• « Parce que, finalement, nous vendons les gens, nous sommes des négriers, nous devons faire des résultats et afficher notre cynisme, pour oublier tout cela. Et ce n'est qu'une dépression masquée, le cynisme... »
    Après une école de commerce, un passage en banque d'affaires et des études aux États-Unis, Frédéric Marquez devient chasseur de têtes. Fasciné par le pouvoir, il met en place des cadres aux postes les plus élevés des sociétés et s'en grise. Mais peut-il vraiment sans danger utiliser les êtres pour faire avancer sa carrière ? « Donnez-moi la règle et je gagne », résume-t-il avec orgueil. Pourtant, de son ambition froide et désespérée, il brise surtout ceux qui servent ses visées et ceux qu'il voudrait aimer.
    Clémence Boulouque, dans un style incisif, parvient à peindre avec humanité un milieu dont la règle est de n'en pas avoir.

  • qui se souvient de regina jonas ? ordonnée à berlin en 1935, elle a été la première femme rabbin au monde.
    affrontant l'hostilité de ceux qui refusent la religion au féminin, consciente d'être en sursis dans l'allemagne nazie, regina n'a écouté que son "souci des âmes". elle est tuée à auschwitz en 1944. pressentie pour l'incarner à l'écran, elise part sur ses traces. l'actrice croit ainsi solder une culpabilité : ses grands-parents, négociants en champagne sous l'occupation, ont sacrifié aux compromissions d'alors.
    avec ce rôle, elise saisit le passé. et devine qu'il n'est peut-être plus temps d'expier mais de se tourner vers la mémoire de ceux qui ont su être justes - pour, avec eux, cheminer.

  • Jean-Michel Belorgey, éclaire d'un commentaire tout d'arabesques aussi savantes qu'affectueuses ces cartes postales anciennes issues pour partie de sa collection.
    Pour Salah Stétié, " avec les femmes du présent livre, pour la plupart humbles et composées comme des icônes d'un très désuet et bien charmant petit musée de province du coeur, c'est toute l'âme qui ressuscite dans cette Égypte de toujours qui s'est fait de la résurrection des morts une spécialité ". Et de remercier mille fois le " touriste à jamais inconnu, comme les personnages des cartes postales dont il a fait choix le plus souvent par hasard. En payant de quelques piastres ces femmes et leur mystère dissipé désormais dans la mort, il a fait oeuvre de civilisé, sans doute, mais, surtout, de légendaire. Il a substitué au jeu de la disparition, grand jeu s'il en est, une présence, l'une de celles dont on fait ces papillons d'un jour ou d'une nuit qu'on surnomme à juste titre les éphémères ".

  • Denise epstein est née en 1929, année de parution de david golder, le premier succès littéraire d'irène némirovsky.
    Fille surprotégée de la romancière qui la présentait aux journalistes pour éluder les questions ou les photographies, elle est pourtant, ainsi que sa soeur elisabeth âgée de cinq ans, jetée de plein fouet dans la vie, en juillet 42, lorsque les gendarmes français viennent arrêter sa mère dans le village oú la famille a trouvé refuge. quelques mois plus tard, son père, michel epstein, est aussi déporté puis assassiné par les nazis.
    Suivent des années de cache, de faux noms et de pensionnats : " la traque ". avec une grande pudeur et un art de la dénégation modeste, denise epstein se livre pour la première fois - en creux du succès de suite française. c'est tout un itinéraire, à la fois exemplaire et reflet du siècle, qui se lit. une enfance choyée et une adolescence laminée par la peur, un âge adulte sans repère, une vie de militante dans les années soixante et soixante-dix, un timide retour vers le judaïsme - qui n'interdit pas, bien sûr, un procès fait à dieu pour ses absences et notamment celle qui l'a privée des siens, même s'ils ne cessent de l'accompagner.
    Pour, comme elle, vivre et survivre.

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