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Éditions Corti
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Sporen est un premier roman d'une intensité rare, entre l'enquête et le conte, où la violence de l'Histoire diffracte l'intime.
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Un mystère de la campagne romaine
Anne Crawford
- Éditions Corti
- Littérature Étrangère
- 9 Octobre 2025
- 9782714313669
Apparitions nocturnes, courants d'air froid inexplicable, cheveux qui se dressent sur la tête, arche antique, sarcophage de marbre, cadavre vivant aux traits adorables, vampiresse tout droit sortie de l'Empire romain, mélodie entêtante, énigmatique statue couverte d'un voile... Un mystère de la campagne romaine contient tous les ingrédients d'un bon récit de vampire.
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La Correspondante est le dernier livre publié du vivant d'Adelheid Duvanel. Inédit en français, on y retrouve, avec une force et une précision sans pareil, tout ce qui constitue la voix si singulière de l'autrice suisse?: son attention aux perceptions ténues, au hors-champ, aux situations d'exclusion et aux personnages en marge, mais aussi le souffle d'un monde foisonnant d'images et traversé par le vent, la brume, le soleil, les plantes et les animaux.
Ces courts récits sont comme les éclats condensés de vies anonymes et secrètes. Ils en explorent les mystères, l'univers vibrant de craintes et de désirs. À la frontière du rêve, l'écriture sobre et intense d'Adelheid Duvanel affirme le «?droit d'être inapte à la vie?», étranger au monde que l'on habite pourtant. -
Ellen Burnet a de grandes difficultés à accepter sa propre existence. Constance se prépare à une étrange nuit de rêves qui déterminera son avenir. L'immortalité de l'alchimiste Winzy lui devient progressivement insupportable...
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Le titre de cette oeuvre est le plus explicite des quatrième de couverture ; l'absence de virgule entre les deux gérondifs rend le glissement de l'un à l'autre logiquement équivalant, tant il est vrai qu' "on écrit d'abord parce que d'autres avant vous ont écrit".
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Un beau ténébreux est un roman des astres et de la catastrophe, c'est-à-dire du destin sur fond de vacances et de dérive du temps ; vacuité des personnages en attente, dans un théâtre vide. L'arrivée d'Allan va déclencher un maelström où tous les personnages vont perdre la tête. Allan est venu sceller le destin. Tout dorénavant se déplacera par rapport à lui. (Revue 303)
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Dans ces pages, se trouvent exposés les concepts clés de la philosophie de María Zambrano, ainsi que sa volonté de rendre compte de la façon dont la vie se tisse à la lisière de nos songes. C'est l'infinie relation entre le rêve et la réalité qu'elle y explore, avec la justesse et la subtilité qui sont sa marque.
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Avec malice et vivacité, Cole Swensen développe une poésie du «?et?». Dans cette réflexion sur l'élaboration de la langue poétique face à un monde difficilement nommable, se dessine une sorte de «politique de la grammaire» qui interroge la dimension de déconstruction de la poésie, sa force insurrectionnelle face aux mots creux ou trop pleins.
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« Il y a encore quelques mois, je m'efforçais d'être sociable. » Ainsi commence le premier récit de ces Histoires de vent, premier livre d'Adelheid Duvanel paru en 1980 et jusqu'ici inédit en français.
