• On a parfois le sentiment, dans la vie quotidienne, d'être soudain à l'intérieur d'un film ; ou bien qu'un film s'est emparé de notre part la plus secrète et l'expose à nos yeux en même temps qu'aux yeux des autres, sur un écran, Ingmar Bergman, mieux que tout autre cinéaste, a mis en relation le cinéma avec sa " chambre crépusculaire ". C'est en sa compagnie, avec son aide, que j'établis des relations, " les yeux fermés ", c'est-à-dire, avec les yeux du souvenir, entre le cinéma et la littérature qui comptent pour moi, les livres que j'écris et ma biographie. Une circulation plus intuitive que rationnelle, moins théorique que destinée à faire signe, et susciter chez le lecteur un travail mémoriel analogue.

    Marie Etienne est née à Menton mais a passé la plus grande partie de son enfance et de son adolescence en Asie du Sud-Est et en Afrique noire. Elle s'est ensuite installée à Paris et a été pendant dix ans la collaboratrice d'Antoine Vitez. Elle collabore à la Quinzaine Littéraire depuis 1985.

    Poète, elle a notamment publié :
    Lettres d'Idumée, Paris, Seghers, 1982 Le sang du guetteur, Actes sud, 1985 Les Barbares, lettres de casse, 1986 La face et le lointain, Ipomée, 1986 Eloge de la rupture, Ulysse fin de siècle, 1991 Katana, Scanéditions / La dispute, 1993 Anatolie, Flammarion, 1997, prix Mallarmé Roi des cent cavaliers, Flammarion, 2002 Les Passants intérieurs, Virgile, 2004 (Extrait de la bio-bibliographie établie par Florence Trocmé, Poezibao) N.B Nous publions ces deux récits au même office que son nouveau recueil de poésie à paraître chez Flammarion, dans la collection d'Yves di Manno.

  • Le Livre des recels réunit l'essentiel de la poésie de Marie Etienne antérieure à Anatolie - c'est-à-dire des textes composés sur une vingtaine d'années, de 1970 à 1990 environ. L'ouvrage est pourtant parfaitement original : non seulement parce qu'une partie de ces poèmes étaient demeurés inédits, mais parce qu'il propose une sorte de récit-cadre, des « scènes de la vie en prose » dans lesquelles Marie Etienne évoque sa trajectoire poétique. Ce va-et-vient constant entre l'écriture et la vie donne toute sa dimension - et sa pleine lumière - au Livre des recels.
    Les poèmes inédits du début, puis les extraits conséquents de ses premiers ouvrages - La Longe, Péage, Lettres d'Idumée, Katana notamment - prennent ainsi un tout autre relief, d'être sertis dans ce récit en prose où l'on découvre tour à tour l'origine d'une vocation et des fragments de poétique, à la croisée du monde réel et d'un paysage intérieur d'une troublante étrangeté. Plusieurs textes récents viennent conclure ce voyage ébloui, qui confirme l'importance d'une oeuvre édifiée avec patience, à l'écart de la rumeur et des engouements du présent.

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