Stock

  • Batailles

    Alexia Stresi

    Il y a un avant, et un après, dans la vie de Rose. Tout a basculé quand elle avait vingt-sept ans. Le jour où sa mère a manqué à l'appel. Disparition volontaire, selon les mots de la police.
    Brigitte n'a laissé que trois phrases en partant, dont une terrible : « Rose chérie, si tu m'aimes autant que je t'aime, ne me recherche pas. » Elle a aussi écrit qu'elle reviendrait très vite. Cela fait dix ans.
    Aujourd'hui, Rose va mieux. Elle s'est reconstruite. Mais un fait-divers qui secoue la France vient remuer beaucoup de choses : une mère a livré son bébé aux vagues d'une marée montante ; elle est ensuite rentrée chez elle et a repris ses lectures de philosophie.
    Une déflagration. Pour Émile, le vieux pêcheur à pied qui découvre le corps sur la plage. Pour le médecin légiste pourtant aguerri. Même pour les gendarmes en charge de l'enquête. Pour Rose elle-même.
    Celle-ci comprend qu'elle doit désobéir à sa mère et partir à sa recherche.

    Pourquoi est-on si troublé par les faits-divers ? Que nous révèlent-ils de nos vies ?
    Batailles nous entraîne avec virtuosité dans une troublante quête des origines et de la filiation.

  • La beauté du ciel

    Sarah Biasini

    « Un matin de mai, le téléphone sonne, je réponds, "Bonjour, gendarmerie de Mantes-la-Jolie, la tombe de votre mère a été profanée dans la nuit." ».

    Une femme écrit à sa fille qui vient de naître. Elle lui parle de ses joies, ses peines, ses angoisses, et surtout d'une absence, celle de sa propre mère, Romy Schneider. Car cette mère n'est pas n'importe quelle femme. Il s'agit d'une grande star de cinéma, inoubliable pour tous ceux qui croisent le chemin de sa fille.

    Dans un récit fulgurant, hanté par le manque, Sarah Biasini se livre et explore son rapport à sa mère, à la mort, à l'amour. Un texte poétique, rythmé comme le ressac, où reviennent sans cesse ces questions : comment grandir quand on a perdu sa mère à quatre ans ? Comment vivre lorsqu'on est habitée par la mort et qu'elle a emporté tant de proches ? Comment faire le deuil d'une mère que le monde entier idolâtre ? Comment devenir à son tour mère ?

    La réponse, l'auteure la porte en elle-même, dans son héritage familial, dans l'amour qu'elle voue à ses proches, à ses amis, à ces figures féminines qui l'ont élevée comment autant d'autres mères. Le livre de la vie, envers et contre tout.

  • La colère

    Alexandra Dezzi

    « Ce n'est pas de désir dont il s'agit ici, mais plutôt d'un exercice de domination », écrit la célèbre féministe Monique Wittig, citée par l'auteure de ce roman, son deuxième d'une jeune vie d'écrivain. Mais la question résonne autrement : qui domine qui ? Et derrière « cette façade de chair impénétrable », qui se cache-t-il ?

    Sur le ring de boxe où elle s'entraîne, comme sur le ring intime du corps-à-corps, la narratrice, qui semble parfois voltiger au-dessus de son enveloppe corporelle, décide et subit à la fois. Elle est l'héroïne et le sujet. Que ressent-elle des coups, du sexe comme agression ou jouissance, est-elle libre ou prisonnière de son désir ? Et ce désir, dont elle s'évade en longs travellings dans un RER ou un Uber, ce désir fast-food, ce désir comme de l'eau noire où l'on s'enfonce, de quelle origine est-il et de quelle scène primitive jaillit-il ?

    Un roman urbain, féminin, choc et cru, mais dont ni la mélancolie ni même le romantisme noir ne sont exclus.

  • Aria

    Nazanine Hozar

    « Je vais t'appeler Aria, à cause de toutes les douleurs et de tous les amours du monde. ».

