• Avec Le Pouvoir au féminin, paru en 2016, le public français a redécouvert la figure fascinante de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780), la souveraine la plus puissante de son temps. Son art de la diplomatie et sa finesse psychologique ont marqué les esprits, tout comme ses seize enfants et son affection jamais démentie pour son mari volage.
    Puisant dans des archives inédites, Elisabeth Badinter revient sur cette figure majeure par le biais de la maternité. Ce nouveau portrait révèle un aspect caché de sa personnalité: une mère complexe, fort soucieuse de ses enfants, capable de la plus grande tendresse, mais aussi parfois de dureté, voire d'injustice.
    Une femme souvent tiraillée entre les choix que lui dicte son coeur et ceux imposés par la raison d'État.

  • « Tant de fois je me suis tenue avec des mourants et avec leurs familles. Tant de fois j'ai pris la parole à des enterrements, puis entendu les hommages de fils et de filles endeuillés, de parents dévastés, de conjoints détruits, d'amis anéantis... ».
    Etre rabbin, c'est vivre avec la mort : celle des autres, celle des vôtres. Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Savoir raconter ce qui fut mille fois dit, mais donner à celui qui entend l'histoire pour la première fois des clefs inédites pour appréhender la sienne. Telle est ma fonction. Je me tiens aux côtés d'hommes et de femmes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. ».
    A travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession. Le récit d' une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
    Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu'on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. » Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes...

  • Dans «Les Cercueils de zinc», Svetlana Alexievitch avait osé violer en 1989 un des derniers tabous de l'ex-URSS : elle dénonçait le mythe de la guerre d'Afghanistan, des guerriers libérateurs. La vérité n'est jamais bonne à dire, «Les Cercueils de zinc» valut à son auteur un procès pour "calomnie". Reste que sans ce livre on ne saurait rien de la guerre des Soviétiques en Afghanistan ni, vues de l'intérieur, des dernières années de l'URSS. Un témoignage capital du Prix Nobel de littérature 2015, dans une édition revue par l'auteur.

  • « La vie est en soi quelque chose de si triste qu'elle n'est pas supportable sans de grands allègements », nous dit Flaubert. Ces « grands allègements », ces échappatoires, Mona Ozouf les a trouvés dans les arts, l'histoire, le rapport à l'autre.
    En évoquant tour à tour Henry James, George Eliot mais aussi la Révolution française, l'historienne fait l'éloge de la littérature comme accès à l'ambiguïté du réel et promeut les manières comme rempart contre la barbarie ; elle s'interroge sur la singularité d'une écriture féminine et évoque sa conception d'un féminisme qui laisse une place à la différence entre les sexes.
    À bonne distance de tous les enrôlements et de toutes les assignations identitaires, Mona Ozouf maintient inébranlable le souci d'une ligne originale et nous livre ses secrets, ses « échappées belles » qui rendent la vie meilleure.

  • Lettre ouverte

    Goliarda Sapienza

    Acculée par ses contradictions, ses traumatismes et ses peurs, Goliarda Sapienza a décidé de faire face et de se confronter aux chaos de son passé.

    C'est cela que nous propose avant tout Lettre ouverte, la conscience d'un conflit intérieur majeur et la volonté de le surmonter. Peu importe si cette aventure oblige Sapienza à couper les ponts avec le monde culturo-bourgeois qui était le sien jusqu'alors, si elle la laisse cloîtrée chez elle, l'écrivaine ira jusqu'au bout :
    « Je me trouve maintenant avec les tiroirs ouverts débordant de lettres, de photographies. Des rubans, des chemisiers, des livres en tas en plein milieu de la pièce, par terre?; la porte crucifiée par l'échelle que le concierge m'a prêtée. Je ne pourrai plus sortir. Je resterai ensevelie entre le divan et la porte. » Lettre ouverte a d'abord été publié en 2008 par les éditions Viviane Hamy, au sein d'un recueil intitulé Le Fil d'une vie. Pour cette nouvelle édition, la traductrice a entièrement révisé sa première traduction, forte de sa connaissance des oeuvres découvertes par la suite et des singularités - si grandes - de la langue de Goliarda Sapienza.