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«?Sophia se crée la trouille de longer les arbustes, rampants, sournois, quand elle doit sortir de la maison et joindre la cave, afin d'aider son grand-père, elle court à tout va, craint alors de tomber. C'est un jeu sans jeu, auquel elle s'adonnera longtemps et ce d'autant plus que les boiseries extérieures sont rouges et effilées. Sophia s'arrête pour cueillir un coquelicot, là, se trouve son courage. En déplaçant la fleur, il ne reste qu'un caillou. Une fois devant la porte, Sophia hésite à s'engouffrer dans cet endroit, de pierre et de tuyaux, de cliquetis : rien de bon ne peut sortir de là, et la petite rebrousse chemin.?» (Éléonore de Duve, Sophia)
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Deviens celle que tu es
Hedwig Dohm
- Éditions Corti
- Litterature Etrangere
- 13 Avril 2023
- 9782714312990
Pionnière du féminisme, née en 1831 à Berlin, Hedwig Dohm défend, dès les années 1870, le droit de vote des femmes et l'accès, pour les jeunes filles, à une éducation similaire à celle des jeunes hommes. Elle luttera, sa vie durant, pour l'autonomie totale, matérielle et intellectuelle des femmes. Deviens celle que tu es (1894) s'inscrit dans ce combat. Le livre met en scène une femme âgée découvrant comment les normes sociales ont pesé tragiquement sur sa vie. Au crépuscule de son existence, l'héroïne tente de rattraper le temps perdu. Sa quête de liberté prend la forme d'une soif de connaissance, de désir et de contemplation qui l'amènera à vivre les élans d'une passion telle qu'elle n'en a jamais connue. Critique des injections normatives, Deviens celle que tu es est donc aussi le récit d'une crise : l'émergence d'une sensibilité et d'une intelligence qui défont les contours d'une vie trop étroite.
« La folie - est-ce autre chose que d'être arrêté par les idées, les visions, qui nous viennent et repartent, dont nous ne savons ni l'origine ni le but, et sur lesquelles nous n'avons aucun pouvoir ? Si c'est cela, la folie, alors j'ai été folle pendant plus de cinquante ans. Je me suis toujours déterminée par rapport aux volontés et aux opinions des autres. Selon la loi de la gravité, la pomme peut tomber jusqu'au centre de la terre si elle ne rencontre pas de résistance. De même, c'est une sorte de loi naturelle qui fait que la volonté et la puissance des autres trouvent leurs seules limites en notre résistance.
J'étais un mécanisme, que des puissances étrangères mettaient en mouvement. Et maintenant je combats pour me débarrasser de cette folie. Je combats pour ma volonté, pour mon «moi-même», pour mon « Je». » -
Une âme en incandescence
Emily Dickinson
- Éditions Corti
- Domaine Romantique
- 6 Février 1998
- 9782714306357
Notre connaissance d'emily dickinson (1830-1886) demeure encore aujourd'hui fragmentaire, car elle repose sur des choix de poèmes.
De tels choix, même s'ils se veulent aussi représentatifs que possible, risquent à la longue de brouiller la réalité profonde du poète. une autre démarche, face à la diversité des approches consiste à laisser émerger, comme d'elle-même, sa figure unique. d'oú le souci de présenter ici au moins la partie la plus essentielle de son oeuvre, par la traduction de la quasi intégralité des poèmes des années 1861, 1862 et 1863, années-phares, période d'explosion poétique et de créativité intense.
Les textes figurent dans l'ordre oú emily dickinson les a elle-même transcrits dans ses " cahiers cousus ". l'ouvrage vise ainsi à la fois à restituer le tissu interstitiel de la poésie et une architecture altérée par des éditions successives. " oses-tu voir une âme en incandescence ? ". emily dickinson lance un défi à ses lecteurs. tout est en effet vécu par elle dans la fulgurance de l'instant ou dans la simultanéité des émotions.
Son art tient précisément dans l'effort pour porter le temps à l'incandescence, n'en retenir que l'absence blanche, les instants oú il se nie lui-même ou explose pour se changer en éternité. c'est donc un autre mode de lecture que proposent les cahiers. ils invitent à saisir la poésie dans l'abrupt et non dans l'horizontalité du temps, à renoncer aux catégories habituelles de l'intellect, à traverser l'écorce de la chose poétique pour se rapprocher du feu central.
