Langue française

  • L'autobiographie philosophique de Barbara Cassin, un texte sensible et littéraire qui, de l'anecdote à l'idée, nous donne à voir la texture philosophique de toute vie.
    Vous avez les plus belles jambes du monde, vous serez ma femme ou ma maîtresse. Voilà ce qu'est devenu l'amour de ma vie. Moi, épouser un Juif, jamais ! Barbara juive ? Tais-toi donc mon garçon, elle est si gentille. Avec un instinct sûr, vous choisirez votre siège. Vous prenez votre petit déjeuner à la table de ce nazi ! Comme c'est gentil de me reconnaître, Jacques Lacan. It's no greek ! Madame, Madame, j'ai compris l'étymologie de con-cierge. À partir de combien de livres est-on cultivé ? Que pensez-vous de ce que vous voyez ? J'aime quand tu as le corps gai. Arrêtez de le regarder, laissez-le partir...
    Ces phrases font passer de l'anecdote à l'idée. Elles sont comme des noms propres qui titrent les souvenirs. Elles fabriquent une autobiographie philosophique, racontée à mon fils Victor et écrite avec lui. En les disant, je comprends pourquoi et comment elles m'ont fait vivre-et-penser. Si dures soient-elles parfois, elles donnent accès à la tonalité du bonheur.

    Un travail mère-fils qui fait redécouvrir Char, Heidegger, Lacan, la Grèce, l'Afrique du Sud, la Corse, les juifs, les cathos, des Hongrois, des Allemands... Avec Ulysse en figure de proue, l'homme d'Homère qui passe là où il n'y a pas de passage, entre Hélène qui ravit et Barbara bla-bla-bla.

  • Hélène Berr a 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen. Le centenaire de sa naissance est l'occasion de cette publication. Cet hommage, pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, permet de faire visiter son Journal par des femmes et des hommes sans distinction d'âge ou d'appartenance sociale ou religieuse, il rallie à la figure d'Hélène Berr tous les autres disparus avec elle sans mot ni trace derrière eux.
    Il est assez curieux ce mot « centenaire » apposé tout près du nom d'Hélène Berr et avec lequel il ose même faire la rime. Presque inapproprié ou anachronique tant Hélène Berr est restée cette jeune femme à la grâce altière et d'éternelle jeunesse. 24 ans. 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen, laissant derrière elle son Journal, mais emportant dans le néant toutes les autres promesses d'amour et de créativité qu'elle sentait prêtes à éclore en elle. Pas une année de plus ne viendra égrener le décompte de ce temps qui passe inexorablement, vieillit les visages mais pas le sien, dessine des projets ou conforte des vocations mais pas la sienne.
    C'est en réponse à cette injustice qu'est née la volonté d'une publication à l'occasion de cette date symbolique. Un hommage certes, mais un hommage pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, l'une et l'autre toujours aussi vives. Une célébration de son Journal donc, telle qu'elle l'aurait peut-être souhaitée, par des femmes et des hommes de la sphère publique ou non, sans distinction d'âge, d'appartenance sociale ou religieuse et dont le ressenti serait aussi un témoignage pour tous les autres partis avec elle, mais sans laisser le moindre mot ni la moindre trace.

  • Au cours de ses consultations de sexologie, le docteur Céline Causse a constaté qu'un très grand nombre de femmes ne connaissaient pas ou très mal leur anatomie et leur fonctionnement sexuel. Voici donc, destiné aux femmes et aux hommes, le premier manuel pratique, sérieux et exhaustif, sur la sexualité féminine. Partant des recherches scientifiques les plus récentes, le livre aborde dans un langage clair, simple et décomplexé les aspects anatomiques, physiologiques, psychologiques et pathologiques des différentes composantes de la sexualité féminine.
    Pendant des siècles, la sexualité féminine fut considérée comme un sujet tabou, abordée du seul point de vue de la reproduction. Cependant, au cours des dernières décennies, l'accès à la contraception, la mise en place des lois sur l'I.V.G., la montée en puissance des mouvements féministes ont favorisé la libération sexuelle chez la femme et la prise en compte de son plaisir.

