• La grande voyageuse que fut Odette du Puigaudeau a consacré sa vie au Sahara occidental, mais c'est parmi les marins et la population des îles bretonnes que l'aventure a commencé pour la fille de Ferdinand du Puigaudeau, peintre de l'école de Pont-Aven et ami de Gauguin. En 1944, elle décide de rassembler dans «Grandeur des îles» ses notes et articles rédigés douze ans plus tôt sur Ouessant, Groix, l'archipel de Molène et Sein, autant de "fragments d'humanité amenés là par quelque rude et mystérieux hasard".

  • « Je n'existais plus. » Cette phrase, Pascale Jamoulle l'a entendue à de multiples reprises lors de l'enquête de terrain qu'elle a menée, pendant sept ans, pour mieux cerner et comprendre ce fait social contemporain qu'est l'emprise. Prononcés par des personnes qui se sont longtemps tues, ces mots en résument les effets d'anéantissement et de dépersonnalisation. Auparavant libres de penser et d'exister par elles-mêmes, elles sont devenues dépendantes d'un prédateur ou d'un système prédateur, charismatique. En les piégeant, celui-ci s'est approprié graduellement différentes dimensions (physiques, mentales, socioéconomiques, symboliques...) de leur existence.
    Cet ouvrage explore et cherche à élucider les systèmes d'emprise, les passages d'une emprise à une autre, ainsi que les dynamiques d'émancipation qui permettent de s'en libérer. Il croise les lieux d'investigation (le couple, la famille, le soin, le travail, l'économie souterraine) et les récits de personnes touchées. Il pose en particulier cette question anthropologique : les systèmes d'emprise ont-ils la même structure, d'un terrain à l'autre ? Les processus lents et progressifs de la déprise sont-ils similaires ?

  • Ce texte est une référence mondiale des études sur les féminicides et les violences de genre. Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, a la réputation d'être la capitale mondiale du crime. Plus de 200 000 ouvrières y travaillent. Entre 1993 et 2003, on s'en souvient, plus de 4 000 jeunes femmes y furent assassinées avec une hallucinante sauvagerie. Personne n'y comprenait rien. On finit par faire appel à une anthropologue, Rita Laura Segato, pour saisir le sens de cette vague de violence dirigée contre les femmes. "Pourquoi certaines filles, certaines femmes, sont-elles assassinées ? Ce n'est pas par haine, car celui qui les tue ne les connaît pas. Alors, qu'est-ce que cela signifie ?"

  • Le Fa est le lien entre la terre et le ciel, entre l'individu et les divinités plurielles ou singulières. Nous assistons aux évocations, nous soulevons le vent aux côtés de Francine Rosenbaum, qui à la fois nous dit l'intériorité et l'extériorité de cette expérience. Fine anthropologue, elle sait nous guider sur ce chemin où le Fa se mêle de science et de divination.
    Entrer sur ce chemin du Fa, c'est entrer dans le monde yorouba vaudou. Francine Rosenbaum, comme le lecteur, doit passer par l'étape du lavage du destin. Nous devons laver notre karma pour arriver à gérer nos nouvelles vies. C'est l'étape primordiale sur le chemin du Fa.

  • Fardo

    Ananda Devi

    Deuxième texte publié en coédition avec le musée des Confluences (à Lyon). Ananda Devi a été interpellée par une momie de femme péruvienne. Elle imagine la trajectoire de cette femme qui a beau avoir vécu à l'autre bout du monde il y a des siècles, elle lui semble extrêmement proche. À partir de cet "objet" troublant et terriblement humain, elle réfléchit à sa propre vie, aux impasses qu'elle peut rencontrer dans son écriture, à la condition des femmes en général et au pouvoir de l'art. Un texte bouleversant.

  • Ce livre présente les récits de nombreuses voyageuses européennes en Orient, certaines bien connues du public, d'autres totalement oubliées. Natascha Ueckmann met en lumière les particularités du regard féminin sur l'Orient et observe les attitudes des voyageuses d'un point de vue résolument féministe. Le féminisme est ici utilisé comme instrument d'analyse littéraire mais sans aucune forme de complaisance sur les préjugés des voyageuses et leur attitude coloniale à l'égard des orientaux. En outre, sans nier le désir d'autonomie et de découverte de l'altérité des voyageuses, Natascha Ueckmann dessine ainsi les contours d'un orientalisme au féminin qu'elle examine avec les instruments des études postcoloniales.