C. m.
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Philosophie et poésie
María Zambrano
- Éditions Corti
- Litterature Etrangere
- 21 Mars 2024
- 9782714313133
Écrit en 1939 au Mexique où María Zambrano est alors en exil, Philosophie et poésie constitue une entrée idéale dans l'oeuvre de la philosophe espagnole. Dans ce bref volume elle analyse deux versants, non pas antinomiques mais complémentaires, de la pensée depuis les Grecs?: «?Aujourd'hui poésie et pensée nous apparaissent comme deux formes insuffisantes, nous semblent être deux moitiés de l'homme?: le philosophe et le poète. L'homme entier n'est pas dans la philosophie?; la totalité de l'humain n'est pas dans la poésie?».
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Verre, ironie et Dieu
Anne Carson
- Éditions Corti
- Litterature Etrangere
- 16 Novembre 2023
- 9782714313089
« C'est en grande partie d'après les sons qu'émettent les gens que nous les jugeons sains d'esprit ou fous, masculins ou féminins, bons, mauvais, fiables, dépressifs, mariables, moribonds, susceptibles ou non de nous faire la guerre, à peine supérieurs à des animaux, inspirés par Dieu. » Dans l'essai intitulé « Le genre du son » qui vient clore Verre, Ironie et Dieu, Anne Carson s'interroge sur les valeurs morales prêtées traditionnellement aux sons, et tout particulièrement sur la réception des voix féminines. Appuyée en particulier sur la lecture de textes antiques, la perspective critique et féministe qu'elle y développe éclaire tout le recueil.
Troisième ouvrage publié de la poétesse canadienne, Verre, Ironie et Dieu, propose un ensemble de textes au genres variés, à travers une composition d'une grande subtilité : un essai écrit en tercets, L'Essai de verre qui campe l'autrice dans sa cuisine, métamorphosée en gynécée familial où s'invite le spectre d'Emily Brontë ; « un ensemble de poèmes au titre philosophique, La vérité sur Dieu ; une sorte de reportage, mi-prose, mi-poésie, Hommes de la télé ; un « guide du voyageur », La chute de Rome ; une imitation d'un texte biblique, Livre d'Isaïe, et enfin une communication parfaitement classique d'universitaire sur Le genre du son?» (Claire Malroux).
Anne Carson est née en 1950 au Canada. Helléniste et professeure à l'Université McGill de Montréal, elle est l'autrice d'une oeuvre majeure de la poésie contemporaine. -
Roman hybride, à la fois dialogue philosophique, récit parodique de voyages imaginaires, pamphlet féministe, utopie romanesque, récit de science-fiction, autobiographie (à peine) transposée, Le Monde glorieux relate les aventures d'une jeune duchesse qui, enlevée par un marchand, découvre, au cours du voyage, un autre monde, contigu au nôtre, peuplé de créatures mi-humaines, mi-animales.
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Si toi aussi tu m'abandonnes
Claudia Rankine
- Éditions Corti
- Littérature Étrangère
- 3 Octobre 2024
- 9782714313317
Par le biais du récit autofictionnel et de la chronique des années Bush, Claudia Rankine sonde ce qui ronge la vie aux États-Unis?: la télévision, la publicité - notamment celle pour les médicaments - et une justice à deux vitesses selon le statut social et la couleur de peau des suspects. Claudia Rankine porte un regard acéré, à la fois critique et drôle, mais sans cynisme, sur cette Amérique surconsommatrice d'images et de pharmacopées.
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Des bras contre du charbon?». Dans l'immédiat après-guerre, la Belgique cherche de la main-d'oeuvre pour exploiter ses mines. Elle scelle, en 1946, un accord avec l'Italie qui, en échange de l'achat prioritaire de charbon, enverra des milliers de jeunes travailleurs dans les mines belges.
Originaire des Pouilles, Donato est l'un de ces ouvriers mineurs ayant tout quitté pour venir vivre et travailler au Pays noir. Ce livre raconte son histoire, ou plutôt il l'imagine à travers les yeux de Clio, la petite-fille de Donato, partie à la recherche de cette vie que son grand-père n'a jamais racontée.