    Néanmoins, les recherches sur ce fameux et tant désiré plaisir n'en sont encore qu'à leurs balbutiements. Aujourd'hui les femmes manquent toujours cruellement d'informations. Afin de répondre aux questions que lui posaient régulièrement ses patients en consultation, le docteur Causse a décidé de fournir aux femmes (mais aussi aux hommes) un manuel pratique et exhaustif sur la sexualité, facile d'accès et qui ne soit pas seulement destiné aux spécialistes. Partant des recherches scientifiques les plus récentes, l'ouvrage aborde dans un langage clair, simple et décomplexé les différentes composantes de la sexualité féminine, ses aspects anatomiques, physiologiques, psychologiques et pathologiques.

    La sexualité féminine s'adresse au public le plus large : de la jeune femme qui découvre sa sexualité, à la trentenaire qui souhaite enrichir son répertoire, jusqu'à la femme plus âgée qui désire conserver une sexualité épanouie.

  • La bataille du genre

    Céline Béraud

    • Fayard
    • 10 Février 2021

    Ce petit livre se propose d'analyser ce moment de politisation qui émerge à la fin des années 1990 et de manière plus sensible au début des années 2010. Il entend mettre en évidence et ainsi contribuer à déconstruire l'un des principaux ressorts de ces mobilisations anti-genre qui se trouve dans la panique morale qu'elles alimentent, par l'horizon de confusion des sexes et d'effondrement de la civilisation qu'elles dessinent.

    Querelle sur les manuels scolaires, opposition à l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, débats sur la PMA et la GPA, mise en cause du droit à l'avortement. La pensée et les mobilisations conservatrices connaissent un regain de vigueur depuis les années 1990. En leur sein, les questions de genre, c'est-à-dire celles des normes relatives aux identités sexuées, aux orientations sexuelles et à leur hiérarchie, sont particulièrement saillantes. Le positionnement que l'on peut qualifier d'« anti-genre » fait aujourd'hui partie des postures intellectuelles et politiques qui sont celles des conservatismes de tout poil. En la matière, il s'agit de faire prévaloir un ordre naturel des corps (de celui des femmes en particulier), qui semblait avoir pourtant été largement déconstruit. Le caractère plurivoque du terme « nature », qui se situe au coeur de la bataille du genre, a en outre permis des convergences militantes parfois incongrues, autour notamment de l'écologie intégrale, mais nourrit aussi des malentendus.
    En se centrant sur le cas français sans exclure des éclairages européens, le présent livre analyse ce moment de politisation et ses principaux ressorts qui se trouvent dans la panique morale alimentée par l'horizon de confusion des sexes et d'effondrement de la civilisation qu'il dessine.

  • Libres et egaux en voix

    Julia Cagé

    • Fayard
    • 30 Septembre 2020

    Seule une démocratie accomplie pourra nous permettre de traverser les épreuves en cours et à venir. Cet essai décapant propose des solutions pour refonder notre système de représentation politique, pour enfin faire advenir une démocratie où la voix de tout le monde comptera.
    La démocratie n'existe pas. Elle reste à inventer.

    Loin d'être un refus de la politique, la crise actuelle de la démocratie représentative se manifeste par le combat de citoyens demandant davantage de démocratie, de participation et d'égalité.
    Libres et égaux en voix propose ainsi de donner une voix et des places à celles et ceux qui en ont été trop longtemps privés : les femmes, les classes populaires, les minorités. D'abord en repensant notre système électoral et en garantissant la représentation parmi les parlementaires de la réalité de la société. Ensuite en proposant un nouvel équilibre entre la démocratie représentative et un usage raisonné du référendum. Enfin en donnant aux citoyens les moyens de reprendre le contrôle des partis, des médias et de la philanthropie, afin de dessiner un nouvel horizon politique égalitaire.
    En tant que chercheuse et citoyenne, Julia Cagé renouvelle en profondeur la réflexion sur l'égalité politique dans un plaidoyer armé de propositions concrètes pour changer les règles du jeu politique. Nous pouvons faire mieux que le monde dans lequel nous vivons ; fini de rêver, voici venu le temps d'agir !

