Bleu Autour

  • PARIS, 13e, 19 JUIN 2010. Brocante boulevard Blanqui.
    Le couple a abandonné sa place aux brocanteurs. 11 HEURES. Elle me demande une cigarette près de la BNP Paribas. Je ne fume pas. Elle se dirige vers le passant suivant. 17 HEURES. Ils dorment tête-bêche contre la bâche de la brocante. Elle, la jambe gauche repliée couverte d'un bas résille, l'autre non. Lui, couché sur le côté droit, la main gauche glissée dans son jean à elle, au creux des fesses.
    21 JUIN 2011, 11 HEURES. C'est l'été. L'un est assis en tailleur. L'autre, allongée en odalisque, sa position favorite. Il roule une cigarette, longuement. Elle s'impatiente. Il l'allume, la lui donne.
    10 SEPTEMBRE 2011. Seul sous le viaduc, agenouillé devant une canette STRONG, comme en prière, il ne bouge pas. Où est-elle ?

  • Connaît-on bien Louise Michel ? La célèbre communarde, la fameuse anarchiste, la Grande Citoyenne (1830-1905), oui. Mais l'écrivain et l'"artiste en révolution" ? L'inventrice du "clavier d'outre-rêve", d'un méga-orgue, d'une harpe aux nerfs vivants, de concerts cosmogoniques, l'amie du symbole et du frisson ? Mais l'Insurgée immergée dans l'art total, qui veut recréer le monde et la beauté, synonyme pour elle de révolution, antithèse du politique ? Puisant à des sources méconnues, s'appuyant sur des textes et images inédits, Claude Rétat, au rebours des clichés réducteurs, nous ouvre un point de vue neuf sur Louise Michel chez qui le rêve et l'action, l'artiste et la révolutionnaire ne font qu'un : l'histoire et l'imaginaire entrent en résonance.

  • Voyage en Algéries autour de ma chambre Après Mes Algéries en France et Journal de mes Algéries en France, le dernier volet d'une trilogie d'ouvrages richement illustrés.
    Un abécédaire intime et politique : ABEILLE AFLOU AMBOISE BORDEL COLON CONQUÊTE HEIDI INSTITUTEUR LIBRAIRIE MARABOUT PEUGEOT PORT-SAY SHÉRAZADE SINGER TATI TÉNÈS. Une perception singulière de la colonisation et du couple Algérie-France. Un abécédaire autobiographique et collectif, avec les textes manuscrits des compagnes et compagnons de Leïla Sebbar sur ses routes algériennes (Jeanne Benameur, Nancy Huston, Didier Daeninckx, Anne-Marie Métailié, Benjamin Stora.). Un abécédaire érudit, léger, ironique et grave, pointilliste, excentrique. La fabrique, par le texte et l'image, d'une tribu mythologique d'Orient en Occident.

  • Comment vivre séparée de la langue de son père, l'arabe ? Leïla Sebbar témoigne de son obstination d'écrivain face à cette question pour elle lancinante, depuis l'Algérie coloniale, où elle est née d'un père algérien et d'une mère française, jusqu'à Paris, où elle écrit son père dans la langue de sa mère.

  • Jean-Michel Belorgey, éclaire d'un commentaire tout d'arabesques aussi savantes qu'affectueuses ces cartes postales anciennes issues pour partie de sa collection.
    Pour Salah Stétié, " avec les femmes du présent livre, pour la plupart humbles et composées comme des icônes d'un très désuet et bien charmant petit musée de province du coeur, c'est toute l'âme qui ressuscite dans cette Égypte de toujours qui s'est fait de la résurrection des morts une spécialité ". Et de remercier mille fois le " touriste à jamais inconnu, comme les personnages des cartes postales dont il a fait choix le plus souvent par hasard. En payant de quelques piastres ces femmes et leur mystère dissipé désormais dans la mort, il a fait oeuvre de civilisé, sans doute, mais, surtout, de légendaire. Il a substitué au jeu de la disparition, grand jeu s'il en est, une présence, l'une de celles dont on fait ces papillons d'un jour ou d'une nuit qu'on surnomme à juste titre les éphémères ".