    Téhéran, 1953. Par une nuit enneigée, Behrouz, humble chauffeur de l'armée, entend des pleurs monter d'une ruelle. Au pied d'un mûrier, il découvre une petite fille aux yeux bleus, âgée de quelques jours. Malgré la croyance populaire qui veut que les yeux clairs soient le signe du diable, il décide de la ramener chez lui, modifiant à jamais son destin et celui de l'enfant, qu'il nomme Aria.

    Alors que l'Iran, pays puissant et prospère, sombre peu à peu dans les divisions sociales et religieuses, trois figures maternelles vont croiser la route d'Aria et l'accompagner dans les différentes étapes de sa vie : la cruelle Zahra - femme de Behrouz -, qui la rejette et la maltraite, la riche veuve Fereshteh qui l'adopte et lui offre un avenir, et la mystérieuse Mehri, qui détient les clefs de son passé.

    À l'heure où le vent du changement commence à souffler sur l'Iran, Aria, désormais étudiante, tombe amoureuse de Hamlet, un jeune Arménien. Mais, lorsque la Révolution éclate, les espoirs des Iraniens sont rapidement balayés par l'arrivée au pouvoir de l'Ayatollah Khomeini et la vie d'Aria, comme celle du pays tout entier, s'en trouve à jamais bouleversée.

  • Relizane, pendant la guerre d'Algérie. Lorsqu'en pleine nuit, on frappe à la porte, Marcel, le grand-père d'Olivia Elkaim, craint pour sa vie et celles de sa femme et de leurs deux enfants. On lui enfile une cagoule sur la tête, il est jeté dans un camion et emmené dans le désert. Va-t-il être condamné à mort ou gracié ? Il revient sain et sauf à Relizane trois jours plus tard, et ses proches se demandent quel est le secret de ce sauf-conduit. A quoi a-t-il collaboré ? Quels gages a-t-il donné et à qui ? Viviane, son épouse, ses frères, sa mère, ses voisins, tous questionnent le tailleur juif. Mais il garde le silence. Quand un jeune apprenti arabe se présente devant son échoppe, Marcel comprend que tôt ou tard, il lui faudra quitter son pays natal.

    Après ce début d'une folle intensité romanesque, Olivia Elkaim retrace l'histoire de sa famille, l'exil des siens, leur arrachement à cette terre africaine, et leur fuite chaotique vers une France où rien ne les attend - ni confort, ni sympathie, ni même aucune aide administrative.

    Ces valeureux que le soleil caressait il y a peu, deviennent des réprouvés qui ne connaîtront que l'ombre d'une cave humide à Angers. Les grands-parents d'Olivia Elkaim, Viviane et Marcel, sont deux magnifiques personnages, entre Albert Cohen et Anna Magnani, qui ne cesseront de rêver d'échapper à cette triste France.

    Au-delà de tout ce que nous savons du retour d'une famille pied-noire en métropole, au-delà du drame humain, familial, politique, souvent commenté par les historiens, Olivia Elkaim explore sa part algérienne, juive, lyrique, à la fois enchantée et hantée, que son père Pierre avait tenté en vain de lui transmettre.
    Par ce livre qui rend hommage à ses ancêtres, et à travers la photographie jaunie d'une grand-tante, retrouvée par hasard dans le cimetière juif de Relizane, elle se révèle aussi à elle-même.

  • À 39 ans, Frances Jellico s'apprête à vivre son premier été de liberté. Enfin délivrée de son tyran de mère, Frances a été missionnée pour faire l'état des lieux du domaine de Lyntons. Jadis somptueuse propriété au coeur de la campagne anglaise, Lyntons est désormais un manoir délabré qui peine à se relever des années de guerre.
    Dès son arrivée, Frances réalise qu'elle n'est pas la seule occupante des lieux : Peter et Cara, un couple aussi séduisant que mystérieux, sont déjà installés. Lorsqu'elle découvre un judas dans le plancher de sa chambre - qui lui offre une vue plongeante sur leur salle de bains - sa fascination pour eux ne connaît plus de limites.
    Ses voisins se montrent très amicaux, et plus les jours passent, plus Frances se rapproche d'eux. À mesure que l'été se consume, que les bouteilles de vin se vident et que les cendres de cigarettes se répandent sur le vieux mobilier, Frances commence à entrevoir le passé tourmenté de Cara et Peter. La vérité laisse place au mensonge, les langues se délient, les souvenirs ressurgissent, au risque de faire basculer cet été 1969.