  • Madame de Staël

    Michel Winock

    • Fayard
    • 3 Mars 2010

    Germaine de Staël est aujourd'hui une illustre inconnue. Pourtant
    elle a côtoyé toute l'Europe des Lumières, exaspérée Napoléon par
    sa lucidité politique, connu la gloire littéraire de Vienne à Rome et
    Londres, fait chavirer les coeurs, de Benjamin Constant au prince
    de Prusse ou aux hussards de 30 ans.
    Cette vie à bride abattue, Michel Winock lui rend justice dans un
    récit troussé comme un film. Celui-ci commence sur les genoux du
    grand Necker, son père, banquier puis ministre de la dernière
    chance de Louis XVI, et dans le salon de sa mère où tout ce qui
    passe pour avoir de l'esprit à Paris, donc dans le monde, vient. Sur
    fond de Révolution, d'exils à répétition en Suisse, à Weimar ou à
    Vienne, d'espions du Directoire, de Bonaparte et de Louis XVIII,
    Michel Winock montre à la fois comment on devient une tête
    politique, une femme du monde, une amoureuse insatiable (d'abord
    d'elle-même et de l'image paternelle) et, ce qui n'est pas rien, un
    grand écrivain. Madame de Staël est au carrefour des idées
    modernes et leur porte-voix : ennemie des despotes, avocate des
    libertés - à commencer par celle des femmes -, Germaine de Staël
    devient, grace à Michel Winock, l'archétype de la femme
    romantique.


  • Fruit d'une pratique et d'un travail théorique de plus de quarante ans, les dix textes réunis dans ce livre examinent quelques-unes des difficultés soulevées par l'expérience psychanalytique. A partir du constat des impasses auxquelles se heurte l'analyste dans sa pratique quotidienne, Moustapha Safouan s'attache à faire progresser la théorie analytique qui, à son tour, aidera le praticien dans son approche des souffrances psychiques contemporaines.
    Les matériaux théoriques élaborés par Sigmund Freud puis Jacques Lacan, notamment, trouvent ici un traitement neuf. Les principales têtes de chapitres signalent le parcours : le réel dans la psychanalyse, la sexualité dans la névrose et la psychose, la jouissance, la sublimation, la relation d'identité, l'analyse de contrôle, l'acte analytique.
    Psychanalyste, Moustapha Safouan est l'auteur de plusieurs ouvrages, tous parus aux éditions du Seuil, notamment L'inconscient et son scribe (1982), Le transfert et le désir de l'analyste (1988), La parole ou la mort (1993).

  • Riche de près de 300 lettres, la correspondance inédite entre Freud et la plus jeune de ses filles, Anna, est un document exceptionnel. Tout au long de cette chronique de la vie d´une famille viennoise pendant les premières décennies du XXe siècle, on découvre l'homme Freud travaillant à son oeuvre et à sa pratique clinique et s´intéressant aux détails de la vie quotidienne. Mais c´est la psychanalyse qui scelle d´une manière singulière la relation entre le père et sa fille : « Je vois à présent, en te regardant, combien je suis vieux, car tu as exactement l´âge de la psychanalyse. Vous m´avez toutes deux causé des soucis, mais au fond j´attends quand même plus de joies de ta part que de la sienne », lui écrit-il à la fin de 1920. Cette comparaison montre à quel point, en ses commencements, la psychanalyse s´éprouve en famille et dans le cercle des initiés. Freud observe l'activité onirique de sa fille, une enfant tourmentée, avant de devenir à deux reprises, entre 1918 et 1924, son analyste. L´expérience est décisive. Anna s'implique dans l'International Psychoanalytical Association dès sa création, fréquente ses membres, se fait même courtiser par quelques élèves de son père. Mais, disciple fervente, elle se consacre à la thérapie des enfants et devient dans ce domaine la principale représentante de l'école viennoise face à sa grande rivale de l'école anglaise : Melanie Klein. Après l´exil de la famille en Grande-Bretagne en 1938, le conflit se poursuivra mais se soldera, en plein coeur de la Deuxième Guerre mondiale, par une entente cordiale entre les différents courants.  Document historique précieux, cette correspondance, qui s'étend sur plus de trente ans, témoigne d'un moment essentiel de l'histoire de la psychanalyse, avec ses passions et sa formidable volonté de transformer la subjectivité humaine.Ouvrage traduit avec le concours du Centre National du Livre

