Histoire

  • Hélène Berr a 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen. Le centenaire de sa naissance est l'occasion de cette publication. Cet hommage, pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, permet de faire visiter son Journal par des femmes et des hommes sans distinction d'âge ou d'appartenance sociale ou religieuse, il rallie à la figure d'Hélène Berr tous les autres disparus avec elle sans mot ni trace derrière eux.
    Il est assez curieux ce mot « centenaire » apposé tout près du nom d'Hélène Berr et avec lequel il ose même faire la rime. Presque inapproprié ou anachronique tant Hélène Berr est restée cette jeune femme à la grâce altière et d'éternelle jeunesse. 24 ans. 24 ans au moment où la vie lui est arrachée, en 1945, à Bergen-Belsen, laissant derrière elle son Journal, mais emportant dans le néant toutes les autres promesses d'amour et de créativité qu'elle sentait prêtes à éclore en elle. Pas une année de plus ne viendra égrener le décompte de ce temps qui passe inexorablement, vieillit les visages mais pas le sien, dessine des projets ou conforte des vocations mais pas la sienne.
    C'est en réponse à cette injustice qu'est née la volonté d'une publication à l'occasion de cette date symbolique. Un hommage certes, mais un hommage pleinement chargé de dire la vie et la mémoire, l'une et l'autre toujours aussi vives. Une célébration de son Journal donc, telle qu'elle l'aurait peut-être souhaitée, par des femmes et des hommes de la sphère publique ou non, sans distinction d'âge, d'appartenance sociale ou religieuse et dont le ressenti serait aussi un témoignage pour tous les autres partis avec elle, mais sans laisser le moindre mot ni la moindre trace.

  • Madame de Staël

    Michel Winock

    • Fayard
    • 3 Mars 2010

    Germaine de Staël est aujourd'hui une illustre inconnue. Pourtant
    elle a côtoyé toute l'Europe des Lumières, exaspérée Napoléon par
    sa lucidité politique, connu la gloire littéraire de Vienne à Rome et
    Londres, fait chavirer les coeurs, de Benjamin Constant au prince
    de Prusse ou aux hussards de 30 ans.
    Cette vie à bride abattue, Michel Winock lui rend justice dans un
    récit troussé comme un film. Celui-ci commence sur les genoux du
    grand Necker, son père, banquier puis ministre de la dernière
    chance de Louis XVI, et dans le salon de sa mère où tout ce qui
    passe pour avoir de l'esprit à Paris, donc dans le monde, vient. Sur
    fond de Révolution, d'exils à répétition en Suisse, à Weimar ou à
    Vienne, d'espions du Directoire, de Bonaparte et de Louis XVIII,
    Michel Winock montre à la fois comment on devient une tête
    politique, une femme du monde, une amoureuse insatiable (d'abord
    d'elle-même et de l'image paternelle) et, ce qui n'est pas rien, un
    grand écrivain. Madame de Staël est au carrefour des idées
    modernes et leur porte-voix : ennemie des despotes, avocate des
    libertés - à commencer par celle des femmes -, Germaine de Staël
    devient, grace à Michel Winock, l'archétype de la femme
    romantique.


  • Les Palestiniens et les Israéliens ignorent à quel point ils sont étrangers à leur propre conflit, victimes d'une histoire qui n'est pas la leur, une histoire fondée sur un crime : l'extermination de 6 millions de Juifs sans que l'Occident ait rien fait pour les protéger. L'Etat d'Israël est le fruit de ce crime, la mauvaise conscience de l'Occident. Et les massacres actuels, la réplique du crime initial. En prendre conscience, c'est déjà se mettre sur la voie d'une issue possible, celle qui verra Israéliens et Palestiniens se réconcilier avec leur propre histoire et se reconnaître mutuellement.


    Un document explosif.