Dans ce premier roman d'une extraordinaire inventivité langagière, Éléonore de Duve ravive tout un monde de sensations, de rencontres, d'existences entremêlées. Elle nous plonge, avec une prodigieuse force d'évocation, au coeur de la jeunesse italienne de Donato, dans les collines lumineuses des Pouilles jusqu'au noir sans fond de la mine. C'est une quête, aussi prudente qu'aimante, que Donato donne à lire?: restituer la consistance d'une vie, en affirmant la capacité de la littérature à dire ce qui a été arraché et tu. -
Y aura-t-il pour de vrai un matin
Emily Dickinson
- Éditions Corti
- Domaine Romantique
- 7 Mai 2008
- 9782714309730
Emily dickinson a vingt-huit ans lorsqu'elle décide de s'adonner entièrement - sinon publiquement - à sa vocation de poète apparue pendant son adolescence, si l'on en croit les lettres écrites huit ans plus tôt à ses amies.
à l'une en particulier, elle parle de son attirance pour ce qu'elle ne nomme pas mais perçoit d'emblée comme une force rivale de la religion, la poésie : " j'ai osé accomplir des choses étranges - des choses hardies, sans demander l'avis de personne - j'ai écouté de beaux tentateurs... ". qui est cette jeune femme mystérieusement préparée à un rôle auquel elle sacrifie bientôt la normalité de l'existence, vivant de plus en plus retranchée de la société, consacrant tout le temps que lui laisse sa participation aux tâches familiales - celles d'une grande maisonnée bourgeoise - à délivrer le chant qui l'habite ? qui considérera de plus en plus la poésie comme le seul instrument de salut, la seule arme pour lutter contre les tourments et la finitude de la vie, le seul espoir sûr d'éternité face à celui, beaucoup plus hypothétique à ses yeux, de l'au-delà ? sont rassemblés ici des poèmes, de jeunesse comme de la maturité, qui complètent parfaitement l'autre ensemble poétique majeur : une âme en incandescence.
Il y a toujours chez emily dickinson, à quelque période que ce soit, des fulgurances, des poèmes se détachant brusquement des autres, des pics vertigineux parmi des montagnes plus modestes ou même des collines. et elle est capable de passer d'un instant à l'autre de la dépression à l'exaltation et réciproquement.
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Battements de tambour
Walt Whitman, Eric Athenot
- Éditions Corti
- Domaine Romantique
- 12 Novembre 2020
- 9782714312471
Battements de tambour représente à bien des égards un cas à part dans la production poétique de Walt Whitman (1819-1892). Plus connu comme l'auteur de Feuilles d'herbe (Leaves of Grass), l'oeuvrephare qu'il remania de 1855 à sa mort, Whitman publia en 1865 deux recueils de poèmes consacrés à la guerre de Sécession. C'est le second de ces deux recueils qui est traduit ici. Publié à quelques semaines d'intervalle du premier, il en intègre les pièces et trahit le souci qu'affiche le poète de réagir de façon adéquate à l'assassinat d'Abraham Lincoln, tout en exprimant un espoir de réconciliation entre les deux camps. Si la plupart devaient finir par rejoindre le corpus de Feuilles d'herbe, les poèmes du présent recueil sont présentés dans leur état initial, mêlés à des pièces de circonstance ou à des textes courts, plus contemplatifs et a priori sans rapport direct avec la guerre.
Battements de tambour donne à voir un poète qui tente de trouver un sens au conflit fratricide national, sans jamais prendre parti. Si l'on retrouve de nombreux traits d'écriture typiquement whitmaniens, on cherchera en vain les audaces stylistiques d'un poème comme « Chant de moi-même » ou comme « Je chante le corps électrique ». Le défi, pour le traducteur, est de rendre une langue qui va des accents dionysiaques de l'enthousiasme belliqueux initial aux langueurs apolliniennes de l'élégie pour atteindre un état d'apaisement relatif (et peut-être un brin artificiel). La présente traduction s'est donc attachée à reproduire les différents registres employés dans le recueil, prenant soin de proposer des équivalents aux différents traits d'écriture employés par un poète soucieux de panser les plaies de son pays. Par exemple, dans l'ultra-célèbre « Ô capitaine ! mon capitaine ! », le traducteur a choisi de conserver les rimes de l'original (évacuées par les traducteurs précédents au profit du seul contenu thématique). L'appareil de notes a été réduit au strict minimum afin de troubler le moins possible la lecture des poèmes.