  • Les Palestiniens et les Israéliens ignorent à quel point ils sont étrangers à leur propre conflit, victimes d'une histoire qui n'est pas la leur, une histoire fondée sur un crime : l'extermination de 6 millions de Juifs sans que l'Occident ait rien fait pour les protéger. L'Etat d'Israël est le fruit de ce crime, la mauvaise conscience de l'Occident. Et les massacres actuels, la réplique du crime initial. En prendre conscience, c'est déjà se mettre sur la voie d'une issue possible, celle qui verra Israéliens et Palestiniens se réconcilier avec leur propre histoire et se reconnaître mutuellement.


    Un document explosif.

  • Penser autrement

    Alain Touraine

    • Fayard
    • 3 Octobre 2007

    Après avoir étudié, dans ses livres précédents, les grands changements qui ont transformé notre vie personnelle et collective, alain touraine choisit ici de se consacrer à la nécessaire transformation de notre manière de penser ces changements.
    Car l'idée même de société est en crise : la mondialisation sous toutes ses fourmes, les désirs libérés des interdits ont entraîné l'écroulement de l'édifice social. la définition du bien et du mal dans notre société n'est plus du ressort des institutions ; la conscience de soi l'emporte sur la conscience des règles : le sujet devient créateur de lui-même. a partir d'une critique de ce qu'il nomme le discours interprétatif dominant, qui a cherché à imposer, tout au long du xxe siècle, l'idée d'une société sans acteurs, soumise à des déterminismes surtout économiques, main touraine invite le lecteur à découvrir que le seul principe permettant d'évaluer les conduites de chacun et les situations sociales est la reconnaissance des droits, politiques, sociaux et culturels, de tous les êtres humains, reconnus comme des êtres libres et égaux.
    Il appelle à repenser l'individu en tant que sujet, clé de voûte d'une sociologie reconstruite. là où certains dénoncent l'individualisme, l'auteur vante la subjectivation, qui passe par la défense des droits de chacun contre tous les modes d'intégration sociale. l'unité des conduites sociales n'est plus imposée par la société ou la culture, mais par le sujet, porteur de droits universels vécus dans des situations sociales et culturelles particulières.
    La dépendance des femmes, le rejet des minorités et les difficultés des jeunes à l'école et au travail sont les trois principaux domaines de la vie sociale dans lesquels le retournement nécessaire de la pensée sociale que propose alain touraine trouve ses champs d'application.

  • Telle qu'elle se structure entre l'antiquité tardive et le haut moyen age, la religion chrétienne ne faisait pas la part belle aux femmes : assimilées à eve, l'alliée du serpent, elles étaient exclues du sacerdoce et cantonnées dans une position mineure au sein de l'eglise pourquoi, à la fin du moyen age, la religion s'est-elle féminisée, par une adhésion plus forte des femmes à la foi et à la pratique, par une féminisation du discours religieux, par une alliance ambiguë du prêtre et de la dévote communiant dans une religion de la mère et du fils ? pourquoi, selon l'audacieuse expression de michelet, " dieu a-t-il changé de sexe, pour ainsi dire " ? au tournant des xie et xiie siècles, au temps de la réforme dite grégorienne, la tradition interdisait aux femmes de pénétrer dans certains sanctuaires ; mais se met en place une triade marie, eve et madeleine où, entre les deux premières images, antinomiques, s'ouvre par la troisième l'interstice d'un accès au salut au prix de la pénitence.
    C'est l'époque de la fondation du monastère mixte de fontevraud où les hommes étaient soumis aux femmes. le vrai retournement survient au xiiie siècle avec françois d'assise qui, célébrant des allégories féminines telle " dame pauvreté ", se présentant lui-même en mère de ses fils spirituels, offre aux femmes une icône à laquelle s'identifier. claire d'assise, de son côté, échappe à ces jeux d'inversion pour atteindre à une vision de l'humanité au-delà des genres.
    Aux xive et xve siècles, une floraison de saintes de très modeste renommée, surtout en italie, marque ce mouvement de féminisation du religieux. leur parole se fait entendre, telle celle d'angèle de foligno. elles se mettent à jouer la passion du christ par les places et les rues, telle claire de rimini. elles fédèrent la mémoire des cités et accèdent enfin à une écriture autonome où s'exprime leur désir d'explorer les mystères de la foi avec toute la force de leur raison.