  • Nuit d'épine

    Christiane Taubira

    • Plon
    • 26 Septembre 2019

    Moment de toutes les pensées, de toutes les lectures, musiques et poèmes, de tous les rêves et possibles, de quelques cauchemars aussi, la nuit chacun la voit, la sent, la vit à sa manière. De celle de la Guyane, trouée d'un faible lampadaire sous la lueur duquel, à la faveur de la moiteur et du silence, elle allait lire en cachette, enfant, comme de celle qui lui permettait de régler ses comptes avec les péchés capitaux que les religieuses lui faisaient réciter dans la journée, la nuit a souvent été, pour Christiane Taubira, une complice, une alliée, une sorte de soeur intime, un moment particulier.
    C'est la nuit des chansons qu'on adore et dévore, la nuit du sommeil qui refuse qu'on annonce la mort d'une mère, la nuit des études passionnées et des yeux en feu à force de scruter les auteurs sacrés, la nuit qui ouvre sur les petits matins des métros bougons et racistes. C'est aussi la nuit des militantismes, de la Guyane qui se révolte, des combats furieux à l'Assemblée autour du mariage pour tous - un cathéter au bras et le courage de l'égalité en bandoulière. C'est enfin la nuit d'un tragique vendredi 13 novembre 2015, bientôt suivie de celle où l'on décide d'un adieu.
    Ces nuits des espoirs, des questions, des doutes, des peurs parfois, sont un roman du vrai. Un récit aussi réel qu'onirique, magique qu'éclairant, passionné qu'« emportant ». Dans ce texte autobiographique éminemment littéraire, l'auteur - experte dans l'art de manier les mots avec justesse, de ciseler les phrases selon une musique qui convie aux voyages en soi - montre que la vie est souvent plus forte, raide, dure, inventive, poétique, envoûtante, que les fictions les plus échevelées. Un livre rare par un écrivain qui l'est plus encore.

  • Un romancier et sa traductrice, ou deux amis qui se parlaient sans cesse, y compris dans le silence. D'écriture, de langues, d'amour et d'enfance.

    Lorsque Aharon Appelfeld meurt, Valérie Zenatti ne peut se résoudre à perdre cette voix qui résonne si puissamment en elle. Elle explore alors tous les moyens d'approcher le mystère de la rencontre, allant jusqu'à Czernowitz, ville natale de l'écrivain, où la joie de vivre et d'écrire se rejoignent dans une blancheur éclatante.

  • « L'authenticité en 5 leçons », « La confiance en soi : mode d'emploi », « Les 10 recettes du bonheur »... Les librairies sont envahies d'ouvrages qui n'en finissent pas d'exalter l'empire de l'épanouissement personnel. Nous voici propulsés dans la « pensée positive » qui positive plus qu'elle ne pense ! Comment le développement serait-il « personnel » quand guides et manuels s'adressent à chacun comme à tout autre ?
    Pourquoi le développement personnel rencontre-t-il un tel engouement ? Sur quels ressorts psychologiques et philosophiques prend-il appui ? L'accomplissement de soi ne serait-il pas à rechercher ailleurs que dans ces (im)postures intellectuelles et comportementales ?
    Pour lutter contre les charlatans du « moi », Julia de Funès les oppose aux grands philosophes qui permettent à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté.

  • M train

    Patti Smith

    Patti Smith a qualifié ce livre de «carte de mon existence». En dix-huit «stations», elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu'elle a visités de par le globe.
    M Train débute au 'Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu'il est ou tel qu'il fut, et écrire dans son carnet.
    En passant par la Casa Azul de Frida Kahlo dans la banlieue de Mexico, par les tombes de Genet, Rimbaud, Mishima, ou encore par un bungalow délabré en bord de mer, à New York, qu'elle a acheté juste avant le passage dévastateur de l'ouragan Sandy, Patti Smith nous propose un itinéraire flottant au coeur de ses références (on croise Murakami, Blake, Bolaño, Sebald, Burroughs... ) et des événements de sa vie.
    Écrit dans une prose fluide et subtile qui oscille entre rêve et réalité, passé et présent, évocations de son engagement artistique et de la perte tragique de son mari - le guitariste Fred «Sonic» Smith -, M Train est une réflexion sur le deuil et l'espoir, le passage du temps et le souvenir, la création, les séries policières, la littérature, le café...
    Après Glaneurs de rêves (Gallimard, 2014), Patti Smith nous propose un nouveau livre inclassable, profondément sensible et sincère, illustré par les photographies en noir et blanc qu'elle prend depuis toujours, et qui confirme qu'elle est l'une des artistes actuelles les plus singulières et indépendantes...

