Sciences humaines & sociales

  • La voie humide

    Coralie Trinh Thi

    • Au diable vauvert
    • 17 Mars 2022

    Construit sur la structure initiatique du Tarot de Marseille, à la fois récit de formation et témoignage acéré sur un moment de notre histoire politique et culturelle, La Voie Humide est la chronique d'une jeune fille très tôt indépendante, qui va exercer des choix et les assumer pour devenir cette femme libre qui pratique le sexe comme un épanouissement personnel.
    De l'enfance, l'école et l'apprentissage de la lecture à la découverte du sexe, des premières expériences du porno et de la caméra à la succession des tournages, de la culture rock et gothique à la consécration comme star internationale du X, de la complicité avec Virginie Despentes à la rencontre quasi initiatique avec Jodorowsky, La Voie Humide se lit dans la passion, avec une affection toute particulière pour une jeune femme qui se veut, et demeure, libre et intègre.
    C'est un grand livre sadien, un pavé rebelle dans la mare des fauxsemblants et du prêt à penser. Coralie réussit à atteindre la vérité d'un genre délicat, sans aucune trace de complaisance, ni envers elle, ni envers son époque.
    Un livre qui a fait date et qui fait écho aujourd'hui.

  • Le jour où le monde a tourné

    Judith Perrignon

    • Grasset et fasquelle
    • 16 Mars 2022

    « Le Royaume-Uni des années 1980. Les années Thatcher. Elles sortent toutes de là, les voix qui courent dans ce livre, elles plongent au creux de plaies toujours béantes, tissent un récit social, la chronique d'un pays, mais plus que cela, elles laissent voir le commencement de l'époque dans laquelle nous vivons et dont nous ne savons plus comment sortir.
    C'est l'histoire d'un spasme idéologique, doublé d'une poussée technologique qui a bouleversé les vies. Ici s'achève ce que l'Occident avait tenté de créer pour panser les plaies de deux guerres mondiales. Ici commence aujourd'hui : les SOS des hôpitaux. La police devenu force paramilitaire. L'information tombée aux mains de magnats multimilliardaires. La suspicion sur la dépense publique quand l'individu est poussé à s'endetter jusqu'à rendre gorge. La stigmatisation de populations entières devenues ennemis de l'intérieur.
    Londres. Birmingham. Sheffield, Barnsley. Liverpool. Belfast. Ancien ministre. Leader d'opposition. Conseiller politique. Journaliste. Ecrivain. Mineur. Activistes irlandais. Voici des paroles souvent brutes qui s'enchâssent, s'opposent et se croisent. Comment ne pas entendre ces quelques mots simples venus aux lèvres de l'ancien mineur Chris Kitchen comme de l'écrivain David Lodge : une société moins humaine était en gestation ?
    Comment ne pas constater que le capitalisme qui prétendait alors incarner le monde libre face au bloc soviétique en plein délitement, est aujourd'hui en train de tuer la démocratie ?
    Quand la mémoire prend forme, il est peut-être trop tard, mais il est toujours temps de comprendre. ».
    J.P

  • À la différence de son encombrante rivale, Agnès Sorel, l'épouse de Charles VII, Marie d'Anjou reste dans l'ombre de l'Histoire. Elle n'est pas la seule. La plupart des souveraines des XIVe et XVe siècles sont tombées dans l'oubli, à l'exception d'Isabeau de Bavière et d'Anne de Bretagne, ancrées dans la mémoire de la « nation France », l'une par le rôle politique qu'elle joua, l'autre par son statut mythifié de dernière duchesse de Bretagne. Or, bien avant Catherine ou Marie de Médicis, ces femmes ont joué un rôle essentiel pour la Couronne, non seulement parce qu'elles portaient les destinées de la dynastie, mais encore parce qu'elles incarnaient la majesté royale. Murielle Gaude-Ferragu redonne ici une mémoire à ces reines oubliées et s'interroge sur la véritable nature de leur pouvoir au sein de la cour et du royaume de France.

