Tallandier

  • Depuis quelques années, les maisons d'écrivains connaissent un véritable engouement de la part du public. Il n'en a pas toujours été ainsi... Evelyne Bloch-Dano rédige depuis 1993 une chronique mensuelle au Magazine littéraire consacrée à ces maisons d'écrivains : au total, plus d'une centaine de maisons visitées en France et à l'étranger. Elle est intervenue à ce titre à de nombreuses reprises (École du Patrimoine, Fédération des maisons d'écrivains etc.). C'est, à notre connaissance, la seule chronique de ce genre même si, ponctuellement, tel ou tel journal s'intéresse à une maison pour des raisons d'actualité.
    L'actualité guide aussi en partie ses choix - commémorations, expositions, inaugurations, publications, nouvelle acquisition - mais pas seulement. Son objectif est d'offrir un reflet fidèle des lieux, mais aussi l'écho de l'histoire de la maison, des relations qu'a entretenues l'écrivain avec elle ainsi que de l'activité du site. La liberté dont elle dispose lui permet de s'intéresser à des maisons parfois peu connues, ou même privées comme celle de Beckett à Ussy ou la mythique " casa " Malaparte à Capri. La conception de cette chronique (qui dit chronique, dit temps, par définition) lui donne aussi la possibilité de suivre les maisons dans leur évolution, comme pour le musée Mallarmé visité à son ouverture en septembre 93, à ses débuts, puis en novembre 96. Car une maison d'écrivain, qu'il s'agisse ou non d'un musée, doit évoluer, bouger pour rester vivante. Ce n'est pas sans soulever une question importante : comment un lieu de mémoire, où le temps parfois s'est arrêté à la mort de son occupant, peut-il encore changer sans trahir ?
    Hétérogénéité de statuts, de budgets, de publics, la diversité des maisons d'écrivains fait aussi leur richesse.
    Mettre en relation un lieu et un univers d'écriture, saisir les liens intimes qui se tissent entre un écrivain et la maison qu'il habite, le paysage qui l'entourent : ces chroniques ne se veulent ni exhaustives ni didactiques. Elles sont promenades littéraires, rencontres entre la sensibilité d'une biographe et un auteur.
    L'idée était tentante de réunir ces textes en un volume. Sans être un guide touristique, Mes Maisons d'écrivains donne des indications précises sur les sites, et rassemble des maisons choisies à la fois pour leur intérêt patrimonial, leur charme et/ou le rôle qu'elles ont joué dans la vie et l'oeuvre de l'écrivain. Ces pages sont une invitation au voyage, à la rêverie et bien sûr à la lecture. Découvrir la maison poème de Hugo à Guernesey, la bicoque dépouillée de Beckett à Ussy ou se glisser dans l'appartement de l'auteur de L'Écume des jours, n'est-ce pas une façon de pénétrer dans leur monde - et parfois de mieux les comprendre et les aimer oe

  • Que savons-nous des transformations de leur corps ? Quels rôles avaient-elles dans la famille ? Quels étaient leurs tâches quotidiennes, leurs réalisations techniques et leurs talents artistiques ? De quels pouvoirs disposaient-elles ?
    De nouvelles découvertes et de nouveaux questionnements rendent enfin visibles ces femmes qui vécurent aux temps lointains de la Préhistoire, de l'aube du Paléolithique jusqu'aux confins de l'âge du fer.
    En éclairant sous un angle neuf la vie matérielle, familiale, sociale, religieuse des mondes de la Préhistoire, Claudine Cohen ancre la réflexion actuelle sur la différence des sexes et le statut social des femmes jusque dans la profondeur des millénaires.

  • Au coeur des Pays-Bas occupés, une voix s'élève face à la barbarie nazie. Cette voix est celle d'Etty Hillesum, jeune femme juive, dont le journal intime et la correspondance attestent d'une confiance dans la beauté de la vie et d'une inébranlable foi en l'être humain.
    Passionnée et indépendante, Etty cherche auprès de ses conquêtes amoureuses un remède à son mal-être. Sa rencontre avec le psychologue Julius Spier bouleverse son existence. Il lui apprend l'amour de Dieu et de l'humanité. En 1942, elle rejoint le camp de transit de Westerbork pour porter secours à ses frères détenus, et meurt à Auschwitz à l'âge de 29 ans.
    Au-delà du témoignage historique et du testament littéraire, Cécilia Dutter met en lumière la modernité d'Etty Hillesum, suit pas à pas son singulier chemin d'éveil et nous donne à entendre son message de paix universel, si riche d'enseignement pour le monde d'aujourd'hui.

