elles sont comme des haïkus », souligne l'artiste. Parfois clairement intéressées, telle : « Garçon boucher désire connaître personne ayant boucherie, vue mariage », ces publications parlent aussi de la solitude à l'oeuvre dans la quête amoureuse, une quête dans laquelle il y a aussi de de l'attente, du silence, des non-dits. Image de la solitude affective, de la quête de l'amour ou au contraire marque de son renoncement, ces petites annonces dressent un catalogue amoureux. Artiste inclassable qui floute en permanence la ligne entre réalité et fiction, Sophie Calle met ici en scène la recherche universelle de l'être aimé chez la femme et chez l'homme. Conçu en collaboration avec la maison d'édition Cent pages, cet ouvrage s'inscrit dans la suite des livres dessinés à quatre mains avec l'artiste.

  • Après ses débuts dans la sphère underground de Toronto, à la fin des années 1960, David Cronenberg s´est imposé comme un auteur majeur capable de passer, avec une aisance rare, du mainstream à l´expérimental, sans perdre, pour autant, sa singularité de cinéaste. Son oeuvre met en scène des corps mutants façonnés par la science et la technologie, comme dans La Mouche ou Crash, ou simplement victimes de l´environnement dans lequel ils évoluent. À travers eux, le cinéaste explore les zones insoupçonnées de l´inconscient et interroge la nature, à la fois transgressive et libératrice, du fantasme. La Transgression selon David Cronenberg analyse l´oeuvre d´un observateur de la nature humaine qui, par le biais du corps, redéfinit notre propre rapport au monde, à l´esthétique et à la morale.

  • Après Lointains souvenirs, son premier livre autour de l'adolescence de Marguerite Duras, FLORE continue ici à "inventer photographiquement" une Indochine nécessairement mythifiée.
    Elle propose ici un voyage dans le temps et agrandit le monde d'espaces insoupçonné en photographiant quelque chose qui n'a même pas forcément existé, mais dont on accepte le postulat, cette vie qui aurait été vécue il y a presque 100 ans et que Marguerite Duras nous raconte, cette vie à laquelle elle a donné vie par l'écriture.
    De courts extraits de textes de Marguerite Duras forment un contrepoint aux photographies en noir et blanc virés au thé.
    Le livre est enrichi d'une préface de Frédéric Mitterrand, écrivain et cinéaste.

  • Très tôt, les mouvements de lutte pour les droits des femmes ont compris le pouvoir de l'image, et l'ont utilisé pour servir leurs messages. Des affiches des suffragettes aux photographies de Carrie Mae Weems, en passant par les « Nanas » de Niki de Saint Phalle ou encore les clips de Beyoncé, L'Art du féminisme donne à voir la façon dont le combat des femmes a influencé les arts graphiques et les médias.

    Rassemblant plus de 350 oeuvres - tableaux, illustrations, photographies et performances - cet ouvrage tout à fait inédit fait prendre conscience de l'audace et de la vivacité de l'esthétique féministe depuis 150 ans.

  • Nouvelle édition revue et augmentée de ce classique de la collection Photo Poche consacré à l'oeuvre de la célèbre photographe et cinéaste.

