Les Allusifs

  • Dans ce récit haut en couleur et enlevant, où on retrouve une galerie de personnages réels qu'on oserait presque qualifier de romanesques, la grande dame des lettres américaines poursuit son inlassable travail de mémoire et sa très personnelle histoire du XXe siècle.
    Lorsque, en août 2008, les Allusifs font paraître Tant que je serai noire, autobiographie de Maya Angelou (traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné), la campagne présidentielle bat son plein aux Etats-Unis, et on assiste à l'élection du premier Noir à la tête de ce pays. L'ouvrage a suscité un intérêt populaire et médiatique considérable de l'une des pionnières du mouvement pour l'émancipation des Noirs américains, témoin privilégié de l'époque.
    Non contente d'avoir été mêlée à de nombreuses luttes (elle a notamment croisé Martin Luther King), Maya Angelou, en effet, raconte, se raconte. Dans Un billet d'avion pour l'Afrique, suite de Tant que je serai noire, on retrouve Angelou au Ghana, où, en compagnie d'autres Noirs américains, elle fait la douloureuse expérience du retour. Ignorés, maltraités ou rejetés dans leur pays d'origine, de nombreux Noirs américains de l'époque (années 1960), reprenant à leur compte le rêve de Marcus Garvey, qui a donné naissance au mouvement rastafari, considèrent l'Afrique d'où sont issus leurs ancêtres comme la terre promise.
    Avec l'acuité et l'humour qu'on lui connaît, Maya Angelou montre à la fois le malaise causé par l'indifférence des Africains vis-à-vis des nouveaux venus et l'ambiguïté des motivations de ces derniers. Les Allusifs ont d'ailleurs, réédité, au moment de la sortie de Tant que je serai noire le premier volume de sa série autobiographique, la traduction du premier tome de cette grande série autobiographique, intitulé Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage (traduction de Christiane Besse).
    Figure emblématique de l'histoire des Etas-Unis, Maya Angelou s'est engagée corps et âme dans le XXe siècle américain. Un portrait d'une femme remarquable, de son engagement politique toujours d'actualité, de son courage, et de sa lutte.

  • Qui est Bobbie Gotteson ? Musicien et meurtrier, paria et vedette, cet " incatalogable " porte le poids d'une identité morcelée, le destin s'acharnant contre lui depuis sa " naissance " dans la consigne d'autobus à New York.
    Librement inspirée des méfaits de Charles Manson, cette fausse confession met en scène une conscience dynamitée, parasitée par les voix du Dehors, les jurés du tribunal faisant figure de choeur antique dont les tirades rythment le drame de cette vie envahie par la démence, la haine et la pitié. Texte dérangeant et inclassable, qui mêle monologue, dialogues et récit à la troisième personne, Le triomphe du singe-araignée met en dérision la fascination populaire et médiatique qu'éveille la prétendue psychologie du meurtrier, puisqu'" il y a quelque chose dans la Machette qui nous excite tous ".

  • À travers ces nouvelles traduites par Nancy Huston et considérées par Virginia Woolf comme un «couloir» menant du roman "Mrs Dalloway" à "Vers le phare", des invités ignorés de la soirée de Clarissa Dalloway entrent en scène. Orchestrant entre eux des rencontres subtilement dissonantes en marge de la mondanité, Virginia Woolf débusque avec une poésie insolite leur intimité.

  • La pasteure

    Hanne Orstavik

    Liv a trente-cinq ans.
    Elle est pasteure dans une ville du grand nord de la norvège. c'est vers ce paysage immense, buriné par le temps et t'eau noire de la mer, que liv a choisi de fuir t'allemagne après la disparition d'une amie proche. or, un an plus tard, tout recommence : la mort brutale, ta douleur, le sentiment de culpabilité. pour exercer son métier et se réconcilier avec son passé, liv écoute et déchiffre les silences et les cris de détresse des personnages qui l'entourent, repliés sur leurs douleurs lancinantes, dans l'attente violente d'un drame imminent.
    Souvenirs et questions se bousculent, et dans la mêlée éclairée par le timide soleil printanier, liv cherche un sens, un point d'entente

