Desjonqueres

  • De Madame de Tencin, l'une des personnalités les plus fascinantes du XVIIIe siècle, Voltaire avait loué le talent romanesque et le style pur et naturel.
    Le Siège de Calais se lit comme Les trois Mousquetaires, la passion anime les personnages, l'honneur leur dicte leur conduite face aux multiples aventures auxquelles ils se trouvent confrontés.
    Monsieur de Canaple aime Madame de Granson qu'il croit indifférente à son égard. Madame de Granson aime Monsieur de Canaple, dont elle se croit méprisée ; le lecteur connaît les sentiments des personnages, mais eux vivent dans un quiproquo entretenu par les nombreuses circonstances auquelles ils doivent faire face.
    L'intervention de Mademoiselle de Mailly et de Monsieur de Châlons, dont les aventures se mêlent à celles des deux principaux personnages, crée un chassé-croisé amoureux augmentant les malentendus que les guerres et les séparations s'ingénient à compliquer. Le lecteur est ainsi entraîné dans une série de péripéties passionnelles et héroïques dont le dénouement ne surviendra qu'à la fin du récit.
    Bref, un scénario que l'on croirait écrit pour Hitchcock, avec en plus l'admirable écriture du XVIIIe siècle.

  • L'histoire de la littérature, telle que l'a pratiquée robert mauzi, tient à la fois de la science et de l'art.
    Dans cet essai sur madame du châtelet, trop souvent réduite au statut de compagne de voltaire, r mauzi met en valeur une femme passionnée par la vie, douée pour la philosophie comme pour les sciences, animée par l'exigence de comprendre le monde. une vraie femme des lumières, la seule peut-être qui incarne, en france, le coeur et l'esprit de son siècle. sous la plume de robert mauzi, la connaissance du passé vibre d'une interrogation sur les sensibilités d'aujourd'hui, nos plaisirs et nos peines

  • La structure est fort simple. Une aristocrate française entreprend un voyage vers Madrid où elle doit retrouver une parente qui s'y est installée. Elle écrit alors à sa cousine restée en France ; ce faisant elle offre un des plus passionnants tableaux de l'Espagne à la fin du 17e siècle. En effet, le récit est riche d'observations en tous genres : description minutieuse des routes empruntées et des auberges, peinture des châteaux et des églises visités, des paysages et des villages traversés. Madame d'Aulnoy présente les habitants des régions qu'elle découvre à travers les modes, la gastronomie, les pratiques sociales, la musique, le théâtre. Elle n'oublie pas d'inclure des anecdotes piquantes à propos de la vie de cour, et de faire le portrait des grands seigneurs espagnols. Le succès de l'oeuvre tient tant à la curiosité que suscite alors l'Espagne, qu'à la qualité de l'écriture et du style de Mme d'Aulnoy.
    C'est sans conteste le plus célèbre récit de voyages dans la péninsule Ibérique de l'âge classique. Il n'existe aucune édition modernisée de ce texte.

  • Dans la galerie des privilégiés qui tinrent une place dans la vie de Julie de Lespinasse, l'homme auquel elle donna le plus sa confiance et sa sympathie, juste après d'Alembert, est certainement Condorcet.
    La correspondance que nous publions est le témoignage de cette amitié sincère et totale. Elle éclaire un aspect de la personnalité de Condorcet que l'image du savant, du philosophe et de l'homme public occulte le plus souvent. De Julie de Lespinasse, l'histoire a surtout retenu sa liaison passionnée avec le comte de Guibert et les admirables lettres d'amour qui en sont le témoignage. On verra ici que cette femme sensible n'était pas moins douée dans le registre de la tendre amitié que dans celui de la passion fatale.

  • Correspondance 1787-1805

    Constant

    Edition préfacée, établie et annotée par Jean-Daniel Candaux Entre Benjamin Constant et Isabelle de Charrière, la rencontre fut révélation : l'enchantement qu'ils éprouvèrent lors de leurs entretiens de 1787 se poursuivit sous forme épistolaire jusqu'à la disparition d'Isabelle en 1805. Certes, à travers bien des tumultes : si la relation entre le jeune ambitieux et sa grande aînée demeura platonique, elle ne fut pas exempte de passion. Ferveur, déceptions, réconciliations, complicité rythment le discours écrit, à la fois familier et brillant, décousu et provoquant, au fil duquel se révèlent les facettes de la personnalité de l'auteur d'Adolphe, son intelligence analytique et clairvoyante, tout comme le caractère fascinant d'une des plus fines et des plus célèbres romancières de son temps.
    Mais, dans cette correspondance, c'est aussi tout l'esprit d'une époque qui se reflète, indissolublement lié aux tourments politiques. Témoignage social sur la cour de Brunswick ou le monde des aristocrates français émigrés, c'est aussi un témoignage intellectuel de premier ordre : réunis dans la condamnation de l'Ancien Régime lors de la prise de la Bastille, les correspondants divergent lors de la Terreur, excusable aux yeux de l'un, criminelle à ceux de l'autre.
    Ce duo fait revivre, grâce a son exceptionnelle indépendance d'esprit, l'Europe littéraire et politique des Révolutions.

  • Présentation de Simone Balayé.
    Texte établi par John Isbell et annoté par Simone Balayé.


