Syrtes

  • La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du XX e siècle est un événement littéraire exceptionnel. Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s'étaient rencontrés à Moscou en 1918. Ce n'est qu'en 1922 qu'ils se sont véritablement découverts à travers leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d'une intensité rare dans laquelle se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu'à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement.
    Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une oeuvre à part entière. Véritable laboratoire d'écriture, mais également laboratoire de la vie, car c'est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille.

  • Grands poèmes

    Marina Tsvetaeva

    • Syrtes
    • 27 Septembre 2018

    Marina Tsvetaeva, poétesse russe du xx e siècle est désormais connue en France par la totalité de sa poésie lyrique. Née à Moscou à la fin du xix e siècle, elle commence à écrire des poésies à l'âge de sept ans. Elle a été séduite assez tôt par une forme poétique longue ; non pas ses petites pièces de plusieurs quatrains exprimant une situation émotionnelle donnée, mais des oeuvres poétiques beaucoup plus amples, de plusieurs centaines, voire de milliers de vers.
    L'ouvrage contient vingt et un longs poèmes : les grands poèmes ainsi que les oeuvres inache- vées dans le premier volume, les contes d'inspiration folkloriques dans le second. Les poèmes du premier volume correspondent à des étapes importantes de la biographie de Tsvetaeva, mais la transposition poétique est substantielle. Le Magicien est le premier grand poème narratif de Tsvetaeva, composé au printemps 1914. Resté inédit de son vivant, il a été publié une première fois à Paris en 1976. De la Montagne et De la Fin sont les seuls grands poèmes d'amour, inspirés d'une passion réellement vécue par Tsvetaeva à Prague. L'élément ludique est très présent dans Envoyé de la mer dédié à Pasternak et l'on peut s'étonner en le lisant de savoir que Tsvetaeva prétendait ne pas aimer la mer qu'elle considérait comme un grand espace perdu pour les pro- menades. La mer occupe aussi une place de choix dans La Princesse-Amazone. Mais il s'agit bien sûr de la mer - élément de la nature mythique ou transfigurée et non des plages qu'elle a souvent fréquentées. Chronologiquement, on trouve dans l'oeuvre de Tsvetaeva un long poème narratif qui est une fiction complète mais composée sous une forme folklorique, c'est l'histoire du Cheval rouge. Le folklore est donc pour elle une séduction précoce. Dans l'oeuvre poétique intégrale de Tsvetaeva, pour le moment, l'énigme qui reste est bien Le Poème sur la famille du Tsar, perdu lors du retour en URSS de Marina Tsvetaeva, dont il ne subsiste que des fragments.

    « Il me semble que du point de vue de la nouveauté d'inspiration mais aussi pour bien d'autres motifs, les grands poèmes ouvrent des perspectives riches pour pénétrer dans l'univers poétique de Tsvetaeva, ils montrent que l'on peut lire toujours davantage et creuser toujours plus loin... » Véronique Lossky

  • Si Marina Tsvetaeva compte aujourd'hui parmi les grands poètes russes du XX e siècle, à l'égal d'Anna Akhmatova et de Boris Pasternak, on le doit au destin et au tempérament hors du commun de sa fille, Ariadna Efron (1912-1975), qui, après avoir traversé deux guerres mondiales, la révolution, l'émigration, les procès staliniens et la déportation, est la seule survivante d'une famille broyée par la Terreur. Après seize ans de Goulag, elle consacre les vingt dernières années de son existence à faire publier l'oeuvre de Marina. La « Fille-prodige » deviendra le premier éditeur de sa mère.
    Je t'aime affreusement est une lettre fictive qu'Ariadna aurait pu écrire, depuis le premier jour de sa libération, en 1955, jusqu'à sa mort, en 1975. Une lettre d'outre-tombe, qui s'adresse à celle qui est morte depuis longtemps, pour lui dire ce qu'elle n'a jamais su : les sentiments qu'elle, Alia, a éprouvés auprès d'une mère à la personnalité excentrique et exaltée, qui lui a transmis le meilleur et le pire : le goût de la littérature et la condamnation à l'exil. Une lettre où elle laisserait enfin éclater sa colère, face à l'injustice, face au sacrifice d'une vie vouée à ce seul devoir : sauver de l'oubli la poésie de Marina.
    Pour y dire aussi l'impuissance, et le pardon.
    Mais ce texte très fort est aussi une rencontre entre Estelle Gapp et Ariadna Efron : en lisant les textes autobiographiques de Tsvetaeva, l'auteur voit émerger un autre visage. Celui d'une petite fille de cinq ans qui apprend à lire et à écrire et qui tente de trouver sa place, d'exister face à la personnalité hors du commun de Marina. Une immense tendresse naît pour cette petite fille du passé, qui a vécu dans l'ombre de sa mère. Puis une autre rencontre, avec Véronique Lossky va sceller la naissance du projet de cet ouvrage. La traductrice et spécialiste de Tsvetaeva raconte sa rencontre avec Ariadna Efron :
    « Je l'ai rencontrée en 1971, c'était une vieille femme acariâtre. À mon retour, je suis tombée malade et j'en ai fait des cauchemars. Je n'ai rien pu écrire pendant sept ans. » Quel mystère pouvait entourer Ariadna au point de provoquer un tel traumatisme ? Un autre détail interpellait Estelle Gapp : « J'avais rencontré Alia petite fille, et Véronique Lossky me parlait d'une vieille dame. Entre l'enfance et la vieillesse, Ariadna Efron n'a pas eu de vie. C'est pour tenter de lui redonner vie, que j'ai eu envie d'écrire ce texte à la première personne. Un "Je" entre réalité et fiction, pour faire entendre la voix de cette fille au tempérament exceptionnel, qui a sauvé de l'oubli l'oeuvre de sa mère. » Je t'aime affreusement est un texte très personnel qui fait entendre aussi la colère et le pardon et qui rend hommage à cette petite fille aux grands yeux transparents, qui a traversé le siècle le plus sombre de notre Histoire contemporaine.
    Le texte sera accompagné de trois lettres inédites de Marina Tsvetaeva adressées à sa fille en 1941, quelques mois avant sa mort, et alors que Alia se trouvait en prison à Moscou. Elles lettres traitent des aspects matériels de la vie (nourriture, vêtements), mais témoignent d'une véritable attention de mère, qui souhaite redonner espoir à sa fille. Elles seront éclairées par le témoignage d'Irina Emelianova, amie et confidente d'Ariadna, qui a comme point de départ une confidence faite par la fille de Tsvetaeva: « Ma mère m'a aimée deux fois, quand j'étais petite fille et quand j'étais en prison. »