  • Le plateau

    ,

    • Creaphis
    • 10 Septembre 2020

    Il y a huit millions d'années, alors que l'actuel territoire du Coiron (Ardèche) était une large vallée parcourue par une rivière, un volcan a surgi. Le magma expulsé par de nombreuses cheminées a recouvert peu à peu la vallée. L'érosion effaça ensuite les roches les plus tendres. Les sédiments marneux qui composaient les versants de la vallée furent détruits. Au cours des millions d'années qui suivirent, les couches de lave s'accumulèrent. Le plateau s'élevait, il sortait de terre comme une île. Les géologues parlent aujourd'hui de relief inversé. C'est comme si l'ancien fond de vallée avait servi de moule au plateau, ou comme si le plateau était devenu une relique de la vallée disparue.
    « Ensuite il y a le corps du pays. J'appelle paysage le corps des pays, sur le plateau du Coiron et ailleurs. Le corps du pays, volcanique et émacié, est marqué, couturé, jalonné de signes, de traces tangibles. Le pays a aussi une histoire, elle est vieille comme le monde. Géologie et généalogie ne se sépareraient pas. Ici, quelque chose a eu lieu, une histoire d'érosion et d'inversion entre calcaire et basalte, on parle joliment de relief inversé ; je lis aussi que le plateau du Coiron est l'un des bastions ultimes du Massif Central, campé à l'exacte confluence des régimes climatiques méditerranéens et continentaux. Ici donc quelque chose a eu lieu dans la nuit longue des temps ; le relief et les pierres le disent, le racontent à qui veut, et sait, le voir, le toucher, le déchiffrer de l'oeil, de la main et du pied. C'est plus ou moins spectaculaire et manifeste, entre hiéroglyphes infimes, furtifs, graphiques, qu'il faut dénicher, et chicots gris ou bourrelets mafflus, dykes et necks, falaises impérieuses, plis, fentes boisées, chemins opiniâtres, éboulis, drapés qui arrêtent le regard et interrogent. » (M.-H. Lafon) En arpentant ce paysage, le photographe Antoine Picard a observé les falaises, les roches écoulées, les murs de lave enfouis dans les fissures souterraines, les pierres affleurantes. Puis il s'est approché à la rencontre des habitants d'une des fermes du plateau. Florentin, son frère émilien et leur famille vivent là. Leurs ancêtres ont ouvert la terre, taillé les chemins à coups de dynamite, cherché les sources, débroussaillé et monté les murets de pierres noires pour clôturer des prés. Eux, nouvelle génération, habitent cette surface du Plateau et constituent la strate (humaine) la plus actuelle de son histoire.
    « Au commencement ils surgissent ; ils, les garçons, les deux ; ce sont des frères, ce sont des fils, des neveux, des petits-fils, des petits-neveux ; ils sont liés, reliés, ils ont une histoire, une famille, une généalogie. Ils ont de jeunes corps, affûtés, véloces, souples et drus. Ils ont des prénoms doux et sonores, chantants, accordés, Florentin et Emilien. » (M.-H. Lafon) Ils ont cherché les pierres du dessous qui remontent à la surface. Ils sont rentrés dans les grottes avec l'impression de rentrer dans la chair du plateau. Ils ont greffé les châtaigniers de leur grand-père. Ces motifs, géologiques ou agricoles racontent comment nous grandissons tous avec une histoire souterraine, enfouie dans notre mémoire. Ils évoquent notre faculté à nous arranger avec ce qui est là pour fabriquer autre chose, à nous nourrir de nos origines tout en assimilant ce qui est autour, à jouer d'une alternance entre le dessus et le dessous, le dissimulé et l'apparent.
    Marie-Hélène Lafon est venue plusieurs fois, a séjourné sur le Plateau, a rencontré la famille. Les photographies en tête, elle a écrit ce texte (inédit) en deux parties, mêlant fiction et histoires quotidiennes de famille (celle des ces frères ou la sienne), décrivant son expérience du paysage d'ici tout en revenant, toujours, vers le sien, à l'autre bout, le Cantal.

  • Ce catalogue de l'exposition  Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945  au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay (2015) présente la contribution de ces femmes dans le développement et l'évolution de la photographie."Les femmes occupent une place de plus en plus éminente dans notre société, j'en suis conscient et heureux. Cette nouvelle exposition qui montre comment, aux XIXe et XXe siècles, les femmes s'emparèrent du médium photographique dans des stratégies d'affirmation artistique et professionnelle, conquérant des territoires jusque-là reservées aux hommes, n'est pas qu'une exposition sur l'histoire des modernité. Elle porte un regard contemporain sur l'histoire de notre temps. Elle fait doublement sens". Extrait de la préface du catalogue par Guy Cogeval, ancien Président des musées d'Orsay et de l'Orangerie.  S'appuyant sur des recherches nouvelles comme sur les nombreuses histoires de la photographie qui, depuis une quarantaine d'années, ont réévalué l'extraordinaire contribution des femmes au développement du medium qu'est la photographie, Le phénomène est en effet appréhendé à travers ses manifestations aussi bien en Europe - essentiellement en France, Grande-Bretagne et Allemagne - qu'aux États-Unis, de l'invention officielle de la photographie en 1839 jusqu'en 1945.

  • Farouchement libre et indépendante, l'Américaine Jane Evelyn Atwood, parisienne d'adoption, fait preuve depuis plus de trente ans d'une clarté radicale quant aux raisons qui l'ont conduite à devenir photographe.
    L'acte photographique, pleinement imbriqué dans le réel qu'il documente, est, semble-t-il pour elle, un acte moral : il conjugue une prise de responsabilité et une prise de vue. L'engagement dans chaque nouveau travail est initialement vécu sur le mode de la nécessité et de l'empathie. Révélée au tournant des années 1970, Jane Evelyn Atwood, première lauréate du prestigieux prix de la fondation W. Eugene Smith en 1980, a imposé l'acuité de son regard et la spécificité de son mode opératoire à travers ses recherches et ses reportages consacrés aux légionnaires, aux "vieillesses", aux jeunes aveugles ou aux mutilés des mines antipersonnel.
    Elle est l'une des premières à opter pour ce qu'il est convenu d'appeler un travail au long cours, ne pénétrant les univers qui la requièrent qu'après s'être longuement documentée sur eux, telle une cinéaste qui multiplierait les repérages. A l'instar d'un W. Eugene Smith ou d'un Lewis Hine, l'oeuvre de Jane Evelyn Atwood s'inscrit dans les temps forts de l'histoire de la photographie sociale.

