Gallimard

  • «Dans cette anthologie, Mai 68 apparaît sous une forme paradoxale : intense et insignifiant, vivant et disparu, haï et regretté, utopie réaliste qui demande l'impossible, phénomène contradictoire qui agrège tous les imaginaires du temps sans jamais s'y limiter. Mais sa force réside encore aujourd'hui dans cette force de subversion et cette capacité de saper tout ce qui croyait pouvoir durer et qui, depuis, se sait provisoire. Une brèche fut ouverte. Mai aura cette année cinquante ans. L'âge des pères qu'il giflait, l'âge largement dépassé de la génération à laquelle il a donné son nom. Le temps de métamorphoser à force de discours la plaie en cicatrice.» Sophie Doudet.

  • « Les Arabes ont razzié l'Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d'hommes qu'ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains.
    Cette douloureuse page de l'histoire des peuples noirs n'est apparemment pas définitivement tournée. La traite négrière a commencé lorsque l'émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXe siècle. »

  • 23 février 2002, sud de la Colombie : Ingrid Betancourt, candidate à la présidence de la République, est enlevée en pleine campagne électorale par un mouvement guérillero. Depuis ce jour, détenue quelque part dans la jungle, elle partage le sort de trois mille autres « kidnappés ». Pions dans un vaste et tragique jeu de pouvoir, ils subissent une captivité qui peut les mener à la mort.
    Rien ne destinait Juan Carlos Lecompte, l'époux d'Ingrid, à ce combat quotidien pour faire libérer sa femme, « punie » pour avoir voulu faire entendre une autre voix, une voix citoyenne, une voix d'intégrité, là où on n'entend, le plus souvent, que le bruit des armes.
    C'est la chronique de ces années de lutte que nous livre Juan Carlos Lecompte. Son récit vibrant et passionné dessine en creux le portrait d'une femme d'exception et brosse le triste tableau d'un pays comme prédestiné à la tragédie. Mais ce cri lancé au nom d'Ingrid est aussi un cri d'espoir, pour elle comme pour tous les otages. Pour que cesse l'hypocrisie. Pour que s'ouvrent des négociations. Pour que ce cinquième anniversaire de son enlèvement soit aussi l'heure de sa libération.

  • Depuis août 1999, Anna Politkovskaïa s'est rendu plus d'une quarantaine de fois en Tchétchénie pour couvrir la guerre, la seconde qui frappe cette petite République. Pour elle, c'est l'avenir même de la Russie et ses chances d'accéder à une véritable démocratie qui sont en jeu.
    Décrivant le calvaire de la population tchétchène, Anna Politkovskaïa montre que la poursuite du conflit le rend de plus en plus incontrôlable. La violence absolue favorise la minorité tchétchène la plus extrême, au détriment de la majorité acquise aux idées occidentales, et déshumanise les combattants des deux camps. Les militaires russes pillent, violent et tuent en toute impunité, les combattants tchétchènes sombrent dans la délation et les règlements de comptes, dévorés par le désir de vengeance d'un côté, et les exigences cyniques de la survie de l'autre, basculant parfois dans la criminalité pure et simple.
    Pour elle, cette spirale infernale trouve son origine dans la tradition d'un pouvoir qui a besoin d'un ennemi - bouc émissaire - pour lui faire porter le poids des malheurs - réels - des Russes dans la difficile période du postcommunisme.

  • Rigoberta menchú appartient à l'une de ces nombreuses communautés indigènes soumises et refoulées depuis la conquête espagnole.
    Mais, dans les années 80, l'émergence d'un réveil identitaire et revendicatif les conduira à se joindre aux mouvements de guérilla. la riposte de l'armée guatémaltèque est foudroyante; elle déclenche une véritable campagne d'extermination.
    Rigoberta menchú raconte ici à elisabeth burgos, ethnologue et elle-même latino-américaine, d'abord les moeurs et les croyances de la communauté dans laquelle elle est née, au sein d'une famille nombreuse, puis la prise de conscience et l'engagement révolutionnaire de ses parents, en particulier vicente menchú, héros historique de cette lutte, ensuite son départ en exil au mexique oú elle a lutté pendant de nombreuses années pour le respect des droits de l'homme au guatemala.

    Il ne s'agit pas ici d'un document comme tant d'autres sur les luttes révolutionnaires du tiers-monde. ce livre n'est pas un inventaire d'atrocités. pour la première fois depuis la conquête espagnole, on entend la voix de l'autre amérique latine, avec ses profondeurs lyriques et bibliques. et l'extraordinaire personnalité de rigoberta menchú, fécondée par sa rencontre avec elisabeth burgos, sa générosité, son sens de la justice et le don de soi qui confine à la sainteté, font de ce livre aux accents franciscains un grand livre d'amour.

    En 1992, rigoberta menchú a obtenu le prix nobel de la paix.

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