  • Le bourreau

    Heloneida Studart

    Envoyé dans le nord du brésil pour éliminer un agitateur public, carmélio, tortionnaire à la solde du gouvernement, s'éprend éperdument de l'amie de sa victime.
    En elle comme dans chaque femme qu'il rencontre, il croit reconnaître la mère qui l'a abandonné. bientôt envahi par la passion, l'implacable bourreau connaît enfin le remords, rattrapé par son passé et les spectres de ses victimes. dans une quête désespérée d'absolution, il décide alors d'entreprendre un lointain pèlerinage, véritable road trip anachronique marqué par les rencontres les plus étranges...
    Heloneida studart signe ici un roman saisissant et émotionnellement très fort, où elle décrypte avec précision les ramifications du mal, tout en rappelant les heures les plus sombres de la dictature brésilienne.

  • Entre espoir et nostalgie fait écho au précédent roman de Tecia Werbowski, Ich bin Prager, où l'on suivait le destin d'un Anglais vivant à Prague jusqu'à la chute du mur de Berlin.
    Cette fois, le personnage principal est une femme, Maya Ney, qui vit à Montréal depuis de nombreuses années et revient sans cesse à Prague où elle a passé sa jeunesse.
    Son dialogue avec cette ville dont la beauté et les meurtrissures l'ont obsédée, reprend alors, à travers la voix d'êtres affectés par une histoire tourmentée. Pour rendre tangible l'inimaginable existence de ses personnages, Tecia Werbowski nous offre en finale, dans une longue lettre d'un espion en réponse à la lecture de son roman, une explication à « l'affaire Kundera », troublante variation où se mélangent la réalité et l'histoire.

  • Le mur entre nous

    Tecia Werbowski

    Le mur entre nous, premier roman de Tecia Werbowski écrit à la suite d'une rencontre de l'auteure avec Nina Berberova, reprend un thème cher à l'écrivaine russe et raconte l'histoire d'une vengeance obsessionnelle. Lorsqu'elle apprend que Zofia Lass s'est approprié te manuscrit de sa mère, Iréna Gotebiowska décide de confronter ta célèbre écrivaine et de révéler t'imposture. Elle ira jusqu'à Prague pour retrouver la plagiaire, mais la vengeance échappera à son contrôle.

  • L'idée de Speck

    Mavis Gallant

    Spendor Speck est directeur de galerie à Paris et installé depuis peu au Faubourg Saint-Germain, après que les séparatistes basques eurent fait sauter sa galerie.
    Déboussolé, sa femme l'ayant quitté en le traitant de fasciste, Spendor Speck rêve néanmoins d'être celui par lequel arrivera le renouveau artistique qui semble manquer, selon les critiques parisiens. Mais, pour ça, il aura besoin d'un artiste. Un jour, il a une illumination en écoutant un sénateur parler d'Hubert Cruche, peintre français mort de la syphilis. Spendor Speck décide alors de contacter la veuve du peintre, Lydia Cruche (il a toujours été habile avec les veuves), pour lui proposer de faire une exposition importante, la première grande exposition Cruche.
    Mais face à cette étrangère, il perd le contrôle... L'histoire se répétant à l'infini, L'idée de Speck, écrit par Mavis Gallant dans les années soixante-dix, est encore, par le vif esprit d'observation qui s'en dégage, d'une grande actualité.

  • Chambre 26

    Tecia Werbowski

    Une nuit d'octobre à Paris, un homme est assassiné dans sa chambre de l'hôtel Saint André des Arts. Nu, pauvre, sans papiers, qui est-il ? Le jeune inspecteur Patrick Vernier est ainsi plongé dans sa première affaire criminelle, un meurtre commis sans mobile apparent. Son seul espoir : les médailles des chiens de la victime indiquent une piste en Serbie ou peut-être en République tchèque. En outre, Vernier a tôt fait de soupçonner Maya Ney, une vieille Polonaise excentrique, habituée de l'hôtel, qui paraît protéger des secrets. Dans ce polar au style vif et enjoué, qui nous mène de Saint-Germain-des-Prés à Vienne et à Prague en passant par Montréal, Tecia Werbowski montre comment les jalousies et les trahisons poussent les individus à répéter les absurdités de l'Histoire.

