• Nous sommes, depuis une décennie, confrontés à cette évidence : toutes les institutions sociales s'affaiblissent, et certaines d'entre elles menacent même de s'effondrer. La famille, l'école, la ville, le système de protection et de contrôle social, l'entreprise, la politique elle-même offrent à nos yeux le spectacle désolant d'archaïsmes incapables de se moderniser. Faut-il s'en inquiéter ? S'en réjouir ? Que se passe-t-il pour que les piliers de nos sociétés démocratiques se dérobent ainsi quand la globalisation du monde appellerait leur renforcement ?
    Tous les vingt ans, Alain Touraine publie une somme théorique magistrale, synthèse de ses travaux en cours. Après Production de la société (1973) et Critique de la modernité (1992), La Fin des sociétés marquera son oeuvre comme le point d'achèvement d'un travail d'observation critique de l'émergence du Sujet sur les ruines de la Société, et de la substitution de la revendication éthique à celle de l'émancipation du travail.
    Mais c'est sans doute ceci, d'abord, que le lecteur retiendra : ce n'est pas d'un monde unifié dont nous avons besoin, mais d'une pensée globale du monde. A charge pour nous d'apprendre à quelles conditions le sujet de droits que nous sommes devenus est susceptible de se faire l' acteur d'une expérience post-historique entièrement nouvelle, où l'économie financière, devenue sauvage aujourd'hui, pourrait être à nouveau contrôlée.

  • Penser autrement

    Alain Touraine

    • Fayard
    • 3 Octobre 2007

    Après avoir étudié, dans ses livres précédents, les grands changements qui ont transformé notre vie personnelle et collective, alain touraine choisit ici de se consacrer à la nécessaire transformation de notre manière de penser ces changements.
    Car l'idée même de société est en crise : la mondialisation sous toutes ses fourmes, les désirs libérés des interdits ont entraîné l'écroulement de l'édifice social. la définition du bien et du mal dans notre société n'est plus du ressort des institutions ; la conscience de soi l'emporte sur la conscience des règles : le sujet devient créateur de lui-même. a partir d'une critique de ce qu'il nomme le discours interprétatif dominant, qui a cherché à imposer, tout au long du xxe siècle, l'idée d'une société sans acteurs, soumise à des déterminismes surtout économiques, main touraine invite le lecteur à découvrir que le seul principe permettant d'évaluer les conduites de chacun et les situations sociales est la reconnaissance des droits, politiques, sociaux et culturels, de tous les êtres humains, reconnus comme des êtres libres et égaux.
    Il appelle à repenser l'individu en tant que sujet, clé de voûte d'une sociologie reconstruite. là où certains dénoncent l'individualisme, l'auteur vante la subjectivation, qui passe par la défense des droits de chacun contre tous les modes d'intégration sociale. l'unité des conduites sociales n'est plus imposée par la société ou la culture, mais par le sujet, porteur de droits universels vécus dans des situations sociales et culturelles particulières.
    La dépendance des femmes, le rejet des minorités et les difficultés des jeunes à l'école et au travail sont les trois principaux domaines de la vie sociale dans lesquels le retournement nécessaire de la pensée sociale que propose alain touraine trouve ses champs d'application.

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