Seuil

  • Laisse courir ta main Nouv.

    On ne tourne pas autour de la problématique du corps pendant cinquante ans sans que le corps se rebiffe ! C'est ce que Noëlle Châtelet va enfin admettre en se retrouvant un jour clouée au lit, au point de déposer une main courante contre X, à travers un dialogue brillant et enlevé, sans concession. Mais pas n'importe quel dialogue, puisque c'est à elle-même qu'elle s'adresse.

    « As-tu l'intention de m'interrompre ainsi sans cesse ?

    - Il me semble qu'il serait raisonnable d'établir d'emblée une règle du jeu, une sorte de méthode entre nous, non ?

    - Certainement pas ! Il n'en est pas question ! Ni règle du jeu ni méthode ! Je te signale que tu tesollicites toi-même ! Et tu veux que je te dise ?... Tu as bien fait ! Je suis la bonne personne, et c'est le bon moment ! » Grâce à ce procédé original, Noëlle Châtelet s'autorise à « jouer perso », comme elle dit, et fait un inventaire approfondi des questions qui l'obsèdent. Elle nous entraîne dans les coulisses du processus de création, éclairant avec sincérité le sens à la fois intellectuel et intime de son parcours.

  • À l'approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n'a pas la silhouette d'Ursula Andress.
    Des efforts, l'héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
    Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T'as pas d'autres sujets en réserve ?
    Il cite la sélection de l'équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s'entendent bien.
    À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

  • Un chien noir, familier et inquiétant à la fois, traverse le livre et le paysage. Ce paysage, c'est celui d'Anchise, apiculteur farouche, veuf inconsolé qui, sur le tard, s'est suicidé par le feu. Aubin était alors un enfant. Il a peu connu son grand-oncle, mais en secret il a joué dans sa maison abandonnée. Au bord de la route, pas très loin de Nice, pas très loin de la ville et déjà à la campagne, minée par les pavillons et leurs clôtures en plastique.

    Depuis, la maison a été rasée et remplacée par une déchetterie. Et c'est là que, adolescent, Aubin, à deux pas de chez lui, franchit sa propre clôture, le périmètre très étroit de sa famille. C'est là, à l'endroit de la maison détruite, qu'Aubin rencontre le désir, la musique et l'ailleurs en la personne d'Adel, le jeune gardien de la déchetterie.

    Un roman sur la mémoire et ses traces, sur la question de l'origine, toujours à réinventer.

  • L'enfant des tempêtes

    Mélanie Guyard

    • Seuil
    • 8 Octobre 2020

    Charente-Maritime, quelques jours avant Noël. Le coeur de Mathieu, douze ans, n'est pas à la fête.

    Incapable de supporter leur domicile et la présence de la famille après la mort de son mari, sa mère a décidé de se réfugier dans leur maison de vacances sur l'île d'Oléron. Tous deux s'y retrouvent pour une semaine, face à l'océan sous l'hiver, entre culpabilité et deuil. Dans l'espoir d'endormir sa peine et son incompréhension du monde des adultes, Mathieu s'échappe de la maison dès qu'il le peut et rencontre Corentin, un garçon de son âge. Jour après jour, les deux garçons explorent la plage, les blockhaus en décrépitude et les limites de leur courage.

    Mais bientôt Corentin pousse Mathieu à des expériences plus extrêmes et le ciel se fait de plus en plus noir. Tandis qu'une tempête sans précédent approche des côtes françaises, une autre monte en lui, bien décidée à balayer son enfance.

    Et comment peut-on affronter l'obscurité, quand on a douze ans ?

  • Contre nature

    Cathy Galliègue

    • Seuil
    • 1 Octobre 2020

    Trois femmes sont incarcérées dans la même prison. C'est là, dans la bibliothèque du centre pénitentiaire, que Pascale, Vanessa et Leïla se rencontrent.

    Captives de leur condition humaine et des préjugés, elles ont chacune une manière différente de vivre leur détention. Il y a celle qui se pose en redresseuse de torts, celle qui voudrait faire oublier le sort réservé à ses bébés, celle qui imagine que les livres les sauveront toutes les trois. Sensibiliser Vanessa à la lecture et vaincre les réticences de Pascale, tels sont les défis que se lance Leïla.

    Alors qu'elles n'ont rien en commun, qu'elles ne cherchent pas l'amitié, la pratique cathartique de l'écriture va leur donner l'occasion d'établir une relation, d'évoquer la violence qui les a conduites à l'enfermement.