  • Une femme et un homme, nés au mitan du XXe siècle au Chili. Elle, Carmen, fille de la bourgeoisie, vit à Santiago ; lui, Teo, a grandi dans les mines de salpêtre au nord du pays. Tout les oppose. Mais voilà que le Chili gronde. Les mouvements révolutionnaires des années soixante secouent les corps et les consciences. Après l'élection d'Allende et la ferveur de l'Unité populaire, viendra le coup d'État du 11 septembre 1973, et avec lui, la violence de la dictature. Pour Carmen et Teo, la vie rime avec engagement, lutte, épreuves et exil. En ligne de mire un ennemi : Pinochet. Et un espoir : la liberté.
    Flamboyant, enlevé et virtuose, voici le roman vrai de deux héros qui n'ont jamais renoncé à leurs idéaux et continuent de nous inspirer aujourd'hui.

  • La mère morte

    Blandine de Caunes

    Une mère, âgée mais indépendante, se trompe de jour, de lieu de rendez-vous avec ses filles, achète des objets superflus et coûteux, oublie dans le coffre de sa voiture les fruits de mer bretons, et se lève la nuit, croyant partir pour une destination inconnue.

    Cela pourrait être drôle, si ce n'était une maladie mentale due à l'âge, et surtout si cette femme si confuse n'était pas la romancière Benoîte Groult, la mère de l'auteure de ce livre d'une force rare. Benoîte Groult, luttant, jouant avec sa propre fin, mais refusant avec rage de céder à la fatalité et à la vieillesse, elle qui a été une militante de l'association « Pour le droit de mourir dans la dignité ». Voici la femme intime, plus que la femme publique, ici telle qu'on ne la connaît pas, et qui écrivait : « Dans la vie, deux mondes se côtoient : celui des gens qui vont vivre et celui des gens qui vont mourir. Ils se croisent sans se voir. » Benoîte s'éteint en juin 2016 à Hyères, à 96 ans. Écrivaine comblée, mère et grand-mère heureuse, femme de combats remportés. Mais ce que ce livre raconte, ce n'est pas juste le deuil hélas ! prévisible d'une mère admirée et aimée, mais un double deuil : voici le terrible sens du titre, La mère morte. « Maman, mon dernier rempart contre la mort. Bientôt, ce sera moi le rempart pour ma fille ».

    Le 1er avril 2016, la fille de Blandine de Caunes, Violette, 36 ans, meurt dans un banal accident de voiture, laissant orpheline sa fille Zélie. L'ordre du monde est renversé : Benoîte s'accroche à la vie, Blandine sombre, Violette n'est plus.

    De Benoîte Groult, sa fille a hérité l'humour et la force vitale. Ce livre n'est pas triste, au contraire. C'est une réconciliation entre trois générations de femme qui partagent le « même amour forcené pour la vie, toujours plus forte que tout », le credo de Benoîte qu'elle a transmis à sa fille.

