Albin Michel

  • Dans les années 1960-1970, l'État français encourage l'avortement et la contraception dans les départements d'outre-mer alors même qu'il les interdit et les criminalise en France métropolitaine. Comment expliquer de telles disparités ?
    Dès 1945, invoquant la « surpopulation » de ses anciennes colonies, l'État français prône en effet le contrôle des naissances et l'organisation de l'émigration. Partant du cas emblématique de La Réunion où, en juin 1970, des milliers d'avortements et de stérilisations sans consentement pratiqués par des médecins blancs sont rendus publics, Françoise Vergès retrace la politique de gestion du ventre des femmes d'outre-mer, stigmatisées en raison de la couleur de leur peau.
    En s'appuyant sur les notions de genre, de race, de classe dans une ère postcoloniale, l'auteure entend faire la lumière sur l'histoire mutilée de ces femmes d'outre-mer, héritage douloureux d'un système esclavagiste, capitaliste et colonialiste encore largement ignoré aujourd'hui.

  • Dans la bouche d'une fille Nouv.

    De la remarque la plus « anodine » à la violence la plus insupportable, de l'espace public à l'espace intime, voici la parole sans filtre de femmes de tous âges, de tous horizons qui témoignent des injustices et du harcèlement au quotidien.
    Dans la bouche d'une fille c'est un collectif de femmes déterminées. Un compte Instagram très suivi. Et un livre manifeste qui s'adresse autant aux femmes qu'aux hommes désireux de croire à la pleine égalité des sexes et prêts à l'encourager !

  • Mon islam, ma liberté Nouv.

    Kahina Bahloul est la première femme imame en France. Née d'un père kabyle issu d'une famille de marabouts et d'une mère française d'origines juive et catholique, elle a grandi en Algérie où elle a vécu au plus près la montée de l'intégrisme. Spécialiste de la mystique musulmane et plus particulièrement de l'oeuvre d'Ibn 'Arabi, le grand mystique andalou, elle décide de s'engager plus activement à la suite des attentats de 2015.
    Revendiquant, sur la base de sources classiques, la légitimité pour une femme d'être imame, de diriger les prières et d'enseigner, elle fonde en 2019 la mosquée Fatima, d'inspiration soufie, ouverte aux femmes voilées ou non, mais aussi aux non-musulmans. À l'image de la reine berbère résistante dont elle a hérité le prénom et le caractère, Kahina Bahloul est aujourd'hui présente sur tous les fronts pour évoquer la possibilité d'un islam moderne et libéral.
    Pour la première fois, cette femme de dialogue et de paix nous fait partager sa pensée. C'est l'occasion pour elle d'explorer la diversité et la spiritualité inscrite dans ses origines, de témoigner de son parcours et d'expliquer sa vision d'un islam enfin affranchi des peurs et des scléroses.

  • Parce que les dysfonctionnements du corps ne peuvent pas être dissociés de l'inconscient et que parler peut donner du sens aux maux, Joëlle Desjardins-Simon, psychologue et psychanalyste, accompagne depuis des années des couples dans le cadre d'un service de PMA, Procréation Médicalement Assistée. Elle montre comment l'infécondité est souvent l'histoire d'une femme et d'un homme qui se rencontrent. pour ne pas avoir d'enfant ensemble. On y repère l'importance de l'histoire familiale de chaque personne en quête d'enfant. Quelles relations infantiles ont été établies avec ses propres parents, père et mère ? Comment est composée sa fratrie ? Y a-t-il une place pour un enfant à venir ? Dans la lignée des travaux de F Davoine et J-M Gaudillère, cet ouvrage montre l'importance de tout ce qui traverse l'histoire d'une famille, retentit sur ses membres, et peut se transmettre inconsciemment au fil des générations, pour verrouiller la fécondité. Avec cet abord novateur de l'infécondité dans le couple sur le plan de l'inconscient, ce livre ouvre des horizons et vient aider à la réflexion les professionnels de la PMA et les couples minés par cette attente interminable d'un enfant. Mais il rappelle également que la conception d'un enfant n'est pas l'unique voie de réalisation individuelle . même si la pression familiale et sociale dans ce sens est parfois forte.