  • « Je m'appelle Gabriel, j'ai 22 ans. Je m'appelle Sébastien, j'ai 30 ans. Je m'appelle Antoine, j'ai 27 ans. Je m'appelle Frédéric, j'ai 36 ans. Je m'appelle Ayhan, j'ai 53 ans. C'était le samedi 24 novembre. C'était le 1er décembre. C'était le 8 décembre. C'était à Bordeaux. C'était à Tours. C'était place Pey-Berland. C'était place Jean-Jaurès. C'était sur le boulevard Roosevelt dans le XVIe arrondissement. Ça s'est passé le 9 février devant l'Assemblée nationale, à Paris ».

    Dans ce livre, pas une phrase n'est de Sophie Divry. Toutes sont issues d'entretiens réalisés entre septembre 2019 et février 2020 avec les cinq manifestants mutilés de la main lors du mouvement des Gilets jaunes. Ils étaient tous droitiers, ils ont tous perdu la main droite. Il travaillait à l'usine, il amarrait des bateaux, ils étaient plombier, étudiant ou apprenti chaudronnier. Un samedi de manifestation, leur main a été arrachée par une grenade bourrée de TNT, et leur vie n'a plus jamais été la même.

    Chacun a raconté son histoire à l'autrice, qui en a fait un choeur.
    Parce que c'est une seule et même histoire, celle de manifestants démembrés alors qu'ils formaient un même corps.

  • La Capture

    Mary Costello

    Luke O'Brien, professeur de lettres et spécialiste de Joyce auquel il rêve depuis des années de consacrer un livre, est en pleine crise existentielle, en proie à l'angoisse de la page blanche et aux tourments provoqués par une vie amoureuse compliquée. Il a quitté Dublin pour s'installer dans une vieille demeure à la campagne, au bord de la rivière Sullane, sur les terres familiales dont il est le dernier héritier, non loin de sa chère tante Ellen.

    Un matin, une jeune voisine frappe à sa porte : Ruth. Coup de foudre. Soudain la vie reprend, s'emballe, s'illumine d'espoirs que Luke croyait à jamais disparus de son existence. Mais lorsqu'il présente la nouvelle élue de son coeur à sa tante Ellen, celle-ci réagit mal. Très mal. Et exige qu'il cesse immédiatement de la fréquenter. Pourquoi ? La réponse à cette question va entraîner Luke sur un chemin intérieur vertigineux.

    Portrait de l'artiste en jeune homme égaré à la croisée des chemins, bouleversante histoire d'amour et de fantômes, doublée d'une méditation sur notre place au sein de la nature et du cosmos, La Capture confirme, après Academy Street, l'immense talent de Mary Costello, qui compte désormais parmi les plus importantes figures du paysage littéraire irlandais.

  • Les Lionnes

    Lucy Ellmann

    Une femme, mère au foyer, traverse la vie quotidienne, dans sa cuisine. L'âge est venu, elle a surmonté un cancer, et dans sa tête elle rumine le monde, ses folies, ses dangers, les fusillades dans les écoles, la crise économique qui fait toujours payer les mêmes, la pauvreté, l'angoisse du lendemain, les équilibres plus que précaires, sa mère décédée d'une longue maladie. Ça se passe dans l'Ohio. Et ça nous parle, de tout, partout.

    Cette femme pense aux diverses tâches domestiques qui l'attendent et sont nécessaires à faire tourner le ménage. Elle s'indigne, contre un président pour le moins inquiétant, ou face au dérèglement de la planète, mais aussi contre la domination patriarcale, l'asservissement des femmes ou l'extermination des Amérindiens. Tout cela roule dans son esprit. Comme des bouts de réalité qui viennent s'entrechoquer. Mais il faut, dans cette cuisine, continuer à pétrir la pâte, mettre le four à préchauffer et ne pas oublier le panier-repas des enfants...

  • Adélaïde vient de rompre, après des années de vie commune. Alors qu'elle s'élance sur le marché de l'amour, elle découvre avec effroi qu'avoir quarante-six ans est un puissant facteur de décote à la bourse des sentiments. Obnubilée par l'idée de rencontrer un homme et de l'épouser au plus vite, elle culpabilise de ne pas gérer sa solitude comme une vraie féministe le devrait. Entourée de ses amies elles-mêmes empêtrées dans leur crise existentielle, elle tente d'apprivoiser le célibat, tout en effectuant au mieux son travail dans une grande maison d'édition. En seconde partie de vie, une femme seule fait ce qu'elle peut. Les statistiques tournent dans sa tête et ne parlent pas en sa faveur : « Il y a plus de femmes que d'hommes, et ils meurent en premier. » À l'heure de #metoo, Chloé Delaume écrit un roman drôle, poignant, et porté par une écriture magnifique.