  • Marcher jusqu'au soir

    Lydie Salvayre

    • Stock
    • 3 Avril 2019

    L'humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d'une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s'est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d'intimidation, tout en faisant l'éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

  • La marcheuse

    Samar Yazbek

    Rima aime les livres, surtout Le Petit Prince et Alice au pays des merveilles, le dessin et... marcher. La jeune fille, qui ne parle pas, souffre d'une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté, dès qu'elle se met à marcher elle ne peut plus s'arrêter.
    Un jour d'août 2013, alors qu'elle traverse Damas en bus, un soldat ouvre le feu à un check-point. Sa mère succombe sous les balles et Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier avant que son frère ne la conduise dans la zone assiégée de la Ghouta. Et c'est là, dans cet enfer sur terre, que Rima écrit son histoire.
    À travers la déambulation vive et poétique de cette adolescente singulière dans l'horreur de la guerre, Samar Yazbek continue son combat pour exposer aux yeux du monde la souffrance du peuple syrien.

    Traduit de l'arabe (Syrie) par Khaled Osman

  • Grande, efflanquée mais redoutablement musclée, Miss Amelia Evans inspire le respect de ses concitoyens : on apprécie autant l'alcool qu'elle distille clandestinement que ses talents de guérisseuse. Mais elle est aussi bien mystérieuse...
    Pourquoi a-t-elle chassé de chez elle l'homme qu'elle avait épousé seulement quinze jours plus tôt ? Et quel rôle tient auprès d'elle ce cousin bossu venu de nulle part ?
    Dans ce recueil de nouvelles que Tennessee Williams qualifia de « chef-d'oeuvre », Carson McCullers montre toute l'étendue de son incroyable talent.

    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacques Tournier préface d'Eva Ionesco.

  • « Il suffit de voir une petite fille habillée de rouge, panier sur le bras, pour sentir la présence de la galette et du loup. Il suffit aussi, désormais, d'ouvrir un congélateur pour craindre la découverte d'une nurserie macabre, de croiser une joggeuse pour voir un halo en sursis fluo. Le cours de la Vologne nous inquiète tout autant qu'une maison de pain d'épices. Il y a le petit Poucet et le petit Grégory, la pantoufle de vair et le pull-over rouge. Les faits divers sont là. Dans nos vies, dans nos représentations, nos blagues, nos mots, nos craintes nos réflexes, dans nos imaginaires.
    À première vue, tout semble avoir déjà été dit et redit sur eux. Bien des théories que l'on a proposées à son sujet (politiques, sociologiques, psychanalytiques, etc.), si brillantes soient-elles, parlent cependant de tout sauf d'une chose pourtant essentielle : la façon tout à fait originale dont les faits divers nous marquent, nous imprègnent une fois la sidération passée, la manière dont on les « vit » existentiellement, dont ils persistent. À force de regarder du côté des causes, des conséquences, de l'origine, de la structure, du rôle, de l'utilisation, on en vient à ne plus voir le fait divers tel qu'il fait effet. C'est pourquoi, il faut aussi décrire l'empreinte, l'écho, la fragrance que les faits divers laissent dans notre monde, en chacun de nous. C'est l'objet de ce livre qui à travers l'étude des objets, des héros, des lieux, du style des faits divers cherche à expliquer la place considérable qu'ils occupent dans notre existence. » Mara Goyet

  • Depuis son exil, Samar Yazbek est retournée clandestinement trois fois en Syrie en s'infiltrant par une brèche à la frontière turque. Au-delà du besoin de retrouver son peuple et son pays, Samar Yazbek ressent l'urgence de témoigner. Elle est le seul auteur syrien à se rendre dans la région d'Idib (au nord-ouest du pays) où elle est accueillie par une famille dont on suit le destin.
    À chacune de ses visites, elle vit de l'intérieur l'horreur de la révolution, la montée du jihadisme, puis l'afflux croissant des jihadistes étrangers qui viennent littéralement voler aux Syriens leur révolution. Au mépris du danger, elle multiplie les rencontres : femmes, enfants, rebelles, civils en armes mais aussi jihadistes. Chacun a une histoire unique à raconter, leurs destins croisés forment peu à peu la toile de fond de ce récit.
    Au coeur de cette folie, Samar Yazbek découvre aussi la réalité profonde de l'exil : ce n'est pas simplement être « dehors », c'est être nulle part. Et, chaque fois que vient l'heure du départ, Samar sent monter l'angoisse d'abandonner ses amis derrière elle. Ils l'encouragent pourtant à partir. « Ne meurs pas ici », lui dit une femme, « pars tant que tu le peux et demeure ce fil qui nous relie au monde ».