  • D'un mot choisi avec soin, insolite ou familier, Clémentine Portier-Kaltenbach nous offre un éclairage inattendu sur des femmes exceptionnelles qui ont marqué l'Histoire.
    Pourquoi la reine Catherine de Médicis peut-elle être associée à la mule, Madame de Pompadour à la macreuse, Joséphine de Beauharnais au musc et Simone de Beauvoir, féministe et célibataire endurcie, à l'alliance qu'elle exigea d'emporter dans la tombe ? Qui étaient Toto pour Juliette Drouet, Bel Gazou pour Colette et Faune pour Arletty ?Que doit Sarah Bernhard à Suzanne Noël, première femme chirurgienne esthétique ? Quel est le rapport entre la reine Victoria et le chloroforme, Agatha Christie et l'archéologie, Marylin Monroe et la soude caustique, Geneviève de Gaulle et son mouchoir?
    Découvrez les coulisses de l'histoire, ces faits singuliers, passionnants de la première à la dernière page qui ont fait d'un mot un destin !

  • Qui est Anna Madgigine Jai Kingsley ? Née Anta Madjiguene Ndiaye, cette princesse issue de la famille royale de l'actuel Sénégal fut capturée en 1806, alors qu'elle n'avait que treize ans, pour être vendue à Zephaniah Kingsley, un marchand d'esclaves et riche exploitant originaire de Floride, qui, pris d'affection pour la belle Africaine, fit d'elle sa compagne, la mère de plusieurs de ses enfants, mais aussi son bras droit pour administrer ses terres.
    Anna connaît alors une incroyable ascension sociale dans une Amérique en construction bouleversée par les guerres - de Sécession, « des Patriotes » - et traversée par des tensions raciales de plus en plus violentes, qui lui permet non seulement de recouvrer sa liberté, mais aussi de devenir elle-même une femme d'affaires influente, gestionnaire de sa propre plantation et une figure centrale de la communauté noire libre. Au décès de son compagnon, elle mène un combat acharné contre la famille de ce dernier et la justice américaine pour protéger son héritage et celui de ses enfants métis.
    De l'Afrique à la Floride, en passant par Cuba et Haïti, l'extraordinaire périple de cette princesse wolof victime de la traite négrière est à l'origine d'une véritable légende, particulièrement au Sénégal, où son histoire la hisse au rang de véritable héroïne.

  • Comment mettre au jour ce que les autres pensent pour éviter d'être manipulé ? Cette question, on peut se la poser dans toutes sortes de contextes : une relation amoureuse ou amicale, au travail, en famille, face à ses parents, ses enfants, un ex, et même dans des situations aussi banales qu'un achat ou un engagement à court terme Pascale Chapaux-Morelli montre qu'il est possible de cerner autrui en se fondant sur certains savoirs ; de façon simple et pragmatique, elle explique comment les acquérir et les développer. L'intelligence émotionnelle, le décodage du langage corporel, la connaissance des techniques de persuasion et des profils types : tout cela mérite de s'ajouter au flair, qui lui aussi peut s'aiguiser.
    /> Comme l'illustre ce livre clair et efficace à partir de cas concrets, se prémunir contre l'emprise, l'abus d'autorité, le chantage affectif et les manipulations diverses est à la portée de tous, à condition de se doter des bons outils d'analyse.

  • La maternité symbolique a toujours existé : mettre au monde des idées, des oeuvres d'art, des livres, l'enfant intérieur ; aider à grandir, prendre soin de l'autre, guérir les âmes... La culture patriarcale le sait qui a limité cette maternité symbolique aux figures de Vierges rédemptrices et miséricordieuses, entretenant la séparation entre le corps (maternel) et l'esprit (divin). Ce qui explique pourquoi la maternité symbolique est si peu connue.
    Si, dans les années 1970, on a pu croire que l'accès des femmes à la maitrise de leur fécondité allait permettre de vivre enfin la libre maternité, il a fallu déchanter. Les techniques de procréation artificielle ont repris le contrôle du corps des femmes, réactivant la hantise de la stérilité tout stigmatisant les femmes qui n'ont pas d'enfants.
    Des cultes aux déesses mères à la maïeutique Socratique en passant par Thérèse d'Avila, Jeanne Guyon ou, plus près de nous la Mère d'Auroville, Niki de Saint Phalle, l'éco-féminisme et les Chamanes, Marie-Jo Bonnet ouvre le débat en démontrant que la maternité symbolique fait partie de l'expérience universelle. Elle est la fois une alternative à la maternité obligatoire et un moyen d'exprimer son élan créateur, qu'il soit mystique, artistique ou guérisseur.