  • Vagabondes, voleuses, vicieuses

    ,

    • Pocket
    • 24 Février 2022

    Luce : « vagabonde » ; Adèle : « voleuse » ; Émilienne : « vicieuse ». Trois mots, qui valent rappel à l'ordre, réquisitoire, sanction. Ou comment le langage, le système éducatif, la psychiatrie et l'institution judiciaire construisent le féminin, en lui opposant des contre-modèles. Dans les années 1950 et 1960, une adolescente a tôt fait de virer « mauvaise fille » : un flirt, une sortie au bal ou au café, voire une simple fugue de quelques heures peuvent suffire à enclencher l'engrenage judiciaire, qui la conduit devant le juge des enfants. Beaucoup seront ensuite placées en internat, hospitalisées, ou emprisonnées. Un mécanisme que Véronique Blanchard dévoile à travers l'analyse de centaines de documents exhumés des archives du tribunal pour enfants de la Seine. Les voix des jeunes filles qui en surgissent racontent autant de trajectoires brisées, de rêves réprimés - et de révoltes indomptées. Elles nous plongent dans les coulisses de la fabrique du genre et des inégalités. Car si les lois ont évolué, si les regards portés sur le genre ont changé, si les adolescentes d'aujourd'hui ne portent plus les mêmes prénoms, certains mécanismes, eux, perdurent : ces voix n'ont aujourd'hui rien perdu de leur force subversive.

  • Le visage de nos colères

    Sophie Galabru

    • Flammarion
    • 16 Février 2022

    Dans l'espace public et notre quotidien, la colère affiche de multiples visages. Systématiquement discréditée, au point d'être ridiculisée, elle ne cesse pourtant de gronder - et nous redoutons son tumulte. Que faire de nos colères?Quand on nous incite à cultiver une attitude docile et à étouffer nos colères, afin de nous rendre plus désirables, c'est au silence que l'on nous habitue, voire au renoncement. Mais pour nous défendre face aux agressions intimes et politiques, comme pour garantir notre liberté, pourquoi ne pas puiser dans ces colères créatrices, celles des artistes et des minorités en lutte pour leur liberté? Ces colères sont en nous - encore faut-il apprendre à les habiter. En disséquant cette émotion défendue, Sophie Galabru construit une philosophie émancipatrice et stimulante pour affronter l'intolérable, et propose un manifeste puissant:la colère, loin d'être destructrice ou haineuse, pourrait bien être la clé de notre vitalité.

  • Le semeur d'yeux : sentiers de Varlam Chalamov

    Luba Jurgenson

    • Verdier
    • 10 Février 2022

    Ce livre est le fruit d'une longue expérience : celle de la lecture de Varlam Chalamov, écrivain majeur du xxe siècle qui fut aussi témoin d'une de ses réalités les plus sombres : le Goulag.

    Témoignage ? oeuvre d'art ? Chalamov semble répondre par une formule fulgurante : « Ce qui devient grand dans l'art c'est ce qui, au fond, pourrait se passer d'art. ».

    Saisir un tel acte de création dans son émergence est l'ambition de cet ouvrage qui n'élude pas la dimension subjective des interprétations proposées. Les « clefs » offertes par Chalamov n'ouvrent pas tout, pas tout de suite. Aussi cette lecture suit-elle les sentiers tortueux par lesquels l'oeuvre s'est construite. Elle épouse les détours, les va-et-vient d'une pensée à la chronologie bouleversée, au gré d'une mémoire fragmentée, censurée - celle des camps.

    Et avec horreur j'ai compris que j'étais invisible à quiconque qu'il fallait semer des yeux que le semeur d'yeux devait venir !
    Vélimir Khlebnikov

  • Le matin nous appartient-il encore ? Dans cette variation tout à la fois profonde et divertissante, il apparaît comme un enjeu résolument contemporain.
    Le matin est représentatif de notre rapport schizophrène au temps, un temps que beaucoup préfèreraient passer à l'horizontal mais que de présumées bonnes moeurs - la morale, la religion ou la société capitaliste - ont imposé comme vertical ; où l'intimité du quotidien côtoie sans résistance le tumulte du monde.
    Un temps également saturé d'images qui ont façonné nos comportements : la publicité, les séries télé, l'art ou la littérature ont construit des représentations d'un matin tantôt homogène, rassurant et familial tantôt solitaire, routinier et banal.
    Travaillé ou contraint pour les uns ; amoureux ou créatif pour les autres : nous ne sommes pas tous égaux aux premières heures du jour, et entre " double journée " et walk of shame, les femmes semblent tout particulièrement touchées par les clichés tenaces et les injonctions contemporaines nouvelles.
    Autour de la même table du petit-déjeuner, ce livre énergisant, le premier consacré au matin, réunit Georges Perec et les Chocopops, Albert Cohen et Angela Merkel, Marc Aurèle et Jean-Jacques Goldman, avec une ambition : montrer autrement ce que chacun de nous voit tous les jours sans jamais le voir véritablement.