  • La gaieté

    Justine Lévy

    « C'est quand je suis tombée enceinte que j'ai décidé d'arrêter d'être triste définitivement, et par tous les moyens. » Louise, la narratrice du dernier et attendu livre de Justine Lévy, a les doutes, les angoisses, les fièvres, les mélancolies, les suées et les violences qu'elle avait par ailleurs, dans les autres romans de l'auteur. Elle avance, du bleu à l'âme, du noir au coeur, avec « papa maman » comme viatique, tombe et se relève. La tristesse s'accroche à elle et l'entraîne vers le fond. Jusqu'au jour où. Louise, fille d'une mère tragiquement abîmée et d'un père trop aimé, attend un enfant de son mari Pablo.
    Comment aimer ses enfants ? Trop, pas assez, trop fort, trop intense ? Et que faut-il transmettre ?
    C'est là le sujet fort, universel, de ce roman-vrai, celui de la chute et de l'espoir, ce sujet que nous connaissons tous, de l'enfant au centre de nos vies. C'est alors, aussi, que cette jeune adulte cousue d'enfance devient mère. Dans les sourires, les regrets, les larmes, les énervements, les chocs minuscules de la vie quotidienne, les secrets de famille et les belles-mères à la Cendrillon surgies du passé, Louise apprivoise la vie, comme une caresse.

  • Un matin pour la vie, un dimanche matin comme les autres. Nicole est tirée de son sommeil par le téléphone, fait étrange, si tôt un dimanche, pour cette jeune femme à la vie exemplaire d'héroïne de Sagan. Son amie lui apprend la fin du monde : un missile est lancé vers Paris. San Francisco et Léningrad sont déjà effacés de la carte. Il ne lui reste plus qu'une heure à vivre. Que fait-on dans ces cas-là ? À qui pense-t-on ?
    Rémi Pelletier laisse sa femme et ses enfants en vacances, il va passer le mois d'août seul à Paris. Cette perspective l'enchante, il peut enfin regarder tranquillement les matchs de football à la télévision. Et pourtant qui va lui recoudre les trois boutons qu'il vient de perdre ? Il ne voudrait pas avoir l'air débraillé lundi au bureau sous prétexte que sa femme n'est pas là. Il y a bien la voisine, Olga, une amie de son épouse, qui a une tête d'oiseau, une voix d'oiseau. Mais on ne peut quand même pas demander à une presque inconnue de recoudre ses boutons sans un minimum de civilité, n'est-ce pas ?
    En plus du déjà merveilleux Musiques de scènes, sont rassemblées ici cinq autres nouvelles inédites Un matin pour la vie, Histoire d'août, Rupture, Macho, Menu. Histoires courtes, croustillantes et dôles que Françoise Sagan sait si bien mettre en scène. Un pur délice.