  • Telle qu'elle se structure entre l'antiquité tardive et le haut moyen age, la religion chrétienne ne faisait pas la part belle aux femmes : assimilées à eve, l'alliée du serpent, elles étaient exclues du sacerdoce et cantonnées dans une position mineure au sein de l'eglise pourquoi, à la fin du moyen age, la religion s'est-elle féminisée, par une adhésion plus forte des femmes à la foi et à la pratique, par une féminisation du discours religieux, par une alliance ambiguë du prêtre et de la dévote communiant dans une religion de la mère et du fils ? pourquoi, selon l'audacieuse expression de michelet, " dieu a-t-il changé de sexe, pour ainsi dire " ? au tournant des xie et xiie siècles, au temps de la réforme dite grégorienne, la tradition interdisait aux femmes de pénétrer dans certains sanctuaires ; mais se met en place une triade marie, eve et madeleine où, entre les deux premières images, antinomiques, s'ouvre par la troisième l'interstice d'un accès au salut au prix de la pénitence.
    C'est l'époque de la fondation du monastère mixte de fontevraud où les hommes étaient soumis aux femmes. le vrai retournement survient au xiiie siècle avec françois d'assise qui, célébrant des allégories féminines telle " dame pauvreté ", se présentant lui-même en mère de ses fils spirituels, offre aux femmes une icône à laquelle s'identifier. claire d'assise, de son côté, échappe à ces jeux d'inversion pour atteindre à une vision de l'humanité au-delà des genres.
    Aux xive et xve siècles, une floraison de saintes de très modeste renommée, surtout en italie, marque ce mouvement de féminisation du religieux. leur parole se fait entendre, telle celle d'angèle de foligno. elles se mettent à jouer la passion du christ par les places et les rues, telle claire de rimini. elles fédèrent la mémoire des cités et accèdent enfin à une écriture autonome où s'exprime leur désir d'explorer les mystères de la foi avec toute la force de leur raison.

  • La philosophe Hannah Arendt, auteur des Origines du totalitarisme, couvrit à sa demande le procès d'Eichmann à Jérusalem en 1961 pour le compte du New Yorker. Le livre qui en est l'aboutissement, Eichmann à Jérusalem, sous-titré Rapport sur la banalité du mal, déclencha immédiatement la polémique aux États-Unis puis lors de sa publication en France en 1966, tandis que d'aucuns déconseillèrent même sa publication en Allemagne (1964). Elle y soutenait qu'Eichmann n'était ni un Iago ni un Macbeth, imputant ses crimes à la pure absence de pensée, ce qui, précisait-elle, n'équivalait nullement à la « stupidité ». Comment s'explique dès lors le titre du présent entretien qu'elle accorda à l'historien allemand Joachim Fest, auteur notamment des Maîtres du IIIe Reich ? De même comment expliquer que, bien qu'Eichmann lui répugnait, s'exprimant sur Albert Speer, l'architecte de Hitler qui devint ensuite ministre de l'Armement, elle puisse affirmer dans la seconde partie de leur entretien : « L'homme me plaît, mais je ne parviens pas à le comprendre » ? Faut-il y voir une nouvelle provocation de la part de celle qui pourtant, ne se targuait que de « dire la vérité des faits » ? Ce livre rassemble l'entretien accordé par Hannah Arendt à Joachim Fest en 1964, leur correspondance, ainsi que les écrits qui ont amorcé la controverse. S.C.-D.

  • Aux États-Unis, elle est considérée comme l'équivalent d'un Primo Levi. En France, son ouvre littéraire et théâtrale est lue et jouée depuis quarante ans. Mais qui connaît réellement Charlotte Delbo, morte en 1985 ? Pour la première fois, une biographie rend hommage à cette femme d'exception. Secrétaire de Louis Jouvet, résistante communiste, elle est arrêtée en 1942 par la police française en compagnie de son mari, Georges Dudach, fusillé quelques mois plus tard.
    Elle a 28 ans et lui dit adieu dans une cellule de la prison de la Santé. Ce qui l'attend, elle, c'est la déportation : elle fait partie du convoi du 24 janvier 1943, le seul convoi de femmes politiques à avoir jamais été envoyé à Auschwitz. Sur les 230 déportées, seules 49 reviennent, après 27 mois de captivité. Charlotte Delbo se jure alors d'être celle qui témoignera de l'incroyable sororité qui les a unies et leur a permis de survivre.
    Dans toute son oeuvre - en prose ou en vers -, elle dit et célèbre le courage de ces femmes. Militante passionnée des droits de l'homme, elle ne cessera plus de combattre les injustices et de mettre sa plume au service des plus faibles. Charlotte Delbo, une conscience dans le siècle.