  • Que signifie être juif et qu'est-ce qu'un antisémite ? Pourquoi faut-il que, périodiquement, l'énigme attachée à l'identité des fondateurs du premier monothéisme soit l'objet de telles passions ? Retour à la question juive, donc.
    Pour bien distinguer, d'abord, l'antijudaïsme médiéval (persécuteur) de l'antijudaïsme des Lumières (émancipateur) quand d'aucuns, aujourd'hui, prétendent identifier le second au premier : tous antisémites, affirment-ils, de Voltaire à Hitler. Pour passer ensuite en revue les grandes étapes de la constitution de l'antisémitisme en Europe. Puis, pour assister, entre Vienne et Paris, à la naissance de l'idée sioniste - et à sa réception dans les pays arabes et au sein de la diaspora.
    Une idée, trois légitimités. " Juif universel " contre " Juif de territoire ", tel est désormais le couple autour duquel s'organise le débat, auquel Freud et Jung apportent une contribution décisive. Le voici bientôt relancé après la création de l'Etat d'Israël (1948) et le procès Eichmann (1961), tandis que gagne souterrainement l'idée que le génocide serait pure invention des Juifs. Et pour finir, ceci : comment expliquer la multiplication, depuis dix ans, des procès intellectuels et littéraires en antisémitisme ?

  • Au moment où les partis populistes remportent des succès déconcertants dans les sociétés libérales occidentales, en Autriche, en Italie, aux États-Unis..., nul ne saurait douter que nous traversons aujourd'hui ce que Chantal Mouffe appelle un « moment populiste », qui s'explique par la désaffection croissante envers les partis de gouvernement traditionnels et la défiance envers la chose politique dans son ensemble.
    Après L'illusion du consensus, la gauche progressiste que défendait l'auteure, capable de revitaliser la démocratie et de rétablir un espace où s'expriment les conflits, doit désormais se reconstruire ; et il semble bien qu'elle n'ait d'autre choix que d'adopter, elle aussi, une « stratégie populiste ». Mais attention, par « populisme de gauche », il faut entendre la stratégie qui vise à construire une frontière entre « le peuple » et l'« oligarchie », la seule frontière politique qui vaille, comme l'avance Chantal Mouffe dans ce texte aux allures de véritable manifeste.

  • En Occident, le harem est représenté comme un lieu de plaisir où s'ébattent des femmes nues et lascives, odalisques d'Ingres et de Matisse, Schéhérazade en version hollywoodienne.
    En Orient, le harem est au contraire le lieu de la réclusion des femmes qui ne rêvent que de s'en émanciper, en jouant de leur talent et de leur intelligence, qu'elles aient vécu au temps du khalife Haroun Al-Rachid ou dans le harem domestique des années 50 à Fès. Ces deux représentations du harem - l'une fantasmée, l'autre historique - dessinent une vision différente, troublante et inattendue, non seulement de " la femme idéale " mais aussi de la séduction, de l'érotisme et des rapports entre les sexes.
    " Décris-moi ton harem, je te dirai qui tu es ", semble nous suggérer avec humour l'auteur du Harem politique, de Sultanes oubliées et de Rêves de femmes, bien connu du public pour sa vision aussi pertinente qu'impertinente d'un monde arabe en pleine mutation. Le Harem et l'Occident : un fascinant voyage au coeur des harems, un face à face revigorant entre les cultures autant qu'une méditation sur le pouvoir de l'image et la perception de soi.

  • Née paysanne en 1762 dans l'Ardenne belge, Théroigne est l'une des plus belles figures de la Révolution : demi-mondaine entretenue par un marquis jaloux à la veille de l'ouverture des États-Généraux, elle se construit, à la faveur du combat pour la liberté, une identité nouvelle, ouvre un salon à Paris et fonde une société patriotique. La presse royaliste fait d'elle alors une libertine sadienne, que l'on accuse d'espionnage. En 1792, au sommet de sa gloire, elle réclame la levée de « bataillons d'amazones » pour combattre les monarchies aux frontières. En pleine Terreur, le délire s'empare d'elle : la folie la sauvera de la guillotine. Internée jusqu'à sa mort en 1817, elle deviendra pour la médecine un grand cas de mélancolie, tandis que Baudelaire, Michelet et plus tard Sarah Bernhardt chanteront sa légende.
    Cette première grande biographie critique de l'une des pionnières du féminisme, fondée sur des sources inédites, fut l'un des succès des commémorations du Bicentenaire de la Révolution française.

    Nouvelle édition, avec une préface et une postface inédites.