  • Tandis qu'une grippe foudroyante ravage l'Europe, une centaine de personnes montent à bord d'un ferry pour fuir le continent. Pris dans une tempête, les passagers font naufrage sur une île inconnue. Il faut construire un radeau pour repartir. Mais certains prennent goût à cette vie nouvelle. Ils veulent rester, et protéger à tout prix le secret de leur présence ici. Un conflit couve, les passions s'exacerbent. Alors que sera bientôt commis l'irréparable, le ciel et l'horizon demeurent vides : sont-ils les derniers survivants ?

    Épique et envoûtant, un magnifique roman sur la fuite hors du monde et le désir d'une autre vie.

  • Saturne

    Sarah Chiche

    Automne 1977 : Harry, trente-quatre ans, meurt dans des circonstances tragiques, laissant derrière lui sa fille de quinze mois. Avril 2019 : celle-ci rencontre une femme qui a connu Harry enfant, pendant la guerre d'Algérie. Se déploie alors le roman de ce père amoureux des étoiles, issu d'une grande lignée de médecins. Exilés d'Algérie au moment de l'indépendance, ils rebâtissent un empire médical en France. Mais les prémices du désastre se nichent au coeur même de la gloire. Harry croise la route d'une femme à la beauté incendiaire. Leur passion fera voler en éclats les reliques d'un royaume où l'argent coule à flots. À l'autre bout de cette légende noire, la personne qui a écrit ce livre raconte avec férocité et drôlerie une enfance hantée par le deuil, et dévoile comment, à l'image de son père, elle faillit être engloutie à son tour.

    Roman du crépuscule d'un monde, de l'épreuve de nos deuils et d'une maladie qui fut une damnation avant d'être une chance, Saturne est aussi une grande histoire d'amour : celle d'une enfant qui aurait dû mourir, mais qui est devenue écrivain parce que, une nuit, elle en avait fait la promesse au fantôme de son père.

  • De mai à juillet 2019 se tient le procès France Télécom- Orange. Sept dirigeants sont accusés d'avoir organisé la maltraitance de leurs salariés, parfois jusqu'à la mort.

    On les interroge longuement, leur fait expliquer beaucoup. Rien à faire : ils ne voient pas le problème. Ils ont même l'impression d'avoir bien réussi l'opération. L'ancien P-DG Didier Lombard a un seul regret : « Finalement, cette histoire de suicides, c'est terrible, ils ont gâché la fête ». Le problème de ce procès, c'est que les juges parlent la langue des accusés, et vice versa. Il n'y a pas d'extériorité possible. Et les plaignants, une fois de plus, sont laminés, malgré l'extraordinaire force de leur récit, de leur impossible récit.

    /> Sandra Lucbert a assisté à ce procès historique. En écrivain, elle a écouté, observé. Convoquant le Kafka de La Colonie pénitentiaire ou le Melville de Bartleby, mais aussi Rabelais avec ses « mots de gueule » contre les « paroles gelées », dans toute leur puissance métaphorique, elle propose un texte fulgurant et rageur contre la langue et la logique monstrueuses du capitalisme. Elle met au jour, avec une admirable finesse, la perversité des méthodes et de la novlangue managériales qui, au nom du libéralisme triomphant, brisent nos vies, nos esprits et nos corps.

    Elle nous met aussi face à ce constat : nous nous sommes habitués, ou peut-être lassés, et cela ne nous choque plus, ou plus assez. Nous nous sommes peut-être résignés. Mais le simple fait de faire réentendre les mots, les phrases, dans leur violence inouïe, a l'effet d'un réveil. Et ça fait mouche.

  • « Les faits. Le peu qu'on en a su pendant des mois. Ce qu'on a cru savoir. Les rumeurs, les récits. Sur ce meurtre, longtemps, l'unique certitude fut la météo. Ce samedi-là, il a fait beau. Dans les commerces et sur les parkings des hypermarchés, on pointait le ciel, on parlait d'été indien. Certains avaient ressorti leur bermuda et leurs tongs. Ils projetaient d'organiser des barbecues dans leur jardin.