  • En 1857, un groupe de jeunes gens s'abandonnant aux joies d'une partouze dans un hôtel particulier sont condamnés pour outrage public à la pudeur, parce qu'un curieux les épiait par le trou de la serrure.
    En 1893, les étudiants des quatr'z arts déclarent aux juges la guerre du nu. dans les années 1960, les nudistes et les femmes en monokini provoquent des controverses passionnées. chaque fois les mêmes questions se posent : où finit le public et où commence le privé ? que peut-on montrer, que doit-on cacher ? a travers une enquête qui mêle le droit, l'architecture, la littérature et la psychiatrie, marcela iacub raconte l'histoire de la pudeur publique.
    On y découvre comment le droit a longtemps partagé le monde visible entre licite et illicite, substituant à l'espace réel un espace institutionnel et politique. aujourd'hui, ce vieux mot de pudeur a disparu de nos codes pour être remplacé par celui de sexe. mais, loin de faire le récit épique d'une liberté durement conquise, marcela iacub analyse les transformations des techniques par lesquelles l'etat s'est donné notre sexualité en spectacle au cours des deux derniers siècles, et a conditionné nos espaces, nos vêtements, nos pratiques et même certaines de nos maladies mentales.
    Elle invite ainsi à une histoire politique du regard. on retrouve dans par le trou de la serrure les ingrédients qui ont fait le succès des précédents ouvrages de marcela iacub : un examen sans concession des illusions de notre prétendue libération sexuelle, et un art tout particulier de faire du droit une discipline totale, à la fois poétique et critique.

  • Les savants et les philosophes qui constituaient auparavant la République des Lettres écrivaient principalement pour convaincre leurs pairs. Ils dépendaient du pouvoir et des grands. Avec l'émergence, au milieu du XVIIIe siècle, d'une opinion publique éclairée et de plus en plus puissante, le pouvoir change de camp. On voit naître chez les intellectuels trois "passions" successives qui ont fait l'objet de cette trilogie d'Elisabeth Badinter. Dans les deux premiers volumes, qui évoquaient respectivement "le désir de gloire" et "l'exigence de dignité", nous avons vu les intellectuels solliciter les applaudissements du public puis revendiquer à la fois leur indépendance à l'égard des grands et un statut d'autorité morale. Dans le dernier volume que nous publions ici, on observe la naissance de la troisième grande passion intellectuelle : "la volonté de pouvoir". Dans les années 1760, l'aura des philosophes est telle qu'ils sont de plus en plus courtisés par les rois et les princes étrangers. On recherche leur onction pour se faire une réputation de souverain éclairé. Ils se rêvent conseillers du prince, voire souhaitent entrer eux-mêmes en politique... Diderot, d'Alembert, Helvétius ou Voltaire vont mesurer, chacun à sa façon, les limites de leur pouvoir. Philosophe, observatrice de l'évolution des mentalités et des moeurs, Elisabeth Badinter clôt ici sa réflexion sur ces "passions intellectuelles" du siècle des Lumières qui sont encore les nôtres aujourd'hui.

  • Est-ce un homme, une femme, un hermaphrodite ? l'énigme de son sexe aura sûrement beaucoup plus fait pour sa réputation que tout ce qu'il entreprit dans sa longue existence.
    Les aventures du chevalier d'eon dépassent de loin par l'extravagance tout ce qu'un romancier peut imaginer, mais leur intérêt ne s'épuise pas dans les péripéties d'une vie " sans queue ni tête ", comme il le dit un jour. tout à la fois agent secret de louis xv et diplomate officiel, il est mêlé à la grande politique, mais aussi à d'innombrables intrigues : il rencontre des souverains, des ministres, court de saint-pétersbourg à londres, détient des secrets d'etat jusqu'au jour oú un tribunal britannique déclare, sans preuve, qu'il appartient au sexe féminin.
    Maurice lever avait évoqué la flamboyante " amazone de golden square " dans sa biographie de beaumarchais. il avait alors décidé d'écrire cette histoire oú vérités et légendes sont restées intimement liées. la mort l'en a empêché. c'est son épouse evelyne qui l'a fait à sa place, mettant en lumière des documents inédits en france sur l'un des personnages les plus pittoresques du xviiie siècle. une biographie historique entièrement renouvelée.