  • L'un des traits marquants de notre époque est incontestablement la prise de conscience d'elle-même opérée par la femme.
    Toutefois, ce processus aboutit trop souvent à des impasses, faute de prémisses psychologiques satisfaisantes, autrement dit, de réalisme fondé sur le discernement qu'offre la psychologie des profondeurs. marie-louise von franz, collaboratrice de c. g. jung durant trente ans, auteur notamment de la légende du graal et de rêves d'hier et d'aujourd'hui (albin michel), s'est donc attachée à mettre en lumière les facettes variées de l'âme féminine en puisant dans ce réservoir de symboles de l'âme collective que sont les contes de fées.
    Son expérience de femme et de thérapeute à l'écoute de l'inconscient lui a permis d'en dégager de riches enseignements.

  • Dans ce recueil d'essais, Arnold Davidson s'interroge sur les conditions qui ont permis aux sciences humaines de mettre en lumière, avec toute la force des concepts scientifiques, le rôle de la sexualité dans la formation de notre personnalité, sa place privilégiée au coeur de notre vie psychique. S'attachant à la description d'une expérience qui doit être problématisée, A. Davidson montre qu'il faut nous en déprendre en sorte qu'elle perde sa transparence et devienne un objet d'analyse historique et philosophique. Qu'en est-il alors si la sexualité elle-même est historique, si son histoire a introduit une discontinuité dans notre être même ? Cette question est au coeur de la démarche de Davidson, qui propose ici une véritable épistémologie historique de la sexualité. Au carrefour de plusieurs disciplines - l'histoire des sciences, de la médecine, de la psychiatrie, la théorie critique,la philosophie -, cette étude originale et d'une étonnante érudition est à la fois une enquête sur les sources de l'émergence de la sexualité, la nature de l'argumentation historique, la nature de la « monstruosité » ou de la « perversion » et aussi une interprétation de l'oeuvre de Foucault.

  • Véritable enquête d'histoire ancienne, construite autour de l'oeuvre de Claude Mossé, grande historienne de la Grèce (La Femme dans la Grèce antique, L'Antiquité dans la Révolution française, Albin Michel 1983 et 1989), de réputation internationale, ce livre propose une réflexion passionnante sur la " naissance du politique " à Athènes, et plus largement sur le fonctionnement de la démocratie, en abordant la question sous plusieurs angles : la justice, l'idéologie civique et les pratiques sociales, la cité et les cultes religieux, la représentation d'Athènes sur les vases figurés, la question du genre, la fin de la démocratie athénienne.


  • Après un demi-siècle de dictature militaire, la Birmanie s'ouvre enfin au monde dans un contexte d'euphorie et de grands bouleversements. À l'issue d'élections historiques, le parti d'Aung San Suu Kyi, l'icône de la résistance, a été propulsé à la tête d'un nouveau gouvernement entré en fonction en avril 2016. Malgré cette victoire fulgurante, l'armée continue de peser lourdement sur la vie politique et économique. Guérillas ethniques, discours de haine de bonzes extrémistes et tragédies humanitaires fragilisent les bases d'une démocratie balbutiante.
    Bravant divisions et enjeux, des hommes, et surtout des femmes, de milieux différents, innovent dans tous les domaines - lutte contre la montée des intégrismes, justice sociale, égalité des genres, préservation des cultures, etc. - pour transformer une société traumatisée et construire une paix durable. C'est à travers leurs regards incisifs et leurs actions courageuses que Sylvie Brieu, grand reporter reconnue pour son travail en immersion avec les peuples autochtones du monde, s'est engagée à découvrir leur pays méconnu, riche de potentiels devenus objets de convoitises internationales. Son récit captivant nous fait partager le quotidien de ces résistants qui, tout en embrassant des problématiques universelles, nous confronte à nos responsabilités. Entre doute et espoir, tous rêvent de liberté.

  • Trente ans après la mort de Simone de Beauvoir, rien de son combat ne semble plus actuel, ni plus fondé. En même temps, de nombreuses zones d'ombres la concernant se sont dissipées : on connaît mieux désormais, à travers des correspondances et des récits de proches, la vérité de celle qui fut l'inspiratrice de tant de femmes à travers le monde. Marie-Jo Bonnet, qui a connu Simone de Beauvoir au moment de la création du MLF et s'est régulièrement entretenue avec elle, a fait le choix de relire l'oeuvre et de la confronter à la vie de l'auteur du Deuxième sexe.

    Essai polémique, ce livre démystifie la pensée et l'existence de Simone de Beauvoir dont Marie-Jo Bonnet pointe une à une les duplicités, les falsifications et les erreurs : un procès en révision, qui permet autant de dégager le génie d'une grande intellectuelle, que d'instruire un réquisitoire contre les errements d'une femme ambiguë.

