• « L'innombrable, c'est celui qui ne profite pas de la fameuse liberté d'expression devenue la valeur majeure de la république. C'est celui à qui elle ne s'applique pas. Qui porte un invisible bâillon. Un des noms de ce bâillon est : légitimité. C'est très compliqué, cette question de l'accès à la parole, orale, écrite. De se sentir légitime, ou interdit. Qui la donne, la légitimité ? Et comment vit-on l'illégitimité ?
    La vraie inégalité est là. Entre ceux qui ont un accès à la parole et ceux qui ne l'ont pas. » Dans ce nouveau tract, Danièle Sallenave prolonge la réflexion engagée avec Jojo, le Gilet jaune, en s'interrogeant sur ce qu'est devenu l'exercice réel de la liberté d'expression dans notre société démocratique, avec cette question centrale, angoissante : qu'est-ce qu'un droit reconnu, garanti par la loi, mais qui ne s'applique pas ? Ou ne s'applique qu'à une minorité et sous conditions ?

  • Danièle Sallenave retourne dans sa région natale, l'Ouest conservateur et clérical de l'Anjou, pour retrouver ce qui caractérisait l'éducation républicaine qu'elle y a reçue au milieu du XX e siècle par ses parents instituteurs. C'est une certaine idée de la république, forgée au XIX e siècle dans la retombée des révolutions, la contre-offensive catholique et les débuts de l'expansion coloniale. En revisitant les lieux familiers de son enfance, elle fait renaître les combats et les aveuglements d'une époque. Les symboles de la République, son école dressée contre le pouvoir de l'Église et des châteaux. Ses idéaux de justice, d'émancipation. Son combat pour le progrès. Mais aussi ses limites. Le lourd passé de la guerre de Vendée. La contradiction entre les principes républicains et la réalité coloniale. Son universalisme abstrait. Dans ce livre, l'autrice propose de faire « le pari généreux d'une république postcoloniale, consciente de ses fautes passées, ouverte aux différences. Une république sociale, placée sous le signe de l'églantine rouge, autrefois fleur du 1 er mai ouvrier, chassée sous Vichy par le muguet, fleur de la Vierge Marie. »

  • Madeleine Gobeil m'a proposé il y a quelques années de réaliser avec elle une interview par courriel. J'ai longuement développé mes réponses et ce livre en est sorti. L'enfance, la formation, les livres, le théâtre, les amitiés, les amours, les voyages, la politique... Progressivement, une définition se dégage : écrire, c'est essayer d'ouvrir des brèches, des trouées, pour mieux voir, mieux comprendre, mieux sentir. C'est une manière de vivre. D'unifier, d'éclaircir la vie.

  • Allure rapide avec le sentiment de l'inéluctable : Léningrad Rome : fragments Calcutta, 2 décembre 1990 « La ville des villes, c'est Rome. En elle se résument tous les épisodes symboliques de la vie d'une cité, devenus autant de mythes, source inépuisable d'histoires et de fables. La Fondation ; la Grandeur ; la Ruine ; la Restauration. Toutes les villes sont donc villes en ce qu'elles reproduisent l'une des figures successives de Rome : violence de l'acte destructeur (Leningrad née de la volonté cruelle d'un despote) ; violence de l'acte destructeur (Calcutta rongée par l'afflux des pauvres). Partout domine le sentiment d'une perte : l'âge de l'utopie est clos, la grandeur est toujours une grandeur disparue ; les vivants sont des survivants. À Rome naturellement la douleur est moins vive, et une joie naît lorsque dans les restes des architectures anciennes mêlés aux constructions présentes, les traces d'autrefois surgissent sous les pas d'aujourd'hui. » D.S.

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