Bnf Editions

  • Alfons Mucha (1860-1939), né en Moravie, d'abord décorateur de théâtre à Vienne avant d'arriver en 1888 à Paris, accède à la notoriété grâce aux affiches publicitaires : affiches de spectacles, d'expositions ou de produits de consommation courante (champagne, biscuits, papier à cigarettes...) et d'estampes décoratives.

    C'est sa rencontre en 1894 avec la « Divine » Sarah Bernhardt qui le propulse de l'ombre à la lumière. Employé alors chez l'imprimeur Lemercier, il réalise l'affiche de Gismonda qui fait sensation auprès du grand public comme des critiques : dans cette composition byzantine, l'actrice est représentée en pied, une palme à la main, magnifiée, le visage auréolé d'un demi-cercle, vêtue d'un costume somptueux, les tons pastel avec rehauts de bronze et d'argent contrastant avec les couleurs dont usent habituellement les affichistes de l'époque. De cette fructueuse collaboration naîtront sept autres affiches de théâtre imprimées chez Champenois dont La Dame aux camélias. Le succès est tel que Mucha fait l'objet d'expositions comme en juin 1897 au Salon des Cent. Une renommée qui s'accompagne d'un travail intense encadré par l'imprimeur Champenois.

    Le « style Mucha » est né et s'affiche dans les rues d'un Paris alors effervescent. Il se caractérise par un ensemble de constantes graphiques : une jeune femme idéalisée portant de longs cheveux virevoltants ; des motifs végétaux et floraux imprégnés d'Art nouveau ; un cercle encadrant un visage ; des éléments d'inspiration symboliste mêlés à des compositions byzantines ; des tons pastel rehaussés d'or, de bronze et d'argent ; un soin constant du détail, qu'il s'agisse des vêtements chamarrés, des bijoux ou bien encore des ornements. Autant d'éléments qui font le succès de ses affiches publicitaires - pour le papier à cigarettes Job, les biscuits LU, les bières de la Meuse ou encore les chemins de fer Paris-Lyon-Méditerranée - et de ses panneaux décoratifs tels que Les Saisons.

    Présentant 22 planches détachables en couleur, ce livre-posters restitue la quintessence du style du prince Art nouveau du charme des plaisirs éphémères.

  • « Le sommeil de la raison engendre des monstres » : la légende de la célèbre planche des Caprices, dans laquelle Goya se représente assoupi à sa table de travail et entouré d'animaux nocturnes, pourrait servir d'épigraphe à cet ouvrage comme à l'exposition qu'il accompagne. Profondément endormie ou veillant à demi, la raison s'abandonne aux forces obscures ou simplement inconscientes dans les estampes fantastiques qui dévoilent la face sombre de l'art graphique du XIXe siècle. De Goya à Redon, la veine fantastique traverse le siècle du positivisme et du matérialisme bourgeois grâce à un mode d'expression privilégié : l'estampe. Le répertoire fantastique, d'inspiration littéraire, macabre, diabolique ou cauchemardesque, investit l'art du noir et blanc, langue par excellence des visionnaires. Les maîtres de l'estampe, Eugène Delacroix, J.-J. Grandville, Gustave Doré, Rodolphe Bresdin, Charles Meryon, Odilon Redon ou Félicien Rops, mais aussi des artistes moins connus que l'exposition permet de découvrir tels Alphonse Legros, François Chifflart, Félix Buhot, Eugène Viala ou encore Marcel Roux, partagent une virtuosité à manier les noirs, au service d'un romantisme qui se nourrit de la matière même de l'encre d'impression.
    Les cimaises du Petit Palais accueillent cent soixante-dix oeuvres issues des collections du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France, présentées suivant un parcours chronologique qui suit les trois mouvements du romantisme : celui, historique, de la génération de Delacroix ; le néoromantisme du Second Empire incarné, entre autres, par Doré ; et enfin le post-romantisme fin de siècle, terreau du symbolisme, marqué par les noirs de Redon. L'ouvrage publié par la BnF à l'occasion de cette exposition reproduit une centaine de pièces choisies parmi les plus emblématiques et accompagnées de textes qui en relèvent l'intérêt esthétique, historique ou encore biographique. Gageons que ce catalogue permette ainsi au lecteur de prolonger durablement le plaisir de la visite en lui octroyant le moyen d'approfondir sa vision et sa connaissance de ces estampes à tous égards fantastiques.