  • En 1994, nous avons publié en un volume, La Chaussée d'Antin, parue en deux tomes en 10-18, qui comprenait le séminaire sur l'amour bien connu du milieu psychanalytique et au-delà, et de nombreux articles. Depuis plusieurs années les libraires spécialisés font état de demandes répétées, insistant pour qu'on le réédite. Nous regroupons cette fois toute l'oeuvre clinique et théorique de Perrier en 2 volumes. Le tome II regroupe tous les articles sur la transmission de la psychanalyse, sur la pratique et sur la clinique, pour la plupart déjà publiés dans le premier volume de l'édition de 1994, dans diverses revues et d'autres ouvrages. Avec quelques inédits, et la correspondance Perrier-Lacan (qui était dans notre édition de 1994).
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  • Dès sa naissance, la raison d'Etat eut à voir avec la censure ; la congrégation de l'Index était chargée d'établir la liste des livres prohibés. Bien que celle-ci ait interdit en 1596 la publication et la lecture de tout livre sur ce sujet, on vit alors se multiplier les ouvrages révélant au public les secrets du pouvoir, que ce soit pour en faire la théorie, en justifier ou en critiquer les pratiques. Naquit alors un genre littéraire, dont les auteurs pouvaient être des gouvernants, comme Richelieu, des opposants, comme Machiavel, voire à la fois des familiers du pouvoir et des opposants, comme Gabriel Naudé. Travaillant l'ambigüité d'une notion à la fois interdite et proclamée, le livre de Laurie Catteeuw cherche dans le lien qui unit raison d'Etat et censure l'une des raisons d'être de la politique moderne.
    Son enquête, partant d'oeuvres emblématiques, comme celle de Machiavel, condamnée dès le premier Index, met en lumière la construction de la notion dans l'Europe moderne. Née de la mise en cause de la raison d'Église, durant les guerres de Religion et de l'affirmation de l'autorité politique, la raison d'État se révèle sur la place publique une notion aux visages multiples et aux définitions volontiers contradictoires. L'une d'elles définie en référence au modèle du census romain, intègre au dénombrement des citoyens le contrôle de leurs moeurs ; une autre renvoie à l'exercice d'un jugement critique en matière politique ; la dernière, censure d'Église ou censure d'État, alors en voie de formation, vise la condamnation de certains ouvrages, et l'exercice d'un contrôle officiel des publications.
    Par son ambigüité et la variété de ses applications, la raison d'État fut un puissant outil dans le processus de constitution d'une opinion publique. L'enquête de Laurie Catteeuw va à l'encontre des idées reçues et montre que la raison d'État ne fut pas seulement l'instrument du pouvoir absolu ; à sa naissance participèrent aussi les opposants à ses pouvoirs, libertins et auteurs de libelles diffamatoires.

  • Imaginons un corps unique qui se sépare en deux têtes identiques ; mais, bien loin de s'entendre, ces têtes tentent continuellement de se dévorer l'une l'autre. Pour Laureline Amanieux, c'est l'image exacte des romans d'Amélie Nothomb, de ses personnages dans les fictions, et de son propre personnage dans les romans autobiographiques.
    S'appuyant notamment sur les écrits de Paul Ricoeur portant sur la constitution de l'identité humaine à travers un récit, Laureline Amanieux montre, à tous les niveaux du texte, ce qu'elle nomme le récit siamois, une forme romanesque novatrice qui renouvèle le mythe du double, et qui demande au lecteur d'inventer une lecture siamoise.
    Nous découvrons ainsi toutes les tensions à l'oeuvre dans les romans d'Amélie Nothomb - du romantisme noir à la fantaisie, des manipulations du temps à l'obsession de la culpabilité, d'une nomination duelle à la stylisation des conflits -, et nous comprenons que leur enjeu est de réparer par le langage une identité constamment soumise à des destructions.

  • En 1994, nous avons publié en un volume, La Chaussée d'Antin, parue en deux tomes en 10-18, qui comprenait le séminaire sur l'amour bien connu du milieu psychanalytique et au-delà, et de nombreux articles. Depuis plusieurs années les libraires spécialisés font état de demandes répétées insistant pour qu'on le réédite. Nous regroupons cette fois toute l'oeuvre clinique et théorique de Perrier en 2 volumes. Le tome I regroupe les séminaires : celui sur l'amour de 1970-71, celui sur le corporel et l'analytique de 1972-73, et celui sur le transversal, de 1973-74, tous deux publiés chez Interéditions en 1983 et 1984.