  • Même si la « parité » n'est pas respectée dans quelques secteurs (haute administration, par exemple), les femmes avocates, magistrat, professeur d'université, médecin(s) sont aujourd'hui majoritaires dans certains autres. Cela nous semble tout naturel ? On en est que plus surpris de voir par le menu les difficultés qu'elles ont rencontrées voici à peine un siècle (il arrive d'ailleurs que le lecteur éclate de rire devant les prétextes invoqués pour barrer la route aux femmes, devant la force des préjugés de ce qu'on n'appelait pas encore le sexisme).

    Alors qu'il est probable qu'une femme figurera au second tour des élections présidentielles, ce livre brillant, rempli à la fois d'anecdotes savoureuses et de très sérieux développements scientifiques montre bien que le combat juridique et politique n'a pas suffi aux femmes pour conquérir la place qui devait leur revenir : il leur a fallu aussi et surtout faire bouger les mentalités.

  • Comment les individus sont-ils fabriqués comme différents les uns des autres ? quelles sont les opérations à l'oeuvre dans la construction des identités de « classe », de « genre », de « race » ou « sexuelles » ?
    Dans les trois essais qui composent ce livre, considérés comme des références majeures de la réflexion contemporaine, joan scott s'interroge sur la production des catégories et des identités, et sur leur articulation. elle discute la manière dont les grands historiens marxistes définissaient la notion de « classe » en faisant l'impasse sur le genre ou la race. elle insiste également sur le fait que l'analyse des identités doit se concentrer sur les discontinuités, sur la transformation des catégories.
    C'est tout l'édifice classique de l'histoire qui se trouve ainsi ébranlé. joan scott propose de renouveler la pratique historique en la mettant au contact des instruments les plus radicaux issus de la psychanalyse, des études postcoloniales, des travaux sur le genre et la sexualité ou encore des oeuvres de foucault ou derrida. contre la tendance actuelle à promouvoir un type de travail centré sur les « faits » et se réclamant des valeurs d'impartialité et de neutralité, elle appelle à une histoire résolument théorique et politique - c'est-à-dire critique.
    Historienne mondialement célèbre pour ses travaux sur le genre, joan w. scott est membre de l'institute for advanced study de princeton (etats-unis). elle est l'auteure notamment de la citoyenne paradoxale. les féministes françaises et les droits de l'homme (albin michel, 1998) et de parité ! l'universel et la différence des sexes (albin michel, 2005).

  • Parmi les reines de prusse, il n'en est aucune qui puisse prétendre au statut de marie-thérèse en autriche ou de catherine ii en russie. en plus de leur fonction génitrice, destinée à assurer la continuité de la dynastie, elles sont tenues à un rôle de représentation auprès de leur époux. puis, ce parcours achevé, le silence s'installe progressivement autour de leur mémoire. seule sophie-charlotte, la première épouse de frédéric ier, qui donna son nom au château de charlottenburg et qui, modèle d'une princesse éclairée, fut à l'origine de la fondation de l'académie des sciences, échappe à cette règle, mais sans jamais rivaliser, dans la mémoire collective, avec la reine louise.
    Il s'agit ici d'un autre registre. formé, comme toujours, de la rencontre d'une personnalité et des circonstances, un mythe a rapidement pris corps autour de la reine louise (1776-1810). que la nature l'ait dotée de l'atout de la beauté n'y est pas étranger ; qu'elle ait cultivé les valeurs familiales y a certainement contribué ; mais surtout sa confrontation avec napoléon fit d'elle l'héroïne de la résistance prussienne et l'âme de la renaissance qui conduisit à la « guerre de libération » de 1813 ; sa mort avant ce terme, dans l'éclat de son âge, a encore ajouté à sa légende. ce mythe a traversé tout le xixe siècle et ses effets se sont manifestés jusqu'au tournant de 1933. on aurait pu le croire disparu après la naissance d'une nouvelle allemagne des cendres de la seconde guerre mondiale. pourtant, en parallèle au regain d'intérêt porté à la prusse, une série de travaux en allemand consacrés à la reine louise depuis 1989 en annonce peut-être une nouvelle vie.