  • Dans une épigramme adressée à sa femme, Martial écrivait : « Je veux bien que tu sois une Lucrèce pendant le jour tout entier, mais cest une Laïs quil me faut la nuit. » Ce vers décrit tout le paradoxe de lérotisme féminin dans lAntiquité romaine.

    Comme une même femme ne pouvait pas être tout à la fois le parangon de la chasteté et une amante dépravée, Virginie Girod montre que les femmes furent classées en catégories et comment leur statut social encadrait leur vie sexuelle en fonction de règles morales établies par les mythes politiques romains et par la religion. La femme mariée, la matrone, se trouvait cantonnée dans un rôle reproducteur dénué de sensualité. Cétait aux prostituées (esclaves, affranchies ou plus rarement libres) quil incombait de distraire sexuellement les hommes.
    Alors, le corps féminin érotique et le corps féminin reproducteur étaient-ils deux choses résolument différentes ? Comment les femmes vivaient-elles la sexualité au quotidien ? Quelles pratiques étaient autorisées ou non et pour qui ? Les grandes figures féminines de lEmpire telles que Messaline ou Agrippine la Jeune étaient-elles représentatives de la vie quotidienne de toutes les Romaines ? Finalement, les Romains étaient-ils des débauchés prêts à toutes les transgressions pour leur plaisir ou ont-ils posé les jalons des normes qui ont régi, des siècles durant, la sexualité occidentale ?
    À laide dune documentation considérable, Virginie Girod répond à ces questions pour apporter une nouvelle réflexion sur la condition de la femme romaine.

  • Toujours redoutées, souvent dénoncées et parfois brillées, les sorcières hantent l'imaginaire occidental. Elles sont de tous les âges. Les Grecs avaient les leurs et nos sociétés contemporaines continuent d'en cultiver l'image. Mais que sait-on vraiment des sorcières et de leurs charmes ? Quelles fonctions leur ont été attribuées ? Et surtout, quelles représentations a-t-on projetées sur ces créatures surnaturelles, tour à tour magiciennes, fées ou diablesses ? Colette Arnould retrace ainsi l'étrange histoire de la sorcellerie depuis l'Antiquité jusqu'au XXe siècle, depuis les magiciennes Médée et Circé jusqu'aux adeptes contemporains du satanisme. S'appuyant sur des exemples tirés de la littérature autant que sur les grands textes sacrés ou les sinistres manuels de l'Inquisition, l'auteur éclaire le monde des peurs ancestrales. Ce panorama exhaustif dépasse alors largement la simple chronique : au fil des pages se profilent quelques grandes questions telles que la place des femmes dans la société, la tolérance ou la fascination pour le mal et la violence. Autant de sujets d'une actualité inquiétante.

  • À cent ans, Noëlla Rouget accepte de se raconter. Son enfance à Angers, son rôle dans la Résistance, sa déportation, sa douloureuse reconstruction. Le plus incroyable, c'est le combat qu'elle a mené pour sauver celui qui l'a arrêtée. Une leçon d'humanité.
    Noëlla Rouget s'engage à vingt ans dans la Résistance. Elle transporte tracts et journaux sur son vélo. Mais le 7 juin 1943, tout bascule : son fiancé Adrien est arrêté, et elle le sera deux semaines après, par un Français, Jacques Vasseur, collaborateur zélé nommé à la tête de la section de la Gestapo d'Angers. Noëlla croise dans les couloirs de la prison son fiancé, torturé, et fusillé quelques jours plus tard. Déportée au camp de Ravensbrück en janvier 1944, elle se lie d'amitié avec Geneviève de Gaulle.
    Quand Jacques Vasseur est enfin retrouvé et jugé en 1965, Noëlla demande au général de Gaulle sa grâce, et l'obtient. La rescapée des camps veut croire à la rédemption de son bourreau, avec qui elle entreprend une correspondance jusqu'à ce qu'il sorte de prison.
    « J'estime que j'ai eu une belle vie, car j'ai lutté pour des idées que je croyais justes, qui peu à peu font leur chemin. » Noëlla Rouget