  • Mariana allait avoir quarante ans lorsqu'elle reçut de Fortaleza, par la poste, les écrits de sa tante vieille fille, Maria das Graças Nogueira Alencar, qui venait de mourir de sa propre volonté " et non pas de celle de Dieu." : ainsi commence l'histoire de la famille Nogueira, grande famille du Nordeste. Avocate à Rio de Janeiro, Mariana reçoit par la poste huit cahiers jaunis - ceux de Maria das Graças, sa tante nordestine qui vient de se suicider. Cette dernière relate, sous forme de journal intime, l'oppression dans laquelle elle et sa soeur vivaient, dans le Fortaleza des années 1940, quand la modernité des moeurs peinait à trouver sa place dans un Brésil parfois encore féodal. On retrouve les thèmes chers à Heloneida Studart : le déclin des grandes familles du Nordeste et leur difficile adaptation dans le monde moderne, la cruauté et l'injustice des châtiments familiaux envers les jeunes filles, les amours disparues.

  • Ce qu'il nous reste

    Aislinn Hunter

    Emma, une jeune Londonienne, enceinte de son amant marié et qui ne souhaite pas quitter sa femme ressent le besoin de transmettre à l'enfant à naître une forme d'héritage.Ayant été elle-même élevée par une mère abandonnée par son mari après l'accouchement, elle ne veut pas que son enfant se pose les questions qu'elle s'est posées en grandissant.Vers la fin de sa grossesse, elle se lance donc éperdument dans une recherche pour découvrir l'histoire de sa famille.
    Dans de petits chapitres denses et épisodiques s'entremêlent l'anxiété croissante d'Emma à l'approche de l'accouchement et sa curiosité à l'égard de ses origines. Par ces échappées sur son passé et son présent, l'auteure nous livre une méditation originale et intelligente teintée d'un humour désabusé.

  • D'habitude, la littérature sur l'enfance et sur l'adolescence, quand il ne s'agit pas de jérémiades sur l'âge de l'innocence et qu'elle a le mérite de l'honnêteté et de la pudeur, est une récupération, guidée et justifiée par la nostalgie, de la coquille dans laquelle nous nous sommes formés et qu'il nous a bien fallu abandonner pour toujours. Le monde est un Eden ; l'enfant qui en est le centre l'explore en testant les sentiments et les besoins, rencontrant les petits
    serpents du sexe, du plaisir, de la douleur, de la mort. Apparemment,
    La Robe de bure n'échappe pas à la règle, en nous parlant d'une enfance-adolescence de la région de Côme pour créer un petit théâtre
    de la mémoire avec une extrême sobriété de moyens et une précision expressive. Dans les années de l'immédiat après-guerre, voici un lac
    rustique, des bois et de petites maisons encore peuplées de sans-abri et de bûcherons, la polenta versée à même la pierre, les arrièreboutiques sordides, les lits de camp dans la cuisine, la promiscuité dans les granges ; plus tard, les camarades du collège pour les pauvres, les pauvres animaux traités sans compassion, les pauvres filles sans amour, les pauvres soeurs tendres et impitoyables... Mais en tendant l'oreille, on s'aperçoit que ce livre est bien plus qu'une commémoration. Ici, l'Eden est plutôt un jardin des supplices, le ton
    n'est jamais celui de l'élégie, mais plutôt celui d'une lucidité, cruelle même, lancinante. Le fait est, qu'au lieu de regarder de l'extérieur dans le miroir lointain, l'auteur a réussi la délicate opération d'y entrer, d'y farfouiller, de se couper et de se blesser avec les débris de son ancienne coquille. Et de créer un personnage très singulier, la petite Gabriella, qui est une enfant-adulte.

empty