Littérature traduite

  • Héritage

    Dani Shapiro

    • Arenes
    • 21 Janvier 2021

    « J'ai toujours su que ma famille avait un secret. Ce secret, c'était moi. » Dani Shapiro naît dans une famille juive new-yorkaise, au début des années 1960. Son père, Paul, est un pilier de la communauté orthodoxe, et l'idole de sa fille. Pourtant, depuis toujours, celle-ci se regarde souvent dans le miroir, sans parvenir à chasser un sentiment d'étrangeté. Qui est cette petite fille très blonde aux yeux bleus, si éloignée physiquement de ses parents ? Autrice de mémoires devenus best-seller, elle raconte le destin de ses ancêtres, son couple, la mort brutale de son père dans un accident de voiture. Jusqu'au jour où, à 50 ans passés, elle se prête au jeu d'un test ADN en kit.

  • Maid

    Stéphanie Land

    Il est arrivé qu'un écrivain devienne femme de ménage. Pour vivre de l'intérieur une condition sociale qui n'était pas la sienne, et pouvoir témoigner, dénoncer les conditions de travail indignes, les horaires inhumains, mettre sa plume au service de celles que personne n'écoute. Ce fut le cas de Florence Aubenas, et de Barbara Ehrenreich qui signe la préface de ce livre. Mais il arrive - plus rarement - que ce soit l'inverse. Qu'une femme de ménage devienne écrivain. Au début de ce récit, Stéphanie Land est seule et mère d'une petite fille de 2 ans et, pour (sur) vivre et leur procurer un toit, elle nettoie les maisons auxquelles elle s'amuse à donner des noms romanesques : la Maison du Clown, la Maison Porno, la Maison Triste, la Maison de la Femme qui Entasse... Elle explore ainsi le ventre de l'Amérique depuis sa classe moyenne supérieure à la réalité de ceux qui la servent. À la fin de son récit, sa fille a 7 ans et s'apprête à lui sauter au cou pour la féliciter : Stéphanie va recevoir son diplôme de création littéraire de l'Université de Missoula. Montana. Suivi en cours du soir à distance. Entre les deux, Stéphanie a briqué, balayé, frotté, rangé, et vu l'envers du décor de l'Amérique triomphante. Elle a aspiré la poussière chez les autres, et aspiré à devenir quelqu'un d'autre. Elle raconte.

  • Du début de la pandémie de coronavirus qui bouleverse nos vies, nous ne savons rien. Fang Fang, écrivaine reconnue et habitante de Wuhan, écrit son journal sur les réseaux sociaux chinois.

    Pendant plus de 60 jours de strict confinement, ses écrits sont devenus indispensables à des dizaines de millions de lecteurs. Car l'écrivaine parle avec une irrésistible sincérité. Elle raconte la peur, l'espoir et le chagrin dans une ville de 9 millions de personnes. Elle raconte la mort et le traumatisme, la solidarité des habitants, le chaos du début, le courage des lanceurs d'alerte, la débrouille pour acheter à manger, les plaisanteries et la colère qui circulent, le printemps qui vient dans une ville qu'elle aime et la maladie qui n'en part pas.

    Fang Fang refuse le simplisme de la glorification ou du blâme. Témoin et écrivain, elle pleure les morts, salue le courage des humbles, et cherche des responsables à la catastrophe. Pourquoi avoir maintenu le silence sur les dates de début de l'épidémie ? pourquoi avoir assuré pendant vingt jours - dramatiquement précieux - que la maladie ne se transmettait pas d'homme à homme ? Qu'est-ce qui empêche la voix des lanceurs d'alerte d'être entendue ? Ces questions nous concernent, nous qui sommes touchés par cette même catastrophe.

    Dans une époque aveuglée par la peur, entre la censure régulière de son journal et les attaques des ultranationalistes, la voix de Fang Fang résonne. Elle nous rappelle, avec chaleur et honnêteté, à nos premiers devoirs face à la catastrophe et au silence politique : l'indépendance d'esprit et l'humanité.

