• Femmes photographes ; l'ouverture des possibles Nouv.

    Créée en 1982 par l'éditeur Robert Delpire, la collection Photo Poche compte aujourd'hui 159 titres. Quand une centaine sont consacrées à des hommes, seules une dizaine à des femmes, non par un choix délibéré mais bien par manque de reconnaissance accordée aux femmes photographes par les institutions et le marché de la photographie. Les "grands noms" qui s'imposent au fil des expositions et des publications sont bien majoritairement masculins. Pourtant, les femmes photographes existent dès la première heure et sont nombreuses ! Conscient de ces disparités, Robert Delpire souhaitait leur consacrer un coffret de trois volumes couvrant toute l'histoire de la photographie. La sélection des photographies a été réalisée par Sarah Moon.

  • Toujours en activité à 96 ans, Sabine Weiss a contribué de manière majeure au courant de la photographie humaniste française, qui rassemble des photographes comme Robert Doisneau, Willy Ronis ou encore Brassaï. Le goût de la rencontre, le souci de la technique et une curiosité vive et constante pour l'observation des gens - anonymes ou personnalités publiques - apparaissent comme les fils conducteurs d'une oeuvre très diverse.

  • Helen Levitt (1913-2009) a saisi la vitalité de l'aire de jeux informelle que constitue la rue. Elle témoigne de la coexistence, parfois heureuse parfois conflictuelle, des minorités ethniques, dans le Brooklyn de son enfance, ou dans le Lower East Side et les quartiers Nord de Manhattan - Harlem, Spanish Harlem - d'où proviennent la plupart des images prises à partir de 1936.

  • « J'ai traqué la beauté, à la recherche d'un paradis perdu.
    Isabelle Huppert, Laetitia Casta, Mylène Farmer, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Charlotte Casiraghi, Naomi Campbell, Monica Bellucci...
    Telle une voleuse de feu, je les ai approchées, je les ai prises dans mon objectif, vues, revues à des années d'intervalle, souvent mises à nu. Je me suis emparée d'elles. Elles ont abandonné leur corps à ma pellicule.
    Charnelles, vives, fragiles.
    Femmes singulières, plurielles. Qu'ai-je voulu chercher en elle(s) ? Apprivoiser un mystère, dévoiler une âme... La mienne peut-être.
    À la fin de l'adolescence, à l'âge où le corps devient femme, où la brûlure de vivre se fait plus forte, j'ai commencé ma vie raturée. On m'a coupé une partie de moi.
    J'ai cloué le bec à ma douleur.
    Je n'ai rien archivé des hivers.
    J'ai regardé le monde à travers mon appareil pour oublier, pour m'oublier.
    J'ai fonctionné à l'instinct, sans me retourner.
    Il est temps d'arracher le masque. »

