• Entre juillet 1975 et janvier 1980, dans le quadrilatère industriel de Leeds-Bradford, treize femmes sont assassinées et sept grièvement blessées par un tueur mystérieux. Les femmes de la région vivent dans la terreur. Lorsqu'il est arrêté, par hasard, on trouve, au lieu de la brute asociale que suggère la nature de ses crimes, un certain Peter Sutcliffe, routier de trente-quatre ans, doux et poli, propriétaire de sa maison, heureusement marié. Un procès retentissant a lieu. Des livres à sensation paraissent. Mais ni le procès, ni les média n'ont résolu, ni même posé les questions soulevées par ces meurtres : comment, pourquoi, un homme aussi « normal » a-t-il pu en venir à les commettre ? Quel jour jettent ces crimes, les réactions de l'opinion et de la presse, l'échec répété de la police, sur les structures sociales dominantes dans nos sociétés ? Tuait-il des prostituées parce que femmes, ou des femmes parce que prostituées... et quelles définitions du féminin cela révèle-t-il ?

  • Peut-être ce no man's land où les hasards d'une migration nordique ont égaré Nicole Ward Jouve est-il une forme particulière de ce qui est, après tout, Woman's land. C'est là que se déroule Le spectre du gris : spectre de la couleur qui hante la prose et va des extrêmes du gris-noir à ceux du gris-blanc sans réussir à pénétrer dans les ténèbres ni dans la clarté : à confirmer chacun des jugements, à accomplir aucun de ces miracles que les appareils idéologiques, et leur nom est légion, conditionnent les femmes à attendre du quotidien. Spectre aussi en ce que le désir de quelque absolu demeure, et que la nature, la féminine en tout cas, a horreur de cette grisaille dont elle découvre que son ordinaire est tissé. Les nouvelles du Spectre du gris explorent toute une variété de situations féminines, c'est-à-dire ambiguës. Avec rage parfois, mais aussi avec humour, avec amour.

  • L'entremise

    Nicole Ward-Jouve

    Une femme, Léa, mannequin célèbre et sans rivale, reine de la mode, incarnant l'éternel féminin et ses mille visages, disparaît. Un manuscrit sans auteur, de graphies différentes, est découvert : il donne à lire cette étrange disparition et, à l'heure de sa défaite, le défi de Léa.

    « Le soir viendra, et l'aube viendra. Le soir viendra où elle cessera de fuir. Le soir viendra, le soir du jour le plus enténébré, le soir du solstice d'hiver. Il n'y aura pas plus bas, ni plus désespéré. Le soir viendra, et elle se retournera. Elle fera face. L'Autre, ne se déduira plus de son dos. Elle se regardera dans le miroir de sa chambre, quelle chambre, n'importe quelle chambre en n'importe quel lieu, suis-je un comptable. Et au lieu d'elle, l'Autre y paraîtra. Sera-t-elle brune, blonde ou grise je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'elle sera là, elle, l'Autre, dans le miroir. Et qu'elle sortira du miroir. » N.W.J.

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