  • Récente directrice artistique du festival Photoquai, Françoise Huguier décrit son programme comme «un voyage à l'écoute du bruit du monde où la multiplicité des regards invite à la découverte d'autrui comme un autre soi-même», et présente les photographes de toutes origines choisis par ses soins comme «des veilleurs, des gardiens, nous empêchant de nous endormir». Il n'est pas impossible d'entendre aussi ces mots comme ceux de l'autoportrait involontaire de leur auteur. Car, chez Françoise Huguier, la photographie semble relever d'une forme d'énergie vitale, d'une manière innée d'être au monde, perpétuellement attentive aux multiples facettes de sa réalité, pour témoigner et rendre compte, bien sûr, mais, plus encore, pour y participer corps et âme.
    Née en France, Françoise Huguier a grandi au Cambodge où son père dirigeait une vaste plantation. À l'âge de huit ans, elle et son frère sont pris en otages par des rebelles ; leur captivité durera huit mois. Une épreuve décisive qu'elle taira durant de longues années (J'avais huit ans, 2005). Profondément marquée par les luttes et les idéaux des années 1970, auxquels elle n'a peut-être jamais renoncé, Françoise Huguier tisse depuis bientôt quarante ans une oeuvre photographique dont l'éclectisme formel le dispute à l'unicité critique du regard. Successivement membre de l'agence VU' puis de Rapho, elle collabore de longue date à de nombreux organes de presse, notamment Libération, et acquiert une reconnaissance internationale.
    Cinéma, politique, société, mode - on sait sa longue collaboration avec le couturier Christian Lacroix -, la palette des centres d'intérêt de la photographe - et maintenant cinéaste - est aussi diverse et originale que ses pratiques photographiques qui alternent avec bonheur reportages au long cours, photographie documentaire, portraits ou paysages.
    Mais c'est aussi à la découverte et à l'exploration de grandes régions du monde que la photographe ne cesse de se vouer. Les rives de certains grands fleuves nourriciers (Niger, Mékong, Neva), riches de peuples et de cultures multiples, exercent sur elle une attraction irrépressible. L'Afrique, qu'elle a longuement parcourue - et dont elle a passionnément révélé les talents, tels Seydou Keïta ou Malick Sidibé - du Mali au Burkina Faso en passant par l'Afrique du Sud, lui a inspiré deux grands livres (Sur les traces de l'Afrique fantôme, 1990, et Secrètes, 1996). De même la Russie postsoviétique, des confins sibériens glacés (En route pour Behring, 1993) à l'exiguïté des appartements communautaires de Saint-Pétersbourg (Kommunalki, 2008), requiert son extrême attention. Dans ses longues et fréquentes pérégrinations, on pourrait dire de Françoise Huguier qu'elle est son propre «fixeur», ce personnage particulier tout à la fois guide, interprète et informateur que s'attachent parfois les photoreporters. C'est solitairement qu'elle définit ses itinéraires, ses champs d'investigation, selon des critères intimes qui fondent une approche anthropologique et plastique en marge de la rumeur du monde, n'hésitant jamais à laisser l'inattendu et l'imprévu modifier son dessein originel. Parmi les innombrables rencontres que ses voyages engendrent et les fortes images qu'elle en rapporte, se détachent notamment des visages de femmes. Françoise Huguier porte sur celles-ci un regard véritablement unique, empreint d'une complicité inquiète et chaleureuse, qui nous offre des portraits admirables de mères, de soeurs, de jeunes filles, qu'une même condition universelle semble relier. Elle dit à ce propos : «Les femmes m'ont permis d'entrer à l'intérieur des maisons. Dans le secret des chambres, je parle, je laisse se dissiper les timidités et j'amène ma confidente, bientôt mon amie, là où la lumière sera la plus belle sur elle.» L'oeuvre de Françoise Huguier, dont ce nouveau titre de la collection «Photo Poche» entend rendre compte, est tout entière traversée par une lumineuse générosité.

  • Entre catalogue raisonné et livre d'artiste, Ainsi de suite rassemble le travail de Sophie Calle depuis 2003 jusqu'à aujourd'hui en reprenant les choses là où elles avaient été laissées par M'as-tu vue, premier ouvrage rétrospectif des oeuvres de l'artiste réalisées entre 1979 et 2003, qui se terminait sur Unfinished. Ainsi de suite débute par cette série et poursuit jusqu'aux travaux en cours, en présentant à la fois les oeuvres et des vues d'exposition pour beaucoup inédites.

    Plusieurs conversations entre l'artiste et l'écrivain Marie Desplechin servent de fil rouge aux déambulations du lecteur dans l'oeuvre foisonnante de Sophie Calle à travers un parcours thématique rassemblant près de trente séries.

  • Photographie et société

    Gisèle Freund

    • Points
    • 1 Février 1974

    La photographie fait désormais partie de la vie quotidienne.
    Elle s'est tellement incorporée aux habitudes qu'on ne la voit plus à force de la voir. elle préside à tous les événements, privés ou publics. on lui prête un caractère documentaire, au point de la faire apparaître comme le procédé de reproduction le plus fidèle, le plus impartial de la vie sociale. en fait, la photographie, qui peut être instrument de connaissance et oeuvre d'art, n'est souvent qu'un instrument de communication susceptible de tous les avatars et de toutes les manipulations.
    C'est pourquoi l'histoire de la photographie ne peut être seulement l'histoire d'une technique : elle est inséparable d'une histoire sociale et politique.

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