• « Enfin, elle est là. Au bout du chemin, dans la lumière qui décroît de ce jour finissant. Mes mains me font mal, certes, et je suis fatigué, mais elle est là. Elle m'attend. Elle m'accueille, du haut de ses quatre pilotis, avec sa structure de bois et son toit de tôle ondulé. Elle est là, tout près, surplombant son petit lopin de terre. Je vais pouvoir y entrer, m'y enfermer, m'y reposer. Elle est là et je ne l'ai pas choisie, c'est elle qui m'a piégé. » Dernier ancrage avant la mort annoncée, la maison de l'île ouvre ses bras de tendresse à un homme pétri de nostalgie - la jeunesse, la santé, les voyages, et surtout Flo, la femme qu'il n'a pas su garder - mais sans aucun regret, si ce n'est celui de savoir que l'île, sans cesse harcelée par tsunami et autres raz de marée, est condamnée, tout comme lui, à la disparition. Comme toujours, la vie sera malgré tout la plus forte, cette fois-ci concentrée dans le regard et les mains d'une mère et de son enfant...

  • Une histoire qui mêle le passé et le présent de cette femme à la tendresse grosse comme le monde, son enfance à Madagascar où ses parents ont été poussés à partir par le gouvernement français en 1951, le retour à La Réunion, son père alcoolique qui rêve toujours de l'impossible eldorado malgache, son époux trop souvent fataliste, ses quatre enfants dont l'une encore toute petite est morte du palu. « Oui, il en faudrait, des livres, des dizaines de rayonnages, des centaines d'ouvrages, des milliers de pages, pour la raconter, l'Histoire. Celle de tous ceux qui y croient encore ou qui y ont cru comme mes parents, comme moi je l'ai cru, au tremblé de la vague. » La douceur de la terre et l'esclavage, la végétation luxuriante et les nattes à même la terre battue, la lumière éblouissante mais aussi les orages qui ravagent... Un superbe récit, à l'écriture sobre et maîtrisée, dont la chaleur et la générosité estompent la douleur.

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