  • À Cardin, petite ville du Nord, Guéret emprunte chaque soir le même chemin pour rentrer de l'usine, et chaque soir, c'est le même chien qui l'accompagne jusqu'à sa pension. Ce chien serait son unique compagnon s'il n'y avait Nicole, jeune ouvrière qui rêve de mariage. Nicole est désirable et attentionnée, mais tellement frivole que Guéret lui préfère Maria, sa logeuse quinquagénaire. Hélas, celle-ci ne lui exprime qu'indifférence et mépris ; jusqu'au jour où un meurtre sanglant est commis.
    Maria a tôt fait de prendre son piètre locataire pour l'auteur du crime. Elle le regarde enfin. Bien plus, elle le respecte et l'admire. Guéret, trop heureux d'avoir enfin ses faveurs, ne la détrompera pas. Un jeu de dupes s'instaure alors entre eux. Jusqu'où cette imposture mènera-t-elle Guéret ? S'il se dévoile, ne risque-t-il pas de perdre l'amour de Maria, de tout perdre ? Seul témoin de cette relation qui peut en pressentir la douloureuse fin : le fidèle chien couchant.
    Dans ce livre, Sagan tente une gageure. Le chien couchant est un texte inattendu. Loin de Paris, de la frivolité mondaine et des drames amoureux bourgeois, l'auteur de Bonjour tristesse inscrit son roman dans le milieu prolétaire, s'approprie sa rudesse et sa morosité. Plus d'artifices, seulement d'honnêtes gens pris au piège d'amours farfelues et de rêves ambitieux. C'est alors avec un réel plaisir que l'on découvre de façon insolite ce qu'on aime tant chez Sagan : on trompe l'ennui comme on peut, on aime en trichant un peu. Un livre délicat sur la question de l'amour sincère et de sa mise à nu.

  • La femme fardée

    Françoise Sagan

    • Stock
    • 15 Juin 2011

    À bord du Narcissus, la croisière organisée en l'honneur de la diva Dorriaccie revêt des allures de drame amoureux. Des passions secrètes se tissent au sein de la cohorte de bourgeois réunis et rompent la tranquillité mondaine. Il y a Olga Lamouroux, starlette française, dernière protégée du cinéaste Simon Béjart ; la riche Edma Bautet-Lebrêche et son ennuyeux mari Armand ; Julien Peyrat, commissaire-priseur plein de charme ; le jeune Andréas Fayard, gigolo professionnel et, enfin, Éric Lethuillier, à la tête d'un journal « de gauche », accompagné par sa timide épouse Clarisse. Sous l'emprise de son mari, cette dernière tente vainement de dissimuler sa fragilité sous un maquillage outrancier. Elle est « la femme fardée » qui intrigue autant qu'elle émeut. Alors qu'Éric s'affiche publiquement en compagnie d'Olga, Clarisse succombe à la passion adultère dans les bras de Julien. La tension monte et les poses mondaines, insuffisantes à dissimuler les sentiments abjects, deviennent aussi tristes que burlesques. Scandés par des airs d'opéra, les masques tombent les uns après les autres, faisant retentir une seule question : l'orgueil bourgeois laisse-t-il une chance à l'amour ?
    Dans La femme fardée, c'est le drame qui affleure à chacune des pages. Sans jamais éclater, la tension est palpable et ne connait pour unique catharsis que la musique, parfois lascive, souvent violente.
    On y retrouve le ton enlevé et décapant de Françoise Sagan. Avec un regard amer sur les hautes sphères bourgeoises, elle offre une satire sociale au vitriol. C'est sous une lumière des plus incisives qu'on y lit les thématiques chères à l'auteur : celles de l'amour, du bonheur et de la fragile désinvolture qui en ont fait sa gloire.

  • Un orage immobile

    Françoise Sagan

    Au printemps de 1832, Flora, fille d'émigrés, née, élevée, mariée et devenue brutalement orpheline et veuve en Angleterre, arrive un beau jour à Jarnac pour y rouvrir Margelasse, le château de sa famille. Personne ne l'a aperçue encore dans la région quand Me Nicolas Lomont, trente ans, notaire, met son cheval en route vers Margelasse. L'histoire commence. Au début, c'est une tranquille histoire d'amour, puis vient le drame plein de bruit, de fureur, de passion.
    Le récit est tout entier rapporté par Nicolas, trente ans plus tard. Vieux, solitaire, peu porté à la littérature, il ne sait pas trop ce qui le pousse à saisir un cahier et tracer ces mots : « Si un lecteur découvre un jour ces pages... », mais il continue. Me Lomont, bien qu'il décide plusieurs fois d'arrêter, de jeter son manuscrit au feu, se prend au jeu. Il dira tout. Il se surprend même à se griser de mots, à ressusciter d'une phrase ses amis morts, son ennemie disparue.
    Autant que pour l'histoire elle-même, violente, insolite, éperdue, on se passionne pour ce miracle qui transforme peu à peu chaque soir, quelques années avant 1870, un vieux notaire de province en un écrivain d'abord sage et classique, puis de plus en plus fougueux, débridé, lyrique... en un mot romantique.
    Un livre à part dans l'univers de Sagan, proche de Stendhal ou Maupassant.