  • C'est depuis les grands territoires déserts et montagneux que nous observons des villes croître à en perdre la raison. Dans ces chroniques proches du nature writing, Ellen Meloy exprime avec un humour décapant sa vive critique de la société capitaliste, du rapport marchand à la nature ou encore des politiques de croissance et d'épuisement des ressources naturelles. La journaliste et écrivaine des grands espaces américains donne à entendre la densité des enjeux politiques qui traversent ces territoires : destruction des habitats, lien avec les peuples natifs, immensité et solitude inhérentes à ces espaces.

    Un texte sans concession qui remet à sa place l'humain comme être de passage face à la puissance de ces lieux, préfacé par l'autrice de Brokeback Mountain, Annie Proulx.

  • La voyageuse de nuit

    Laure Adler

    • Librairie generale francaise
    • 6 Octobre 2021

    C'est un carnet de voyage au pays que nous irons tous habiter un jour, cette contrée qu'on ne sait comment nommer : la vieillesse ? Les mots se dérobent. Aurait-on honte, dans notre société, de prendre de l'âge ?
    Plus de cinquante après l'ouvrage magistral de Simone de Beauvoir sur la vieillesse, je tente de faire éprouver ce qui est l'essence même de notre finitude.
    Ce livre n'est en aucun cas un guide pour bien vieillir, mais la description subjective de ce que veut dire vieillir, ainsi qu'un cri de colère contre ce que la société fait subir aux vieux. La vieillesse demeure un impensé. Simone de Beauvoir avait raison : c'est une question de civilisation. Continuons le combat !
    L. A.

  • Ou peut-être une nuit ; inceste : la guerre du silence

    Charlotte Pudlowski

    • Grasset et fasquelle
    • 29 Septembre 2021

    Charlotte Pudlowski avait 26 ans quand sa mère lui a appris qu'elle-même, enfant, avait subi un inceste. Sous le choc, la jeune journaliste s'est alors interrogée : Pourquoi un si long silence ? Pourquoi sa mère, dont elle est si proche, n'a-t-elle pas pu lui parler plus tôt ? Et comment peut-on si mal connaître une violence qui concerne 7 à 10% de la population, soit 2 à 3 enfants par classe de CM2 en moyenne ?
    Alors Charlotte Pudlowski a décidé de comprendre. Pendant deux ans, elle a rencontré des victimes, lu, cherché des explications auprès d'experts, sollicité ses proches. Ce travail à la fois intime et sociétal a donné lieu à un podcast diffusé à l'automne 2020 et au retentissement considérable : près d'un million d'écoutes, des milliers de victimes sorties de la honte, comprenant les mécanismes du silence autour de l'inceste. Puis la publication du livre événement de Camille Kouchner, La Familia Grande, a déclenché un débat qui secoue désormais toute la société. Le mouvement metooinceste va-t-il enfin donner lieu à des lois, ou la chape de silence va-t-elle retomber sur ce fléau si tabou ?
    Dans cette enquête choc, l'autrice montre à quel point les mots peuvent être l'arme et le rempart face à la violence, et tisse le fil de son histoire intime pour explorer la nouvelle frontière du féminisme : celle de l'abus des enfants par les pères, frères, oncles, cousins, un abus systémique, noyau structurant du patriarcat. Si l'on accepte de voir la nature de l'inceste et son ampleur, c'est tout l'ordre social dans lequel nous vivons qui doit être renversé.
    Finesse littéraire, rigueur, profondeur de l'analyse : un ouvrage nécessaire et magistral.

  • Voyages et aventures de l'esprit

    Alexandra David-Néel

    • Albin michel
    • 30 Juin 2021

    Voici des textes inédits d'Alexandra David Neel, retrouvés par Marie-Madeleine Peyronnet et Marc de Smedt dans sa maison de Digne où elle termina ses jours en 1969. Ce recueil est d'autant plus intéressant qu'il couvre tout le champ de son existence aventureuse, de la Belgique à la Tunisie, de la Corée au Japon, du Sikkim à l'Indochine, de l'Inde au Tibet. Toute sa philosophie se trouve exposée ici, ainsi que sa réflexion spirituelle alimentée par la rencontre de grands maîtres et ermites en Orient et par les textes sacrés qu'elle traduisait ellemême. A la suite de ces vingt-deux écrits essentiels, on lira le vibrant hommage posthume qu'adressa l'actuel Dalaï-Lama en 1982 à cette grande dame de l'esprit.