  • À la différence de son encombrante rivale, Agnès Sorel, l'épouse de Charles VII, Marie d'Anjou, " reine sans gloire ", reste dans l'ombre de l'Histoire. Elle n'est pas la seule. La plupart des souveraines des XIVe et XVe siècles - Jeanne d'Évreux, Jeanne de Bourbon ou Charlotte de Savoie - sont tombées dans l'oubli. Seules deux reines de cette période se détachent : Isabeau de Bavière et Anne de Bretagne, ancrées dans la mémoire de la " nation France ", l'une par le rôle politique qu'elle joua, l'autre par son statut mythifié de dernière duchesse de Bretagne, qui, jusqu'au bout, se serait battue pour maintenir l'indépendance de sa principauté.
    Or bien avant Catherine ou Marie de Médicis, ces femmes ont joué un rôle essentiel pour la Couronne, non seulement parce qu'elles portaient les destinées de la dynastie, mais encore parce qu'elles incarnaient, auprès de leurs époux, la majesté royale.
    Murielle Gaude-Ferragu redonne ici une mémoire à ces reines oubliées et s'interroge sur la véritable nature de leur pouvoir et sur leurs fonctions au sein de la cour et du royaume de France.

  • Charles Darwin connaissait par coeur ses romans, Winston Churchill la lisait pendant le Blitz et Virginia Woolf la comparaît à Shakespeare. Aujourd'hui encore, Jane Austen (1775-1817) suscite dans le monde entier une véritable passion. Quel est son secret ?
    Il y a dans ses romans beaucoup de la vie qui a été la sienne : la campagne du Hampshire, le monde corseté de la gentry, les bals dans les manoirs, les jeunes filles promises au mariage, la domination des hommes, ces héritiers qui ont tous les droits. Quand Jane Austen commence à écrire, ses manuscrits essuient refus sur refus. Mais la jeune fille n'abandonne pas et se consacre corps et âme à la littérature, quitte à renoncer à fonder un foyer. Tout plutôt qu'un mariage sans amour. De 1811 à 1818, elle écrit six romans, dont les chefs-d'oeuvre Raison et Sentiments et Orgueil et Préjugés. Emportée par une maladie soudaine, elle n'assistera pas au succès de son oeuvre.
    Ce portrait vivant et délicat plaira à tous les inconditionnels de la romancière et convaincra ceux qui ne la connaissent pas encore de la découvrir.

  • Encore une biographie de Jeanne d'Arc ? Plus que toute autre figure du Moyen Âge, elle a été l'objet d'une littérature abondante (récits historiques, biographies, éditions des sources, etc.).
    À l'occasion du 600e anniversaire de sa naissance, Gerd Krumeich relève le défi de dresser le portrait de la Pucelle d'Orléans en s'en tenant pour la première fois aux faits que nous sommes réellement en mesure de connaître. Il fait enfin la part des choses entre la réalité et les mythes en se basant sur les sources et les recherches les plus récentes. Avec érudition, mais aussi avec passion, il donne à comprendre ce personnage emblématique dont l'histoire participe tout autant de la légende que de l'énigme.
    Historien allemand et spécialiste de l'histoire du culte de Jeanne d'Arc, il fait oeuvre d'objectivité et d'impartialité. Il échappe ainsi aux récupérations politiques et évite l'écueil de la querelle franco-française : Jeanne d'Arc n'est ici ni de droite, ni de gauche. Tout a été dit sur Jeanne d'Arc ! On peut le penser si l'on considère la profusion d'ouvrages qui lui ont été consacrés. Pourtant, rares sont les travaux qui font preuve d'une approche impartiale, parce que trop souvent polémiques ou partisans.
    Plus que toute autre figure historique, Jeanne a pâti des convictions et croyances. Partant de ce constat, Gerd Krumeich s'attache, à l'appui des sources, à répondre à un certain nombre de questions que suscite toujours la jeune femme qui défia les Anglais et devint l'héroïne la plus populaire de France. Objet d'enjeux idéologiques mouvants, la Pucelle est devenue l'une des figures dont l'historiographie, mais aussi la littérature et les arts, n'ont cessé de débattre et de s'inspirer.
    Tour à tour réprouvée, adorée, accaparée par nombre de sensibilités, elle s'est trouvée exposée, des siècles durant, aux suppositions les plus saugrenues. À l'occasion du 600e anniversaire de sa naissance, Gerd Krumeich nous conte enfin l'histoire de ce mythe national.

