• Six voix nous donnent en plusieurs récits les clés de ce roman qui, au travers d'une réécriture de l'histoire antique, fustige l'establishment allemand et en fait le procès. Mais en revisitant ici l'histoire légendaire de la magicienne Médée, Christa Wolf affronte aussi son propre passé avec une bouleversante sincérité.

  • Ville des anges

    Christa Wolf

    En automne 1992, trois ans après la chute du mur, puis deux ans après la réunification des deux Allemagnes en octobre 1990, Christa Wolf, 63 ans, foule le sol américain pour la première fois de sa vie et séjournera neuf mois dans la lumière californienne. La narratrice de ce roman, une écrivaine de l'ex-RDA -Christa Wolf elle-même ?- s'éloigne d'une Allemagne qu'elle ne supporte plus. Grâce à une bourse d'auteur en résidence, elle se rend à L.A. pour éclaircir un mystère : son amie Emma lui avait remis avant de mourir un paquet de lettres signées L. Qui est cette L.? Une amie exilée aux Etats-Unis pour fuir le nazisme? Pourquoi Emma lui a-t-elle caché son existence ? Au rythme d'une prose d'une grande virtuosité, Christa Wolf entremêle narration et réflexion, le récit du séjour californien (reportages sur les quartiers pauvres de Los Angeles, sur les visites à Pacific Palisades des villas de Thomas Mann et de Bertolt Brecht, écrivains qui hantent l'ouvrage) et les évocations des moments clefs de sa vie : son enfance sous le Troisième Reich, l'exode du printemps 45, les premières années enthousiastes dans une Allemagne de l'Est portant l'espoir d'un monde meilleur. Puis le temps des désillusions, des graves conflits, enfin le bouleversement de l'automne 89, et le rôle important qu'elle y joua. Mais une blessure habite aussi le coeur de ce récit : les accusations de collaboration avec la Stasi de 1959 à 1962 portées contre Christa Wolf, en son absence, par les médias ouest-allemands.
    L'auteure s'oblige alors à exhumer ses souvenirs personnels, à s'y confronter : un douloureux travail sur soi que l'éloignement permet enfin.

  • En 1935, Maxime Gorki avait invité les écrivains du monde entier à raconter une journée de leur vie, la même pour tous : le 27 septembre. L'idée avait été reprise en 1960, et une nouvelle génération s'était alors essayée à l'exercice. À cette date, Christa Wolf eut envie de relever le défi, elle tint donc la chronique de cette journée du 27 septembre 1960, puis, prise par le jeu, s'astreignit à cette discipline jusqu'à sa mort, survenue le 1er décembre 2011.
    Un premier volume de ce Journal, couvrant les années 1960-2000, a paru chez Fayard en 2006. Nous publions ici les onze dernières années.
    " Aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de ma vie. " Telle est l'injonction à laquelle Christa Wolf rêve de répondre année après année. Au coeur de cette dernière décennie, il y a Christa bien sûr, écrivain assailli par le doute, rongé par la maladie, qui inlassablement interroge ses faiblesses et ses impuissances, mais qui fait face avec courage et lucidité au temps qui passe.
    Et si l'intérêt de ce livre est d'abord d'offrir une documentation tout à la fois subjective et historique, cette chronique des événements courants chez les Wolf et dans le monde entier, l'obstination avec laquelle l'un des plus grands écrivains contemporains s'arc-boute au pacte d'honneur qu'elle a passé avec la vérité est proprement bouleversante.

  • « Est-ce que les sentiments pâlissent, quand on vieillit ? Tout devient-il intérieurement plus silencieux, blême comme la lune ? Parfois, quand je suis malade comme maintenant et que je ne peux pas travailler, j'ai cette impression. Un terrain intérieur silencieux et blême, d'où l'on ne peut extraire aucun sens. Et chaque renaissance qui surviendra à un moment quelconque, sera s'illusionner soi-même, mais cela, on l'oubliera encore, heureux d'être de nouveau en marche. Chère Charlotte, je t'embrasse. » C. W.

    Peu de temps après la publication de son célèbre roman Cassandre, Christa Wolf, trouvant son nom cité dans un livre de Charlotte Wolff, et frappée par ses points communs avec elle, lui écrit. L'amitié entre les deux femmes restera épistolaire : aucune rencontre ne pourra jamais avoir lieu. Ces échanges denses et captivants entre deux personnalités hors du commun sont d'autant plus touchants qu'ils vont accompagner Charlotte Wolff jusqu'à la mort.

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