  • Le plateau

    ,

    • Creaphis
    • 10 Septembre 2020

    Il y a huit millions d'années, alors que l'actuel territoire du Coiron (Ardèche) était une large vallée parcourue par une rivière, un volcan a surgi. Le magma expulsé par de nombreuses cheminées a recouvert peu à peu la vallée. L'érosion effaça ensuite les roches les plus tendres. Les sédiments marneux qui composaient les versants de la vallée furent détruits. Au cours des millions d'années qui suivirent, les couches de lave s'accumulèrent. Le plateau s'élevait, il sortait de terre comme une île. Les géologues parlent aujourd'hui de relief inversé. C'est comme si l'ancien fond de vallée avait servi de moule au plateau, ou comme si le plateau était devenu une relique de la vallée disparue.
    « Ensuite il y a le corps du pays. J'appelle paysage le corps des pays, sur le plateau du Coiron et ailleurs. Le corps du pays, volcanique et émacié, est marqué, couturé, jalonné de signes, de traces tangibles. Le pays a aussi une histoire, elle est vieille comme le monde. Géologie et généalogie ne se sépareraient pas. Ici, quelque chose a eu lieu, une histoire d'érosion et d'inversion entre calcaire et basalte, on parle joliment de relief inversé ; je lis aussi que le plateau du Coiron est l'un des bastions ultimes du Massif Central, campé à l'exacte confluence des régimes climatiques méditerranéens et continentaux. Ici donc quelque chose a eu lieu dans la nuit longue des temps ; le relief et les pierres le disent, le racontent à qui veut, et sait, le voir, le toucher, le déchiffrer de l'oeil, de la main et du pied. C'est plus ou moins spectaculaire et manifeste, entre hiéroglyphes infimes, furtifs, graphiques, qu'il faut dénicher, et chicots gris ou bourrelets mafflus, dykes et necks, falaises impérieuses, plis, fentes boisées, chemins opiniâtres, éboulis, drapés qui arrêtent le regard et interrogent. » (M.-H. Lafon) En arpentant ce paysage, le photographe Antoine Picard a observé les falaises, les roches écoulées, les murs de lave enfouis dans les fissures souterraines, les pierres affleurantes. Puis il s'est approché à la rencontre des habitants d'une des fermes du plateau. Florentin, son frère émilien et leur famille vivent là. Leurs ancêtres ont ouvert la terre, taillé les chemins à coups de dynamite, cherché les sources, débroussaillé et monté les murets de pierres noires pour clôturer des prés. Eux, nouvelle génération, habitent cette surface du Plateau et constituent la strate (humaine) la plus actuelle de son histoire.
    « Au commencement ils surgissent ; ils, les garçons, les deux ; ce sont des frères, ce sont des fils, des neveux, des petits-fils, des petits-neveux ; ils sont liés, reliés, ils ont une histoire, une famille, une généalogie. Ils ont de jeunes corps, affûtés, véloces, souples et drus. Ils ont des prénoms doux et sonores, chantants, accordés, Florentin et Emilien. » (M.-H. Lafon) Ils ont cherché les pierres du dessous qui remontent à la surface. Ils sont rentrés dans les grottes avec l'impression de rentrer dans la chair du plateau. Ils ont greffé les châtaigniers de leur grand-père. Ces motifs, géologiques ou agricoles racontent comment nous grandissons tous avec une histoire souterraine, enfouie dans notre mémoire. Ils évoquent notre faculté à nous arranger avec ce qui est là pour fabriquer autre chose, à nous nourrir de nos origines tout en assimilant ce qui est autour, à jouer d'une alternance entre le dessus et le dessous, le dissimulé et l'apparent.
    Marie-Hélène Lafon est venue plusieurs fois, a séjourné sur le Plateau, a rencontré la famille. Les photographies en tête, elle a écrit ce texte (inédit) en deux parties, mêlant fiction et histoires quotidiennes de famille (celle des ces frères ou la sienne), décrivant son expérience du paysage d'ici tout en revenant, toujours, vers le sien, à l'autre bout, le Cantal.

  • Regarder le monde avec les yeux d'une femme.

    Dans la lignée de Human, Woman est un projet dédié aux femmes du monde entier dans un monde où, avant même de naître, l'enfant est un sexe : masculin ou féminin. Woman se fait le messager de milliers de voix singulières qui se croisent dans un portrait bienveillant sur la place de la femme dans nos sociétés.

    Après plus de 2 ans de travail, 2 000 interviews et 85 tournages dans plus de 50 pays, le film Woman d'Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand se veut le reflet du monde actuel, un reflet parfois sombre face à toutes les injustices encore subies par les femmes. Mais c'est aussi un message d'amour et d'espoir, un hommage à toutes celles qui s'affirment et combattent les stéréotypes, chacune à sa façon. Le livre se découpe en 7 grands thèmes : la condition féminine, le rapport au corps, la sexualité, la maternité, le couple, les violences, l'émancipation et le pouvoir. Chaque chapitre comprend les témoignages de femmes interviewées dans le film, dont une rubrique « coup de coeur » qui consacre la rencontre marquante entre une femme et un(e) journaliste de l'équipe de tournage. Ces prises de paroles sont prolongées et contextualisées par un reportage de presse, la tribune d'une personnalité engagée (comme celle du Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018), la présentation d'actions concrètes menées par des ONG et des données statistiques sur les conditions de vie des femmes dans le monde.