  • Louise Brooks, comme Greta Garbo et Marilyn Monroe fait partie de cette Olympe secrète qui domine Hollywood. Des trois, elle est la plus candide, la plus fascinante, mais aussi la plus énigmatique. Aucune autre actrice de cinéma n'a eu autant d'impact sur le public avec un aussi petit nombre de films. Son talent, son regard, sa beauté, son intelligence aiguë firent d'elle, d'emblée, une grande vedette.
    Cette jeune femme, qui célébra avec enthousiasme la vie hédoniste de New York et de Hollywood dans les années vingt, compta parmi ses amis et rivaux Greta Garbo, Gloria Swanson, Clara Bow, Buster Keaton, John Gilbert et W.C Fields. Mais avec l'arrivée des films parlants, qui firent l'effet d'une bombe dans l'industrie de cinéma, la Paramount prit pour prétexte que la voix de Louise Brooks n'avait pas encore " fait ses preuves " pour lui refuser une augmentation méritée, et la jeune actrice stupéfia le studio en donnant sa démission sur-le-champ. Son goût de la liberté et sa farouche franchise la firent donc exclure du " système " à vingt-deux ans. Elle sera désormais " l'anti-star ".
    C'est en Europe que le mythe de la femme tentatrice prit naissance grâce au célèbre " Loulou " de Pabst qui lui acquit le ravissement passionné des cinéphiles du monde entier. Depuis un demi-siècle, Louise Brooks est toujours l'objet d'une admiration voisine de l'adoration, d'une sorte de culte. Cette femme à la beauté singulière, au tempérament obstiné et à l'intelligence aiguë méprisa sa propre carrière mais laissa pourtant une trace indélébile dans l'imaginaire contemporain.
    Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Où est-elle ?
    Ces pages du souvenir sont autant de clés nous permettant de frôler sa présence magique.

  • 1961 : la cinéaste Nelly Kaplan adresse au poète André Pieyre de Mandiargues une invitation pour la projection de son film 'Gustave Moreau'. Il y vint et fut séduit. Cela marqua le début d'une amitié amoureuse où deux êtres libres déclinèrent à tous les temps les diverses facettes de l'érotisme, de l'insolence, de l'humour et de l'admiration réciproque. En témoigne cette correspondance échangée pendant trois décennies.

  • Madame de pompadour

    Nancy Mitford

    Des favorites royales, la marquise de Pompadour est sans aucun doute la plus célèbre.
    Pourtant, son ascendance bourgeoise aurait dû lui fermer les portes de la Cour. Et c'est grâce à sa beauté, à sa prodigieuse énergie et à son intelligence qu'elle parvint à séduire Louis XV. Même lorsque leur relation prit un tour platonique, elle resta sa plus chère amie. Avec talent et habileté, elle sut également s'imposer à Versailles et y exerça une influence qui ne se démentit jamais au cours des vingt années de son " règne " : faisant et défaisant les ministres, se mêlant de politique et de prodiguer ses conseils.
    Femme de goût, elle fut encore un véritable mécène, soutien indéfectible des érudits et artistes de son temps. Dans l'intimité de cette femme de pouvoir, Nancy Mitford fait revivre la cour de Louis XV et décrit avec malice ses intrigues et l'entourage de la marquise.

  • Jamais une First Lady n'a été aussi populaire qu'Eleanor Roosevelt. Née en 1884 dans une famille de l'aristocratie américaine protestante, elle épouse à vingt-deux ans un cousin éloigné, Franklin Delano Roosevelt, futur président des États-Unis, l'homme du New Deal et de Yalta. À ses côtés, elle fait campagne pour défendre ses réformes, en le poussant parfois à aller plus loin. Pour la première fois, elle donne une dimension politique au rôle d'hôtesse de la Maison Blanche en défendant sans relâche les plus démunis, les femmes, les pauvres et les Noirs. Mère de six enfants, partenaire fidèle de son mari, elle mène en parallèle une vie indépendante, parfois choquante, souvent surprenante.

    Grâce à des témoignages inédits, Claude-Catherine Kiejman nous brosse le portrait d'une femme altière, engagée, passionnée, critiquée, mais toujours étroitement associée à la destinée de son pays. Au fil de cette biographie, on suit pas à pas le destin singulier d'une femme de tête dont la vie se confond avec l'histoire des États-Unis.