  • Pour avoir enlevé son voile en public et incité d'autres femmes à l'imiter, l'Iranienne Shaparak Shajarizadeh a été condamnée en 2018 à deux ans de prison et à 18 ans de probation. Mère « ordinaire » au courage extraordinaire, cette femme de 43 ans est devenue une figure de proue du mouvement des Filles de la rue de la Révolution en Iran qui protestent contre le port obligatoire du hijab. Après être descendue dans la rue cheveux au vent, son foulard blanc hissé comme un drapeau au bout d'un bâton en mai 2017, la militante est menacée, arrêtée, emprisonnée et torturée. La bravoure de cet acte magnifiquement symbolique, elle le paiera dès lors au prix fort. Sans se plaindre. Et sans jamais baisser la tête.
    De son enfance en Iran jusqu'à son douloureux exil au Canada en passant par les horreurs de ses séjours en prison, Vivre libre raconte le destin hors du commun d'une superbe battante, Shaparak Shajarizadeh, distinguée en 2018 par la BBC comme l'une des 100 femmes les plus inspirantes au monde.

  • Après plus de huit ans d'exil entre Londres et Dubaï, Benazir Bhutto rentre au Pakistan en 2007 malgré les menaces de mort qui pèsent sur elle. À son arrivée, elle réchappe d'un double attentat et sauve de l'explosion le manuscrit qui deviendra son testament politique : Pour une réconciliation. Dans ce livre-confession, publié à l'occasion du sixième anniversaire de sa mort - et alors que Pervez Musharraf vient d'être inculpé du meurtre de son ancienne rivale -, Benazir Bhutto prône une coopération étroite entre le Pakistan, les États-Unis et les pays occidentaux pour rétablir son pays dans un modèle alternatif modéré et réaliste de démocratie. S'appuyant sur l'exemple du Pakistan, cet essai nous livre également une brillante analyse géopolitique, économique et sociale de la radicalisation religieuse dans les pays musulmans.

  • Briser le silence. De l'ascension politique de son père en Iran à la trahison, de l'idéal révolutionnaire à la désillusion totalitaire, Azar Nafisi raconte. Entre secrets de famille et secrets d'Etat, il n'y a qu'un pas, que l'auteur de Lire Lolita à Téhéran franchit pour réaffirmer sa foi en sa patrie de coeur, celle de l'imagination. Un témoignage à la beauté mélancolique.

  • A l'âge de 10 ans, Sabatina quitte Lahore à l'est du Pakistan pour s'installer en Autriche avec sa famille. Comme c'est souvent le cas avec les jeunes filles de familles musulmanes vivant en Occident, les conflits commencent entre Sabatina et ses parents lorsqu'elle veut vivre comme les adolescentes occidentales qu'elle côtoie au collège. L'été de ses seize ans, ses parents lui proposent de passer ses vacances au Pakistan pour suivre un atelier de théâtre, sa passion. Ce n'est qu'une ruse ? A peine a-t-elle débarqué que le cauchemar commence. Il s'agit de la remettre « dans le droit chemin » en la mariant à un de ses cousins et en l'envoyant dans une école coranique aux moeurs médiévales. Sa rébellion et son « comportement occidental » lui valent coups de fouets, abus sexuels de la part de son cousin, punitions diverses et variées. Seule solution : faire croire qu'elle rentre dans le droit chemin, qu'elle est enfin devenue une bonne musulmane. Après des mois d'enfer, ses parents lui permettent de rentrer en Autriche. Là, elle décide de se convertir en cachette au christianisme. Menacée de représailles par son père et son cousin, qui la condamnent à mort pour apostasie, elle fuit l'Autriche. Aujourd'hui encore menacée de mort par sa famille, elle vit sous protection policière. Afin d'aider les jeunes filles musulmanes européennes qui, au quotidien, connaissent ce genre de calvaire, Sabatina James a décidé de témoigner. Rédigé à la première personne, ce récit bouleversant, vendu à plus de 500 000 exemplaires en Allemagne, lui a permis de créer une association pour venir en aide aux jeunes filles mariées de force ou maltraitées par leur famille et leur éviter d'être victimes de crimes d'honneur en Europe. Elle est également engagée dans la lutte pour les droits de la femme avec l'association Terre de Femmes dont elle est l'une des ambassadrices.

  • Elle fuit sa famille intégriste pour combattre les mollahs.