  • Krach financier, panique, fuite vers la liquidité : la crise qui entraîne aujourd'hui le monde vers son effondrement est comparable à celle des années trente, mue, à nouveau, par ce que Keynes appelait « le désir morbide de liquidité » et Freud, plus abruptement « la pulsion de mort ». Nichée au coesur du capitalisme, cette pulsion le pousse à détruire et à s'autodétruire. C'est entre le « mardi noir » et l'arrivée des nazis au Reichstag, que Freud, désabusé, découvre le rôle de la pulsion de mort dans la civilisation. Au même moment, Keynes, dont l'oeuvre ne peut être comprise sans sa lecture permanente de Freud, traduit cette pulsion dans le désir insatiable d'argent. Cet ouvrage propose une lecture du capitalisme à travers le double prisme de Freud et de Keynes. Il dévoile comment ce tout jeune système au regard de l'histoire de l'humanité est porteur de menaces pour elle, par son simple désir de détruire et de mourir, et laisse entrevoir « l'au-delà du capitalisme ». Fruit de plus de dix ans de recherches de Gilles Dostaler et de Bernard Maris, il se trouve être, brutalement, d'une extraordinaire actualité.

  • "Crise ? Vous avez dit crise ? Tenez : vous avez l'embarras du choix. Effondrement de l'économie-casino et des finances mondiales, pauvreté et inégalités croissantes depuis trente ans, combat quotidien de millions de gens pour accéder à l'eau et à la nourriture, réchauffement climatique aux conséquences humaines désastreuses. Toutes ces crises procèdent des mêmes politiques néo-libérales mises en oeuvre dans le monde par les mêmes acteurs ; elles s'aggravent mutuellement et pourtant aucune n'est une fatalité. Nous pourrions jouir d'un monde propre, vert, riche et juste, où chacun vivrait dignement. A leur logique, opposons la nôtre." Susan George

  • Ce volume retrace trente ans (1945-1975) de voyages à travers le monde, de rencontres, de réflexions. On y trouve, tirée d'une expérience personnelle profonde des sociétés et des idéologies qui s'affrontent sur notre planète, une analyse pénétrante et irrécusable de l'angoisse dont, aujourd'hui, la civilisation blanche est saisie. Voici, évoqués devant nous avec netteté, les quelques grands et les innombrables petits, de toutes les couleurs, qui participent en Europe, en Amérique, en Asie, en Afrique, à la mutation effrénée de l'espèce humaine - nostalgique de lois morales inédites, de rapports nouveaux entre le droit, le pouvoir et le sacré -, une espèce dominée désormais par les moyens qu'elle a aussi bien de se détruire que de s'informer.Devant les ruines de l'antiquité, au tribunal de Nuremberg, au Sinaï, avec les pélerins des grottes sacrées de l'Himalaya, à Isé chez la déesse Soleil du Japon, auprès des milliers d'ouvriers acharnés à la construction d'un barrage près de Pékin, Louise Weiss médite, interroge et s'interroge. Ni l'ignorance, ni le fanatisme, ni la misère, ni la fortune ne la dupent. Persistant en son libéralisme et son amour des lumières françaises, elle décortique le fallacieux anticolonialisme américain, elle se fâche contre l'O.N.U. devenue un club de dictateurs, elle se gausse de l'aide de l'Occident au Tiers Monde (définie par elle comme l'aide des pauvres des pays riches au riches des pays pauvres), elle voit les nouveaux impérialismes russe et chinois l'emporter, notamment en Afrique, sur la puissance américaine.
    Avec une foudroyante clarté, un humour parfois féroce et aussi avec compassion, Louise Weiss nous montre donc l'immense bataille qui déchire notre univers. Pour elle, l'arme absolue est le lavage des cerveaux ; les futurologues n'y voient goutte. Les matériels sont innocents, ce sont les hommes qui tuent. Désolée, mais chantant la liberté humaine, et se traitant elle-même, avec la verve qui la caractérise, d'aristroprolo et d'impie respectueuse, elle en appelle à la protection du Parfait-Roi-des-Singes, un être mystique de la littérature chinoise, qui, au cours d'un voyage semblable au sien, souffrit la male mort en cherchant les 15.144 Traités du Bien qu'en son Grand-Temple-du-Fracas-du-Tonnerre détenait le Boudha, l'Illuminé.

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