E. A.
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« Grand-père / me disait : / Apprends un métier / J'ai appris / à rester à mon bureau / à condenser / Pas de chômage / dans cette condenserie ».
Saisis par cette image du « travail de poète », nous avons voulu en présenter la matière et le processus : « le mélange, le changement », « l'immense, massive corruption de la langue ». Aussi, le présent volume retrace plusieurs mouvements de condensation : comment la vie devenue lettre aux amis se fait matériau d'un poème ; comment la lecture se densifie en poétique ; comment le document et le savoir informent l'expérience et l'écriture. Ces mouvements déterminent notre table des matières dans ses deux parties.
« De ton foyer au mien » présente un large choix de lettres adressés aux compagnons de route, poètes, éditeurs, amis. À Harriet Monroe (éditrice de l'importante revue Poetry), à Louis Zukofsky et son fils Paul, à Cid Corman, à Jonathan Williams et au jeune voisin de Black Hawk Island, Gail Roub. Prolongements de cette correspondance, deux essais de Niedecker, sur la poésie de Louis Zukofsky et Cid Corman, closent ces échanges.
Notre deuxième partie, « Lac Supérieur », nous renseigne sur le processus de composition du « magma opus » de Niedecker, au moyen d'un choix de notes préparatoires, d'un journal de voyage et de la première version du poème, parue en revue et remaniée pour sa publication dans North Central (1968). -- Martin Richet Lorine Niedecker (1903-1970) a dédié sa poésie au paysage, à son évolution, à ses effets sur la vie de tous les jours. Outre son rapport à l'objectivisme, sa poésie est nourrie de sources diverses (surréalisme, politique, histoire, haïku) qui font l'originalité d'une oeuvre prise dans des tensions antinomiques. C'est la singularité de cette poésie, à la fois lyrique, objective, économique, toujours localisée et souvent d'actualité, que ce volume entend donner à lire. Après Louange du Lieu (2012), Cette condenserie est le deuxième livre de Lorine Niedecker publié aux éditions Corti. -
Biographie en forme de récit spéculatif, Le Temps de Tycho suit la figure de Tycho Brahe, astronome danois du XVIe siècle, autoproclamé « prince des astronomes ». Ses hypothèses erronées, mâtinées d'astrologie et de géocentrisme, ne lui valurent pas d'inscrire son nom au fronton des sciences astronomiques aussi sûrement que Galilée ou Kepler, mais son approche empiriste et ses inventions, en particulier celle de la trotteuse, déterminèrent un nouveau rapport au temps. Le Temps de Tycho explore différentes facettes de la vie de Tycho comme on promène un oeil tour à tour attentif et rêveur sur un tableau. De l'épisode de la perte de son nez à l'univers clos d'Uraniborg, l'observatoire que l'astronome avait installé sur l'île de Hven, Nicolas Cavaillès invente, dans une langue virtuose, un cheminement qui tient à la fois du portrait et de la réflexion sur l'émergence d'une nouvelle mesure des durées et des distances à la Renaissance. Les accidents et les trouvailles de Tycho deviennent les sources d'une méditation sur le striage technologique du temps, du tic-tac de l'horloge aux quadrillages tâtonnants de l'espace.
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Human Tools est une entreprise internationale de services spécialisée dans la mise en place de procédures pour d'autres sociétés. Ou plutôt : Human Tools vend du vent très cher, très côté en Bourse et très discutable.
