• Lise et lui

    Michèle Ramond

    C'est autour du personnage de Lise que s'organise cet ensemble de textes poétiques. Lise est un personnage-écrivain, du côté des femmes : c'est-à-dire, pour Michèle Ramond, du côté du rêve, de l'imaginaire, de l'impossible, de l'utopie... du côté de l'écriture.

    « Ils arrivaient toujours du fond de l'impasse ou de l'avenue, dans la demi-obscurité de la nuit teintée par la lune ou un lampadaire. Les arbres de l'impasse ou de l'avenue faisaient voûte au-dessus d'eux quand ils venaient dans ces demi-obscurités de catacombes. Tout était vieux dans l'impasse ou dans l'avenue, seules leurs figures sveltes comme des colonnes : sur les dalles ou le bitume, une sorte de gaîté. Ils auraient eu des airs, des mimiques, des tons joviaux ou un peu fâchés. À gauche on la distinguait dans la rondeur vague et blanche de la robe, il fallait ouvrir grand les yeux pour voir à droite, dissimulée dans le creux des dentelles, la silhouette fine un peu plus haute et noire qui se détachait mal de la nuit. » M.R.

  • C'est le mystre d'une conjonction thmatique trs particulire qui a runi les six auteurs de ce livre autour de six thmes privilgis par la littrature espagnole, inextricablement apparents et revenants : le Manuscrit, l'Objet (de l'criture et de sa qute), le Matre, la Maison, l'Enfant et le Voyage. Rares sont en effet les oeuvres littraires en Espagne qui ignorent ces six territoires et leur conjonction amoureuse. Celle-ci s'impose depuis les textes d'autrefois qui nous ont tous nourris jusqu'aux crations d'aujourd'hui. Parmi cette constellation thmatique privilgie, certains objets, certaines toiles peuvent briller plus que d'autres, leurSorchestration n'est jamais la mme.

  • Feu le feu

    Michèle Ramond

    Ce livre nous invite à un voyage au coeur d'un XXe siècle déjà lointain, parmi les ardeurs du monde du travail que les nouvelles idéologies aujourd'hui oublient, ignorent et sacrifient.

    « En haut lieu la disparition du prolétariat était programmée. Fini la sortie des usines, fini les femmes jolies, fanées avant l'âge, et les hommes endurants, robustes, laborieux et constants, fini les femmes frottant les minerais de leurs hommes au lavoir, les mains rougies par la lessive de la veille, fini la toilette, dans le chaudron, fini le casse-croûte de la pause de 35 minutes, fini la leçon révisée à côté du fourneau, fini l'après-midi du dimanche au jardin, au temps des cerises, fini les pieds dans l'eau pendant que papa trie les asticots pour la pêche au bord de l'eau, fini l'école du peuple pour devenir savants, fini l'illusion du grand parti démocratique, fini le rêve d'une force de production en croissance constante, fini le journal Liberté. » M.R.

  • Vous

    Michèle Ramond

    À mi-chemin entre essai et poème, ce texte forme une approche de la peinture où intervient la psychanalyse. Il n'est pas un texte sur la peinture, sur la perspective, mais il esquisse une sorte d' « écriture picturale ».

    « Quelle plus belle représentation de vous que l'arbre seul au milieu du pré. Ses flancs abrupts, la vallée autour de ses pieds, son sommet épars au vent, les petites surfaces de son corps épais qui se tord, certaines de ses feuilles comme couvertes de poussière, tournées vers l'ennemi, son front d'Héliodore chassé, le sang qui circule le long de son bâton levé, les ombres denses et noires de son grain, les graviers qui rendent certaines de ses pousses stériles, son littoral bordé de dunes, les eaux poissonneuses qui baignent ses entrailles [...] » M.R.

  • L'Occupation est une écriture de la déroute. L'histoire est ici Histoire : l'Occupation allemande, l'exode des Parisiens vers le Sud.

    « Je ne puis savoir aujourd'hui si en écrivant ce livre, c'est le lieu de mon enfance que j'ai fait revivre ou la géographie incertaine d'une histoire toujours recommencée. Il m'est aussi difficile de conjurer la guerre maintenant qu'à l'époque où je suis venue au monde. L'occupation de mon pays par les Allemands, l'exode, les bombardements, les gaz, les caves, le hurlement, la traque, l'incompréhension, j'ai voulu dans cette fable en assumer le souvenir meurtrier. » M.R.

  • Une femme porte le corps mort de sa mère à travers le monde. Dans ce voyage initiatique nourri par les grands mythes, la mort revêt à chaque instant un nouvel aspect. De la confusion des corps à une tentative de séparation, de l'identification entre vie et mort à l'idée de cycle et de régénération, ce texte à la grande teneur poétique décline l'expérience de la mort au féminin.

    « Les yeux ne se ravivent pas. Faut-il laisser mourir le corps et ne plus le torturer avec le souvenir de la vie ? Le corps ne peut plus éprouver la beauté, ni la tristesse, ni le bonheur, ni le malheur, et il pleure de toutes ses tumeurs, à l'intérieur de ses organes, il pleure d'une douleur féminine égale à celle du corps survivant, du fond de sa végétation ancestrale qui, fatiguée, s'est couchée. C'est le mois le plus triste, celui où commence la richesse de la terre. » M.R.

  • « Il faut regarder pour garder, regarder plus fortement qu'on ne le fait d'habitude, au point de sortir de sa propre vie pour saisir le monde qui s'enfuit. Une infime modification dans la teinte et la consistance des choses et des événements alors se produit, que rien n'avait laissé prévoir, on commence à s'enfoncer dans l'eau rafraîchissante d'une rêverie infinie, une partie de nous-mêmes s'écoule modifiant la teinte et la consistance des choses, nous les serrons avec nos mots, leurs impressions flottent un moment, indécises, puis un éclairement très vif fixe leurs contours et leurs couleurs pour toujours. » M.R.

empty