  • Fille et épouse d'écrivain, née Marie de Hérédia, Marie de Régnier fréquenta dès son plus jeune âge les salons littéraires les plus en vogue de la Belle Époque. Elle devint poète, journaliste et romancière sous le nom de plume de Gérard d'Houville. Femme de lettres, femme du monde, elle fut aussi une véritable femme fatale. Gabriele D'Annunzio, Henry Bernstein, Jean de Tinan, tous succombèrent à son charme. Mais c'est à son propre beau-frère, Pierre Louÿs, qu'elle consacra son existence. Ces « noces secrètes » marquèrent une oeuvre et une existence sulfureuse. Traverser la vie de Marie de Régnier, c'est explorer les cénacles mythiques d'une époque révolue. On y croise Proust, Leconte de Lisle, Gide, Mallarmé, Valéry, Léautaud. Incarnation suprême des aspirations de la femme de lettres au tournant du XXe siècle, Marie fut l'égale de Colette et d'Anna de Noailles.

  • " L'analyse que j'ai suivie chez Freud m'est apparue comme un dialogue de cette sorte : réussi, spontané. Que cet unique dialogue ait duré 8 mois ne surprendra que celui qui mesure le temps. Sans la direction de Freud, il m'aurait été impossible de m'abstraire ainsi des évènements présents et d'y réfléchir. Ce fut comme si, dès la première séance, un anathème, ou plutôt une mise au ban, avait été suspendu, et que j'avais été saisi par la véhémence d'une émotion, qui aurait percé et se serait frayé un chemin, guidée par la présence de celui qui m'écoute tranquillement.
    Oui, mais quel est cet auditeur ? Quels liens ai-je avec lui? Comment est-il devenu ce qu'il est : auditeur, compagnon d'écoute, celui qui guide le fil du dialogue sans le diriger. Partenaire silencieux qui vous laisse parler, donne libre cours à ma parole, m'incite à parler et qui, de façon inattendue, dit beaucoup, parce qu'il dit la chose juste au bon moment, si bien qu'il vous déconcerte et vous délivre.
    La porte s'ouvre. Freud est là, debout, il n'en impose pas, il attend. Il ne tend pas la main pour saluer. Inclinée perpendiculairement vers le bas, la main, en guise de salut, s'offre et partant n'offre qu'une seule possibilité : celle d'y introduire la mienne. Et ça y est, me voilà déjà sur le divan, conduit par cette main tendue vers le bas pour saluer. Il n'y a pas d'autre issue possible. Il reste en retrait et l'on sait : il est assis et moi, je suis allongé. À part ça, il n'y a rien à dire, mais moi j'ai beaucoup à dire. " Le 29 mars 1922, Ernst Blum commence son analyse qu'il terminera le 28 juin. Blum avait trente ans, Freud en avait alors 65. Sur les 75 séances de son analyse, Blum dressera le compte-rendu sténographique de 55 séances. En 1972, il rédige des notes et commentaires à partir de ces comptes-rendus, qu'il remettra à son ami Manfred Pohlen. A la même période, Manfred Pohlen l'interroge sur l'analyse de 1922 et enregistre l'interview.
    À travers ces procès-verbaux et ces entretiens, cet ouvrage aborde donc tant la question de Freud en tant qu'analyste que l'expérience de Blum telle qu'il l'a vécue.

  • A qui appartiennent les enfants ?
    Une telle interrogation n'aurait eu aucun sens jusque dans les années 1970.
    Dans le modèle occidental, depuis la prise en main de la société par la Chrétienté, les enfants ont un père et une mère, liés par le mariage. Nés de leur sang, êtres encore à former, ils leur doivent obéissance et respect. La question de leur propriété est donc sans objet.
    C'est avec les transformations familiales des années 1970 qu'elle se pose avec acuité. L'enfant du divorce est-il à son père ou à sa mère ? Et celui qui est issu d'une des techniques de procréation assistée ? S'ouvre alors un champ de réflexion, nouveau en Occident, celui des rapports entre la parenté biologique et la parenté sociale. Laquelle a préséance sur l'autre ? Sont-elles en compétition ou en complémentarité ? Qui doit en décider ? La justice ? Mais l'enfant lui-même, n'a-t-il pas son mot à dire puisque d'objet, il devient, depuis la fin du XXe siècle, sujet.
    En l'espace d'un siècle, les enfants sont devenus méconnaissables et leurs parents aussi.
    C'est l'histoire de cette révolution au coeur de l'intimité familiale qu'analyse avec rigueur et érudition Martine Segalen. Elle aborde avec clarté et données factuelles, l'ensemble des problématiques nouvelles touchant à l'enfance : la famille recomposée, le rôle nouveau des grands-parents, l'assistance médicale à la procréation, l'homoparentalité et enfin le poids de plus en plus précoce et accru de la société de consommation.
    Un livre indispensable pour éclairer un des débats de société les plus essentiels de notre temps.

