• Noeuds de vie

    Julien Gracq

    En 1980, au moment de la parution de En lisant en écrivant, Angelo Rinaldi, dans « L'express », souligna que Julien Gracq figurait parmi les contrebandiers habiles à faire passer les « frontières séparant les époques ». Plus de 40 ans après, ce constat reste d'actualité, comme si le temps avait eu peu de prise sur ses fragments, toujours devant nous.
    Ce qui est frappant avec les textes inédits rassemblés ici, par Bernhild Boie, son éditrice en Pléiade, c'est qu'il est aussi étonnant dans le grand angle (ses centres d'intérêt sont aussi bien historiques que géographiques) que dans le plan rapproché (tous ses textes sur des paysages ou des événements) ou le gros plan (certains textes sur des écrivains, des villes ou des phénomènes littéraires).
    Gracq est un observateur pénétrant, sensible, perspicace. Aucune nostalgie ou lamentation dans cette vision du monde. Avec une liberté de ton et de regard inimitables, il nous invite à revoir à neuf nos propres jugements sur l'histoire, les écrivains, les paysages, l'accélération du temps, la détérioration de la nature, le passage des saisons, les jardins potagers, la vieillesse, le bonheur de flâner comme celui de lire.
    Cette lucidité sereine donne d'ailleurs à certains fragments une allure prophétique :
    (...) la Terre a perdu sa solidité et son assise, cette colline, aujourd'hui, on peut la raser à volonté, ce fleuve l'assécher, ces nuages les dissoudre. Le moment approche où l'homme n'aura plus sérieusement en face de lui que lui-même, et plus qu'un monde entièrement refait de sa main à son idée - et je doute qu'à ce moment il puisse se reposer pour jouir de son oeuvre, et juger que cette oeuvre était bonne.

  • En lisant, en écrivant

    Julien Gracq

    • Corti
    • 1 Août 1989

    Le titre de cette oeuvre est le plus explicite des quatrième de couverture ; l'absence de virgule entre les deux gérondifs rend le glissement de l'un à l'autre logiquement équivalant, tant il est vrai qu' "on écrit d'abord parce que d'autres avant vous ont écrit".

  • Un beau ténébreux est un roman des astres et de la catastrophe, c'est-à-dire du destin sur fond de vacances et de dérive du temps ; vacuité des personnages en attente, dans un théâtre vide. L'arrivée d'Allan va déclencher un maelström où tous les personnages vont perdre la tête. Allan est venu sceller le destin. Tout dorénavant se déplacera par rapport à lui. (Revue 303)

  • Oeuvres

    Julien Gracq

    Oeuvres : Un beau ténébreux (prologue) - Le Rivage des Syrtes - Lettrines 2 - En lisant en écrivant - La Forme d'une ville Le choix des textes, composé par Julien Gracq pour cette lecture, invite à suivre « la trace sinueuse du voyage de l'auteur ».
    Le Rivage des Syrtes : une guerre où rien ne se passe pour celui qui est chargé d'observer le bord d'une mer éternellement vide, et qui attend, jusqu'au jour où l'appel de ce pays, de l'autre côté, se fait entendre comme la voix de son destin.
    En lisant en écrivant : l'auteur a choisi de nous livrer, parmi ses réflexions et rêveries sur la littérature, celles concernant Proust.
    Lettrines 2 : l'auteur évoque ses pérégrinations, seul, sur les routes, s'imprégnant du pays traversé.
    La Forme d'une ville nous emmène à Nantes, « au coeur d'une ville presque davantage imaginée que connue, si longtemps à demi interdite qu'elle a fini par symboliser l'espace même de la liberté ».

empty