  • Fadia Ahmad, Beyrouth

    Pascale Le Thorel

    • Norma
    • 4 Octobre 2019

    Fadia Ahmad, née en 1975, vit et travaille à Beyrouth. Photographe, elle a réalisé des séries sur la ville de Beyrouth, les camps de réfugiés, et sur le thème du voyage, en Afrique et en Asie.
    Elle sillonne quotidiennement sa ville depuis 2003 selon un parcours de 10 452 mètres qui est un échantillon de la surface du Liban, 10 452 km2. Quartier après quartier, maison après maison, elle explore la ville tel Le Piéton de Paris de Jean-Paul Fargue. « J'ai décidé, explique-t-elle, de suivre cet itinéraire, toujours le même, pour ne pas me disperser. C'est sa constance qui me permet de me découvrir, de faire union avec cette ville. » Saisissant les marchands des coins de rue et les épiciers, les pêcheurs, les baigneurs et les street artistes, les constructions du passé et du futur, mais aussi les effondrements, Fadia Ahmad restitue l'image d'une cohabitation complexe dans le monde d'aujourd'hui.
    Les photographies de Fadia Ahmad, qu'elle conçoit comme des tableaux, sont à l'image de Beyrouth, de la partition, de la différence, du ressenti. Ce sont les fragments d'une vie comme les fragments d'une ville. Elles montrent la résilience des Libanais en capturant la beauté, les instants poétiques qui se nichent dans les moindres détails.

  • Le livre indispensable pour les fans d'Isabelle Huppert !

    C'est en 1993, alors qu'elle travaille pour les Cahiers du cinéma, que Carole Bellaïche photographie pour la première fois Isabelle Huppert, alors en répétition à Lausanne de la pièce Orlando, mise en scène par Bob Wilson.

    Un an plus tard, Carole a la surprise d'être contactée par l'actrice souhaitant être photographiée en Marlène Dietrich pour les besoins d'un film de Louis Malle (qui n'a jamais été réalisé).

    Cette séance, magique, marque le début d'une relation photographe-modèle qui ne s'est jamais interrompue.

    Femme aux mille visages, Isabelle Huppert partage avec la photographe un plaisir complice de l'image qu'aucune autre actrice ne possède.

    Suivront des dizaines de séances et de voyages, dont un au Brésil, tant d'expériences et de moments forts, des photos en studio, dans la rue, dans des cafés, seule ou en famille... Chaque série (dont de nombreuses images inédites) montre un visage différent de l'actrice : elle se transforme, elle est une autre, elle nous échappe, mystérieuse et quotidienne, c'est là sa magie.

  • Nan goldin

    Nan Goldin

    • Invenit
    • 21 Août 2018

    Artiste majeur de notre temps, reconnue internationalement pour son caractère pionnier dans le développement de la photographie intime, toujours proche de l'album de famille, Nan Goldin (1953), présente dans cet ouvrage des photographies inédites rassemblées sous le thème de la nature et du paysage. Pan méconnu de son travail, les trente photographies reproduites, sensibles et méditatives, nous ouvrent un jardin secret témoignant d'une histoire personnelle ; voyage instrospectif enrichi au fil du temps et de ses nombreux voyages, cette série constitue une invitation à partager un journal intime dans lequel fascination pour la lumière, quête de liberté et désir d'immortalité dessinent la trame d'une lecture singulière du monde et un voyage dans l'imaginaire contemporain. Archétypes communs, mémoire collective, histoires dans lesquelles il s'identifie et/ou s'interroge, la photographie de Nan Goldin renvoie toujours le spectateur à ses propres questionnements.

  • Entre septembre et novembre 2014, Bettina Rheims, encouragée par Robert Badinter, photographie des femmes incarcérées au sein de quatre établissements pénitentiaires français. Cette série intitulée «Détenues» rassemble plus d'une soixantaine de portraits, reproduits dans cet ouvrage.
    Ce travail photographique s'inscrit pleinement dans le cadre des recherches que mène Bettina Rheims depuis plus de trente-cinq ans en explorant de multiples angles et territoires, en questionnant les conventions et les a priori pour interroger la construction et la représentation de la féminité. Après avoir photographié ses modèles, célèbres ou inconnues, dans des lieux fermés, souvent exigus, Bettina Rheims a souhaité aller à la rencontre de femmes contraintes à vivre dans ces lieux de privation de liberté pour essayer de comprendre leur quotidien, de quelle manière elles imaginaient leur féminité loin des leurs, dans des conditions matérielles difficiles. Pour les séances de pose, chaque établissement a mis à disposition une pièce qui est devenue le temps du projet un studio improvisé. Chacune des modèles avec l'autorisation préalable de l'administration pénitentiaire et celle du juge d'application des peines, s'est présentée au studio. Pour se faire coiffer et maquiller si elle le désirait. Retrouvant ainsi un peu de cette estime de soi, bien souvent égarée dans ces lieux de détention où rien n'est fait pour elles. Le texte «Fragments» est une fiction construite à partir de souvenirs de ces rencontres. Le récit d'une attention davantage portée sur les émotions suscitées par ces femmes que sur des propos qui auraient été entendus.

