Fayard

  • En 1857, un groupe de jeunes gens s'abandonnant aux joies d'une partouze dans un hôtel particulier sont condamnés pour outrage public à la pudeur, parce qu'un curieux les épiait par le trou de la serrure.
    En 1893, les étudiants des quatr'z arts déclarent aux juges la guerre du nu. dans les années 1960, les nudistes et les femmes en monokini provoquent des controverses passionnées. chaque fois les mêmes questions se posent : où finit le public et où commence le privé ? que peut-on montrer, que doit-on cacher ? a travers une enquête qui mêle le droit, l'architecture, la littérature et la psychiatrie, marcela iacub raconte l'histoire de la pudeur publique.
    On y découvre comment le droit a longtemps partagé le monde visible entre licite et illicite, substituant à l'espace réel un espace institutionnel et politique. aujourd'hui, ce vieux mot de pudeur a disparu de nos codes pour être remplacé par celui de sexe. mais, loin de faire le récit épique d'une liberté durement conquise, marcela iacub analyse les transformations des techniques par lesquelles l'etat s'est donné notre sexualité en spectacle au cours des deux derniers siècles, et a conditionné nos espaces, nos vêtements, nos pratiques et même certaines de nos maladies mentales.
    Elle invite ainsi à une histoire politique du regard. on retrouve dans par le trou de la serrure les ingrédients qui ont fait le succès des précédents ouvrages de marcela iacub : un examen sans concession des illusions de notre prétendue libération sexuelle, et un art tout particulier de faire du droit une discipline totale, à la fois poétique et critique.

  • En trente ans, la biologie a élucidé les mystères de la procréation et de la filiation : la femme peut n'être mère que si elle le veut ; la paternité peut être scientifiquement prouvée. Dès lors, la famille n'obéit plus à la tradition ni même aux lois. Elle bouge et craque de l'intérieur, sous la poussée des désirs des individus qui se veulent autonomes. Ils investissent beaucoup dans le couple à la recherche du bonheur, mais sans engagement de durée. Comme jamais la société n'a autant considéré et flatté la sexualité (tout en la criminalisant davantage), les unions sont de plus en plus fragiles, les désunions, même avec enfants, de plus en plus nombreuses. Les juges ont longtemps confié les enfants à la mère (familles monoparentales). Depuis 2002, les deux parents se les partagent. Le centre de gravité de la famille n'est plus l'alliance du couple mais les liens inaltérables qui unissent l'enfant à ses parents, que ceux-ci soient ensemble ou séparés. Mais les enfants, eux, ne vont pas bien...
    Comment et pourquoi la famille s'est-elle ainsi transformée ? Que va-t-il en advenir ? Evelyne Sullerot, acteur et observateur critique de ces bouleversements, tente de répondre à ces questions dans un récit sans tabou, admirablement documenté, jamais moralisateur et volontiers impertinent.

  • La littérature et les différents domaines de la réflexion théorique ont souvent été des champs de bataille où les dissidents de l'ordre sexuel ont cherché à faire entendre leurs voix. Ce sont quelques-uns des moments de ce grand affrontement que Didier Eribon entend restituer ici, à travers des lectures de Gide et de Jouhandeau, de Foucault et de Dumézil notamment. Mais il décrit également comment les pensées novatrices ou hérétiques peuvent rester engluées dans les valeurs dominantes (comme chez Gide) et même, parfois, cohabiter chez un même auteur avec un discours réactionnaire voire raciste (comme chez Jouhandeau). C'est de cette complexité qu'il s'agit de rendre compte dans ce livre.

    Ces discours « hérétiques » doivent bien sûr affronter la résistance acharnée des tenants de l'orthodoxie sociale et des défenseurs de l'ordre sexuel, toujours prompts à les renvoyer à la « folie » ou à la « perversion », à les accuser de « mettre en péril les fondements de la civilisation », comme on le voit, de manière quasi caricaturale, chez des idéologues comme Lacan et Mounier, et chez leurs héritiers. Il faut alors donner toute sa force à l'affirmation de Barthes selon laquelle « dans ce qu'il écrit, chacun défend sa sexualité ».

    Ce livre se veut un plaidoyer en faveur de la pensée critique, de l'« hérésie », une incitation à élargir l'espace de la liberté et des modes de vie possibles face à tous les conformismes, à toutes les pensées rétrogrades et répressives, qu'elles s'avancent sous le masque de la morale, celui de la Raison ou celui de la Science.

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