Littérature argumentative

  • Dans «Les Cercueils de zinc», Svetlana Alexievitch avait osé violer en 1989 un des derniers tabous de l'ex-URSS : elle dénonçait le mythe de la guerre d'Afghanistan, des guerriers libérateurs. La vérité n'est jamais bonne à dire, «Les Cercueils de zinc» valut à son auteur un procès pour "calomnie". Reste que sans ce livre on ne saurait rien de la guerre des Soviétiques en Afghanistan ni, vues de l'intérieur, des dernières années de l'URSS. Un témoignage capital du Prix Nobel de littérature 2015, dans une édition revue par l'auteur.

  • Vingt-neuf textes parus dans la presse pendant dix ans - chroniques politiques, réflexions sur l'écriture et l'exil, essais mixtes sur les actions gouvernementales, les pesanteurs archaïques et les clichés à l'oeuvre dans la vie quotidienne en Turquie - qui éclairent le profil d'essayiste engagée de Asli Erdogan. L'écriture toujours soignée et traversée de fulgurances poétiques de la romancière trouve ici un autre terrain d'expression, non moins convaincant.    

  • Dans cette déclaration d'amour à l'oeuvre de Charlotte Delbo, poétesse résistante née en 1913 et rescapée d'Auschwitz-Birkenau, Valentine Goby sonde et explore la vie et les mots de celle qui, comme elle, a choisi de donner sa préférence à la vie. Et compose un vibrant hommage à la littérature et à la force du langage.

  • Violemment secouée, à l'occasion d'une évocation en public de son père récemment disparu, par un tremblement irrépressible accompagné d'une expérience de dissociation, Siri Hustvedt décide, pour comprendre enfin la nature d'un phénomène qu'elle rapproche d'autres états-limites qu'elle a également connus, de prendre la mesure la plus exacte possible de la véritable nature des "gouffres" invisibles qui, hantant, fragilisant et formatant nos existences, sont tapis sous la vie ordinaire, afin d'affronter les mystères du moi. De la neurobiologie à la psychiatrie et à la littérature, une approche, aussi ambitieuse que personnelle, de l'histoire des pathologies mentales au fil d'une réflexion rigoureuse et lucide qui, transcendant la cartographie académique de la souffrance et de l'angoisse, aborde sans détour les rapports de la maladie avec le geste créateur.

  • C'est d'un point de vue très original et divertissant que rebecca solnit explore l'histoire de la marche en tant qu'art expression d'un particularisme culturel ou spirituel, activité à part entière, fin et non simple moyen.
    Au fil de son étude, elle évoque les pèlerinages, les marches de protestation, les flâneries urbaines, les promenades propices à la réflexion des écrivains ou des philosophes, le nomadisme des comédiens et des musiciens, les voyages à pied des compagnons du devoir et différentes pérégrinations qui, parfois, constituent de véritables rites de passage. s'appuyant sur des citations et des anecdotes, elle montre à quel point on saisit le monde à travers le corps, et le corps à travers le monde.
    Son "livre parcours" s'achève sur un véritable réquisitoire contre tout ce qui, aujourd'hui, empêche l'exercice de la marche- une pratique fondamentale devenue subversive, de nos jours, dans les pays occidentaux !

  • En juin 1833, George Sand, auteur d'Indiana, rencontre un jeune homme de six ans son cadet, Alfred de Musset, poète et dandy à la mode. "Mon cher Georges [sic], lui écrit-il bientôt, j'ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. [...] Je suis amoureux de vous." Les amants passent l'automne à Paris puis partent pour l'Italie. Le fameux séjour à Venise (janvier-mars 1834) tourne bientôt au cauchemar et se termine par une séparation. Liée au docteur Pagello, Sand reste en Italie tandis que Musset regagne la France. Ils s'écrivent, se réconcilient au retour de Sand à Paris en août, puis se séparent à nouveau. Ils renouent en janvier 1835 pour rompre définitivement en mars.
    La correspondance de Musset et Sand devait paraître pour la première fois en 1904. Elle a connu de nombreuses éditions depuis, et l'épisode vénitien a suscité d'innombrables commentaires. Il restait toutefois à rendre aux événements leur dimension polyphonique en faisant valoir d'autres textes, et entendre d'autres points de vue.
    Si elle propose les lettres que les écrivains ont échangées (et qu'ils ont censurées après coup), la présente édition donne également à lire des notes et poèmes de Musset, des extraits des journaux de Sand, des commentaires parus dans la presse de l'époque ; elle reproduit d'autres lettres, dont celles adressées par Sand à ses amis, d'autres documents, dont le récit de sa liaison avec Sand par Pietro Pagello ou les souvenirs de Paul de Musset. Elle redonne ainsi à l'une des plus célèbres histoires d'amour de la littérature son caractère dramatique, tout ce qu'elle comporte de drôlerie et de tendresse, de manigances et d'emportements, de folie et de chagrin. Cette grande passion romantique en sort singulièrement rafraîchie : elle donne l'impression de se passer sous nos yeux.

  • convoquant sa passion pour deux arts qu'elle pratique en amateur, le piano et le tai-chi-chuan, catherine david en analyse le rapport inattendu, l'étrange complicité rendue naturelle par le geste qui les fonde.
    de l'esquisse du pinceau à la légèreté d'un entrechat, de la caresse trop vite donnée aux soins maternels, du tic nerveux qui enroule le cheveu autour du doigt aux phalanges qui tiennent la plume, le geste est création, mémoire, il révèle l'être dans ce qu'il a de plus intime. patience, technique, application, répétition - autant d'étapes nécessaires pour parvenir à "la beauté du geste", comme autant de clefs permettant de déchiffrer la structure cachée du mouvement.
    car entre l'exécution d'une fugue de bach et le développé d'un kata de tai-chi-chuan, le mélodique s'entend avec l'harmonique; la grâce n'est jamais loin pour qui est dans son geste.

  • Le chômage, la pauvreté, la violence, mais aussi les dictatures ou les génocides, sont le lot de nombreux états postcoloniaux, qui cherchent à sortir de l'étau... Avec clarté et concision, Aminata Dramane Traoré, psychosociologue et femme d'entreprise, ex-ministre de la Culture et du Tourisme du Mali, révèle la situation critique de l'Afrique noire, soumise à des réformes économiques et structurelles draconiennes. Questionnant les enjeux de l'ouverture économique et politique de l'Afrique subsaharienne à un monde qui se veut sans frontières, elle dénonce ici une mondialisation synonyme de négation et d'oppression. Poids exorbitant de la dette, rôle ambigu du FMI, ingérence extérieure... autant de problèmes brûlants auxquels elle tente de répondre, pour redéfinir le pari démocratique dans ces pays.
    Chronique sociologique et essai politique écrit "à coups de douleurs, de larmes et de pourquoi", ce texte résonne comme un véritable cri d'alarme.

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