  • À chaque retour de reportage, en rentrant des territoires de guerre qu'elle photographiait en noir et blanc, Christine Spengler réalisait des photomontages aux couleurs flambloyantes pour exorciser sa douleur et célébrer la vie, l'amour et la sensualité.
    En 1988, à la mort de sa mère, l'artiste surréaliste Huguette Spengler, elle entame une autre vie, « la vie en blanc ». Connaissant sa fascination pour Marguerite Duras, qu'il lui avait présentée, son ami le prince Costa Comnène lui remet alors une photographie de l'écrivaine enfant, à l'âge de son amour pour L'Amant. De ce portrait iconique, la photographe réalise une série de douze photomontages, déclinaisons chromatiques drapées de soie, incrustées de fleurs exotiques, de perles et de nacre qui évoquent l'univers durassien des années indochinoises. Elle offrira le premier à Marguerite Duras, qui le conservera jusqu'à sa mort dans son appartement de la rue Saint-Benoît.

    Cette Série indochinoise associe les douze photomontages de Christine Spengler à autant d'extraits puisés dans l'oeuvre de Marguerite Duras. La rencontre inattendue de ces textes et de ces portraits enluminés met en évidence les correspondances entre les trajectoires de l'une et de l'autre, dont le destin commun fut marqué par la mort tragique d'un jeune frère. Ainsi entrent en résonance deux imaginaires artistiques et se recrée le mystère de l'alchimie durassienne.

  • Amours instantanées

    Irmeli Jung

    Au cours des cinquante dernières années, la photographe finlandaise Irmeli Jung a constitué une galerie de portraits parmi les plus remarquables.
    Peu après son arrivée en France, à la fin des années 60, sa photo de couverture d'un disque de Juliette Gréco marque le début d'une longue collaboration. Elle signera des pochettes et affiches pour Barbara, Jean Ferrat, Anne Sylvestre, mais aussi Angélique Ionatos, Jane Birkin ou Anna Prucnal.
    Au début des années 80, les plus grandes maisons d'édition font appel à son talent, de même que Le Monde des Livres dont elle sera longtemps la photographe exclusive. C'est le temps de ses premiers portraits d'écrivains, dont certains ont fait le tour du monde : Aimé Césaire, Marguerite Yourcenar, Patrick Modiano, JMG Le Clézio... Les personnalités du cinéma - de Lauren Bacall à Liv Ullmann - comme de la musique - Yehudi Menuhin, Luciano Pavarotti - ne la sollicitent pas moins...
    Dans ce livre, Irmeli Jung nous présente les plus beaux portraits qu'elle a réalisés, raconte le lien souvent affectif qui l'unissait à ses modèles. Elle nous fait également part d'impressions personnelles et d'anecdotes inédites qui, accompagnées du texte de Julien Cendres, révèlent une vie et une oeuvre exceptionnelles.