  • K, histoires de crabe (crabe pour cancer), le blog que Marie-Dominique Arrighi, journaliste à France Culture puis à Libération, a tenu durant neuf mois n'appartient pas à la catégorie des témoignages éphémères. Cela tient à la lucidité et à la plume incisive de " MDA ", à sa quête de l'essentiel. Tour à tour drôle et grave, elle a su prêter sa voix mutine à la crudité de sa maladie et débusquer, au fil des jours, des questions que les femmes, et les patients, préfèrent souvent taire. MDA était une passeuse d'une curiosité insatiable. Des milliers d'internautes, parmi lesquels des membres du corps médical, ont attendu, lu et commenté ses 151 posts. Au-delà de la maladie, MDA a raconté ce monde dans lequel elle est passée. Par ce journal, où elle fait oeuvre littéraire, elle laisse la trace d'une femme libre et rebelle.

  • de l'espagne de l'inquisition au paris des années noires, via les vestiges juifs d'andrinople, rosie pinhas-delpuech enquête sur une figure énigmatique de son enfance, anna, dont le destin a pesé sur le sien.
    un détour nécessaire pour inscrire sa part d'étrangère dans la langue qu'elle habite, le français. après " suite byzantine (bleu autour, 2003), ce récit est le second d'une trilogie où cet écrivain, née à istanbul, résidant à paris et traductrice de l'hébreu, explore son rapport au monde à travers le prisme de ses langues.

  • C'est l'histoire du retour d'une femme, après des années d'oubli, vers la ville que jadis elle appelait son foyer.
    Sa relation particulière avec cette ville se résume le mieux par celle qu'elle entretient avec la langue : elle parle cette langue comme une langue maternelle, mais avec un accent. est-ce bien la même ville qu'elle a connue, enfant ? oui et non. la ville a changé, et elle aussi. pourtant certaines choses demeurent. un des fils conducteurs de son histoire est la quête de traces : traces de son enfance, de la vie de ses parents et de leurs familles, des communautés juives de pologne et, de hongrie.
    Parfois cette quête prend la forme de visites de rues, de maisons, de quartiers, de villes. parfois, il s'agit de rechercher des copies de documents officiels - certificats de naissance, de mariage, dé décès. ces documents sont le signe d'une existence passée, une forme du souvenir. leur absence peut témoigner d'une tentative pour éradiquer, pour extraire jusqu'à la racine. dans certaines villes polonaises, on ne peut plus trouver aucun document attestant la naissance.
    Ou la mort d'un seul juif.

  • Brûlant de tout savoir d'Elle, François Graveline, gamin, dévora les pages que Pierre Larousse consacra au mot Femme dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (vol. 8, 1872). Rude initiation. " Les femmes sont d'autant plus passionnées, plus lascives et plus débauchées, qu'elles vivent dans des pays plus chauds "... quand les Polonaises ont une conversation " capable d'enrhumer ". Sur les femmes arabes et noires, il lut des horreurs. Toutefois, la cause de l'égalité progressait. Et " les nations les meilleures, lui apprit Fourier, furent toujours celles qui accordèrent aux femmes le plus de liberté ". Puis le gamin buta sur de révoltantes théories. " La femme, dit ainsi Proudhon, atteint plus haut que l'homme, mais à condition d'être portée par lui. " Et de réaliser, adulte, que ces théories, ces clichés, ces horreurs avaient la peau dure. Raison de plus pour exhumer ces pages.

  • À gauche du carrefour s'est ouvert un parking. Longtemps il est resté presque vide. On y voyait quelquefois la camionnette du boucher, la Renault R5 de la poste lorsque le facteur montait le sentier qui conduisait aux fermes, une ou deux voitures d'inconnus qui pêchaient dans la rivière. Lia comptait bien que le parking finirait par se remplir de véhicules de toutes marques.

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