• Lorsqu'elle vivait à Amsterdam, Etty Hillesum avait accroché la photographie d'une jeune Marocaine au-dessus de sa table de travail. Elle s'adressait parfois à cette figure orientale en écrivant son Journal qui n'a cessé, par-delà sa mort à Auschwitz en 1943, d'être lu à travers le monde.
    Karima Berger redonne voix à cette « petite Marocaine au regard animal et serein », qui entre dans un dialogue d'une grande intensité avec Etty Hillesum. Une complicité se noue, à des années de distance et au-delà des différences culturelles, pour dire le monde et lui donner sens, même lorsqu'il paraît sombrer. Dans cette confrontation au siècle et à ses périls, un combat spirituel se fait jour chez ces femmes et la fécondité des paroles d'Etty Hillesum résonne plus que jamais dans ce dialogue rêvé entre Attentives.

    Reprise en poche d'un volume paru chez Albin Michel en 2014

  • Rares sont les jours où la presse ne parle pas de l'islam, ne serait-ce que pour un fait divers, pointant alors la violence de cette religion, ou les rigidités de sa pratique. Karima Berger, Algérienne, musulmane, apporte un regard aigu sur ces bruits des médias qui viennent brouiller son propre itinéraire spirituel. Mais, de l'autre côté, les armes sont aussi affûtées : comment se dire musulmane et refuser de souscrire au repli communautaire, aux lectures réductrices du Coran, aux dérives ? Tout le talent de Karima Berger est de dire avec peu de mots toute la complexité d'une relation à l'islam. En témoigne cette scène à la Mosquée de Paris, où elle est allée prier, exceptionnellement, lors du Ramadan. Malgré toute l'attention qu'elle a mise à ressembler aux femmes autour d'elle, à s'habiller conformément à la tradition, à faire les gestes avec soin, une femme la coupe dans sa prière et lui dit en français qu'une mèche dépasse de son foulard. Karima Berger lui répond, en arabe, qu'il est interdit de troubler son voisin pendant la prière, surtout dans une langue étrangère.
    Ces contradictions, apportées quotidiennement, l'amènent à revenir à ses racines, doubles, à se nourrir de la fécondité de son exil. Elle redécouvre alors, au-delà de l'épreuve, sa propre foi, et paradoxalement, l'enrichit en puisant à d'autres sources, celles des autres traditions, celles de la mystique. Telle Etty Hillesum en qui elle puise cette force de rejoindre son Dieu, Allah, en s'agenouillant.

  • Etty Hillesum n'a cessé de nourrir la pensée de ceux qui, après sa disparition dans l'enfer nazi, ont trouvé une immense force spirituelle dans les pages du Journal qu'elle a laissé. La jeune femme hollandaise avait à sa table de travail, dans la petite chambre qu'elle occupait à Amsterdam au début des années 1940, la photographie d'une « petite marocaine », anonyme, aux yeux de feux.
    Dans un univers fictionnel, Karima Berger ressuscite la figure de la petite marocaine et la fait entrer dans un dialogue d'une grande intensité spirituelle avec Etty Hillesum. Deux jeunes femmes, une juive, une musulmane, nouent au fil des pages une complicité pour dire le monde, et lui donner sens, même lorsqu'il paraît sombrer. Dans cet abandon au siècle, à ses périls, il y a une forme de résistance intérieure, un combat spirituel qui se fait jour chez ces deux attentives, l'une qui lit Rilke, l'autre le Coran.
    Les phrases d'Etty Hillesum, qui rythment cet ouvrage, résonnent de manière inouïe, radicalement contemporaine, et donnent un écho inédit aux paroles des anonymes qui, telle la jeune marocaine, veillent intérieurement à l'ordre du monde.

empty