  • Gilles est un brillant journaliste parisien lorsqu'une dépression le surprend. Il décide de quitter le Paris cynique et rieur pour se reposer auprès de sa soeur dans le Limousin. C'est là-bas qu'il rencontre Nathalie Sylvener, une femme magnifique, entière, sincère qui tombe instantanément amoureuse de lui.
    Elle quitte tout, emménage à Paris dans son petit appartement, se livre à lui sans retenue, sans cynisme et ne lui demande que d'en faire autant. Mais Gilles, qui croit lui aussi être amoureux, se rend compte que cette existence trop exclusive, trop passionnelle, l'ennuie. Nathalie l'avait pourtant prévenu, elle resterait avec lui jusqu'à ce qu'il lui demande de s'en aller.
    Pour une fois dans un livre de Sagan, le personnage féminin est sans détours, sans mensonges, la femme d'une seule passion. Les dialogues sont purs, émouvants. Dans ce roman simple et complexe à la fois, on retrouve cette musique, ce phrasé, cette élégance des gens tristes, ce style enlevé, léger, joyeux et mélancolique si propres à Sagan.
    Un roman sur l'amour absolu, l'amour unique, dont chacun rêve.
    Un roman grave et lucide où Sagan explore les sentiments extrêmes et pousse ses personnages dans leurs plus secrets retranchements, avec l'acuité d'analyse d'une grande romancière.
    Une vraie redécouverte, un vrai plaisir.
    Un peu de soleil dans l'eau froide fut adapté au cinéma en 1971 par Jacques Deray et Françoise Sagan.

  • Le déjeuner de de la nostalgie

    Tyler-A

    • Stock
    • 15 Avril 2009

    Il y a des blessures qui ne se referment jamais. des silences qui pèsent et finissent par laisser des traces qu'aucun discours ne pourra réparer. blessures, silences, déni : le trio fatal qui conduit à la destruction.
    Dans l'amérique des années 1960, une famille sans histoire vit au rythme des déménagements successifs que leur impose le père, représentant de commerce. baladés d'une ville à l'autre, les enfants se partagent entre leur mère, pearl, une femme autoritaire, et leur père, beck, souvent absent. le rythme est précaire mais il existe, jusqu'au jour où le mari décide de les quitter... pour ne jamais revenir. ne rien dire aux enfants. leur faire croire qu'il est parti en voyage. continuer à vivre dans l'illusion d'une vie normale. s'occuper seule des gamins, travailler dans un supermarché, et tenter de maintenir le bonheur d'« avant » vivace.
    Anne tyler nous offre dans le déjeuner de la nostalgie le portrait à fleur de peau d'un drame familial calfeutré, en y décortiquant leur incapacité à vivre ensemble. jalousies, trahisons, méfiance, bonheurs souvent succincts perdus dans le flot du désamour, symptômes d'un manque qui, malgré le dévouement maternel absolu, laissera toujours entendre sa voix nostalgique.

  • Dix-sept ans après La voyeuse interdite, huit ans après Garçon manqué, trois ans après le prix Renaudot des Mauvaises pensées, Nina Bouraoui change pour la première fois de manière et de registre. Celle qui s'est vu reprocher dans sa jeunesse son écriture saccadée, ses fulgurances, celle qui nous a révélé peu à peu au fi l de ses livres les amours interdites qu'elle s'autorisait, publie aujourd'hui son premier roman classique. C'est l'histoire d'une rencontre, la rencontre d'une jeune femme écrivain et de l'un de ses admirateurs, de leurs échanges, de leur passion mais aussi de leur bonheur gagné jour après jour. Nina Bouraoui a toujours intrigué son monde, elle n'est jamais là où il faut, là où on voudrait l'enfermer. Elle est un écrivain libre, libre à quarante ans de composer et de rédiger son Amant à elle tout en conservant sa singularité, ses propres empreintes.