    Il y eut d'abord la dictature du chah, puis celle de Khomeiny et des mollahs. Depuis 4 décennies, l'Iran souffre. La théocratie totalitaire a fait plus de 120 000 victimes.
    Azam, jeune fille iranienne, grandit dans les quartiers pauvres du sud de Téhéran. Son père, en fanatique religieux, partisan pur et dur des mollahs, s'oppose à sa scolarisation. Soutenue par sa mère, femme lettrée et clairvoyante, elle obtient son bac. À 13 ans, elle échappe de peu à un mariage forcé avec un mollah. Refusant de rejoindre ses frères dans des associations fanatiques, s'opposant continuellement à son père, Azam reçoit des coups. De plus en plus souvent.
    En 1978, Azam a 20 ans. Privée d'amour, bâillonnée, opprimée et battue, elle s'échappe et rejoint le mouvement des Moudjahidines du peuple, partisans d'un islam séparant la religion de l'État. Elle s'engage activement, rencontre d'autres femmes opprimées, participe aux manifestations antiroyalistes. Un nouveau monde s'ouvre à elle. Pourchassée par les pasdarans (gardiens de la révolution islamique), matraqueurs de Khomeiny, elle se fait arrêter. Elle passe 7 ans en prison, dont 8 mois accroupie, les yeux bandés, dans une cage. Torturées physiquement et psychologiquement, Azam ne collaborera pas. 30 000 femmes seront exécutées dans ces prisons iraniennes.
    Dans un pays où s'opposer au gouvernement, c'est s'opposer à Dieu, Azam choisit de résister.
    Un témoignage captivant et douloureux sur une des périodes les plus sombres de l'Histoire, trouvant de troublants échos avec l'horreur des camps de concentration nazis.

  • Sandra Laing vient au monde en 1955 dans l'Afrique du Sud de l'apartheid. Elle devrait être née du « bon côté » puisque ses parents sont des commerçants afrikaners, donc blancs ; or il y a eu un Noir parmi ses ascendants et une combinaison de gènes l'a faite métisse.
    À l'âge de dix ans, elle est expulsée par la police de l'école pour Blancs et reclassée « Coloured ». Victime des aberrations du système, elle changera encore officiellement deux fois de couleur, mais c'est parmi les Sud-Africains noirs, dans la précarité des townships, qu'elle choisira de vivre, reniée par son père.
    En se liant d'amitié avec elle, la journaliste new-yorkaise Judith Stone a su démêler avec pudeur les fils d'un destin hors du commun, et par là même sonder l'âme d'un pays pluriel, des années 1950 à nos jours.

  • Perdu en chemin

    Ruth Klüger

    Quinze ans après Refus de Témoigner, Ruth Klüger donne à lire ici le récit de sa vie, celle d'une petite Viennoise juive déportée à onze ans, échappée d'Auschwitz, avec sa mère, à seize ans, exilée aux États-Unis par nécessité, où elle est devenue adulte. Cette femme s'installe dans un pays neuf, et se confronte au « quotidien » complexe et ambigu des années 1950.

    Ruth Klüger appartient à cette génération des femmes qui ont dû se battre pour l'« égalité » dans tous les domaines : mariage, maternité, vie professionnelle... Elle analyse les relations qu'elle entretient avec les personnes (parents, amis, collègues), avec les lieux (les villes où elle a habité aux États-Unis), ses séjours dans diverses villes d'Allemagne, ses retours à Vienne, sa ville natale, lieu de tous les malaises.

    Le fil rouge est la discrimination constante, ressentie sans jamais parvenir à déterminer si elle la concerne en tant que « Femme » ou en tant que « Juive ». Ruth Klüger analyse, débat avec elle-même et avec les autres ; que garde-t-on, que refoule-t-on de ce que l'on a vécu ? Quels sont les mécanismes si complexes de la mémoire individuelle et de l'attitude collective envers les horreurs du passé et leurs victimes, leurs auteurs et leurs témoins ?

    Compte-rendu et accusation - énoncés avec un humour « klügerien » - se recoupent sans délimitation. Ce qui de prime abord peut faire l'effet d'une susceptibilité excessive au moindre manquement impressionne l'instant d'après par une lumineuse exigence d'équité. Et tout le récit submerge le lecteur par cette sincérité d'une intelligence souveraine, aux antipodes de toute paranoïa, qui est le cadeau qu'offre la générosité exceptionnelle d'une femme exceptionnelle.

  • Refus de témoigner

    Ruth Klüger

    « C'était la mort et non le sexe, le secret dont les grandes personnes parlaient en chuchotant, et sur lequel on aurait bien voulu en apprendre davantage. » Cet uppercut à la mâchoire, c'est la première phrase de Refus de témoigner.