  • Née en 1957 à México, Flor Garduño est une représentante exemplaire de la richesse et de la diversité de la photographie d'origine mexicaine dont la contribution à l'histoire de la photographie universelle est depuis longtemps établie.
    Ses années d'études et de formation sont marquées par la fréquentation et la proximité de deux grands artistes : Kati Horna, la célèbre photographe anarchiste hongroise, mexicaine d'adoption, dont elle suit assidûment l'enseignement, et Manuel Álvarez Bravo, le grand maître de la photographie mexicaine dont elle sera l'assistante durant deux ans. C'est auprès de ce dernier qu'elle s'initiera aux subtilités de la chambre noire et à la technique des tirages complexes.
    À vingt-cinq ans, Flor Garduño décide de se consacrer exclusivement à la photographie.
    /> Au secrétariat à l'Éducation publique, où elle travaille sous la direction de la photographe Mariana Yampolsky, elle oeuvre à la publication de livres et manuels scolaires nourris de la mission documentaire qu'elle conduit à travers les campagnes mexicaines. C'est au cours de ces voyages dans la ruralité profonde que Flor Garduño forge son propre style. La vie et la condition des paysans, l'atmosphère des pueblos et la variété des paysages champêtres sont abordées sous son objectif de manière radicalement antifolklorique.
    En 1985, la parution de son premier livre Magia del juego eterno («Magie du jeu éternel»), qui présente six années de ses recherches et travaux, dévoile sa puissante vision d'une culture indigène empreinte de mythologie et de religiosité, dont les pratiques et rituels confinent à la magie. De même, dans Bestiarium qu'elle publie deux ans plus tard, ses photographies d'animaux dialoguent avec la culture indienne ancestrale dans laquelle chaque animal se rattache à une divinité spécifique.
    À partir des années 1990, Flor Garduño, poursuivant de nouvelles recherches formelles, se tourne vers la nature morte, l'étude du nu féminin et une approche plus intimiste de la photographie. Elle prolonge ainsi une oeuvre qui révèle une dimension poétique exceptionnelle, où chaque image semble habitée par un sens inné de la métaphore et une quête aux frontières de l'imaginaire.

  • Photographe reporter de guerre, Gerda Taro disparut en juillet 1937, la veille de ses 27 ans, alors qu'elle couvrait les combats de Brunete, en Espagne.Durant la plus grande partie de sa très courte carrière, elle avait mêlé son oeuvre à celle de son compagnon Robert Capa - le plus grand reporter de son temps. Après sa mort et pendant près de cinquante ans, le travail de Gerda Taro fut totalement occulté par celui de son amant.

    En faisant toute la lumière sur sa trajectoire et son oeuvre, François Maspero rend à Gerda Taro un magnifique hommage et nous livre le portrait d'un personnage hors du commun : première femme correspondante de guerre, une immense figure emblématique de courage et de liberté.

  • Cet ouvrage propose une plongée dans l'ensemble de l'oeuvre de cette photographe précoce et intense dont les photographies sont des énigmes visuelles poétiques et étranges qui, malgré la brièveté de sa production, n'a cessé d'influencer la création contemporaine. " Elle a 22 ans, elle a pleinement conscience du désordre qui l'anime ; elle cherche sa place, presque gouluûment, en utilisant quasi exclusivement son corps dans ses images, ainsi je suis toujours à portée de main, explique-t-elle, quand l'urgence de la représentation se manifeste.
    La décrépitude des intérieurs, les miroirs qui permettent de voir la face cachée des choses, les coins et recoins constituent le cadre de ces performances où un corps évolue, fantomatique et drôle, pour celle qui affirme ainsi des liens plus qu'intimes avec l'appareil photo. Serait-elle un ange ? La question la taraude. Elle y revient régulièrement : une créature invisible, en apesanteur, sans problèmes ni avec l'espace, ni avec le langage, c'est peut-être une solution.
    Ce jeune prodige encore adolescent, libre, pure incarnation du génie de l'ange un peu démoniaque, met en oeuvre d'éphémères actions photographiques, à la limite du visible parfois. " Extrait de l'introduction d'Agnèss Sire.

  • Ce catalogue de l'exposition  Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945  au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay (2015) présente la contribution de ces femmes dans le développement et l'évolution de la photographie."Les femmes occupent une place de plus en plus éminente dans notre société, j'en suis conscient et heureux. Cette nouvelle exposition qui montre comment, aux XIXe et XXe siècles, les femmes s'emparèrent du médium photographique dans des stratégies d'affirmation artistique et professionnelle, conquérant des territoires jusque-là reservées aux hommes, n'est pas qu'une exposition sur l'histoire des modernité. Elle porte un regard contemporain sur l'histoire de notre temps. Elle fait doublement sens". Extrait de la préface du catalogue par Guy Cogeval, ancien Président des musées d'Orsay et de l'Orangerie.  S'appuyant sur des recherches nouvelles comme sur les nombreuses histoires de la photographie qui, depuis une quarantaine d'années, ont réévalué l'extraordinaire contribution des femmes au développement du medium qu'est la photographie, Le phénomène est en effet appréhendé à travers ses manifestations aussi bien en Europe - essentiellement en France, Grande-Bretagne et Allemagne - qu'aux États-Unis, de l'invention officielle de la photographie en 1839 jusqu'en 1945.