  • Lakota woman : ma vie de femme sioux

    Mary Crow Dog

    • Albin michel
    • 9 Juin 2021

    Mary Crow Dog est une Indienne, de la nation Sioux Lakota. Née en 1954, elle grandit sur une réserve du Dakota du Sud dévastée par le chômage et l'alcoolisme. Cette violence du quotidien conjuguée au racisme ordinaire l'amènent, à l'adolescence, à rejoindre l'American Indian Movement. Elle est ainsi de ceux qui, encerclés par l'armée et le FBI, occupent Wounded Knee en 1973. C'est là qu'elle met au monde son premier enfant et devient pour les siens OhitiKa Win - « Femme Brave ».
    Publié pour la première fois en 1990 et récompensé par l'American Book Award, ce témoignage poignant est sans équivalent dans la littérature indienne. La voix de Mary Crow Dog, décédée en 2013 à l'âge de 58 ans, reste unique, elle qui raconta avec une violence et une noblesse sans égales le parcours d'un peuple à la redécouverte de lui-même, dans une Amérique qui cherche à l'ignorer. Elle fut aussi la première à évoquer la vie des femmes indiennes dans l'ombre des hommes « braves », et son combat reste une source d'inspiration pour toutes celles qui, de par le monde, continuent à se battre pour leurs droits.

  • La mule que Leonardo tient par la bride trébuche, s'ébroue et souffle. Depuis qu'ils ont passé Lyon, la route est à la fois plus fréquentée et plus facile. Il n'empêche que deux mois de voyage ont fatigué les bêtes et les hommes aussi.
    « J'étais encore dans l'atelier de Verrocchio, à cette époque, commence Leonardo. Je m'en souviens comme si c'était hier... » D'Homère à Picasso et Lee Miller, de l'Antiquité au XXIe siècle, du Japon à l'Amérique en passant par l'Europe, vingt et un artistes vivent sous nos yeux un tournant dans leur existence, un moment décisif pour l'élaboration de leur oeuvre.

    Dans la lignée de son précédent ouvrage Vincent qu'on assassine, consacré aux deux dernières années de la vie de Van Gogh, l'auteur montre à travers ces nouvelles les plus grands créateurs aux prises avec les instants qui scellent leur destin.

  • Antimatrix

    Alessi Dellaumbria

    • La tempete
    • 30 Avril 2021

    Ce livre suit le même fil conducteur qu'un roman noir - une des dernières formes de récit qui arrivent à nous parler vraiment du monde. La narration se construit ici comme une enquête qui, à force de rassembler des éléments épars et désordonnés voit se profiler une certaine cohérence, transparaissant à travers le brouillage spectaculaire.

    Dans ce monde où nous ne voyons plus que des choses et non des liens, et où inversement rien ne doit échapper aux dispositifs de capture du capital et de l'État, les angles morts n'auront jamais été aussi vivants. Le narrateur d'Antimatrix se tient dans l'un de ces angles morts.

  • Vivre en couple est tout sauf évident. Et les choses se compliquent encore lorsqu'il s'agit de faire coexister l'amour avec la conviction profonde que nous vivons dans une société où l'égalité entre les hommes et les femmes est loin d'être atteinte.
    Le féminisme martèle que « le privé est politique » : les dynamiques genrées ne s'arrêtent ni au premier baiser, ni sur le pas de la porte, et il peut être extraordinairement difficile de vivre sereinement ses convictions féministes tout en étant en couple avec un homme !
    De la charge mentale aux relations toxiques en passant par le rapport à la sexualité et l'envie (ou la non-envie) d'enfants, cet ouvrage se pense comme un guide léger et utile pour naviguer dans le couple hétéro sans avoir l'impression d'envoyer son féminisme au tapis.

  • Jenny Bel'air, une créature

    François Jonquet

    • Points
    • 22 Avril 2021

    Jenny Bel'Air. Née Alain Sepho, célèbre physionomiste du Palace, icône transgenre des envoutantes nuits parisiennes des années 70 et 80. Avec grâce et lucidité, François Jonquet témoigne de l'ascension de ce personnage de la scène Underground. Il part à la recherche du mystérieux pouvoir de celle qui régna sur ces années folles. Dans ce récit haletant, les grandes figures de l'époque sont ramenées à la vie. Voici le destin d'une créature, intense témoignage d'une manière de revendiquer sa différence avec audace.

  • Le partage d'Orient

    Sophie Makariou

    • Stock
    • 7 Avril 2021

    « En 1974 la guerre est entrée dans ma vie. Elle m'a poussé d'un coup vers un rebord de moi-même que je n'aurais peut-être jamais découvert si mon père avait été simplement français. ».