  • " J'aime peindre jusqu'à la pointe de l'oeil et dessiner de la même façon, c'est-à-dire jusqu'à l'extrême, jusqu'au plus aigu.
    Au moyen de la gravure, je crois que je peux atteindre, justement, cet aigu extrême qui m'attire. " Geneviève Asse a toujours voulu être peintre. Ses premières toiles remontent à 1942. Si elle s'essaie au même moment à la lithographie, elle abandonne très vite cette technique et se lance en 1954 dans la gravure à la pointe sèche et au burin où d'emblée elle se sent à l'aise, comme elle l'était enfant, en Bretagne, quand elle traçait " des inscriptions, lettres et lignes, sur les rochers, avec une pierre tranchante...
    ". La Bibliothèque nationale de France a souhaité rendre hommage à ce peintre ne se réclamant d'aucune école, dont les gravures se remarquent par l'économie du trait et le dénuement de la ligne ; puis au milieu des années 1970, par l'apparition de la couleur bleue, déjà présente dans sa peinture et qu'elle obtient grâce à la technique de l'aquatinte. Que les titres de ses oeuvres fassent référence à la nature, Feuille, Graine, Automne, à l'architecture, Fenêtre, Ouverture, Triangle soleil, ou encore au monde de l'océan, Atlantique, Ancre, Marine, ce qui lui importe avant tout, c'est la recherche de la lumière et de la transparence, le travail sur l'espace et sur la couleur.
    Geneviève Asse se plaît avec les poètes. Avec certains elle a bâti des livres. Elle s'est glissée dans leur monde, celui de Silvia Baron Supervielle, Samuel Beckett, Yves Bonnefoy, Jorge Luis Borges, André du Bouchet, André Frénaud et Pierre Lecuire. Avec chacun, loin du fracas et de l'agitation, elle a bâti un autre monde.

  • Rose, c'est Paris Sous la direction de Bettina Rheims et Serge Bramly et avec
    la participation de Thierry Grillet Catalogue de l'exposition présentée à la
    Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, du 8 avril 2010 au 11 juillet
    2010 De Shanghai à Paris. « Nous pensions à un travail sur Paris depuis notre
    retour de Shanghai, il y a sept ou huit ans, mais nous n'avions pas envie d'un
    Paris documentaire, sociologique, ethnologique. (...) L'idée s'est imposée
    alors d'un portrait allégorique de la ville, très mis en scène. On s'est dit
    qu'il fallait inventer une fiction, et que le récit même contribuerait à
    l'allégorie. De là, le désir d'une nouvelle forme de narration, entre peinture
    et cinéma. » Fantômas. « Notre projet doit beaucoup au hasard. Je regardais un
    soir, sur Arte, une soirée thématique consacrée à Fantômas, et j'ai découvert,
    fascinée, l'existence extravagante de ses deux auteurs, Souvestre et Alain.
    Emportés par le succès, ils ont écrit à quatre mains, dans une sorte de délire
    créatif, trente-six romans de trente mille lignes, entre 1911 et 1913 ! Ils
    habitaient le même immeuble de Montmartre, le premier au quatrième, le second
    au cinquième étage. L'obligation de faire vite, le partage arbitraire du
    travail, chapitres pairs à l'un et impairs à l'autre, l'impossibilité
    matérielle de se relire, voilà comment ils ont inventé, sur une trame
    haletante, les aventure violentes, déroutantes, énigmatiques, hallucinantes, de
    Fantômas. L'impact qu'a eu Fantômas sur le grand public de la France d'avant-
    guerre, puis sur les surréalistes, a été gigantesque. Avec Fantômas, « le
    maître du temps », « le mal absolu », on touchait à un bouleversement radical
    de l'ordre établi. Grâce à lui, on quittait le Paris classique des
    feuilletonistes et des poètes pour un Paris brutal, mythologique, creusé de
    souterrains, peuplés de personnages obscurs, un Paris de crimes, de drames, de
    lieux interlopes, qui secouaient les consciences. Magritte a dit qu'il avait
    trouvé sa voie grâce à Fantômas. Ses premiers tableaux, comme la toile Aubade à
    Fantômas, sont tous des hommages à la créature monstrueuse de Souvestre et
    Alain. » Le Paris des artistes. « Le Paris de l'entre-deux-guerres, qui a servi
    de socle à notre imaginaire, est comparable à l'Athènes de Périclès ou à la
    Florence des Médicis. J'aurais bien aimé pour ma part vivre à cette époque où,
    sur quelques kilomètres carrés, à Montmartre, à Montparnasse, se rencontraient
    ensemble les génies les plus novateurs de l'art, de la littérature, de la
    musique, de Picasso à Eisenstein, en passant par Joyce, Stravinsky ou Man Ray.
    C'est cet instant miraculeux de l'histoire de l'humanité, cet âge d'or révolu,
    dont notre Paris porte la trace... » Bettina Rheims (extrait de l'entretien
    avec Serge Bramly et Thierry Grillet)

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