  • Méduser son ennemi, traiter son adversaire de barbare, faire résonner sa voix
    pour en percevoir l'écho, toucher le pactole, ouvrir la boîte de Pandore, être
    pris de panique, se perdre dans un dédale, être sous l'emprise d'un
    pygmalion... ces mots et ces expressions ont une mémoire et une histoire. Une
    histoire qui trouve son ancrage et sons sens dans la civilisation antique. Les
    mots nous invitent souvent, en effet, à plonger dans le passé et dans la
    mythologie où se révèle alors leur sens premier. Car Méduse, Echo, Dédale, Pan,
    Pygmalion, Pandora étaient des figures mythiques avant d'être des mots. Et, au
    niveau politique aussi, le miroir de la cité antique s'avère éclairant pour
    nous faire toucher l'essence même des termes « dictateur », « prolétaire »,
    « provocation » ou « barbare », dont l'usage aujourd'hui atténue ou
    instrumentalise souvent le sens. En découvrant l'histoire des mots, on pourra
    approcher le sens profond de notre vocabulaire. En les suivant à travers les
    siècles, on revivra à travers eux les grandes mutations politiques, culturelles
    et religieuses de l'histoire. Car, sans nous en rendre compte, que l'on soit
    nostalgique ou stoïque, provocateur ou enthousiaste, nous faisons appel à
    l'Antiquité et, grâce à la langue, tissons des ponts entre les siècles. Ce
    livre est donc une invitation au voyage dans la mémoire des mots. Docteur
    d'Histoire ancienne à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sonia Darthou est
    enseignante d'Histoire ancienne et d'Histoire de l'art.

  • On dit que l'amour heureux n'a pas d'histoire. Mais si : il suffit d'insérer entre chaque étape - amour, mariage, bonheur - une attente suffisamment longue, nourrie de péripéties multiples (à cet égard, la Révolution fait bien l'affaire). Il est vrai que les heureux époux risquent de ne plus être jeunes ; et encore faut-il s'entendre sur ce qu'on veut dire par bonheur : jeunesse et vieillesse n'en ont pas la même conception.
    En mai 1777, le prince de Ligne présente le chevalier de Boufflers à Madame de Sabran. Ils ne passeront leur première nuit dans le ravissant lit bleu que quatre ans plus tard et ne se marieront qu'en mai 1797.
    Pourquoi ces vingt ans d'attente ? Madame de Sabran était veuve ; Stanislas-Jean de Boufflers aurait pu l'épouser, s'il avait renoncé à son statut de chevalier de Malte. Mais c'était renoncer aussi au plus clair de ses revenus, à ses bénéfices ecclésiastiques. Homme d'honneur, il ne voulait pas demander à sa future femme de subvenir aux frais du ménage : les biens de Madame de Sabran devaient appartenir à ses deux jeunes enfants. En 1797 ils ne possèdent plus rien, ni l'un ni l'autre. Ils se marient donc, et en 1803 ils s'installent à la campagne près de Paris. Ils plantent deux arbres, un chêne et un tilleul, en souvenir de la fable d'Ovide, Philémon et Baucis ; ils cultivent leur jardin ; et ils y sont heureux.
    " Avait-on lieu de se flatter que les derniers instants de l'automne seraient si doux, si gracieux ? Le bonheur arrive souvent sans qu'on y pense ", dira un de leurs amis, en automne 1808.
    La correspondance du chevalier de Boufflers et de la comtesse de Sabran est très connue, mais mal connue. En particulier, les lettres échangées par les deux amants entre 1777 et 1785, publiées en 1875 et en 1891 dans deux éditions différentes, sont extrêmement difficiles à comprendre car les éditeurs ont renoncé à établir un ordre chronologique. Cette nouvelle édition, établie presque exclusivement à partir des manuscrits dont la plupart sont inédits, permettra aux lecteurs de découvrir cette belle correspondance d'amour du XVIIIe siècle.

    Spécialiste de la littérature épistolaire française du XVIIIe siècle, longtemps professeur aux États-Unis, Sue Carrell se consacre exclusivement depuis 1999 aux recherches dans les archives de la famille Sabran et à l'écriture.