  • De l'utilité du genre

    Scott Joan W.

    • Fayard
    • 19 Septembre 2012

    Qu´est-ce que le genre ? Comment les identités sexuelles et les rapports entre hommes et femmes sont-ils construits, et comment se transforment-ils ? Quel rôle jouent, dans ces processus, la politique et les mobilisations collectives, l´économique et le social, mais aussi le langage et l´inconscient ? Historienne mondialement reconnue, Joan W. Scott a imposé l´idée selon laquelle le genre ne constitue pas seulement un domaine d´investigation : c´est un instrument critique destiné à transformer la réflexion dans tous les secteurs. Pour elle, il se situe au coeur de toute relation de pouvoir et traverse l´ensemble des dynamiques à l´oeuvre dans la société. Ce volume réunit les grands essais de Joan W. Scott sur le genre publiés entre 1986 et 2011. Ces textes renouvellent ainsi l´analyse de questions aussi diverses que le sécularisme, la laïcité, la démocratie, la représentation de l´État et de l´identité nationale, ou encore celle du marxisme et des classes sociales. À l´heure où les études sur le genre se multiplient, Joan W. Scott s´interroge sur l´avenir du féminisme. Elle s´inquiète de la manière dont cette catégorie est si souvent vidée de ses implications radicales. Et montre comment elle peut continuer à nous inciter à penser autrement.

  • La philosophe Hannah Arendt, auteur des Origines du totalitarisme, couvrit à sa demande le procès d'Eichmann à Jérusalem en 1961 pour le compte du New Yorker. Le livre qui en est l'aboutissement, Eichmann à Jérusalem, sous-titré Rapport sur la banalité du mal, déclencha immédiatement la polémique aux États-Unis puis lors de sa publication en France en 1966, tandis que d'aucuns déconseillèrent même sa publication en Allemagne (1964). Elle y soutenait qu'Eichmann n'était ni un Iago ni un Macbeth, imputant ses crimes à la pure absence de pensée, ce qui, précisait-elle, n'équivalait nullement à la « stupidité ». Comment s'explique dès lors le titre du présent entretien qu'elle accorda à l'historien allemand Joachim Fest, auteur notamment des Maîtres du IIIe Reich ? De même comment expliquer que, bien qu'Eichmann lui répugnait, s'exprimant sur Albert Speer, l'architecte de Hitler qui devint ensuite ministre de l'Armement, elle puisse affirmer dans la seconde partie de leur entretien : « L'homme me plaît, mais je ne parviens pas à le comprendre » ? Faut-il y voir une nouvelle provocation de la part de celle qui pourtant, ne se targuait que de « dire la vérité des faits » ? Ce livre rassemble l'entretien accordé par Hannah Arendt à Joachim Fest en 1964, leur correspondance, ainsi que les écrits qui ont amorcé la controverse. S.C.-D.

  • Aux États-Unis, elle est considérée comme l'équivalent d'un Primo Levi. En France, son ouvre littéraire et théâtrale est lue et jouée depuis quarante ans. Mais qui connaît réellement Charlotte Delbo, morte en 1985 ? Pour la première fois, une biographie rend hommage à cette femme d'exception. Secrétaire de Louis Jouvet, résistante communiste, elle est arrêtée en 1942 par la police française en compagnie de son mari, Georges Dudach, fusillé quelques mois plus tard.
    Elle a 28 ans et lui dit adieu dans une cellule de la prison de la Santé. Ce qui l'attend, elle, c'est la déportation : elle fait partie du convoi du 24 janvier 1943, le seul convoi de femmes politiques à avoir jamais été envoyé à Auschwitz. Sur les 230 déportées, seules 49 reviennent, après 27 mois de captivité. Charlotte Delbo se jure alors d'être celle qui témoignera de l'incroyable sororité qui les a unies et leur a permis de survivre.
    Dans toute son oeuvre - en prose ou en vers -, elle dit et célèbre le courage de ces femmes. Militante passionnée des droits de l'homme, elle ne cessera plus de combattre les injustices et de mettre sa plume au service des plus faibles. Charlotte Delbo, une conscience dans le siècle.