    Elle cherche à mettre en évidence la façon dont les femmes européennes s'inventent elles-mêmes en se situant dans un champ de tension entre désir de découverte de l'ailleurs et désir de confirmer leurs idées préconçues. Un ouvrage résolument actuel sur les questions de féminisme et sur la notion d'orientalisme.

  • Françoise Héritier est partie d'un constat : le petit nombre des types terminologiques existant en matière de parenté dans les sociétés les plus diverses. Elle a cherché à mettre en évidence les lois qui les fondent à travers les notions d'identité et de différence sexuelle.
    De l'identité et de la différence en matière de sexe dérivent des combinaisons logiques qui rendent compte non seulement des terminologies, mais également des structures d'alliance.
    À partir du cas des Samo de Haute-Volta, l'auteur démontre l'existence de stratégies matrimoniales particulières des consanguins selon qu'ils sont de même sexe ou de sexe différent, et interroge la transposition de ce modèle à d'autres sociétés, dont la nôtre.

  • Dans cet ouvrage pionnier, fondateur des Recherches matriarcales modernes, Heide Goettner-Abendroth propose une nouvelle approche méthodologique du concept de matriarcat, revisitant ainsi l'histoire de l'humanité tout entière.
    Dans un aller-retour permanent entre le terrain et la théorie, elle offre une vue d'ensemble des sociétés matriarcales dans le monde, faisant apparaître que celles-ci ont non seulement précédé le système patriarcal, apparu seulement vers 4 000-3 000 ans avant notre ère, mais qu'elles lui ont survécu jusqu'à ce jour sur tous les continents. Elle montre que les sociétés matriarcales, loin d'être une image inversée du patriarcat, comme le prétend l'idéologie dominante dont l'autrice fait une critique radicale, sont des sociétés d'égalité et de partage entre les sexes. D'où l'utilité de leur étude pour aider les femmes et les peuples autochtones en particulier à penser une alternative au système de domination patriarcal et colonisateur.

    Ces travaux, qui ont inspiré plusieurs générations de chercheuses et chercheurs en histoire et en anthropologie, sont aujourd'hui enfin disponibles en français.

  • « Je me souviens de moments forts ou décisifs.
    Je me suis formée émotionnellement et affectivement de bric et de broc.
    Quelque chose s'est passé dans mon enfance qui m'a donné une forme de solidité.

    Je me souviens de conversations à bâtons rompus, pleines de vivacité, de renversements, de tête-à-queue, de retours en arrière, de mots d'esprit, de fous rires, de mines offusquées... avec une amie. Ce sont des moments de grâce et de vérité.

    Je ne recherche rien tant que cette amitié-là, simplement parce que c'est nous et qu'on s'aime. » F. H.

    Françoise Héritier se confie et nous fait partager son amour des mots et son goût de vivre.

  • «Les premiers temps de sa capture, c'est un petit être quasi bestial que découvrent les villageois de Songy : hirsute, violente, d'une voracité spectaculaire, s'exprimant par des "cris de gorge", grimpant aux arbres ou plongeant dans l'eau avec l'agilité la plus extrême. Ainsi nous apprend-on que deux ans encore après sa "prise", elle ne peut s'empêcher de se jeter tout habillée dans un étang qu'elle longe au hasard de sa promenade pour y attraper des grenouilles et les manger crues sur-le-champ, à la consternation générale».
    Anne Richardot.

    Peu avant Victor de l'Aveyron, l'«enfant-loup» qui inspirera François Truffaut, une jeune fille sauvage apparaissait près d'un village... Ce récit reconstruit son histoire : l'errance précédant sa découverte, puis les étapes d'une éducation, ou d'un apprivoisement.