    Il est difficile de dire l' « indocilité » du récit dont Ruth Klüger nous fait ici l'abrupt et magnifique présent. Martin Walser ne s'y est pas trompé en commentant ainsi - à la Radio Bavaroise - sa parution en 1992 : « La précision du style, qui met en doute le témoignage de la mémoire, ne nous permet pas de nous dédouaner par la compassion. Je ne crois pas qu'on puisse lire ce livre sans se sentir provoqué... Chaque lecteur devra y répondre avec sa propre histoire. »

  • Anna Politkovskaïa a été assassinée à Moscou le 7 octobre 2006. Ceux qui ont voulu sa mort voulaient la faire taire. Sa voix dérangeait.
    En 2007, pour le premier anniversaire de sa mort, paraissait à Moscou, sous le titre Za Chto, " Pour quoi ? " - c'est-à-dire : " Pour quelle raison l'a-t-on tuée ? " -, un recueil posthume de ses articles, qui donne la mesure de l'importance de son engagement. Les textes des deux dernières années de sa vie restaient à ce jour presque totalement inconnus du lecteur occidental. Leur publication montre que la voix d'Anna Politikovskaïa ne s'est pas tue.
    Je parle encore réunit une trentaine de textes dont le grand public français n'a pas eu connaissance, qui redisent avec force son opposition à la guerre en Tchétchénie, à la dérive autoritaire du régime du Kremlin, au glissement de la société vers l'indifférence, la violence, la cruauté et la xénophobie. S'y ajoutent les témoignages de son mari, d'une de ses amies d'enfances et de la plus proche de ses collègues de Novaïa Gazeta.

  • De ma prison

    Nasreen Talisma

    C'est en effet d'une prison que Taslima Nasreen lance ces émouvants textes-messages. D'une prison rebaptisée safe house, où le gouvernement indien l'a tenue enfermée depuis novembre 2007 sous prétexte d'assurer sa protection. D'abord assignée à résidence début septembre dans sa maison de Calcutta, l'écrivaine découvre l'inquiétude du gouvernement local, soumis à la pression des partis politiques soucieux de s'assurer le vote islamiste.
    À partir du 23 novembre, ce sera l'« éloignement » dans un endroit inconnu près de Delhi. Mesure qui se transforme vite en un internement pur et simple, destiné à obliger la prisonnière à quitter l'Inde de son propre gré. Ce qu'elle refuse absolument, préférant continuer à affronter les menaces dont elle est l'objet plutôt que de renouer avec la vie d'errance qu'elle a menée par le passé, pendant près de douze ans loin de son pays et de ses sources d'inspiration. Cloîtrée dans sa cellule, avec pour seuls compagnons un ordinateur et un téléphone capricieux, elle résiste jusqu'au moment où, privée des soins appropriés, sa santé chancelle. Fin mars 2008, Taslima Nasreen a repris le chemin de l'exil.
    Ces pages, tissées d'angoisse et de solitude, sont aussi un long cri d'étonnement : pourquoi cette grande démocratie laïque qu'est l'Inde, où elle avait cru trouver enfin refuge et justice, lui a-t-elle infligé cette ultime punition? De quel péché Taslima s'est-elle rendue coupable ? Celui d'avoir dit la vérité ?

  • Marina, jeune iranienne chrétienne fut arrêtée et emprisonnée, à 16 ans, en compagnie de centaines d'autres adolescents. Interrogée et torturée, elle est condamnée à mort pour avoir refusé de se soumettre au Coran. Ali, l'un de ses geôliers, tombe amoureux d'elle et obtient que sa peine de mort soit commutée en prison à vie. Mais le prix à payer est élevé : Marina doit pour cela épouser Ali et se convertir à l'Islam. Peu de temps après, Ali est abattu par une faction révolutionnaire rivale et meurt dans les bras de sa femme. Marina est relâchée après deux ans passés à la prison d'Evin, et fuit l'Iran en 1991 pour s'installer au Canada en compagnie de son amour de lycée.
    C'est le témoignage bouleversant d'une femme iranienne, dont le destin bascule dans l'horreur. Marina a dû fuir son pays pour se réfugier au Canada où elle a enchaîné les petits boulots avant de se reconstruire.
    On retrouve l'âme de Marjane Satrapi dans cette description de l'Iran au temps de la Révolution, avec comme personnage fort, la grand-mère de Marina, symbole de transmission de valeurs culturelles, dans ce pays déchiré par les partisans et les opposants au Shah d'Iran et au retour de l'Ayatollah Khomeiny.

    L'auteur, Marina Nemat, vit toujours au Canada. Son livre a été publié en Suède, en Italie, aux Pays-Bas, au Portugal, en Angleterre, au Canada, en Israël et aux Etats-Unis et a rencontré un énorme succès. Une adaptation en film est prévue en Angleterre.