Catherine, Rodolphe, Francis, Sonia, Marc, Laura travaillent pour Human Tools. Ils en sont les clous, ils valent des clous : employés non conformes, allergiques à la cravate ou aux talons hauts, trop intelligents, trop étranges, rêveurs ou aimables, trop eux-mêmes, simplement.
Parce qu'ils cherchent à travailler bien, et non à cocher des cases pour statistiques, parce qu'ils souffrent de l'absence de reconnaissance, parce que la qualité totale les a rendus malades, ils sont inscrits par Frédéric, leur grand marteau, à un séminaire de remotivation dont ils ne connaissent pas la finalité réelle. Ils y seront poussés à rationnaliser leur temps, leurs corps, leurs émotions, leur espace du dedans. Ils cesseront peu à peu de penser et sentir, et ne s'en plaindront pas : d'autres attendent pour leur prendre la place et il y a le loyer à payer.
Des Clous n'est pas un roman d'anticipation. Human Tools, ses pratiques, ses dirigeants, existent déjà : il n'y a qu'à observer.
Jusqu'à quand ? Jusqu'à quand accepter que performances, objectifs, profits qui profitent toujours aux mêmes, puissent détruire ce qu'il y a de plus précieux en chacun ? Où trouver la force de dire : ce n'est pas acceptable ?
Nos clous n'ont certes pas la réponse. Mais quelqu'un venu du dehors va les aider à écrire leur histoire, la jouer, la mettre à distance, à retrouver leur langue à eux, qui n'est pas le jargon américanisant de cette société où ils sont entrés sans réfléchir, à genoux, bégayant de gratitude pour le minuscule salaire qui justifierait leurs tâches discutables.
Nos clous vont essayer de se redresser, même si le marteau est toujours là, pour la beauté du geste et pour leur survie. Nos clous vont avoir, à un moment, le choix. Liberté vertigineuse : qu'en feront-ils ?
L'auteur Tatiana Arfel est née en 1979 à Paris et vit aujourd'hui dans le sud de la France. Psychologue de formation, elle anime des ateliers d'écriture auprès de publics en difficulté.
Son premier roman, L'attente du soir, paru en janvier 2009, met en scène trois marginaux : un vieux clown, une femme transparente et un enfant abandonné, qui ensemble vont former, à leur façon, famille. Ce roman a obtenu six prix littéraires, dont le prix Emmanuel Roblès et le prix Alain-Fournier.
Son deuxième roman, Des Clous, à paraître en janvier 2011, est un roman polyphonique décrivant une entreprise de services, Human Tools, qui chercher à rationnaliser la langue, le corps, les pensées, les émotions de ses employés, pour accroître ses performances.
Tatiana Arfel travaille actuellement sur l'autobiographie d'un homme souffrant d'une absence totale de présence au monde.
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Médée, le chef-d'oeuvre dramatique de jahnn a été écrit pendant une période de crise profonde : c'est à la fois l'aboutissement de la période de jeunesse et la première oeuvre dont la forme est pleinement maitrisée, ouvrant la voie aux grands romans de la maturité.
Jahnn, reprenant une tragédie abondamment visitée (euripide, sénèque, corneille, grillparzer, etc. ) renouvelle le sujet, le déroulement du drame, la thématique et la conception des personnages.
La thématique n'articule pas seulement les oppositions entre la femme et l'homme, le barbare et le civilisé - en les approfondissant et les actualisant -, mais aussi entre la jeunesse et la vieillesse, le règne animal et celui des humains, la sexualité et la mort (ou les forces créatrices et destructrices), et entre la lumière et l'obscurité.
Médée, femme bafouée, victime de l'homme pour lequel elle a tout sacrifié, tenue à l'écart par une civilisation patriarcale, est plus proche de la nature et des grandes forces qui règnent dans l'univers. c'est une barbare : jahnn, actualisant ce motif en fait une négresse ; ses fils sont des mulâtres, méprisés par les blancs civilisés. médée est l'une des plus fortes transpositions d'un sujet classique au xxe siècle.