  • L'après-Seconde Guerre mondiale a vu aux États-Unis une mobilisation des sciences humaines - associant chercheurs européens (Adorno, Horkheimer, etc.) et américains - pour comprendre les causes de l'antisémitisme et du racisme et ses conséquences sur la société américaine. Dans ce contexte, Kardiner, psychanalyste formé auprès de Freud et promoteur du rapprochement entre psychanalyse et anthropologie, a cherché à explorer, en inventant une méthodologie entre cure analytique et enquête sociale, l'impact de la hiérarchie raciale et sociale sur le psychisme et dans l'inconscient de ceux qu'elle opprime. Afi n de donner à cette oeuvre sa puissance d'interpellation, Anne Raulin a établi une biographie inédite de Kardiner et l'a située dans sa synergie intellectuelle entre Harlem Renaissance et Black Empowerment. Articuler anthropologie, sociologie et psychanalyse dans l'approche des questions communes aux grandes métropoles contemporaines, aux États-Unis comme ailleurs, semble plus que jamais nécessaire. En France tout particulièrement, cette conception d'un rapport dynamique entre individus et sociétés avaient en leur temps alimenté des auteurs aussi divers que Merleau-Ponty, Dufrenne, Lefort, Bastide, ou Bourdieu, et aussi, à sa façon, Simone de Beauvoir. L'actualité de ce pays ne lui donne-t-elle pas un nouvel écho ?

  • À l'aube de sa carrière, Charles Darwin accomplit le périple qui lui permit de prendre la mesure de l'extraordinaire richesse du monde naturel. Pour lui, pas de vie sans évolution, et pas d'évolution sans diversité !
    Un siècle plus tard, celui qui deviendra le grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, parti tout jeune à la découverte des peuples amazoniens, comprit que la diversité culturelle est tout aussi cruciale pour l'évolution de l'homme.
    Pascal Picq imagine les deux savants partant à la redécouverte du nouveau monde. Ils seraient bien en peine de le reconnaître de nos jours, tant la diversité naturelle et culturelle a été atteinte. À mesure que des espèces disparaissent, que des cultures et des langues meurent, c'est notre avenir et celui de la Terre qui sont compromis.
    Darwin et Lévi-Strauss nous avaient pourtant avertis.
    Un appel passionné à une prise de conscience urgente et salutaire.

  • "Les analyses de la situation des femmes oscillent entre une dénonciation de la domination masculine qu elles subissent, et un exposé plein d espoir quant aux réformes accomplies dans la conquête de leur égalité avec les hommes. Le parti pris suivi dans cet ouvrage est de jeter la lumière sur les contradictions, aussi bien à l échelle microsociale de la vie quotidienne que dans les engagements plus politiques. L approche anthropologique et la réflexion féministe sont conjuguées pour explorer le sens de ces évolutions."

  • Entre 1934 et 1940, Germaine Tillion, jeune ethnologue enthousiaste, débarque en Algérie pour étudier une population berbère « oubliée de Dieu et des hommes ». Rentrée en France, elle lui consacre une thèse. Mais elle s'engage aussitôt dans la résistance et sera déportée à Ravensbrück ; le manuscrit de son travail disparaîtra sans laisser de traces. Dans les dernières années de sa vie, elle reprend les brouillons conservés et tente de reconstituer son expérience. Au lieu de réécrire sa thèse, elle raconte avec humour ce double pays, le petit monde des fonctionnaires coloniaux et la population ancestrale, pauvre en biens mais riche en histoires et en ruses.

    Germaine Tillion (1907-2008) :
    Ethnologue et historienne, elle a notamment publié au Seuil Le Harem et les Cousins (1966), Ravensbrück (1973 et 1988), Combats de guerre et de paix (2007) et Fragments de vie (2009).

  • Pré-textes

    Yves Coppens

    « Voici, après Pré-ambules, ou les premiers pas de l'homme, Pré-textes, ou l'homme préhistorique en morceaux. Ces «morceaux» se rapportent, bien sûr, aux hommes fossiles que j'ai toujours fréquentés, souvent cherchés, parfois trouvés, mais aussi aux produits artisanaux ou artistiques, parfois les deux, de leur esprit.

    C'est un vrai livre de paléoanthropologie et de préhistoire qui fait le tour des sujets servis par ces disciplines. En dehors des faits évoqués en permanence et illustrés souvent, je souhaiterais en effet que le lecteur, et notamment le jeune lecteur, trouve dans ces textes la passion de la recherche, l'éclat de ses résultats et l'élégance de ses démonstrations, en d'autres termes l'esprit scientifique tel qu'il m'a séduit, tel que je l'ai vécu et continue, bien sûr, de le vivre. » Y. C.

    Dans un style clair et enlevé, voici donc, par l'un de nos plus grands paléontologues, reconnu dans le monde entier, un livre, aussi plaisant que riche, qui nous présente plus de vingt ans d'actualité préhistorique.