  • Dans cet ouvrage consacré à l'oeuvre de Sylvie Blocher se succèdent essais critiques et théoriques, rédigés par Enrico Lunghi (commissaire de l'exposition), mais aussi par Chantal Pontbriand et Geoffroy de Lagasnerie. Chacun s'attache à analyser le travail de la vidéaste qui porte la voix de communautés ou d'individus qu'elle rencontre et filme au fil de ses voyages. Au-delà de l'oeuvre, c'est toute la démarche qui expliquée ici, notamment grâce à un entretien inédit réalisé par Vincent Crapon et Christophe Gallois autour du nouveau projet participatif de l'artiste spécifiquement élaboré à l'occasion de l'exposition au Mudam Luxembourg.
    Très richement illustré, ce livre présente également différentes productions récentes, parmi lesquelles la série Speeches, l'installation vidéo Change the Scenario (Conversation with Bruce Nauman) et quelques oeuvres réalisées pour son exposition au San Antonio Museum of Art (septembre à décembre 2014).

  • Parmi les clichés désormais célèbres de la gouvernante new-yorkaise, cette sélection se concentre sur ses nombreux autoportraits renvoyant l'image d'une femme appliquée, penchée sur son Rolleiflex. C'est aussi l'occasion de découvrir une petite sélection de ses photographies couleur.

  • Récente directrice artistique du festival Photoquai, Françoise Huguier décrit son programme comme «un voyage à l'écoute du bruit du monde où la multiplicité des regards invite à la découverte d'autrui comme un autre soi-même», et présente les photographes de toutes origines choisis par ses soins comme «des veilleurs, des gardiens, nous empêchant de nous endormir». Il n'est pas impossible d'entendre aussi ces mots comme ceux de l'autoportrait involontaire de leur auteur. Car, chez Françoise Huguier, la photographie semble relever d'une forme d'énergie vitale, d'une manière innée d'être au monde, perpétuellement attentive aux multiples facettes de sa réalité, pour témoigner et rendre compte, bien sûr, mais, plus encore, pour y participer corps et âme.
    Née en France, Françoise Huguier a grandi au Cambodge où son père dirigeait une vaste plantation. À l'âge de huit ans, elle et son frère sont pris en otages par des rebelles ; leur captivité durera huit mois. Une épreuve décisive qu'elle taira durant de longues années (J'avais huit ans, 2005). Profondément marquée par les luttes et les idéaux des années 1970, auxquels elle n'a peut-être jamais renoncé, Françoise Huguier tisse depuis bientôt quarante ans une oeuvre photographique dont l'éclectisme formel le dispute à l'unicité critique du regard. Successivement membre de l'agence VU' puis de Rapho, elle collabore de longue date à de nombreux organes de presse, notamment Libération, et acquiert une reconnaissance internationale.
    Cinéma, politique, société, mode - on sait sa longue collaboration avec le couturier Christian Lacroix -, la palette des centres d'intérêt de la photographe - et maintenant cinéaste - est aussi diverse et originale que ses pratiques photographiques qui alternent avec bonheur reportages au long cours, photographie documentaire, portraits ou paysages.
    Mais c'est aussi à la découverte et à l'exploration de grandes régions du monde que la photographe ne cesse de se vouer. Les rives de certains grands fleuves nourriciers (Niger, Mékong, Neva), riches de peuples et de cultures multiples, exercent sur elle une attraction irrépressible. L'Afrique, qu'elle a longuement parcourue - et dont elle a passionnément révélé les talents, tels Seydou Keïta ou Malick Sidibé - du Mali au Burkina Faso en passant par l'Afrique du Sud, lui a inspiré deux grands livres (Sur les traces de l'Afrique fantôme, 1990, et Secrètes, 1996). De même la Russie postsoviétique, des confins sibériens glacés (En route pour Behring, 1993) à l'exiguïté des appartements communautaires de Saint-Pétersbourg (Kommunalki, 2008), requiert son extrême attention. Dans ses longues et fréquentes pérégrinations, on pourrait dire de Françoise Huguier qu'elle est son propre «fixeur», ce personnage particulier tout à la fois guide, interprète et informateur que s'attachent parfois les photoreporters. C'est solitairement qu'elle définit ses itinéraires, ses champs d'investigation, selon des critères intimes qui fondent une approche anthropologique et plastique en marge de la rumeur du monde, n'hésitant jamais à laisser l'inattendu et l'imprévu modifier son dessein originel. Parmi les innombrables rencontres que ses voyages engendrent et les fortes images qu'elle en rapporte, se détachent notamment des visages de femmes. Françoise Huguier porte sur celles-ci un regard véritablement unique, empreint d'une complicité inquiète et chaleureuse, qui nous offre des portraits admirables de mères, de soeurs, de jeunes filles, qu'une même condition universelle semble relier. Elle dit à ce propos : «Les femmes m'ont permis d'entrer à l'intérieur des maisons. Dans le secret des chambres, je parle, je laisse se dissiper les timidités et j'amène ma confidente, bientôt mon amie, là où la lumière sera la plus belle sur elle.» L'oeuvre de Françoise Huguier, dont ce nouveau titre de la collection «Photo Poche» entend rendre compte, est tout entière traversée par une lumineuse générosité.

