• «C'est alors qu'à la lueur blafarde et jaunâtre de la lune qui se frayait un chemin au travers des volets, je vis cet être vil - le misérable monstre que j'avais créé. Il soulevait le rideau du lit et avait les yeux - si l'on peut les appeler ainsi - fixés sur moi. Ses mâchoires s'ouvrirent et il bredouilla quelques sons inarticulés, tandis qu'un rictus ridait ses joues. Peut-être dit-il quelque chose, mais je ne l'entendis pas. Il tendit une main comme pour me retenir, mais je m'échappai et descendis précipitamment les escaliers. Je me réfugiai dans la cour de la maison que j'habitais ; j'y demeurai le reste de la nuit, marchant de long en large dans un état d'agitation extrême, écoutant attentivement, percevant et redoutant le moindre son, comme s'il devait annoncer l'approche de ce cadavre démoniaque auquel j'avais si malheureusement donné la vie.»

  • Cette confession est celle d'une jeune fille, Mathilda, qui, jusqu'à l'âge de seize ans, vit dans la plus grande solitude, élevée par une tante peu aimante. Sa mère étant morte en lui donnant le jour, son père s'est en effet désintéressé de son sort. Il réapparaît cependant, et c'est alors que Mathilda « commence à vivre ». Pour peu de temps : jusqu'à ce que son père lui fasse l'aveu de sa passion pour elle, brisant leur vie à tous deux.

    Dans ce texte, Mary Shelley explore le fantasme de l'inceste, qui, tout comme celui du monstre dans Frankenstein, a pour noyau la mort initiale de la mère. Qu'il s'agisse du duel meurtrier entre le créateur et sa créature, ou de l'exclusive passion père-fille, chaque fois un tiers semble manquer : celui, ou celle qui assurerait la transmission du vivant, tout autant que le devenir d'un sujet féminin et maternel.

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