  • Catherine de Médicis

    Ivan Cloulas

    Le 28 juillet 1533, Catherine de Médicis épouse Henri de Valois, le second fils de François Ier. La petite princesse italienne embrasse sans le savoir un destin de femme d'Etat : de 1547 à 1589, elle sera reine et mère de trois rois. Mécène fastueux qui égalera les plus grands princes de la Renaissance, elle sut faire face au défi des guerres de religion et se dévouera corps et âme à la cause de la paix. Décriée, dès son temps, comme la " massacreuse de la Saint-Barthélemy " ou la maîtresse des complots et de l'assassinat, elle a surtout défendu, au milieu de la tourmente civile, une famille, un pays et un peuple qui ne l'ont guère payée de retour. A travers un destin d'exception, la France brillante et troublée du XVIe siècle resurgit sous nos yeux.

  • « Je n'écris pas l'Histoire, dit-elle, mais si je remplis mes intentions, j'aurai peut-être écrit pour l'Histoire. » Née en 1771, morte en 1855, la comtesse Victorine de Chastenay a laissé d'importants mémoires. La matière ne lui manquait pas : la Révolution, le Consulat, l'Empire offraient une toile assez large à ses pinceaux. Ses souvenirs passent des charmants tableaux de l'Ancien Régime finissant - bals d'enfants, fêtes campagnardes, séances d'études avec son frère - aux angoisses de la Terreur, dont elle connut l'arbitraire et les cachots. Victorine sait alléger le trait, pour rendre l'atmosphère d'une soirée à Saint-Cloud ou à la Malmaison ou d'une réception aux Tuileries, dénoncer le faste artificiel de la cour impériale, croquer les courtisans dans l'antichambre d'un ministre ou les parasites dans les bureaux de la police. Elle évoque avec lucidité la fin de l'Empire, les fautes des ultimes campagnes, l'obstination « criminelle » de Napoléon, le chaos de 1814 et l'allégresse générale du retour des Bourbons. Surtout, elle excelle à peindre ceux qu'elle fréquente, et elle a connu tout le monde : Napoléon, rencontré trois fois, Joseph et Lucien Bonaparte, Talleyrand, Fouché, Barras, Tallien, généraux et
    maréchaux, hommes politiques et ministres, directeurs et consuls, dont elle trace d'attachants portraits. Sa curiosité intellectuelle et artistique fut insatiable, et elle côtoya les plus grands, qu'ils fussent hommes de science (Corvisart, Humboldt, Cuvier, Arago...), écrivains (Bernardin de Saint-Pierre, Chénier, Germaine de Staël, Benjamin Constant...) ou artistes (Grétry, Talma, Sophie Arnould, Spontini...). Dans une langue élégante et simple, dépourvue de tout pédantisme, Mme de Chastenay faitrevivre, sans rancune ni traits vengeurs, une époque bouleversée où elle-même et les siens ont connu bien des vicissitudes. Son témoignage est l'un des plus précieux et des plus originaux sur
    ces temps agités et passionnants.

    Raymond Trousson est professeur émérite de littérature française à l'Université libre de Bruxelles. Il a publié de nombreux ouvrages consacrés à la littérature et à la philosophie des Lumières, notamment, chez Tallandier, des biographies de référence de Rousseau (2003) et de Diderot (2005).

  • La méthode Rastignac

    Brigitte Méra

    Né en 1798, mort à une date inconnue, Eugène de Rastignac est le personnage central de la Comédie humaine de Balzac. Il traverse l'ensemble de la fresque, du Père Goriot à Illusions perdues, de La Peau de Chagrin à La Maison Nucingen. Il est l'immortelle incarnation de l'arrivisme, du cynisme, de la manipulation... Or Balzac ne s'est jamais caché de s'être plus qu'investi dans son personnage : " Rastignac, c'est moi ", aurait-il pu écrire.
    Spécialiste de Balzac et enseignante en management des deux côtés de l'Atlantique, Brigitte Méra propose ici un livre totalement original : à la fois redécouverte de Balzac et nouvelle approche de l'entreprise. Sa démarche - incluant diagrammes, tableaux, statistiques, théorèmes et équations de Balzac lui-même ou qui pourraient l'être - se fonde sur une connaissance approfondie de l'opus balzacien, non seulement les romans mais la correspondance, les pensées, les notes, les brouillons et les manuscrits originaux.
    La " méthode Rastignac " est un modèle de réussite applicable - non sans limites - aux grands défis de l'entreprise et de ses dirigeants :
    - les ressources humaines : Rastignac débutant, ou comment améliorer la communauté humaine oe
    - l'entrepreneuriat : Rastignac banquier, ou comment prospérer oe
    - la bonne gouvernance : Rastignac ministre, où comment gouverner avec succès oe
    Ce livre plein d'humour dégage une philosophie étonnamment applicable à notre époque. Cela tout simplement parce que Balzac est un génie pour notre temps : humaniste épris de liberté et de justice, et en même temps sociologue rigoureux, soucieux d'instaurer autant que possible un équilibre entre la réussite individuelle et la justice sociale.