  • Continents noirs

    Annette Messager

    Figure majeure de la scène de l'art contemporain, Annette Messager présentera à l'automne 2012, au musée des Beaux-Arts de Strasbourg, ses dernières oeuvres dans un ensemble intitulé Continents noirs. Si depuis toujours son travail mêle le ludique à l'inquiétant, ses nouvelles pièces évoquent les tensions du monde actuel, un monde dont le temps nous échappe.

    Fragiles chevelures bougeant au gré de souffleries, chaussures abandonnées et petits objets du quotidien recouverts d'une sombre feuille d'aluminium froissé, dispersés sur le sol sous une bâche, éléments suspendus et mobiles se déployant telle une masse noire et menaçante, à la fois aérienne et terriblement pesante, ces installations et oeuvres oscillent entre le monumental et le miniature. Elles suscitent le sentiment de l'instable et du fugitif, et se font l'écho des tensions du monde d'aujourd'hui. Menaces écologiques et troubles des temps modernes transparaissent dans ses installations devenues autant de continents noirs. Traces ou vestiges d'un monde imaginaire plutôt inquiétant, les dernières créations d'Annette Messager nous plongent dans le mystère de leurs origines.

    À l'occasion de cet ouvrage, Annette Messager a demandé à l'écrivain américain Norman Springer d'écrire un texte évoquant son récent travail. Auteur de science-fiction, Springer dépeint dans ses romans et nouvelles des univers fantastiques au bord de la dérive.

  • Au croisement de l'anthropologie, de l'histoire de l'art ancien et contemporain, de la mode et des moeurs, l'exposition propose diverses mises en scène et mises en oeuvre sur le thème universel des cheveux.
    Abordant l'idée que chacun donne de sa personnalité par la coiffure, elle se présente tout d'abord sous l'angle de la frivolité, des compétitions entre blonds/blondes, rousses et bruns, lisses et crépus. Comparant les coquetteries des Papous des Hautes Terres de Nouvelle-Guinée ou des belles citadines africaines ou des «Merveilleuses» du Directoire, l'exposition avance vers l'idée du matériau humain à modeler, à sculpter, support à la fois de savoir-faire, de la relativité de la beauté, mais aussi objet de perte (par l'âge ou la violence), symbole du temps qui passe et de la mort. Par leur usage nostalgique, les cheveux sont des supports de mémoire. Restes humains, reliques, ils conservent un peu de l'aura et de l'énergie de leur propriétaire. Une large partie de l'exposition est consacrée à ces mana (pouvoir sacré des ancêtres) qui ont donné naissance, dans le monde, à de multiples objets dits «magiques» ou pour le moins dotés de pouvoirs que l'on s'approprie.
    La question du reste et du trophée est ainsi posée et plus largement du statut de certains «objets» campés aux frontières de l'horripilant et de l'insoutenable, interrogeant nos catégories à partir d'une expérience universelle.

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