    En 1974, la plus orientale des îles méditerranéennes est violemment déchirée. Chypre, envahie par la Turquie, est partagée en deux territoires. Le père de l'auteure, l'aîné des Makariou, ne s'en relèvera pas. Comment réparer une telle blessure ?
    Historienne d'art, spécialiste d'art islamique, Sophie Makariou a voué sa vie à ce que son histoire familiale lui semblait lui donner pour ennemi : « la Turquie », et au-delà l'Orient et l'Islam. Elle fait oeuvre de mémoire pour comprendre, s'attache à connaitre pour réparer.
    Ce récit, écrasé de soleil et teinté de sang, tisse et détisse, dans l'amour et l'inquiétude, un « monstrueux accroc », une identité déchirée comme l'a été Chypre. Entrecroisant les parfums et les sons sur la trame de l'histoire, l'auteure observe, dans ces pays aimés plus que tous autres - du Liban à la Syrie, en passant par la Turquie -, comment cette partie du monde que l'on nomme l'Orient est au coeur des convulsions de ce siècle.

    « Le pire du cataclysme est encore à venir. Je sais de la même façon qu'il y a quarante-six ans que la table de l'histoire est en train de se renverser. »

  • La fille de Sparte

    Juliette Tournand

    • Le passeur
    • 1 Avril 2021

    Sophocle est considéré comme le père de la philosophie et de la psychologie, le « paradigme de la tragédie » selon Aristote. Il est enseigné dans les écoles au détriment d'Eschyle, qualifié de rustre et dont les tragédies seraient moins abouties. Or, Juliette Tournand démontre avec rigueur et clarté que les tragédies d'Eschyle, L'Orestie notamment, sont des trésors, des oeuvres riches, complexes et nuancées, infiniment plus subtiles que celles de Sophocle qui créa les premiers « blockbusters » au prix de simplifications abusives, notamment envers les personnages féminins.
    Au coeur de L'Orestie, Clytemnestre, la reine meurtrière assassinée par son fils, figure honnie depuis des siècles, se révèle en fait une femme qui a dirigé seule son pays de main de maître, sacrifié sa réputation pour rétablir la justice, puis sa vie pour, posant les fondements de la justice moderne, sauver sa descendance et rendre un avenir à sa cité.
    Par de courts chapitres rythmés et dans une langue fluide et accessible, Juliette Tournand relit L'Orestie sous la plume d'Eschyle, et en dévoile les multiples thèmes entrant en résonance avec les temps présents : la nature, la sagesse, la justice, la théologie, le féminin, la sociologie des foules et de la famille, la psychologie et la psychanalyse et surtout la démocratie. Une oeuvre précieuse à découvrir ou redécouvrir qui se révèle aussi palpitante que les meilleures séries !

  • Ce que je voulais vous dire

    Anaïs Nin

    • Librairie generale francaise
    • 17 Mars 2021

    « J'ai toujours senti cet élan en moi, comparable à celui des plantes pour grandir. Nous possédons tous cet élan, mais il arrive qu'il se brise. Nous avons tous nos empêchements, nos découragements, nos traumatismes. Il s'agit seulement de savoir à quel point nous désirons nous battre afin de surmonter les obstacles. » Dans cette série d'entretiens et de lectures prononcées par Anaïs Nin devant des étudiants entre 1966 et 1973, l'écrivaine nous livre, à la fin de sa vie, une réflexion très personnelle sur divers sujets : la recherche de l'identité, la magie de l'art, la femme et le féminisme... Plus qu'un ouvrage thématique, c'est une synthèse de sa pensée que nous offrent ces textes, empreints d'un constant optimiste, et qui constituent une véritable porte d'entrée privilégiée pour découvrir celle qui marqua son époque par des ouvrages incontournables.
    Établi et présenté par Evelyn J. Hinz.

  • Humeur noire

    Anne-Marie Garat

    • Actes sud
    • 3 Février 2021

    De passage à Bordeaux, la ville où elle est née et où grandir a voulu dire s'émanciper, la ville dont l'opulence bourgeoise et l'arrogante amnésie lui restent comme un caillou dans la chaussure, Anne-Marie Garat se rend avec un sien cousin bordelais au musée d'Aquitaine où, ensemble, ils découvrent l'exposition consacrée à la traite négrière. Et tombent en arrêt devant certain cartel, au langage pour le moins javellisé. «Humeur noire »revient sur la colère qui jaillit face à la malpropreté des mots. En décortiquant avec humour et lucidité sa propre obsession d'écrivaine, Anne-Marie Garat signe un livre étonnamment personnel (et étonnamment réjouissant), sur les traces d'une histoire collective et d'une mémoire intime (trop) longtemps laissée(s) tranquille(s). Intranquille, vivant, pétillant, virtuose, un emportement qui cristallise combien tout est lié, combien «tout» est important.