  • En 1857, un groupe de jeunes gens s'abandonnant aux joies d'une partouze dans un hôtel particulier sont condamnés pour outrage public à la pudeur, parce qu'un curieux les épiait par le trou de la serrure.
    En 1893, les étudiants des quatr'z arts déclarent aux juges la guerre du nu. dans les années 1960, les nudistes et les femmes en monokini provoquent des controverses passionnées. chaque fois les mêmes questions se posent : où finit le public et où commence le privé ? que peut-on montrer, que doit-on cacher ? a travers une enquête qui mêle le droit, l'architecture, la littérature et la psychiatrie, marcela iacub raconte l'histoire de la pudeur publique.
    On y découvre comment le droit a longtemps partagé le monde visible entre licite et illicite, substituant à l'espace réel un espace institutionnel et politique. aujourd'hui, ce vieux mot de pudeur a disparu de nos codes pour être remplacé par celui de sexe. mais, loin de faire le récit épique d'une liberté durement conquise, marcela iacub analyse les transformations des techniques par lesquelles l'etat s'est donné notre sexualité en spectacle au cours des deux derniers siècles, et a conditionné nos espaces, nos vêtements, nos pratiques et même certaines de nos maladies mentales.
    Elle invite ainsi à une histoire politique du regard. on retrouve dans par le trou de la serrure les ingrédients qui ont fait le succès des précédents ouvrages de marcela iacub : un examen sans concession des illusions de notre prétendue libération sexuelle, et un art tout particulier de faire du droit une discipline totale, à la fois poétique et critique.

  • C'est en 1957, sous la direction de Jean Delay, que Serge Leclaire soutint sa thèse de médecine intitulée Contribution à l'étude des principes d'une psychothérapie des psychoses. Il dédia son travail à son "maître" Jacques Lacan.

    Soucieux d'aborder le traitement de la folie par la psychanalyse, Leclaire prend appui sur la théorie freudienne revisitée par Lacan afin de réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour rétablir la communication avec le malade. Car c'est à cette condition seulement, affirme-t-il, que celui-ci sera maintenu dans la communauté des hommes.

    Sans pour autant refuser les médicaments de l'esprit, qui doivent selon lui servir d'appoint à la cure par la parole, Leclaire revendique avec force le principe d'une psychothérapie qui s'éloignerait du modèle classique divan-fauteuil pour s'installer au coeur du dispositif psychiatrique.
    Publié pour la première fois, ce texte, qui s'appuie sur des cas cliniques, est un modèle de clarté et de rigueur d'une évidente actualité.



    Psychiatre de formation, Serge Leclaire (1924-1994) est l'une des plus belles figures du mouvement psychanalytique français. Il vint à la psychanalyse par Françoise Dolto. Sa fidélité à Jacques Lacan le conduisit à rompre avec l'International Psychoanalytical Association (IPA) en 1963 et à participer, l'année suivante, à la fondation de l'Ecole freudienne de Paris (EFP). Devenu le clinicien le plus respecté de la France freudienne, il ne renonça jamais au grand projet qui lui tenait tant à coeur : réunifier la communauté psychanalytique en proie à la dispersion et aux conflits.

  • La Vie ordinaire d'une mère meurtrière est le récit d'une femme qui accouche seule dans ses toilettes, ne laissant à l'enfant en train de naître aucune chance de vivre. Dans ce livre, pas de théorie, pas de concept, pas de tentative d'explication. Le lecteur est seul avec Eva, il partage son intimité, accouche avec elle, devient Eva. Il se surprend à la comprendre, se laissant déborder par sa propre empathie.

    Le texte n'excuse rien, mais il veut transmettre cette part obscure de la vie qui conduit à la mort.

    Ce récit littéraire prend une tournure didactique à l'insu du lecteur, qui refermera le livre avec l'étrange sentiment de connaître Eva et de vouloir, sinon l'excuser, du moins lui pardonner.

