• Entre autobiographie et essai, La Salle d'attente dépeint l'Algérie d'aujourd'hui, héritière d'un passé glorieux, dont le présent, fait d'espérances trahies et d'attentes toujours déçues, est accablant. À sa façon impressionniste, Fadéla M'Rabet plonge dans les souvenirs d'une enfance lumineuse dont la magie domine les souvenirs de la guerre grâce à l'amour inconditionnel de sa mère et de sa grand-mère qui lui ont donné tant de force. Puis elle s'interroge sur la triple aliénation dont souffre le peuple algérien : le pouvoir patriarcal, l'ancien pouvoir colonial, le pouvoir actuel qui, en maintenant la charia, renforce le patriarcat. Dans ce contexte, quel peut être l'avenir des femmes algériennes qui forment pourtant « la majorité de ceux qui maintiennent le pays debout » ? L'écriture poétique suit crescendo les sentiments de l'auteure, de la tendresse à la révolte, dans un cri de colère courageux. Un livre écrit à partir d'une nécessité urgente.

  • Le café de l'imam

    Fadela M'Rabet

    Le café est un lieu magique : ignorant les limites du temps et de l'espace, il permet une libre circulation de l'imaginaire entre le présent et le passé, réveille des émotions qu'on croyait oubliées, ressuscite des pans entiers de notre existence. « C'est le patio à portes ouvertes, sans la contrainte sociale (...), un territoire libre (.), où je deviens un lieu de résonance de voix nouvelles et de voix retrouvées,.un lieu de passage de fantômes et de revenants », écrit Fadéla M'Rabet dans son nouveau livre, à l'écriture tantôt poétique et nostalgique, tantôt cinglante, mais toujours fluide et limpide, et d'une très haute tenue.

    Ainsi, de Constantine à Samarcande, de Vienne ou de Venise à Istamboul, de Boukhara à Paris ou Alger, Fadéla M'Rabet évoque une existence toujours ouverte sur les autres : au-delà d'elle-même, c'est aussi dans la vie des êtres qu'elle croise et des sociétés qu'elle parcourt qu'elle nous introduit. Telles cette rencontre avec l' imam de Sarajevo, ou ces retrouvailles imaginaires avec Arthur Schnitzler, Mahler ou Kokochka au célèbre café Griensteidl à Vienne. Presque à chaque page surgit un souvenir qui en appelle un autre, toujours avec émotion, parfois avec colère, quand surgit l'évocation des tartuffes et des imposteurs.

    Mais c'est une autre image, plus réjouissante, que l'auteur nous donne en terminant son récit : feuilletant, à l'aéroport d'Alger, la presse nationale, Fadéla M'Rabet découvre dans El Moudjahid un article élogieux sur le Sila 2010, qu'illustre en grand sa photo. Il y a 45 ans, le même quotidien orchestrait son linchage médiatique.

  • « Elle avait un oeil couleur de nuit profonde, mystérieuse, insondable et un autre d'encre violette. Le regard de celle qui toute sa vie essaya d'imaginer le visage de sa mère disparue après sa naissance. Cette mère dont la voix lui parvenait à travers le liquide amniotique. Celle dont les battements de coeur lui étaient restitués par les bruits d'une cascade. Je n'oublierai jamais le visage de Nana près d'une cascade. Elle était dans une bulle et son visage n'était plus que lumière. Elle entendait le coeur de sa mère, elle entendait sa voix, mais son visage lui restera à jamais inconnu. » F. M'R.

empty