  • Trois femmes

    Lisa Taddeo

    • Lattes
    • 2 Septembre 2020

    Lina, femme au foyer et mère de deux enfants, enferrée dans un mariage sans passion depuis dix ans, retrouve un ancien amour adolescent et se lance dans une aventure qui, très vite, finira par la consumer.
    Sloane, entrepreneur à succès dans une enclave chic du Nord-Est, supposément épanouie dans son couple libre, va prendre conscience des dynamiques de pouvoir inégales qui régissent son mode de vie.
    Enfin, Maggie, étudiante, noue une relation avec son professeur d'anglais, dont les conséquences bouleverseront son existence.

    Fondé sur huit années de reportage intensif, et narré avec une franchise et un sentiment d'urgence étonnants, Trois femmes est la peinture fondatrice de l'éros dans la société d'aujourd'hui. Il expose avec une profondeur et un pouvoir émotionnel sans précédent la fragilité, la complexité et l'inégalité du désir féminin.

  • Dans ce Petit manuel, Djamila Ribeiro, philosophe et féministe brésilienne, aborde le racisme dans le milieu professionnel et culturel, parle de négritude, de blanchité, de désirs et affects. En dix chapitres courts et impactants, elle présente des pistes de réflexion pour reconnaître les discriminations, prendre conscience de certains privilèges, adopter des pratiques antiracistes et féministes et, ainsi, assumer la responsabilité de faire bouger les choses.
    C'est une pratique qui commence dans les attitudes quotidiennes, et nous concerne toutes et tous. Djamila Ribeiro, chercheuse en philosophie politique, est la référence du mouvement féministe noir, antiraciste, pro-LGBT et antimachiste au Brésil. Chroniqueuse pour la presse et la TV, elle donne des conférences dans le monde entier. Avec un demi-million de suiveurs sur les réseaux sociaux, c'est une activiste de poids.
    Préface de Françoise Vergès, militante féministe décoloniale et politologue. Pratique, direct et fort.

  • En mars 2014, alors que le Front national fait une percée historique dès le premier tour des élections municipales, Saillans, un village de 1?300 habitants dans la Drôme, renverse la table. Des citoyens débutants en politique décident sans programme ni candidat de plancher sur les priorités de la commune. Le succès est immédiat et inattendu. Pour la première fois, des habitants prennent la parole, réfléchissent collectivement à une autre façon de faire vivre la politique locale. La liste citoyenne «?Autrement pour Saillans... tous ensemble?» se constitue. Le 23?mars 2014, elle remporte les élections dès le premier tour avec 56,8?% des voix.
    Depuis six ans, les habitants de Saillans expérimentent un modèle de démocratie citoyenne où les décisions sont prises en concertation. De nouvelles façons d'exercer le pouvoir mais aussi de vivre ensemble. La journaliste Maud Dugrand, originaire du lieu, était la mieux placée pour nous raconter cette histoire.
    À l'heure où se profilent de nouvelles élections, elle fait le bilan d'une expérience sans équivalent, qui répond à sa manière aux aspirations réitérées à une renaissance démocratique.

  • L.A. Bibliothèque

    Susan Orlean

    • Editions du sous sol
    • 16 Janvier 2020

    Près de 500?000 livres partis en fumée, 700?000 autres endommagés. Et un mystère. D'où est parti l'incendie qui a dévasté pendant plus de sept heures la Bibliothèque centrale de Los Angeles le 29 avril 1986?? Était-il accidentel ou s'agissait-il d'un acte criminel?? Les soupçons se portent sur Harry Peak. La journaliste Susan Orlean, auteure du très remarqué Le Voleur d'orchidées (adapté au cinéma), a trouvé dans ce fait-divers le point de départ de sa nouvelle enquête. Au travers d'un thriller haletant, véritable page turner, elle signe un hommage sincère aux livres et à ceux qui les préservent.

    À coup sûr, l'un des documents de ce début d'année qui ne sera pas sans rappeler l'incendie de Notre-Dame.

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