Jahnn, se sentant lui-même femme, marginal, barbare, a pu réinventer le mythe de l'intérieur, y mettre tout ce qui le préoccupait, au point qu'il aurait pu dire : médée, c'est moi !
Le langage semble sortir d'un rêve. comme dans la poésie moderne, les mots s'interpénètrent, se réverbèrent, évoquent, suggèrent, bousculant parfois la syntaxe traditionnelle.
H. et r. radrizzani.
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Trilogie
Hilda Doolittle, Bernard Hoepffner
- Éditions Corti
- Litterature Etrangere
- 12 Mai 2011
- 9782714310590
H. D. (Hilda Doolittle, 1886-1961), poète américaine, est une pointe du triangle dont les deux autres seraient Ezra Pound et William Carlos Williams. C'est au bas d'un de ses poèmes, "Hermes of the Ways" qu'en septembre 1912 Ezra Pound inscrivit "H.D. Imagist"; première mention de l'imagisme et de ces initiales qui désormais remplaceront son nom.
Malheureusement trop longtemps considérée comme une émule fidèle de l'imagisme et membre de l'écurie d'Ezra Pound, ce n'est que depuis peu (en partie du fait de l'essor du féminisme) que sa poésie, et surtout ces derniers livres, War Trilogy (1973), Helen in Egypt (1961) et Hermetic Definition (1972) sont apparus comme l'oeuvre d'une poète majeure en quête d'un "gnosticisme" moderne et explorant la psyché, l'histoire, les mythes et les traditions de l'humanité.
Trois recueils de poésie ont été publiés en France : Hélène en Égypte et Le Jardin près de la mer aux éditions de la Différence, dans la traduction de Jean-Paul Auxeméry, et Hermetic Definition aux éditions Tarabuste, traduit par Marie-Françoise Mathieu.
La Trilogie, terminée en 1944, représente le sommet de l'art poétique de H.D., après un peu plus d'une demi-douzaine de recueils et de romans publiés entre 1916 et 1940, elle rédige ce long poème en trois parties où, sortant de la veine imagiste de ses débuts, elle compose une épopée sur le bombardement de Londres qu'elle lie avec les mythes égyptiens, grecs et chrétiens, créant de la sorte une immense fresque sur le rôle de la poésie dans un monde en guerre.
Dans Le Mythe de l'éternel retour, Mircea Eliade exprime très bien ce que faisait H.D. : " Par la répétition de l'acte cosmologique, le temps concret, dans lequel s'effectue la construction, est projeté dans le temps mythique, in illo tempore où la fondation du monde a eu lieu. Ainsi sont assurées la réalité et la durée d'une construction, non seulement par la transformation de l'espace profane en un espace transcendant, mais aussi par la transformation du temps concret en temps mythique. " H.D. passe continuellement du microcosme du poète qui observe ce qui l'entoure, " me cramponnai au brin d'herbe/ au dos d'une feuille ", au macrocosme de la guerre " dans la pluie des incendiaires ", comme encore dans le dernier poème de la première partie : " Et pourtant les murs ne tombent pas, / je ne sais pas pourquoi ; // un sifflement : zrr, / éclair dans une dimension / in-connue, non-déclarée " ; chacune de ses observations - peur, panique des bombardements, destruction du monde connu - sont alors creusées, approfondies, reliées à l'histoire mythique ancienne et moderne. Ainsi les murs détruits, " des portes tordues sur leurs gonds, / et les linteaux penchent // en diagonale ", ouvrent sur un autre paysage, une autre vision, bien plus vaste : " nous nous rendons // dans une autre cave, vers un autre mur tranché / où de pauvres ustensiles sont montrés / comme des objets rares dans un musée ", celle par exemple du quatrième chapitre des Nombres, ou Moïse et Aaron posent les ustensiles sur l'arche de l'oracle. B.H.