Seuil

  • Depuis le texte fondateur de Vasari, l'histoire de l'art avait tenu dans l'ombre le travail des femmes peintres. À partir des années 1960, les Feminist Studies et les Gender Studies ont permis de mettre à mal cette tendance et de redécouvrir des artistes majeures dont le travail avait été injustement occulté au profit de celui de leurs homologues masculins.
    Du fait de leur isolement et de leur faible nombre tout autant que des interdits et des obstacles qui furent opposés à leur formation comme à leur carrière, l'étude des femmes peintres a engagé Martine Lacas à se poser certaines problématiques qui leur sont propres : dans quelles familles sont-elles nées ? comment se sont-elles formées ? quelles stratégies ont-elles développées pour légitimer leur statut d'artiste et leur production ? Mais aussi qu'est-ce que le fait d'être femme a changé quant au choix des sujets et de leurs interprétations, quant à l'affirmation de soi par l'oeuvre et dans l'ouvre ?
    Pour répondre à ces questions, Martine Lacas s'appuie sur l'étude des ouvres de ces femmes peintres du XVe à l'aube du XIXe siècle, parmi lesquelles on compte Elisabeth Vigée Le Brun, Artemisia Gentileschi, Sofonisba Anguissola ou Adélaïde Labille-Guiard, dont le genre a déterminé et détermine encore la réception, la fortune critique et l'appréciation esthétique.

  • Au coeur de l'enquête, Rachel, la tragédienne la plus célèbre sous la Monarchie de Juillet, petite jeune fille arrivée à moitié illettrée dans la capitale et qui devint, à 17 ans, la coqueluche du Tout-Paris. Son morceau de bravoure ? La fameuse « Prière d'Esther », ce long monologue au cours duquel, dans la pièce de Racine, la reine révèle au roi qu'elle est juive au moment où il s'apprête à massacrer son peuple.
    Juive, Rachel l'est aussi, et lorsque les amis de Chateaubriand et de madame Récamier la pressent de se convertir à la bonne religion catholique, c'est la prière d'Esther qu'elle leur récite.
    A plus d'un demi-siècle de distance, une autre Rachel surgit sous la plume de Marcel Proust, lequel semble superbement ignorer la grande Rachel au moment où il dépeint la petite maîtresse de Saint-Loup que celui-ci présente au narrateur.
    Au terme de l'enquête, il apparaît pourtant que Proust n'aura pas tant ignoré la grande Rachel qu'il l'aura dépouillée de son génie, en l'affublant d'un sobriquet emprunté à une autre, qu'il l'aura dégradée en quelque sorte.
    Rien à reprocher à personne, la littérature a tous les droits. Mais que cette entreprise de déconstruction est instructive sur l'esprit français et ses démons !

  • Désir et peinture

    Martine Lacas

    • Seuil
    • 22 Septembre 2011

    - Parcourant un corpus d'oeuvres picturales et de textes tant théoriques que littéraires compris entre le XVe et le XIXe siècle, cet ouvrage se propose d'observer comment la question du désir se déplace et se reformule parallèlement à l'affirmation progressive de l'art comme valeur.À partir de la Renaissance, les oeuvres picturales, profanes ou religieuses, qui mettent en scène un objet du désir majoritairement emprunté aux sources mythologiques et bibliques se multiplient. Partant de ce premier constat, se pose la question de savoir : " où et quand ", " comment " le désir devient-il un sujet en peinture ? C'est à la condition de poser ces questions premières, c'est en observant de près des oeuvres dont le sujet met en scène des héros réputés aux prises avec le désir qu'on pourra espérer savoir pourquoi. Pourquoi la peinture, à partir du moment où elle s'émancipe progressivement du monde du culte pour intégrer celui de la culture, à partir du moment où le peintre devient un artiste, où l'activité imaginaire est valorisée, parfois même théorisée, pourquoi la peinture entretient-elle un lien si étroit avec le désir ? Au gré de cette enquête inédite qui puise à des sources multiples, c'est une histoire critique de l'art pictural qui va se tracer. Mais aussi une histoire de sa réception, de son pouvoir, de ses effets, de sa définition. Une histoire de ses formes, de ses configurations. Une histoire de l'imagination, une histoire du spectateur, une histoire de l'artiste.

    - Née en 1964, docteur en histoire de l'art, Martine Lacas enseigne à l'université et écrit régulièrement pour la presse. Elle a publié aux éditions de La Martinière Artistes de la Renaissance et aux éditions du Seuil Au fond de la peinture.

empty