  • Pourquoi, dans toutes les cultures, les femmes ont-elles été exclues de la chasse? Pourquoi n'ont-elles pu ni monter à bord des navires ni être soldat? Pourquoi leur a-t-on plutôt assigné les tâches de cueillir, de filer, de tisser, de tanner? Qu'est-ce qui expliquerait qu'il existe des façons masculines et des façons féminines de couper, de creuser et de travailler la terre?
    Dans cet essai qui conjugue audace intellectuelle et rigueur scientifique, Alain Testart montre que ce sont les croyances qui expliquent la différenciation des activités masculines et féminines et fait remonter leur origine à la lointaine préhistoire. Ces croyances, même tacites et irrationnelles, ont des effets puissants sur la réalité et obéissent à une logique cachée : celle du sang périodique des femmes, perçu comme une grave perturbation qui affecte l'intérieur de leur corps et les exclut de tâches particulières.
    Même si cette répartition traditionnelle des activités sera bientôt une chose du passé, elle ne laisse pas d'étonner par sa constance, sa quasi-universalité jusque dans les temps présents. Dans cet essai, Alain Testart nous entraîne pas à pas dans une réflexion d'une grande nouveauté sur le rôle du sang dans les représentations sociales et la constitution du genre.

  • Ce livre retrace à partir d'entretiens la carrière de celle qui a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France et a poursuivi et développé sa théorie et ses recherches sur la parenté. Françoise Héritier est une scientifique de premier plan ; c'est aussi une intellectuelle engagée, entre autres pour la cause des femmes et pour les droits des plus faibles. Elle nous livre ici ses réflexions sur les problèmes politiques, sociaux et culturels d'aujourd'hui, qu'elle illumine de sa belle intelligence.

  • Claude Lévi-Strauss a écrit les pages qui forment à présent ce volume pour répondre à une demande du grand quotidien italien La Repubblica. Il en résulte un ensemble inédit, composé de seize textes écrits en français, entre 1989 et 2000.
    Partant chaque fois d'un fait d'actualité, Lévi-Strauss y aborde quelques-uns des grands débats contemporains. Mais, que ce soit à propos de l'épidémie dite de " la vache folle ", de formes de cannibalisme (alimentaire ou thérapeutique), de préjugés racistes, liés à des pratiques rituelles, l'excision ou encore la circoncision, l'ethnologue incite à comprendre les faits sociaux, qui se déroulent sous nos yeux, en évoquant la pensée de Montaigne, fondement de la modernité occidentale : " chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ".
    En ouverture du volume un texte écrit en 1952 : Le Père Noël supplicié.

  • ?Ce livre qui fait suite à Masculin/féminin I, La pensée de la différence, pose deux questions : pourquoi la hiérarchie s'est-elle greffée sur la simple différence des sexes ? Est-il envisageable de la dissoudre ? À cette double question, Françoise Héritier répond en termes anthropologiques aussi bien que politiques. Comment les hommes se sont-ils assuré le contrôle de la fécondité des femmes, ce pouvoir exorbitant d'enfanter du différent, des fils, aussi bien que de l'identique, des filles ? Comment les hommes ont-ils exploité le corps des femmes dans la prostitution et l'entretien domestique ? Comment, en retour, les femmes n'ont-elles pu commencer à se libérer que du jour où, et seulement là, les moyens de contraception leur ont permis de reprendre le contrôle de leur fécondité ? Françoise Héritier examine la possibilité de changements, certains illusoires, d'autres bien réels, et cerne les obstacles qui leur font toujours implicitement barrage. Et pourtant, ces changements ne sont-ils pas la promesse d'une société où la différence et l'asymétrie seraient le fondement, non d'une hiérarchie, mais d'une véritable harmonie ? Françoise Héritier est professeur honoraire au Collège de France. Elle a publié Les Deux Soeurs et leur Mère et Masculin/féminin?I, aux Éditions Odile Jacob.

  • La différence des sexes structure la pensée humaine puisqu'elle en commande les deux concepts primordiaux : l'identique et le différent. La manière dont chaque culture construit cette différence met en branle toute sa conception du monde, sa sociologie et sa biologie, comme sa cosmologie. Changer le rapport du masculin et du féminin, c'est bouleverser nos ressorts intellectuels les plus profonds, élaborés au fil des millénaires. En démontant les mécanismes de la différence, ce livre offre des solutions pour parvenir à l'égalité.

