• Marina Tsvétaïéva (1892-1941) est aujourd'hui reconnue comme l'un des grands poètes du XXe siècle. Femme de tous les paradoxes, à la fois russe et universelle, prosaïque et sublime, elle commence très jeune à écrire et à publier. Prise dans la tourmente révolutionnaire après l'écrasement de l'Armée blanche dans laquelle son mari s'est engagé comme officier, elle vit un douloureux exil de dix-sept ans à Berlin, à Prague, puis à Paris. De retour dans son pays natal en 1939, elle se suicide deux ans plus tard.
    Il est des talents si impétueux que les événements les plus dévastateurs de l'histoire ne sauraient les étouffer. Réduite à néant par la terreur stalinienne, Marina Tsvétaïéva ne cesse aujourd'hui de revivre et de rayonner. Cette « danseuse de l'âme », ainsi qu'elle se nommait, traverse, subit et transcende les malédictions de l'Histoire comme une comète fracassée. Par sa poésie, fulgurante, rétive et exaltée, elle fraternise d'emblée avec toutes les victimes. La singularité tragique de son itinéraire, d'une indestructible intégrité, garde aujourd'hui toute sa charge libératrice.

  • Dans ces textes de jeunesse, Marina Tsvétaïéva touche à un genre pour lequel elle demeure méconnue - le théâtre - y nouant intrigues et scénettes narratives autour de la rencontre amoureuse. C'est encore cependant sa plume versifiée qui frappe de son incandescence dans ces deux tableaux où se meuvent, poétiquement, silhouettes brûlant d'absolu et solitudes sans remède.

    « LE MONSIEUR : Écartez-vous ! Vous allez brûler vos cheveux ! LA DAME : Ne craignez rien pour moi ! Je suis moi-même Feu. »

  • «  J'ai lu votre livre. Vous m'êtes proche comme toutes les femmes qui écrivent. Ne vous offusquer pas de ce "toutes",   toutes n'écrivent pas : écrivent celles entre toutes. Donc, vous m'êtes proche comme tout être unique et, surtout, comme tout être unique féminin.  »   En réponse aux Pensées d'une amazone (1920) de Natalie Clifford Barney (1876-1972), Marina Tsvetaeva écrit en 1932 une longue lettre où elle s'attache, en particulier, à définir les inquiétudes de deux femmes qui s'aiment et sont privées de la possibilité d'avoir un enfant. Dans une langue éblouissante, Marina Tsvetaeva livre dans ces pages une réflexion profonde et poétique sur l'amour des femmes entre elles.

  • En 1922, Marina Tsvétaïeva écrit en russe un poème qui s'inspire du célèbre conte d'Afanassiev, Le Vampire, l'histoire de la belle Maroussia qui tombe amoureuse de celui avec lequel elle a dansé toute la nuit, et qu'elle surprend le lendemain en train de dévorer un cadavre. En 1929, à Paris, Tsvétaïeva entreprend de traduire ce poème en français. Elle l'intitule Le Gars. Plus tard, elle le réécrit sous forme de conte qu'elle accompagne d'un avant-propos pour l'édition française. C'est cet ensemble qui est ici lu par Anna Mouglalis.
    Variations sur un même thème, où vie et mort se mêlent, se trahissent, se traduisent, ces trois textes jouent brillamment avec une langue teintée d'une inquiétante étrangeté.

    « Est-ce femme ? est-ce flamme ?
    C'est une âme qui se damne.
    - Ta mort ! - Mon plaisir !
    Danserai à en mourir ! »

  • Marina tsvetaeva (1892-1941) est l'un des plus grands écrivains de langue russe du xxe siècle.
    En france, oú pourtant elle a vécu quatorze ans (de 1925 à 1939), et dont elle a pratiqué remarquablement la langue, au point de s'en servir pour écrire certaines de ses oeuvres, elle reste encore mal connue. plusieurs de ses textes ont été traduits, mais le plus souvent dans des éditions isolées et confidentielles. le moment est venu de donner au lecteur français un ensemble ordonné des écrits de tsvetaeva, ses oeuvres restituées dans leur continuité, annotées et présentées dans des traductions nouvelles.
    Ce tome est consacré à la prose autobiographique. tsvetaeva se tourne vers de mode d'écriture une fois partie en émigration : elle veut faire vivre le passé et l'ailleurs, ressusciter les morts à travers leur évocation affectueuse et lyrique. les textes, écrits et publiés par fragments, retrouvent ici leur cohérence, accomplissant ainsi le projet créateur de tsvetaeva : produire un récit subjectif des trente premières années de son existence.

  • Durant l'hiver 1918-1919, marina tsvetaieva, vingt-six ans, vit encore à moscou, où elle affronte seule les temps terribles du communisme de guerre.
    Elle est déjà le grand poète qui s'affirmera dans l'émigration, à prague et à paris, avant de retourner en russie soviétique où l'attend, en 1942, une fin tragique.
    Dans moscou affamé et glacé, elle a fait la connaissance des jeunes comédiens du studio de vakhtangov. elle a envie de mettre son talent sur coup six petites pièces en vers - théâtre et poésie à la fois - qu'elle réunira sous le titre de romantika, " pièces romantiques " : six études dramatiques brèves, dans la triple tradition de pouchkine, de musset et d'alexandre blok, où la convention stylisée masque et révèle l'inquiétude historique et existentielle.
    Six poèmes où s'invente un " théâtre de l'ame " qui met en jeu, avec tendresse et rigueur, les hasards de l'amour, de la vie et de la mort. les personnages y émergent d'un dix-huitième siècle rêvé ; on y voit un casanova douloureux et superbe donner la réplique à de poétiques figures féminines, emblèmes d'éternité en des temps de trouble. le texte (sa musique, sa vitesse, son délicat système d'images) s'affirme comme la seule substance qui soit sentie comme réalité, le seul festin possible parmi la peste du monde.

    On a tenté ici, pour la première fois, une traduction complète et cohérente de romantika.

  • Est-ce que tu m'aimes encore ?

    ,

    lu par Noémie Lvovsky; Micha Lescot

    C'est par Boris Pasternak, alors au début de sa carrière d'écrivain, que Marina Tsvétaïeva entre en correspondance avec celui qui incarne la poésie, le grand Rainer Maria Rilke. « Poétesse-née », d'après les mots de Pasternak, elle séduit Rilke et leurs échanges deviennent très vite aussi amoureux que poétiques. Leur correspondance ne durera que quatre petits mois, entre mai et septembre 1926. Elle s'arrête brutalement, avec la maladie de Rilke et sa mort le 29 décembre 1926, sans qu'ils n'aient pu jamais se rencontrer. Cette passion épistolaire et éthérée est une histoire d'amour comme on les aime, triste et belle.

    « Rainer, le soir tombe, je t'aime. Un train hurle. Les trains sont des loups, les loups c'est la Russie. Pas un train, non - c'est toute la Russie qui hurle après toi. Rainer, ne sois pas fâché contre moi, fâché ou pas, cette nuit je couche avec toi. Une fissure dans l'obscurité, parce qu'il y a des étoiles, je ferme : la fenêtre. (Quand je pense à toi et moi je pense fenêtre, pas lit.) Les yeux grands ouverts, car dehors il fait encore plus noir que dedans. Le lit est un bateau, nous partons en voyage. »

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