  • Keith me n'est pas un livre de plus sur les Rolling Stones. Il n'est pas non plus la biographie de Keith Richards, ni l'autobiographie amoureuse d'Amanda Sthers. Keith me est pourtant ces trois livres à la fois : par un tour de force littéraire assez impressionnant, Amanda Sthers, Andréa Stein dans le roman, est entrée dans la peau de Keith Richards. Elle est ce visage étouff é de rides, elle est cet enfant perdu dans le parc municipal de Dartford. Elle est l'amant de Mick Jagger quand ils font l'amour pour la première fois, elle est ce guitariste de génie qui s'envoie les plus belles fi lles du monde, elle a pris les mêmes drogues, suivi le même diable et survécu à tout. Elle est aussi, entre les lignes, une jeune femme qui vient de rompre avec le père de ses enfants, cette éternelle jeune fi lle que personne ne prend vraiment au sérieux ni au tragique et qui semble devoir connaître quelques vrais malheurs avant d'être reconnue comme artiste. Comment surmonter un chagrin, comment raconter une rupture sur un mode et sur un ton neufs : en changeant de personnalité, en changeant de rôle et de sexe, en devenant ce vieux garçon qui a sniff é les cendres de son père.

  • Itsik

    Roze-P

    • Stock
    • 5 Mars 2008

    Yitzhok Gersztenfeld est né à Varsovie en 1904, dernier d'une famille de neuf enfants. C'est le plus blond, le plus doux, le plus silencieux. Il vit dans le quartier juif où il y a peu de travail et peu d'argent. Même s'il aime sa vie, il devra s'en aller, devenir un oiseau, comme le petit Itsik. Pour Maryem, qu'il aime et qui préfère une existence moins rude et surtout moins religieuse, il part pour Berlin où son frère aîné dirige un atelier de confection. Puis il s'enfuit vers la France, travaille à la mine avant de gagner Paris. Dans la capitale il peut enfin fonder une famille avec Maryem et un atelier de tricots. Mais l'Histoire gronde. Accords de Munich. Invasion des Sudètes. Nuit de cristal. Armistice. Le danger se rapproche, si inconcevable. Convoqué par les autorités françaises en mai 1941, Yitzhok est emmené au camp d'internement de Pithiviers. Lorsque Maryem tombe gravement malade, il obtient une permission de sortie à condition de revenir. Quelle décision va-t-il prendre ? L'histoire de Yitzhok est de celles qui ne se referment pas. Elle se tient au-dessus de nos têtes comme les lèvres d'une blessure à jamais ouverte.

  • Rêve d'amour

    Tardieu-L

    Elle s'appelle Alice Grangé. Elle a trente ans. Elle n'a presque pas connu sa mère qui a disparu quand elle avait cinq ans. Elle en a conservé peu de souvenirs et toute sa vie elle aura cherché cette mère, Blandine, qui lui a tant manqué. Avant de mourir, son père lui apprend que Blandine a aimé un autre homme. Alors Alice enquête et le retrouve presque trop rapidement. Elle a tant de questions à lui poser. Comment était-elle ? Quelle était la couleur de ses yeux lorsqu'elle le regardait ? Était-elle heureuse ou malheureuse ? Sensuelle ? Fragile ? Comment s'habillait-elle ? Lui ressemble-t-elle oe
    Chez cet homme, Alice découvre ce qu'elle n'imaginait pas trouver : deux tableaux que sa mère avait peints. Un portrait des amants, où apparaît une femme qui lui ressemble, et un paysage de mer.
    Alice cessera-t-elle enfi n de rêver l'amour pour le vivre oe

empty