  • La littérature et les différents domaines de la réflexion théorique ont souvent été des champs de bataille où les dissidents de l'ordre sexuel ont cherché à faire entendre leurs voix. Ce sont quelques-uns des moments de ce grand affrontement que Didier Eribon entend restituer ici, à travers des lectures de Gide et de Jouhandeau, de Foucault et de Dumézil notamment. Mais il décrit également comment les pensées novatrices ou hérétiques peuvent rester engluées dans les valeurs dominantes (comme chez Gide) et même, parfois, cohabiter chez un même auteur avec un discours réactionnaire voire raciste (comme chez Jouhandeau). C'est de cette complexité qu'il s'agit de rendre compte dans ce livre.

    Ces discours « hérétiques » doivent bien sûr affronter la résistance acharnée des tenants de l'orthodoxie sociale et des défenseurs de l'ordre sexuel, toujours prompts à les renvoyer à la « folie » ou à la « perversion », à les accuser de « mettre en péril les fondements de la civilisation », comme on le voit, de manière quasi caricaturale, chez des idéologues comme Lacan et Mounier, et chez leurs héritiers. Il faut alors donner toute sa force à l'affirmation de Barthes selon laquelle « dans ce qu'il écrit, chacun défend sa sexualité ».

    Ce livre se veut un plaidoyer en faveur de la pensée critique, de l'« hérésie », une incitation à élargir l'espace de la liberté et des modes de vie possibles face à tous les conformismes, à toutes les pensées rétrogrades et répressives, qu'elles s'avancent sous le masque de la morale, celui de la Raison ou celui de la Science.

  • Les savants et les philosophes qui constituaient auparavant la République des Lettres écrivaient principalement pour convaincre leurs pairs. Ils dépendaient du pouvoir et des grands. Avec l'émergence, au milieu du XVIIIe siècle, d'une opinion publique éclairée et de plus en plus puissante, le pouvoir change de camp. On voit naître chez les intellectuels trois "passions" successives qui ont fait l'objet de cette trilogie d'Elisabeth Badinter. Dans les deux premiers volumes, qui évoquaient respectivement "le désir de gloire" et "l'exigence de dignité", nous avons vu les intellectuels solliciter les applaudissements du public puis revendiquer à la fois leur indépendance à l'égard des grands et un statut d'autorité morale. Dans le dernier volume que nous publions ici, on observe la naissance de la troisième grande passion intellectuelle : "la volonté de pouvoir". Dans les années 1760, l'aura des philosophes est telle qu'ils sont de plus en plus courtisés par les rois et les princes étrangers. On recherche leur onction pour se faire une réputation de souverain éclairé. Ils se rêvent conseillers du prince, voire souhaitent entrer eux-mêmes en politique... Diderot, d'Alembert, Helvétius ou Voltaire vont mesurer, chacun à sa façon, les limites de leur pouvoir. Philosophe, observatrice de l'évolution des mentalités et des moeurs, Elisabeth Badinter clôt ici sa réflexion sur ces "passions intellectuelles" du siècle des Lumières qui sont encore les nôtres aujourd'hui.

  • Est-ce un homme, une femme, un hermaphrodite ? l'énigme de son sexe aura sûrement beaucoup plus fait pour sa réputation que tout ce qu'il entreprit dans sa longue existence.
    Les aventures du chevalier d'eon dépassent de loin par l'extravagance tout ce qu'un romancier peut imaginer, mais leur intérêt ne s'épuise pas dans les péripéties d'une vie " sans queue ni tête ", comme il le dit un jour. tout à la fois agent secret de louis xv et diplomate officiel, il est mêlé à la grande politique, mais aussi à d'innombrables intrigues : il rencontre des souverains, des ministres, court de saint-pétersbourg à londres, détient des secrets d'etat jusqu'au jour oú un tribunal britannique déclare, sans preuve, qu'il appartient au sexe féminin.
    Maurice lever avait évoqué la flamboyante " amazone de golden square " dans sa biographie de beaumarchais. il avait alors décidé d'écrire cette histoire oú vérités et légendes sont restées intimement liées. la mort l'en a empêché. c'est son épouse evelyne qui l'a fait à sa place, mettant en lumière des documents inédits en france sur l'un des personnages les plus pittoresques du xviiie siècle. une biographie historique entièrement renouvelée.