  • Les Mosuo sont l'une des dernières sociétés matriarcales au monde.
    En 2006, le journaliste argentin Ricardo Coler a séjourné parmi eux pendant plusieurs mois. Il souhaitait voir de ses propres yeux le fonctionnement d'une communauté dans laquelle les femmes ont le pouvoir, où l'homme et la femme ne vivent jamais en couple. Une société dans laquelle les enfants ne savent pas ce qu'est un père. Une société aux antipodes de la nôtre et qui, pourtant, semble fonctionner parfaitement.
    Un témoignage captivant qui bouscule les idées préconçues sur le féminin et le masculin.

  • La recherche de soi est un long chemin.
    Au début, il n'est d'ailleurs pas de chemin. Seule règne une profonde ténèbre.
    Une ténèbre faite d'interrogations, de doutes, de fatigue, de haine de soi, de difficulté à vivre... Mais un travail d'élucidation et de clarification parvient à le repousser, à y faire naître une faible lueur. Alors des entraves commencent à tomber, des obstacles à disparaître, et un chemin finit par s'ouvrir.
    Il permettra à celui qui l'empruntera de se connaître et de vivre en bonne intelligence avec lui-même, les autres et le monde. Au long des trois premiers volumes de son Journal, Charles Juliet a relaté son cheminement. Dans ce quatrième tome, il poursuit sa quête. Mais la sérénité lui est venue, et ces notes où alternent instants de vie, rencontres, plongées intérieures, marquent un indéniable accomplissement.

  • On connaît les apports décisifs d'Emmanuel Todd à l'anthropologie, particulièrement au rôle des types familiaux dans le temps.
    Au commencement, il y eut la volonté de montrer que la diversité des structures familiales traditionnelles explique les trajectoires de modernisation. Ainsi, la carte du communisme recouvrait-elle celle de la famille communautaire, associant l'autorité du père à l'égalité des frères ; la famille nucléaire absolue anglaise, libérale pour ce qui concerne les rapports entre parents et enfants mais indifférente à l'idée d'égalité, fut le substrat nécessaire aux développements de l'individualisme et du libéralisme politique anglo-saxons ; la famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien, structurée par les valeurs de liberté des enfants et d'égalité des frères, légitimait l'idée a priori d'une équivalence des hommes et des peuples ; la famille souche, système fondé sur l'autorité du père et l'inégalité des frères, fut en Allemagne et au Japon le socle d'idéologies ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité.
    Pour autant, comment expliquer cette fragmentation de l'espèce humaine, sinon en remontant à l'unicité originaire, si elle avait jamais existé ? Au terme d'une enquête menée depuis plus de vingt ans, impliquant l'examen et la mise en fiche des organisations familiales de centaines de groupes humains préindustriels, Emmanuel Todd identifie et définit une forme originelle, commune à toute l'humanité : la famille nucléaire.
    Il reconstitue le processus de différenciation qui a mené aux émergences, successives ou simultanées, des divers types anthropologiques observables à la veille du déracinement urbain et industriel. Pour cela, il recourt à une anthropologie diffusionniste et non plus structuraliste et il emprunte à la linguistique le principe du conservatisme des zones périphériques. Il apparaît alors que l'Europe, placée sur la périphérie de l'Ancien monde, est sur le plan familial un conservatoire de formes archaïques ; nous sommes restés, pour ce qui concerne l'organisation anthropologique, assez proche de la forme originelle.
    Pour avoir ignoré des évolutions familiales paralysantes pour le développement technologique et économique, l'Europe a été, durant une brève période, « en tête » de la course au développement, bien que l'Occident n'ait inventé ni l'agriculture, ni la ville, ni le commerce, ni l'élevage, ni l'écriture, ni l'arithmétique.

  • Né au début du XXe siècle dont il a traversé les douleurs, Claude Lévi-Strauss
    est universellement considéré comme le plus grand anthropologue de son temps.
    Connu comme l'un des fondateurs du structuralisme, il déploie, dans chacun de
    ses livres, une méthode rigoureuse, une inlassable curiosité, une émotion
    servies par une écriture qui tient de la magie. En suivant le fil d'une pensée
    qui force l'intelligence à s'ouvrir, sans négliger les polémiques qui
    l'entourèrent, Catherine Clément offre ici un témoignage aussi affectueux
    qu'éclairant, aussi libre que précieux. Catherine Clément, ancienne élève de
    l'ENS, agrégée de l'Université, philosophe, essayiste et romancière.

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