    Tel un prisme réfractant sa pensée et sa production ultérieures, les oeuvres de jeunesse de madame de Staël présentent à la fois des essais théoriques et de brefs romans.
    Parmi les premiers, les Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau révèlent ses opinions philosophiques. L'Essai sur les fictions résume quant à lui ses conceptions esthétiques en matière littéraire : elle privilégie « la seule peinture des mouvements du coeur », à l'instar de Rousseau, Fielding et Richardson.
    Loin de s'en tenir à ses théories, la fille de Necker les applique : elle n'avait pas vingt ans qu'elle avait déjà écrit ses nouvelles. Les principales se déroulent dans le cadre pré- romantique de lointains exotiques. Partout, dans ces récits tragiques d'aventure, de passion et de sacrifice, les héroïnes tombent, innocentes victimes d'un monde d'hommes qu'elles surmontent cependant grâce à leur grandeur d'âme.
    Dans ces premières oeuvres, c'est tout l'art et la pensée de l'inspiratrice du romantisme français qui déjà se révèle.

  • édition présentée, établie et annotée par Valérie Cossy Cette oeuvre est le roman du lien d'un père à son fils, avec tout ce que ce lien comporte d'illusions, de malentendus, de craintes, de connivences et d'espérances.
    Le texte commence à la naissance de William en 1780 et s'arrête en 1799. Les problèmes de l'éducation, la critique des préjugés, la diffusion des Lumières, les relations entre nobles et roturiers, entre générations, entre hommes et femmes, ces grands thèmes qui traversent toute la littérature du XVIIIe siècle sont ici abordés à la lumière d'une chronique familiale très concrète et dans le contexte d'un moment dramatique de l'histoire européenne.
    On retrouve dans ce roman la pénétration psychologique d'Isabelle de Charrière, son sens de l'originalité des êtres, sa profonde tolérance teintée de scepticisme et de désillusion. oeuvre attachante, Sir Walter Finch et son fils William non seulement est d'un vif intérêt romanesque, mais nous invite à des réflexions de la plus directe actualité.

  • Texte intégral conforme à l'édition de 1759.
    Édition préfacée et établie par Sylvain Menant.


    Amoureux fou de Milady Juliette Catesby, pourquoi Milord d'Ossery, la veille de son mariage, disparaît-il pour en épouser une autre ?
    Voici l'énigme que Juliette ne sait résoudre et l'offense qu'elle ne veut pardonner lorsque Milord d'Ossery - veuf - revient vers sa première maîtresse avec autant de passion que s'il n'avait jamais changé !
    Plaisirs d'amour et souffrances d'amour vont alterner de façon très heureuse au cours d'un échange de lettres entre Juliette Catesby et son amie Henriette Camplay.
    En somme, que des êtres incompréhensibles l'un pour l'autre se fascinent, se poursuivent et cherchent à s'unir, voici les données d'une énigme heureusement assez insoluble pour que l'avenir du roman demeure pour longtemps assuré.
    Diderot dans sa correspondance a fait l'éloge des Lettres de Milady Juliette Catesby : « La seconde lecture m'a fait encore plus de plaisir que la première. Cet ouvrage aura du succès. Je vous conseille de le donner et de l'avouer. »

  • Dans ce roman par lettres, les deux épistoliers, liés par une amitié sincère,
    explorent les difficultés de l'amour et du mariage. Deux intrigues, menées à vive allure, se déroulent en parallèle : Adélaïde, jeune veuve, est amoureuse de Montalais, homme marié. Son amie madame de Martigues, femme très libre ne capitule qu'à la dernière minute devant son soupirant : "Pauvre Piennes ! Il va faire une grande perte, j'étais son amie, je serai sa femme, quelle différence!". Une grande partie du charme de ce livre est dans son écriture, son style incisif, fougueux, qui sert sans faillir la modernité de l'histoire.


  • les avant-gardes du xxe siècle ont fait de l'écriture une expérience des limites.
    mais quelle est donc la limite du langage, sinon le corps ? c'est sur lui, toujours, que la parole vient buter en même temps qu'elle vient s'y inscrire. en retour, semble-t-il, le corps fait signe. et l'écrivain est celui qui traduit, dans la langue, les signes du corps. on comprend alors pourquoi, ainsi que le pensaient proust ou beckett, le travail de l'écrivain est d'abord une activité de traducteur.
    a partir de cette idée, ce livre revisite quelques moments clés de l'écriture et de la pensée occidentales. de l'antiquité à notre modernité, de la vieille europe à ses projections américaines, les douze essais ici réunis défrichent un nouveau champ critique permettant de saisir la façon dont le corps entre en littérature et dont il se traduit d'une langue à l'autre.


  • nana, tess, effi : les destinées de ces trois héroïnes sont tout entières orientées par la responsabilité morale qui leur est imputée.
    chacune d'elles est " coupable " d'un choix existentiel qui contrevient aux lois régissant le comportement des femmes, en cette fin du xixe siècle, oú se situe l'action des trois romans. le corset des moeurs et des circonstances, dont seule nana semble se jouer, infléchit cruellement le destin de tess comme celui d'effi briest : il les tord, puis les brise. c'est à cette emprise que l'écriture résiste : liée à son objet par une fascination passionnée, elle en épouse la respiration, les souffrances, les combats et les plaisirs, luttant contre l'entrave jusqu'à rompre les digues.
    au-delà de l'évocation d'un milieu et d'un inoubliable portrait, c'est bien d'une émancipation impossible, et vitale, qu'il est ici question.

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