  • Partant des grandes évolutions de la coopération sanitaire au cours des vingt dernières années, Dominique Kerouedan s'intéresse à la façon dont les transformations de la gouvernance mondiale dans le domaine de la santé permettent de répondre aux réalités locales. En recourant à l'histoire, à la sociologie des relations internationales et à la philosophie de la mondialisation, elle met au premier plan de la santé publique internationale les questions de volonté politique, de pertinence, d'efficience et d'équité. Dominique Kerouedan est docteur en médecine, en épidémiologie et en santé publique, licenciée en droit. Très active dans le soutien aux systèmes de santé et la lutte contre le VIH/sida en Afrique, elle consacre sa recherche à la rationalité et à l'évaluation des politiques internationales de santé. Fondatrice et conseillère scientifique de la spécialisation Global Health de l'École des affaires internationales de Sciences Po, elle est titulaire de la chaire annuelle Savoirs contre pauvreté du Collège de France pour l'année 2012-2013.

  • Le corps bavard

    Marinopoulos-S

    • Fayard
    • 7 Février 2007

    À notre insu, notre corps parle, dit nos manques, nos désirs inavoués, nos colères, nos larmes, bref, notre histoire, la vraie. Le corps bavard, ce sont des histoires réelles de personnages qui nous entourent, qui vivent avec nous, tels des anonymes que nous connaissons, à moins que ce ne soit nous-mêmes. Tous, nous partageons en notre chair des éprouvés qui nous font toucher parfois des questions fortes, intenses sur ce que nous vivons, comment nous le vivons, pourquoi nous le vivons ainsi. Le livre choisit d'explorer aussi le corps social puis le corps politique avec ses enjeux, ses débats, ses omissions, que le corps bavard décèle, tel un incorrigible communicant.

  • Même si la « parité » n'est pas respectée dans quelques secteurs (haute administration, par exemple), les femmes avocates, magistrat, professeur d'université, médecin(s) sont aujourd'hui majoritaires dans certains autres. Cela nous semble tout naturel ? On en est que plus surpris de voir par le menu les difficultés qu'elles ont rencontrées voici à peine un siècle (il arrive d'ailleurs que le lecteur éclate de rire devant les prétextes invoqués pour barrer la route aux femmes, devant la force des préjugés de ce qu'on n'appelait pas encore le sexisme).

    Alors qu'il est probable qu'une femme figurera au second tour des élections présidentielles, ce livre brillant, rempli à la fois d'anecdotes savoureuses et de très sérieux développements scientifiques montre bien que le combat juridique et politique n'a pas suffi aux femmes pour conquérir la place qui devait leur revenir : il leur a fallu aussi et surtout faire bouger les mentalités.

  • Comment les individus sont-ils fabriqués comme différents les uns des autres ? quelles sont les opérations à l'oeuvre dans la construction des identités de « classe », de « genre », de « race » ou « sexuelles » ?
    Dans les trois essais qui composent ce livre, considérés comme des références majeures de la réflexion contemporaine, joan scott s'interroge sur la production des catégories et des identités, et sur leur articulation. elle discute la manière dont les grands historiens marxistes définissaient la notion de « classe » en faisant l'impasse sur le genre ou la race. elle insiste également sur le fait que l'analyse des identités doit se concentrer sur les discontinuités, sur la transformation des catégories.
    C'est tout l'édifice classique de l'histoire qui se trouve ainsi ébranlé. joan scott propose de renouveler la pratique historique en la mettant au contact des instruments les plus radicaux issus de la psychanalyse, des études postcoloniales, des travaux sur le genre et la sexualité ou encore des oeuvres de foucault ou derrida. contre la tendance actuelle à promouvoir un type de travail centré sur les « faits » et se réclamant des valeurs d'impartialité et de neutralité, elle appelle à une histoire résolument théorique et politique - c'est-à-dire critique.
    Historienne mondialement célèbre pour ses travaux sur le genre, joan w. scott est membre de l'institute for advanced study de princeton (etats-unis). elle est l'auteure notamment de la citoyenne paradoxale. les féministes françaises et les droits de l'homme (albin michel, 1998) et de parité ! l'universel et la différence des sexes (albin michel, 2005).

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