• Le 12 octobre 1933, en gare de Genève, Annemarie Schwarzenbach monte à bord de l'Orient-Express. Destination : Istanbul. La journaliste-photographe accompagne un groupe d'archéologues pour une mission de six mois à travers la Turquie, la Syrie, la Palestine, l'Irak et la Perse, alors que le poison nazi se répand sur l'Europe. Ce voyage la marque profondément. Au cours de périples ultérieurs, l'Orient deviendra pour elle le symbole de l'égarement existentiel de l'être humain. «Hiver au Proche-Orient» est un récit de voyage où se mêlent découvertes archéologiques, observations politiques sur la fin d'un empire (Ottoman) et journal intime.

  • En 1935, après une tentative de suicide, Annemarie Schwarzenbach épouse un diplomate français en poste à Téhéran. La légation britannique les invite tous deux à camper dans la vallée du Lahr (la mal nommée Vallée Heureuse), au pied du mont Demavend. C'est là que commence ce voyage intérieur où les paysages de ces lieux extrêmes, tels d'impitoyables miroirs, la renvoient à elle-même. Annemarie se noie dans un pays trop immense pour elle et l'impression de vide l'assaille face au désert et aux ruines de Persépolis. Une seule échappatoire : sa relation amoureuse avec la jeune Yalé, fille de l'ambassadeur de Turquie...

  • En l'année 2012 qui marque le 70e anniversaire de la disparition d'Annemarie Schwarzenbach, c'est cet aspect de sa production que les Editions Zoé ont voulu privilégier. De son vivant, elle a publié près de 300 articles dans la presse quotidienne et les magazines. Les rédactions de l'époque appréciaient son professionnalisme, ses connaissances d'historienne, la pertinence avec laquelle elle interrogeait les conditions de vie faites aux hommes sur les quatre continents, son style tour à tour alerte et poétique, l'humanité du regard qu'elle portait sur le monde des années 30.
    Les quelque 60 reportages sont présentés chronologiquement, depuis le premier long séjour au Proche-Orient (1933-34) jusqu'au voyage au Maroc espagnol (1942), en passant par les USA (1936-37 et 1940-41), l'Europe de l'Est (1937-38), l'Afghanistan (1939-40) et le Congo (1941).

  • Entre 1936 et 1938, Annemarie Schwarzenbach se rendit deux fois aux États-Unis pour y mesurer les conséquences de la Grande Dépression, notamment dans les États du Sud. Au fil d'articles rédigés pour plusieurs journaux suisses, cette fille de riche industriel du textile s'attache au quotidien des gens modestes et des jeunes syndicalistes, à la misère des ouvriers et à l'exploitation éhontée des fermiers.

  • Dans le berlin du début des années trente, un jeune homme qui hésite sur sa vocation et que sa famille destine à une carrière diplomatique, se trouve arraché à son train de vie bourgeois et à ses préoccupations d'étudiant par la rencontre d'une chanteuse de cabaret.
    Celle-ci ne s'appelle pas pour rien sibylle : à la suite de cette figure énigmatique qui n'est peut-être qu'un reflet, le narrateur découvre la vie nocturne de la ville et plonge dans un univers cosmopolite fait d'inquiétantes rencontres et de fuites incessantes, que l'écriture d'annemarie schwarzenbach restitue en de brefs chapitres puissamment évocateurs. dans cette nouvelle oú l'homosexualité de l'auteur trouve à s'exprimer sous le masque d'un narrateur masculin, c'est l'énigme du désir et celle de la féminité qui viennent fracturer l'univers du héros, obligé de réviser radicalement les valeurs du monde bourgeois, et tenté de fuir dans l'alcool, la vitesse, la solitude ou la mort.
    Paru au printemps 1933, ce court récit d'atmosphère montrait la vole d'un " lyrisme " narratif dépouillé, à l'opposé des grandes fresques romanesques de l'époque. la date de sa publication lui confère une aura supplémentaire : il sonne le glas du berlin cosmopolite sur lequel allait s'abattre le national-socialisme.

  • Rives du congo et tétouan sont deux cycles de poèmes qui ont été écrits en 1941-1942 par annemarie schwarzenbach lors de ses voyages en afrique.
    Ils reflètent particulièrement bien la personnalité tourmentée de cette voyageuse hors du commun. " marqués par une grande intensité affective et intellectuelle, ces séjours correspondent au moment de l'oeuvre oú la forme poétique tend à prendre le pas sur les autres, oú même le roman finit par tourner au poème. il semble bien que dans l'ensemble de poèmes qu'elle écrit alors, et qui sont ici réunis, une voix intérieure ait trouvé façon de s'exprimer à plein.
    " nicole le bris.

  • Annemarie Schwarzenbach se disait marquée par « la malédiction de la fuite ». Soucieuse de prendre ses distances avec un milieu familial qui l oppresse et la culpabilise, elle illustre aussi le « déracinement historique » de toute une génération après l effondrement des valeurs qui a résulté de la Première Guerre mondiale.Ses voyages sont de deux sortes, auxquelles correspondent deux styles d écriture. En Europe et en Amérique, elle part à la rencontre des autres. Ses reportages - textes et photos - dénoncent l injustice sociale (aux Etats-Unis en proie à la Grande Dépression) et la menace des libertés démocratiques en Espagne, à Moscou, en France, en Allemagne où elle voit avec anxiété grossir le « nuage noir » du nazisme. Les articles qu elle publie dans la presse suisse, les lettres qu elle adresse à ses amis (Klaus Mann, Claude Bourdet), témoignent d une conscience exigeante, révoltée.En Afrique, en Asie, elle poursuit une quête intime de sens, de vérité, qui prend une forme plus littéraire. C est en Orient, pour elle, que « bat le coeur du monde ». Ses voyages au Congo, en Turquie, en Perse, en Irak, en Afghanistan, sont comme un retour aux origines - origines de l Europe, innocence originelle d une humanité qu elle voit ailleurs emportée par un soi-disant progrès qui se révèle en réalité un facteur d abaissement. C est sous ces cieux-là qu en de rares instants de plénitude, cette mélancolique invétérée communie avec la « joyeuse sérénité de la terre ».

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