    Jean-paul bled est le meilleur des historiens français spécialisés dans l'histoire de l'allemagne et de l'autriche des xviiie et xixe siècles. le succès de ses biographies sur françois-joseph, frédéric ii ou marie-thérèse, ou son histoire de vienne et son histoire de la prusse le montrent surabondamment.

  • « elisabeth est vierge, comme l'angleterre est île » déclarait victor hugo à l'époque romantique. tout en précisant : « en admirant elisabeth, l'angleterre aime son miroir. » c'est cette relation étroite entre une femme et son pays que bernard cottret met au coeur de la reconstitution du destin de la reine vierge. vierge, elisabeth ire l'a été assurément, car, s'étant rendue physiquement intouchable, elle n'a jamais eu qu'un seul époux, son royaume.
    Comment relever ce défi singulier, dans une société aussi imprégnée par les rites masculins de la guerre et de la violence que l'angleterre de la renaissance, être un « roi femme » ? elisabeth assuma seule l'ensemble du pouvoir royal pendant près de cinquante ans (1558-1603). elle fut femme dans une société d'hommes, régie par des hommes, gouvernée par des hommes et dominée par eux. elle se montra d'autant plus attentive à la dignité royale qu'elle ne fut jamais dupe du caractère symbolique du pouvoir, ni ne se laissa aller aux épanchements sentimentaux qu'on a coutume d'attribuer aux femmes, et même aux reines comme sa cousine mary stuart.
    Elisabeth a engendré consciemment son propre mythe, en une brillante synthèse à laquelle ont participé à des degrés divers poètes, écrivains, peintres, et naturellement hommes de guerre et courtisans dans cet âge d'or épris de littérature, de théâtre et d'épopée. par là aussi elle a ouvert la voie à la modernité.

    Bernard cottret, professeur à l'université de versailles-saint-quentin, est membre senior de l'institut universitaire de france, où il occupe la chaire de civilisation des îles britanniques et de l'amérique coloniale. il est l'auteur de nombreux livres sur la grande-bretagne dont cromwell (1992), henri viii (1999), et histoire de l'angleterre (2007). sa biographie de calvin a été traduite en sept langues.

  • Explicite ou insidieux, ordinaire ou passionnel, l'antiféminisme s'est manifesté tout au long du xxe siècle. récusant l'égalité des sexes, il a surgi avec violence chaque fois que des femmes tentaient de s'aventurer sur des territoires depuis longtemps réservés aux hommes, celui de la création intellectuelle ou celui de l'action politique en particulier. toujours présent, ou sous-jacent, il puise dans une tradition archaïque, mais n'a cessé de s'adapter sous l'influence de bouleversements qu'a connus la société française.

    Sous une forme ou sous une autre, l'antiféminisme traduit des angoisses réelles, et à ce titre son histoire appartient à l'histoire des peurs collectives et individuelles. car, depuis la fin du xixe siècle, l'émancipation des femmes a suscité toutes sortes de fantasmes, souvent teintés de misogynie, mais aussi la crainte de l'indifférenciation des sexes. les antiféministes se croyaient menacés par les nouveaux rôles revendiqués par les femmes. les uns jugeaient le féminisme "contre nature" et "immoral", d'autres au contraire "puritain" et "bourgeois". certains y voyaient même une menace pour la survie de la nation et l'harmonie de la société. mais ils n'ont pu empêcher l'émancipation des femmes, même si l'un d'entre eux récusait le vote des femmes, prétextant que le geste était "laid".

    Ont participé à cet ouvrage : christine bard, valérie brunetière, luc capdevila, sylvie chaperon, colette cosnier, mireille dottin-orsini, erika flahault, françoise gaspard, anne-marie houdebine-gravaud, dominique loiseau, marie-victoire louis, annelise maugue, pierre michel, janine mossuz-lavau, martin o'shaughnessy, michelle perrot, siân reynolds, florence rochefort, brigitte rollet, geneviève sellier, rita thalmann, françoise thébaud, fiametta venner, fabrice virgili.

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