• Si le féminisme s'est constitué en mouvement politique au XIXe siècle en Europe, des idées féministes, implicites ou explicites, se sont exprimées depuis l'Antiquité et dans le monde entier, contredisant les moeurs et le discours misogyne dominants.
    Pourquoi, comment et où de telles idées apparaissent-elles ? Font-elles véritablement Histoire, dans un processus de développement cumulatif ? Ou sont-elles seulement des bouffées aléatoires, sans synthèse ni somme ? Le féminisme politique en est-il l'aboutissement historique ?
    Alternant portraits, récits et analyses, Séverine Auffret retrace l'évolution des idées féministes depuis leurs premières manifestations jusqu'aux problématiques les plus contemporaines dans une somme inédite et vivante où l'on croise les Amazones, Simone de Beauvoir, Sapphô ou Diderot, et qui nous transporte de l'Égypte ancienne jusqu'en Amérique précolombienne.

  • L'histoire dont jamais Clytemnestre n'est le centre est à la fois bien et mal connue : d'abord, elle se voit ravir et sacrifier sa première fille, Iphigénie - de cette mise à mort peut seulement s'instaurer l'ordre guerrier d'Agamemnon ; cette blessure irréparable la conduit au meurtre de l'époux rentré de guerre. Ses propres enfants, Oreste et Électre, décident alors et accomplissent sa mort, afin de venger leur père.
    Clytemnestre : une figure véhiculée par les siècles. Pourtant maintenue dans la marge d'ombre d'où se détache la clarté des héroïnes. Dans cette ombre, deux modèles du rapport entre mère et fille : rapport charnel et primordial avec Iphigénie, la première fille, rapport conflictuel avec Électre, médié par la loi paternelle ; contrainte à concevoir et à permettre le projet du matricide. Sous les masques qu'elle montre et qui la dissimulent, cette mise en ombre du corps fécond, matriciel, serait, peut-être, la matrice de toute tragédie, le ressort du tragique même.

  • « À l'époque où la jeune philosophie grecque bouillonne encore dans la formation de son langage, de ses schémas directeurs et de ses institutions, La Philosophe a été prononçable, pensable, dans une tragédie. Mélanippe la philosophe est en effet le titre d'une oeuvre fort ancienne du dramaturge Euripide, dont il ne subsiste à ce jour qu'un mince fragment. [...] Cette trilogie restitue autant que possible le vestige du texte, en donnant une traduction du fragment d'Euripide accompagné de ses gloses et des élaborations du mythe. Elle dégage ce que l'oeuvre interroge, quant aux origines, à l'histoire de la philosophie, au moyen d'une analyse des mots, des noms propres, mais aussi des structures du mythe et de la fiction dramatique. Elle réimagine, enfin, l'image, sans chercher à imiter l'original perdu, en essayant de faire résonner son intuitif poétique, dans un temps prolongé qui est à la fois celui des origines et celui de l'actuelle modernité.» S.A.

  • "Des couteaux contre des femmes", premier livre théorique sur l'excision, propose une recherche, hors des propos classiquement tenus sur cette blessure-torture réelle. Séverine Auffret interroge les structures politique, culturelle, sociale et symbolique de l'Occident, mettant au jour les racines de l'assujettissement et de la haine des femmes.

    « Comment comprendre la pratique effroyable de la mutilation sexuelle des femmes ? Pratique aussi méconnue et cachée qu'elle est actuelle et en pleine expansion. Quelles qu'en soient les formes, la mutilation des femmes est à la base des civilisations humaines, marquant sur le corps des femmes l'appropriation de leur puissance sauvagement déniée. Rien ne me prédisposait à écrire un livre sur la mutilation des femmes, je voisinais plutôt, par goût et par profession, avec Platon, Spinoza, Marx et quelques autres. Mais de ce côté pas d'armes, pas de parole adéquate. Sur le corps des femmes, sur leur sexe tranché, néant. La réalité serait-elle indécente à l'univers des idées ? » S.A.

  • Parce que mille maux nous menacent, parce que sont avérées tant notre finitude que la faiblesse de nos moyens, on pourrait (on devrait ?) être tenté d'abandonner la partie - la vie, ce jeu pipé dans lequel nos chances sont ridicules.
    Pourtant, la plupart d'entre nous supportent ce que Cioran appelait "l'inconvénient d'être né" et relèvent le défi. Cette incroyable partie, l'humanité la joue. Et, parmi les moyens qu'il a su inventer pour panser les blessures que le réel prodigue avec une intarissable libéralité, l'humain en a créé qui sont des stratégies particulières - des jeux. S'ils s'exceptent de toute sphère productive, les jeux ici décrits n'en sont pas moins sérieux, dès lors qu'on les réfère à leur enjeu, colossal : comme à la roulette, à la corrida ou à la course automobile, c'est lui-même que le joueur lance, au risque de se perdre ou de se sauver.
    Ces jeux nous engagent, quoique nous ignorions à l'avance - et parce que nous l'ignorons - l'issue de la partie. On trouvera ici de grands et réputés "joueurs", qui ont nom Descartes, Spinoza, Nietzsche, Anne Frank ou Casanova, mais aussi des joueurs plus secrets - et non moins exemplaires - en qui le lecteur pourra se reconnaître. Car l'une des vertus de ce roboratif "manuel d'imagination libre" est bien d'inviter chacun à se découvrir philosophe et à exploiter les ressources du ludique afin d'apaiser les souffrances de la vie, merveilleuse et infinie blessure.

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