  • inédits jusqu'à ce jour en français, les carnets de marina tsvetaeva, publiés ici dans leur intégralité, sont les documents les plus spontanés et les plus subjectifs dans l'héritage du poète.
    véritable laboratoire d'écriture, ils constituent une oeuvre littéraire majeure puisqu'ils offrent au lecteur la possibilité d'accéder aux sources mêmes de la création poétique. journal, carnets de travail, impressions de lectures, chronique de la vie au jour le jour ? une chose est sûre : ces croquis furtifs et poignants allient le prosaïque au sublime. fidèle à son art poétique, tsvetaeva y conjure les assauts du réel par la magie de sa conscience dans un dialogue avec elle-même qui devient parfois un dialogue entre le moi et le monde.
    commencé peu avant la première guerre mondiale pour prendre fin à la veille de la seconde, cet exercice de lucidité, qui livre les clés des secrets tsvetaeviens tour en ouvrant sur la scène de l'histoire, n'entrave pas son avancée à travers les mondes intimes que le lecteur a appris à côtoyer au gré des poèmes et des proses édités précédemment. dans son face-à-face toujours extrême avec le mot, dans son souci minutieux d'offrir l'éternité à l'infime, le poète se tient sur le qui-vive et entend non seulement le fracas de la destruction qui déferle sur sa patrie - et bientôt sur le monde - mais, aussi, le chuchotement intime des choses elles-mêmes en quête de noms nouveaux.
    pour accompagner l'édition française des carnets, la parole, vivante et complice, est donnée à ceux qui ont connu marina tsvetaeva, l'ont croisée ou aimée, à travers des notes, des réflexions ou des écrits divers. grâce à la collaboration avec les archives russes d'état de littérature et d'art, de nombreux documents, inédits pour la plupart, éclairent ces carnets.

  • Le Cahier rouge : un simple cahier d'écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris en 1932-1933.
    Il aurait dû disparaître étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l'époque, mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l'on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l'on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l'inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l'on découvre l'écriture en français d'un poète russe qui aurait pu devenir poète français.
    /> Un cahier célébrant deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l'enfance perdue, tous les démons et les délices de l'imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l'Age d'argent, la mort de la poésie.
    Tout cela nous l'éprouvons en feuilletant le cahier, car ce livre comprend aussi l'intégralité du manuscrit autographe. Nous tournons chaque page une à une, suivons chaque phrase ligne à ligne, pour entrer dans le laboratoire de l'écrivain et dans la matière de son écriture. C'est ce cahier rouge, braise incandescente, que nous offrons au lecteur, pour qu'il en saisisse la force inaltérable et qu'il se souvienne de cette merveilleuse énergie de création : celle d'un poète majeur de l'avant-garde russe du début du XXe siècle, Marina Tsvetaeva.

  • L'amitié entre Marina Tsvetaeva et Anna Teskova débute en 1922, lorsque cette dernière invite Marina à une soirée littéraire. Ces lettres témoignent des dix-sept années d'exil de la voix poétique la plus déchirante du XXe siècle. Marina y dit l'amour et la poésie, le maternel et le féminin, la nostalgie, l'arrachement et la solitude, sa foi dans la vie et dans l'homme. De l'infiniment petit à l'infiniment grand, on la suit dans la démesure et l'on perd le souffle devant cette prodigieuse capacité à conjuguer à tous les temps et à tout les modes le verbe aimer.

  • La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de la poésie russe du xxe siècle est un événement littéraire exceptionnel. Exceptionnelle, elle l'est d'ailleurs doublement, cette relation épistolaire entre poète soviétique et poète de l'émigration, à l'heure que, après une phase de liberté surveillée où les échanges étaient encore possibles, la culture russe se scinde en deux - et ceci pour toute la durée de l'expérience soviétique.Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s'étaient rencontrés à Moscou en 1918. Ce n'est qu'en 1922 qu'ils se sont véritablement découverts au travers de leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance d'une densité extrême et d'une intensité rare dans laquelle se tissent, étroitement mêlées, passion sentimentale et poésie, sur fond d'époque historique et d'histoire littéraire. Plus de trois quarts de ces lettres échangées entre ces deux êtres radicalement différents sont inédits. Dessinant une courbe en arc de cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu'à atteindre un pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement.Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme une oeuvre à part entière. Loin d'être en marge de leur destin littéraire, les lettres étaient au coeur même de celui-ci, laboratoire de l'écriture - mais également laboratoire de la vie, car c'est au gré de ces lettres que se façonnent les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés à la vie, au quotidien, à la famille. La fille de Tsvetaeva, Ariadna Efron, avait décidé que ces lettres ne devaient être publiées qu'après cinquante ans, à condition que cette édition soit intégrale. Elle les confia aux Archives nationales de Moscou qui n'autoriseront leur parution qu'en l'an 2000.

empty