Verticales

  • Carnivale

    Nicole Caligaris

    «C'était sous un ciel bleu, de la couleur de ma carrosserie, par 360° de solitude, comment as-tu pu me faire ça, Cantaloupe? Comment as-tu pu me refiler un secteur pareil, Chérie? J'avais ma pile de contrats posée sur le siège arrière, la prochaine ville était à je ne sais combien de bornes, mon quota n'était pas fait, j'étais dans le rouge, comme tous les mois depuis des mois et c'était le dernier mois de l'année, je ne me plains pas, d'accord, plus qu'un malheureux contrat à placer pour boucler la boucle, mais non, quota ou pas, tout le bureau se casse à heure fixe, on ferme, basta, et moi, je suis coulé, je repars pour une vie sur ces secteurs de misère, laisse-moi un délai, c'est rien, c'est beaucoup, une chance de sortir du cycle, Chérie, le temps de réaliser mon chiffre, je t'en prie, pour clôturer ce compte qui me plombe depuis des années, depuis toujours, depuis que je suis chez Ponzi.»

  • On aime beaucoup, aujourd'hui, les prévisions et bien peu le hasard, on vit, voyage, part même à l'aventure avec des certitudes, alors la chance ne sait où se mettre, elle reste abandonnée là, sur le bas-côté.
    Pourtant, j'ai trouvé en elle une charmante compagne de route - elle, la chance, qui entraîne dans son sillage d'innombrables rencontres et questionnements en tous genres.
    Quant au « où » et au « comment », sachez que tout se déroule dans des camions et voitures, aux côtés de conducteurs qui m'ont prise en auto-stop au fil de leurs contrées sud-américaines, sur un itinéraire de précisément 9356 kilomètres.

  • Croire aux fauves

    Nastassja Martin

    « Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Les limites physiques entre un humain et une bête, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné. » Croire aux fauves est le récit d'un corps-à-corps entre un ours et une anthropologue au Kamtchatka. Et comme Nastassja Martin le souligne immédiatement, c'est une blessure et une renaissance, dont elle sortira en partie défigurée, mais surtout transfigurée. La singularité de son point de vue a toujours tenu à son engagement avec les peuples étudiés - les Gwich'in de l'Alaska puis les Évènes d Kamtchatka -, engagement si total qu'il a parfois aboli les distances soi-disant objectives et soulevé en elle des interrogations vertigineuses.
    Ainsi, avec cet ours, s'est-elle confrontée à une figure essentielle des mythologies locales, « l'âme sauvage », comme si cette bête fauve était le point de collision entre savoirs scientifiques et implication animiste.
    Outre ce motif initial, elle relate les nombreuses opérations subies en Russie à l'hôpital de Petropavlosk, puis en France à La Salpêtrière ou au CHU de Grenoble. Au cours d'une énième hospitalisation, de nouvelles menaces surviennent, une maladie nosocomiale puis un risque de tuberculose. Face à ces sombres perspectives, la rescapée décide de retourner sur les lieux du « baiser de l'ours ». Et c'est dans ce refuge d'une inquiétante familiarité qu'elle approfondit les questionnements qui l'ont assaillie depuis des mois, les met au diapason d'une pleine Nature habitée par des croyances ancestrales et des solidarités élémentaires, mais aussi à l'épreuve des préjugés de certains habitants envers la « miedka » qu'elle est devenue, mi-femme mifauve.
    Ultime stigmatisation qui va nourrir son désir de pousser plus loin encore sa méditation anthropologique.

  • "Je ne sais pas à quoi vous faites allusion. Dans ma maison, il y a sept chambres. Je dormais alternativement dans l'une d'elles. Pas d'autre pièce. Non, pas de cave pas de grenier non plus. Les clés me servaient à ouvrir les portes des chambres, évidemment. Non, je ne sais pas ce qu'elles sont devenues." Qui témoigne ici? Quel est cet homme au passé incertain? Un personnage de fable ou un monstre de fait divers? Que cache son pavillon labyrinthique non loin de la Loire? Et qu'y font ces sept femmes aux pseudonymes obsédants? Captives consentantes ou héroïnes amoureuses? Dans ce récit à plusieurs voix, entre paroles lacunaires et désirs de possession, Anne Luthaud explore jusqu'au vertige, de son écriture épurée et musicale, les tentations et répulsions secrètes qui se jouent entre homme et femme. Jusqu'à la disparition, jusqu'à l'indécidable vérité.

  • Rideau de verre

    Claire Fercak

    'Les taupes ne creusent plus sous terre depuis qu'elles ont perdu l'odorat. Elles ont été asphyxiées, coincées dans leurs propres galeries. Leurs museaux ont cessé de s'allonger en boutoir, leurs petits yeux se sont vidés, et leurs ongles tranchants ont été limés jusqu'à entailler les articulations de leurs mains fouisseuses. Les fontaines sont muettes, leurs abajoues sont gonflées, engorgées de pissenlit. Papa et moi sommes morts ici.'

  • Blanc

    Anne Luthaud

    " Non, tu ne montes pas en haut d'une grue pour jeter le rouleau à la mer, non, tu ne le mets pas dans une bouteille, tu ne disperses pas les lettres au vent pour qu'un homme les trouve et tombe amoureux de toi, non, tu attaches le rouleau avec un filin et tu le donnes à un vieil homme que tu as repéré, toujours assis au même endroit, près d'un bateau en réfection. L'homme lit les lettres, les donne à son fils, qui les donne à sa femme, qui les donne à sa soeur, qui laisse le rouleau sur une table basse. Oui, elle a un jeune chien - il déchire le rouleau, le met en pièces, l'éparpille, elle se fâche, jette les bouts de papier sans les regarder. " Conçu comme un jeu guerrier, Blanc est un jeu de rôles entre deux amants, dans lequel la parole est une arme de destruction individuelle. Une femme impose un scénario à son interlocuteur qui poursuit la fiction devenant nouvelle intrigue... Une joute oratoire, de défi en défi, déroule comme par procuration l'état de leurs propres rapports de force, de couple. Jusqu'en fin de partie.

  • Oscar Rose, bibliothécaire à Heddal, un village norvégien, vit depuis de longues années dans une profonde solitude, hanté par le souvenir de son épouse trop tôt disparue.
    Un matin, quelques mots écrits par une jeune inconnue, étudiante à Paris, vont l'amener à se prêter à un jeu dont il va progressivement devenir le jouet et finalement le passeur. Un jeu de masques au cours duquel se répète, telle une obsession, une seule et unique question : Comment les hommes se lient-ils entre eux ? Reposant sur des faux-semblants d'identité et une relation élective entre deux individus unis par un malentendu, ce magnifique récit explore le mystère d'âmes en quête d'absolu sans déflorer celui de leur rencontre.

  • Garder

    Anne Luthaud

    Histoire d'histoires, des histoires qui s'entremêlent comme les pensées de Pierre, le gardien, qui se croisent, se chevauchent jusqu'à se confondre en un jeu de marabout-de-ficelle menant les personnages d'une mer indéterminée et fondatrice à la précision exaspérante de l'Asie.

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