  • « D'où vient ce sentiment d'intranquillité qui nous saisit dans les moments les plus anodins ? Tout allait bien, la journée suivait son cours, et soudain, quelque chose se brise. Quelque chose d'infime, ni de l'angoisse, ni même de l'inquiétude, mais un sentiment doux et tenace, une forme d'intense lassitude qui n'exclut pas le bonheur, ni même l'amour de la vie. Le sursaut d'un homme qui se rappelle qu'il est en vie et qu'il doit, coûte que coûte, continuer. Pas de tristesse, ni de rage. Rien de dramatique. Juste l'intranquillité ordinaire. Difficile de savoir quoi faire de cette expérience, de cet écart qui nous sépare de la vie ordinaire. Comment mettre des mots sur un sentiment aussi fugace que précis ? Pour Pessoa, ce sentiment porte un nom, c'est l'intranquillité. Pour Sartre, c'est la nausée. Pour Montaigne, ce sont les épines domestiques »La vie ordinaire n'a jamais été un objet étude. La regarder bien en face exige un travail d'écriture et de lucidité douloureuse. Et si c'était le prix à payer pour atteindre une sagesse ultime, celle d'une réconciliation avec notre finitude, seule voie d'accès vers une jouissance de l'existence ? »C'est un texte de réflexion sur l'ordinaire : « À rebours des éloges de la vie quotidienne, l'ordinaire est vécu comme un problème. L'insatisfaction du quotidien peut donner envie de changer de vie : déménager, divorcer, modifier mon nom, retoucher mon visage. Mais l'ordinaire, c'est ce qui reste quand on a tout changé. Qui que je sois, où que je sois, quel que soit la personne avec qui je vis, je ne pourrai jamais me soustraire à la répétition des jours et des nuits, et cette dimension la plus ordinaire de mon existence m'est insupportable, au point que toute ma vie est organisée de manière à la fuir, soit en cherchant l'extraordinaire, soit, de manière plus sournoise, en la recouvrant du masque du quotidien. » Le thème de la vie ordinaire a rarement été étudié dans le champ de la philosophie en France et c'est ce qui fait l'intérêt et l'originalité de ce projet qui emprunte la forme du récit pour se déployer.

  • Penser librement

    Hannah Arendt

    Penser, c'est apprendre à désobéir, à ne pas se soumettre ou obéir à des idéologies. Ce recueil en grande partie inédit d'essais, interviews, conférences, discours, critiques littéraires, depuis un essai sur le travail et l'action jusqu'à des textes sur la liberté et la condition humaine, en passant par un remarquable "Hannah Arendt par Hannah Arendt", montre ce que penser librement veut dire : sans appuis ou garde-fous, sans les piliers de la religion, de la morale, de la politique ou de la philosophie, interroger sans répit au lieu d'offrir des réponses figées.

  • Vingt-neuf textes parus dans la presse pendant dix ans - chroniques politiques, réflexions sur l'écriture et l'exil, essais mixtes sur les actions gouvernementales, les pesanteurs archaïques et les clichés à l'oeuvre dans la vie quotidienne en Turquie - qui éclairent le profil d'essayiste engagée de Asli Erdogan. L'écriture toujours soignée et traversée de fulgurances poétiques de la romancière trouve ici un autre terrain d'expression, non moins convaincant.    

  • En France, une femme sur dix se fait violer. Tous les deux jours, une autre est assassinée par son conjoint. D'autres encore, sont harcelées sexuellement. Derrière les écrans, la parole se libère : révélations, photos et vidéos circulent sur les réseaux sociaux. Des femmes, innombrables, témoignent. Une communauté se forme. La sororité devient un outil de puissance virale. C'est la naissance du féminisme 2.0.

  • Pendant qu'Ulysse parcourt le monde et enchaîne les exploits, Pénélope demeure immobile, supporte l'attente, tisse et détisse son ouvrage, restant au passage fidèle à son époux. Quand l'homme part, la femme attend son retour. Les femmes étant historiquement des êtres captifs, le voyage est l'un des moyens les plus symboliques pour qu'elles s'affranchissent de leur condition : voyager est toujours pour la femme un acte fondateur ; c'est dire « je vais où je veux, je ne suis qu'à moi ». S'inspirant des histoires vraies de la littérature de voyage et de son expérience personnelle (dix ans d'arrivées et de départs), l'auteure évoque les territoires érotisés (comme le harem), dénonce la vision masculine de l'aventure et s'intéresse à la tension entre voyage et maternité. Lucie Azema le constate : il faut être libre « de » voyager et être libre « pour » voyager. Les femmes aussi sont du voyage s'adresse aux femmes qui sont déjà parties et à celles qui n'oseraient pas encore.