  • Les émotions sont-elles partout semblables ou sont-elles « cultivées » de manière particulière dans différentes sociétés ? Ce sont des femmes anthropologues qui ont posé cette question nouvelle et ont décidé d'enquêter. L'auteure a vécu pendant deux ans dans une communauté de Bédouins dans le désert égyptien à la frontière avec la Libye. Elle va découvrir un réseau intriqué de règles et de comportements grâce auquel une société extrêmement mobile de nomades sédentarisés réussit à préserver son identité et ses valeurs communautaires. Elle découvre qu'une des clefs de tout ce système est constituée par un art de la poésie (les ghinnawas - au sens littéral « petits chants ») qui fait à la fois penser par sa forme aux haïkus japonais et par son contenu émotionnel au blues américain. Dans cette société les émotions doivent être voilées... Ce qu'il est normal de garder "privé" ou de rendre "public" pourrait bien être très différent selon les cultures et être à l'origine de graves incompréhensions.

  • Ma vie d'esclave

    Nazer-M

    Le récit vrai d'une esclave d'aujourd'hui
    Avec ses quatre frères et soeurs, Mende menait une enfance heureuse dans son village des monts Nuba, au centre du Soudan. Vive et intelligente, elle allait à l'école où elle apprenait l'arabe, les mathématiques et étudiait le Coran. Mais sa vie a basculé en une nuit : des brigands fondent sur le village et capturent les habitants. Mende est enlevée, violée puis vendue à un couple de Khartoum, sans savoir quel sort a été réservé aux autres membres de sa famille. Elle n'a alors que douze ans. Désormais, il lui faut travailler jour et nuit sous les coups, les humiliations et les brimades de Rahab, sa maîtresse, qui lui mène une vie infernale. Après sept ans de captivité, Mende est envoyée à Londres chez la soeur de Rahab, épouse d'un diplomate de l'ambassade du Soudan. Si les conditions de vie y sont tout aussi dures, elle ne subit plus de maltraitances physiques. La jeune femme raconte comment ces années d'esclavage lui ont fait perdre toute confiance en elle, toute volonté. Heureusement, l'espoir renaît quand sa " famille d'accueil " s'absente pendant plusieurs semaines. Mende est alors confiée à une autre famille. Cette dernière, ignorant tout de sa situation, laisse la jeune femme aller et venir à sa guise, et l'envoie même seule faire les courses. Mende reprend courage et ose aborder dans la rue un homme qui semble être un Soudanais. Grâce à cet homme, qui contacte un membre de son ethnie, Mende échafaude un plan et prépare sa fuite.
    C'est le récit de sa vie qu'elle nous livre ici, le témoignage d'une esclave moderne.

  • 10 novembre 1938 à Bonn.
    La synagogue brûle. Les magasins juifs sont saccagés. Marie Kahle et ses fils volent au secours de leurs voisins. Un geste qui paraît normal à cette famille profondément chrétienne. Mais dont, hélas, le point de vue est loin d'être partagé. La presse locale s'indigne. Des commerçants refusent de servir Marie Kahle. Ses enfants se font injurier. Ce n'est que le début d'une longue série de persécutions et de menaces.
    L'étau impitoyable se resserre. Il faut fuir, oui, mais comment ? Ce beau récit d'une Allemande prise dans la Nuit de Cristal et dans la dérive de son pays constitue un témoignage rare et saisissant.

  • Ce livre, devenu un classique de la littérature d'incarcération, se passe entièrement dans la prison de femmes de Ruzyne, près de Prague. Les prisonnières sont détenues sous des inculpations diverses, allant du parasitisme économique aux larcins les plus sordides, en passant par toutes les formes de prostitution. Eva Kanturkova est la seule à ne pas avoir de charges bien précises, ce qui lui donne une indépendance d'esprit lui permettant de raconter en toute liberté ces douze histoires de femmes aussi dramatiques que révélatrices.
    On se trouve ainsi en présence d'un livre aux résonances humaines les plus profondes. Ces femmes vivent une expérience à la limite de la déshumanisation. Leurs rapports ne cessent d'osciller entre la solidarité et la trahison, la vérité la plus intime et le mensonge le plus éhonté. C'est la survie, la dignité, l'image d'elles-mêmes qu'elles tentent de sauver. Le lecteur se retrouve dans la mouvance immédiate d'Une journée d'Ivan Denissovitch ou des Souvenirs de la maison des morts. Avec cette différence qu'on est ici dans un monde de femmes.

empty