• Carnivale

    Nicole Caligaris

    «C'était sous un ciel bleu, de la couleur de ma carrosserie, par 360° de solitude, comment as-tu pu me faire ça, Cantaloupe? Comment as-tu pu me refiler un secteur pareil, Chérie? J'avais ma pile de contrats posée sur le siège arrière, la prochaine ville était à je ne sais combien de bornes, mon quota n'était pas fait, j'étais dans le rouge, comme tous les mois depuis des mois et c'était le dernier mois de l'année, je ne me plains pas, d'accord, plus qu'un malheureux contrat à placer pour boucler la boucle, mais non, quota ou pas, tout le bureau se casse à heure fixe, on ferme, basta, et moi, je suis coulé, je repars pour une vie sur ces secteurs de misère, laisse-moi un délai, c'est rien, c'est beaucoup, une chance de sortir du cycle, Chérie, le temps de réaliser mon chiffre, je t'en prie, pour clôturer ce compte qui me plombe depuis des années, depuis toujours, depuis que je suis chez Ponzi.»

  • Prodiges d'avant le doute croyances dans le besoin de peur de peu Je descends au milieu des ronces, loin de tout, en retard, la peau déchirée, le sang pompé par les tiques, seule. La pente est casse-gueule, il pleut. Voilà que c'était pour lui, cette traversée des broussailles, cet épineux enjambement d'aucune trouée, ce délicat sondage des taillis, cet avancer trop lent, précautionneux, sans un passage, ce silence, c'était pour lui qui ne se tourne pas, ne frémit pas, ne bouge pas une paupière, regarde tout et ne regarde rien, qui m'écoute, ramassé sur les postérieurs, intensément, qui va bondir. Pas encore. Qui reste. À deux pas de moi. Qui m'offre ça : la seconde du grand cerf anxieux.
    Présence écrasante du présent et du récit entendons : un par fait

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