  • Très tôt dans l'enfance, l'auteure croise la route de George Eliot sous la forme d'un livre énigmatique trouvé dans la bibliothèque de son père. Le livre, qui se présente d'emblée non comme une biographie mais plutôt comme une invitation à la « promenade dans la forêt de ses romans », retrace l'histoire d'une femme supérieurement intelligente, assez brave pour affronter l'ostracisme social dans la société victorienne que lui vaut sa liberté de moeurs et d'esprit. La comparaison Eliot-Sand éclaire leur féminisme, aide à comprendre la parenté des chemins qu'elles ont empruntés. Mona Ozouf soulève de grandes interrogations qui portent des noms, ont des visages. Qu'ont de commun le roman et l'histoire ?
    Comment s'orienter dans un monde déserté par l'intervention divine ?
    Comment arbitrer entre ce dont nous avons hérité et ce que nous voulons choisir ? En tant que femmes, peut-on à la fois revendiquer l'égalité et chérir la dissemblance ?

  • On ne compte plus les critiques de l'ère numérique. Mais elles ont en commun de ne pas voir la nouveauté d'un monde où, pour la première fois, le capital et la technologie se confondent absolument, obéissant à la même croissance exponentielle, avec la même visée de tout réduire à un objet de calcul.

    Ainsi le regard humain est-il devenu pour le capital la matière première la plus recherchée. Surtout depuis que la production et la reproduction des images sont redéfinies par la révolution que représente l'instantanéité de leur distribution. Aussitôt produite, toute image peut être immédiatement diffusée par n'importe quel possesseur de smartphone - autrement dit, tout le monde.

    En une dizaine d'années, la distribution s'est imposée au coeur d'une nouvelle économie du regard, où il n'est aucune image qui ne soit en même temps objet de profit et moyen de contrôle.

    Il en résulte une complète reconfiguration de notre perception. N'existe plus que ce qui est rendu visible par la technologie. Rien n'échappe à cette dictature de la visibilité, qui nous empêche de voir à quelle modélisation nos vies sont continuellement soumises, en fonction d'algorithmes envahissant tous les domaines, scientifique, politique, esthétique, éthique, érotique... Persuadés d'être de plus en plus libres, nous nous sommes bâti la plus inquiétante prison d'images.

    Comme d'autres ont autrefois réussi à sortir du labyrinthe qui les retenait en en reconstituant les plans, notre seule chance est d'essayer de comprendre quelle sombre histoire se trame entre image, regard et capital. En dépend le peu de liberté qui nous reste.

  • Dans cette lettre adressée à une amie venant de mettre au monde une petite fille, Chimamanda Ngozi Adichie livre en quinze points ses conseils pour élever celle-ci dans les règles de l'art du féminisme.
    Après Nous sommes tous des féministes, l'auteure d' Americanah examine les situations concrètes qui se présentent aux parents d'une petite fille et explique comment déjouer les pièges que nous tend le sexisme, à travers des exemples concrets tirés de sa propre expérience.
    Elle aborde notamment la question de l'importance de l'accomplissement de soi avant tout en tant qu'individu, de la participation essentielle du père à l'éducation de l'enfant, de la théorie de genre et ses aberrations ou encore de celle du mariage qui ne doit pas représenter pour une femme un aboutissement.
    Cette missive, pleine d'affection et parfois d'ironie, s'adresse à tous : aux hommes comme aux femmes, aux parents en devenir, à l'enfant qui subsiste en chacun de nous. Chacun y trouvera les clés pour adopter une ligne de conduite féministe, c'est-à-dire croire en la pleine égalité des sexes et l'encourager.

  • Mes années chinoises

    Annette Wieviorka

    • Stock
    • 24 Février 2021

    L'historienne Annette Wieviorka, spécialiste émérite de la Shoah, est, en 1970, une jeune militante maoïste. Dans l'enthousiasme de Mai 1968 et de la Révolution culturelle, les intellectuels français sont pris de passion pour la Chine communiste (dont Philippe Sollers, Julia Kristeva ou Roland Barthes, qui en rapportent des écrits fortement empreints d'idéologie).

    Avec son mari et son petit garçon, Annette Wieviorka s'installe pour deux ans à Canton comme professeure de français. Dans le « laboratoire de l'homme nouveau », ils s'attendent à apprendre du réveil des masses et du modèle démocratique chinois. À la place, ils découvrent la pauvreté des Chinois et le vert des rizières, la surveillance constante, la soif de camaraderie mêlée à l'isolement dans une société collective.

