• Ce texte est une référence mondiale des études sur les féminicides et les violences de genre. Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, a la réputation d'être la capitale mondiale du crime. Plus de 200 000 ouvrières y travaillent. Entre 1993 et 2003, on s'en souvient, plus de 4 000 jeunes femmes y furent assassinées avec une hallucinante sauvagerie. Personne n'y comprenait rien. On finit par faire appel à une anthropologue, Rita Laura Segato, pour saisir le sens de cette vague de violence dirigée contre les femmes. "Pourquoi certaines filles, certaines femmes, sont-elles assassinées ? Ce n'est pas par haine, car celui qui les tue ne les connaît pas. Alors, qu'est-ce que cela signifie ?"

  • Qu'un enfant puisse avoir deux mères, et que l'une puisse avoir « tué » l'autre, voilà qui surprendra. C'est pourtant le cas d'enfants - blancs, souvent - ayant eu une nourrice - noire, souvent. La nourrice est pour l'enfant, à la place de la mère biologique, la première séductrice, celle avec laquelle se met en place l'oedipe. En règle générale, c'est alors que le père intervient, posant l'interdit ; or, dans ce cas de figure très fréquent au Brésil mais également dans de nombreux autres pays, dont la France, c'est la mère biologique. Au moment par exemple de l'entrée à l'école maternelle, elle va organiser la disparition de la nourrice, en la congédiant puis en effaçant toutes ses traces. Pour l'enfant, quelque chose est perdu, rendu inaccessible : la figure même de la mère, brisée par une violence intime inouïe, dont on commence tout juste à étudier les effets.

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