  • Lettres et carnets

    Scholl/Scholl

    Le 22 février 1943, Hans (né en 1918) et Sophie Scholl (née en 1921) étaient guillotinés avec leur camarade Christoph Probst. Quelques semaines plus tard, trois autres membres de la " Rose blanche " (le professeur Kurt Huber et deux autres étudiants : Willi Graf et Alexander Schmorrel) connaissaient le même sort.
    Leur crime ? Avoir peint des " Vive la liberté " dans les rues et distribué des tracts à l'université de Munich pour appeler les Allemands à la résistance en invoquant Schiller, Fichte, Lao-Tseu et Goethe, et avoir dénoncé le crime dont la culpabilité suivra à jamais le peuple allemand : " Depuis la mainmise sur la Pologne, trois cent mille juifs de ce pays ont été abattus comme des bêtes. C'est là le crime le plus abominable perpétré contre la dignité humaine, et aucun autre dans l'histoire ne saurait leur être comparé... " Dans diverses villes d'Allemagne, d'autres suivaient déjà leur exemple...
    Idéalistes, graves mais aussi très sensibles aux joies du monde, Hans et Sophie Scholl, lui étudiant en médecine, elle étudiante en philosophie, avaient commencé par rejoindre les Jeunesses hitlériennes avec la ferveur des enfants de leur âge et un enthousiasme romantique. Mais cette adhésion fut de courte durée. L'emprise de Hitler sur la société se renforçant, la servilité des adultes gagnant du terrain, la chape de plomb du conformisme obligé se faisant suffocante, les atrocités se multipliant, les jeunes gens sortirent de l'adolescence avec la conviction qu'ils devaient élever la voix contre un régime meurtrier.
    Parsemés de commentaires sur la sinistre progression de la campagne de Hitler, ces lettres et carnets, de 1937 à 1943, mêlent les messages voilés sur le cours d'une guerre dans laquelle ils souhaitaient ardemment la défaite de leur pays et les évocations bucoliques ou les méditations sur Goethe et Dostoïevski, Claudel, Bernanos et Léon Bloy. Les demandes aux parents alternent de même avec les apostrophes à Dieu, qu'ils ne se lassent pas d'interroger sur le mystère du mal en se nourrissant de Pascal et de saint Augustin. De leurs notations sur les activités collectives, les travaux obligatoires pour les jeunes, le séjour de Hans au cachot, l'internement du père, les amis blessés sur le front est, se dégage une peinture rare de l'envers du décor nazi. De la lâcheté des adultes, des compromissions, des humiliations, ils ne laissaient rien échapper et ne voulaient rien laisser passer. Convaincus que Hitler vouait son peuple à la mort, ils pensaient simplement que mieux valait mourir pour la dignité et sauver l'honneur des Allemands.

    Témoignage d'un itinéraire spirituel, ce recueil de lettres et de carnets intimes, de portraits, de réflexions et d'articles, est aussi un document historique hors pair sur le refus du mensonge dans l'Allemagne nazie.

    Leur destin a déjà fait l'objet d'un film sorti en France en avril 2006 : Sophie Scholl, Les derniers jours, réalisé par Marc Rothemund avec Julia Jentsch et Fabian Hinrichs.
    Un complément indispensable et attendu du témoignage de Inge Scholl, la petite soeur, paru en 1955 aux éditions de Minuit sous le titre La Rose Blanche. Six Allemands contre le nazisme (rééd. 2008).







  • Petite-fille de Louis XV et de Philippe V d'Espagne, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763) est une femme exceptionnelle, qui appartient au club très fermé des princesses philosophes. Mariée en 1760 au futur empereur Joseph II, elle séduit toute la famille impériale et tombe elle-même éperdument amoureuse de sa belle-soeur, l'archiduchesse Marie-Christine. Ses lettres et ses petits billets, qui ressemblent aux courriels de notre siècle, révèlent un caractère, des sentiments et une intelligence hors du commun; ils lèvent aussi le voile sur certains secrets de la cour de Vienne.

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