    Dans ce récit où se croisent la fraîcheur de notes prises sur le vif et le regard rétrospectif de l'historienne, les rencontres, les paysages et les questions se succèdent au son des chants révolutionnaires et de l'opéra chinois. Devant « l'impossibilité de saisir autre chose que la surface de la société chinoise », quel sens donner à ce qui est vécu ?

    De ces années chinoises se dégage une « passion douloureuse, passion louche, passion déchirante » pour un pays, une époque et des idéaux.

  • Intense, fripon, voluptueux, sentimental, libre, grivois, romantique, solennel, saugrenu, clandestin, cru... L'amour a mille et une variations que Laurence Castelain et Jacques Perry-Salkow effeuillent avec un plaisir communicatif. Décidément, la langue de Molière porte en germe le génie de l'amour. Et, à n'en pas douter, l'amour et l'anagramme étaient faits pour se rencontrer : l'un met sens dessus dessous les coeurs et les corps ; l'autre, les mots.

  • Qu'est-ce qu'une société qui ne fait pas de place aux jeunes ? Qu'est-ce qu'un travail qui ne participe pas à la construction de soi ? Réfléchissant aux illusions et impasses de son époque (on est au début des années 1930), Simone Weil nous parle en prophète d'aujourd'hui. Ce livre, qu'elle considérait comme son oeuvre principale, est pour la "génération Covid", si inquiète et en colère.

  • Que fait-on quand on regarde une peinture ? À quoi pense-t-on ? Qu'imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l'on voit ou devine ? Et comment l'historien d'art peut-il interpréter sérieusement ce qu'il voit un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout ?
    En six courtes fictions narratives qui se présentent comme autant d'enquêtes sur des évidences du visible, de Velázquez à Titien, de Bruegel à Tintoret, Daniel Arasse propose des aventures du regard. Un seul point commun entre les tableaux envisagés : la peinture y révèle sa puissance en nous éblouissant, en démontrant que nous ne voyons rien de ce qu'elle nous montre. On n'y voit rien ! Mais ce rien, ce n'est pas rien.
    Écrit par un des historiens d'art les plus brillants d'aujourd'hui, ce livre adopte un ton vif, libre et drôle pour aborder le savoir sans fin que la peinture nous délivre à travers les siècles.

  • Ce texte est une référence mondiale des études sur les féminicides et les violences de genre. Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, a la réputation d'être la capitale mondiale du crime. Plus de 200 000 ouvrières y travaillent. Entre 1993 et 2003, on s'en souvient, plus de 4 000 jeunes femmes y furent assassinées avec une hallucinante sauvagerie. Personne n'y comprenait rien. On finit par faire appel à une anthropologue, Rita Laura Segato, pour saisir le sens de cette vague de violence dirigée contre les femmes. "Pourquoi certaines filles, certaines femmes, sont-elles assassinées ? Ce n'est pas par haine, car celui qui les tue ne les connaît pas. Alors, qu'est-ce que cela signifie ?"

  • La découverte d'une voix singulière, drôle, touchante et poétique.

    Intimes et universelles, ces lettres d'Ariane Ascaride à son père depuis longtemps disparu mêlent les souvenirs d'enfance de la fille d'immigré italien de Marseille à un regard féroce et tendre sur notre époque. Écrites dans le temps arrêté du confinement, elles tracent l'autoportrait émouvant d'une femme qui a hérité de son père son verbe haut, son humour ravageur et une part de révolte. Elles disent, avec verve et parfois colère, la violence de notre société néolibérale, la bêtise humaine, mais aussi les plaisirs du quotidien et la joie des liens qui nous unissent.

  • Léonora Miano n'est pas une Afropéenne (afro-européenne). Ceux qui se définissent ainsi ont grandi en Europe.
    Marquée par l'Afrique subsaharienne, la sensibilité de l'auteur se distingue de celle des Afropéens. Ceux-ci se sont construits en situation de minorité. Ce qui détermine la perception de soi, complique l'identification et la solidarité entre Afropéens et Subsahariens.
    La France identifie à l'Afrique tous ses citoyens d'ascendance subsaharienne, privilégiant les natifs de ce continent. Cela ne favorise pas l'ancrage des Afropéens dans leur pays, leur capacité à se sentir responsables de son destin.
    Pourtant, ceux qui se sont donné un nom - Afropéens - dans lequel Afrique et Europe fusionnent, s'ils sont fidèles aux implications de cette association plus qu'à leur amertume, peuvent incarner un projet de société fraternel, anti-impérialiste et anti-raciste. Dans une France en proie aux crispations identitaires, la perspective afropéenne apparaît encore comme une utopie. De part et d'autre, la tentation du rejet est puissante.

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