    L'agresseur, a-t-on assuré, s'est introduit dans la maison de l'impasse en plein jour. On ignore à quelle heure. Pour trancher, il faudrait disposer du rapport du policier qui a dirigé les investigations. Malheureusement, quatorze mois après les faits, il ne l'a toujours pas rendu ».

    Face à l'opacité de ce fait divers qui l'a touchée de près - peut-être l'oeuvre d'un serial killer -, Irène Frain a reconstitué l'envers d'une ville de la banlieue ordinaire. Pour conjurer le silence de sa famille, mais aussi réparer ce que la justice a ignoré. Un crime sans importance est un récit taillé comme du cristal, qui mêle l'intime et le social dans des pages tour à tour éblouissantes, drôles ou poignantes.

  • Des chauffeurs de taxi, des héroïnes de faits divers, des amoureux qui enferment leur coeur au cadenas traversent ces pages. Ils croisent tout naturellement Colette, Roland Barthes, Patti Smith, Voltaire ou Corto Maltese, sans oublier quelques figures chères de mon enfance, ma mère nageuse, mon grand-père bien-aimé... On peut dès lors lire ces Chroniques en passant comme un journal de voyage, si l'on croit que chaque matin contient une occasion de départ et une chance d'aventure, émotive, intellectuelle - la quête d'une certaine qualité de vibrations.

    Ce qui a piqué mon attention relève d'un intérêt essentiellement subjectif. Les rencontres, les lectures, les images et incidents qui m'inspirent et me donnent à rêver n'entrent pas dans un cadre préétabli. Ils participent de moments fugitifs, du charme de l'instant.

    J'ai écrit les textes ici réunis de 2014 à 2018, au rythme d'une chronique par mois, pour le journal Sud Ouest. Et à la fin, en me retournant, j'ai senti qu'ils formaient un livre. Le voici.

    C.T.

  • La Femme qui rit

    Brigitte Pilote

    • Seuil
    • 28 Mai 2020

    Depuis la mort de sa femme, Émile Sever mène avec son fils une existence recluse sur la ferme familiale, jusqu'au jour où il se résout à engager une domestique.

    Celle qui se présente a un passé mystérieux, une volonté farouche de s'ancrer quelque part. Aussi Florian l'accueille-t-il avec hostilité. Son père, obsédé par la transmission de son patrimoine à sa descendance, se prend à imaginer qu'elle pourrait être la parfaite épouse. Florian se fait à l'idée, d'autant que cela lui permet de préserver son jardin secret.

    Et l'enfant paraît.

    Portrait d'un monde terrien, où les êtres se débattent avec leurs désirs, La Femmequi rit sonde les âmes qui vacillent sous le poids des traditions. Ce roman âpre et fascinant, poignant jusqu'au dénouement radical, confirme la voix singulière de cette autrice québécoise.

  • Une femme se trouve aux prises avec l'ombre de sa mère disparue, qui la poursuit dans ses moindres faits et gestes, de jour comme de nuit, formant ainsi un double obscur. En cherchant à comprendre les raisons de ce phénomène, elle découvre qu'elle fait partie des Inutiles, un groupe social marginal très restreint. Pour gagner la confiance de cette famille d'appartenance, il lui faudra d'abord se débarrasser de l'ombre de sa mère.

    Entre les visites nocturnes des fantômes de ses tantes, la rencontre d'un jeune homme Inutile, d'une couturière cacochyme et d'un marin désabusé, elle va tenter de résoudre son épineux problème. Elle apprendra que les mouchoirs ont une âme et servent à effectuer des actes psychomagiques, que les tisanes d'herbes amères ne sont pas une solution efficace, et qu'il faut retourner aux racines pour se délester de son fardeau généalogique.

  • La France a une vieille tradition de racisme. Du Code noir à l'islamophobie contemporaine, la mise au ban de certaines populations a pris de multiples formes, souvent tragiques. Pour ma famille, ce fut le Statut des Juifs en 1940 qui marqua la plongée dans l'horreur et entraîna un sentiment d'aliénation durable.

    « Attache tes cheveux sinon tu ressembles à une juive » : d'une assignation à être plus discrète, à me conformer à une certaine norme physique, je ferai la focale de ce récit. En tant que femme, en tant qu'enfant d'une famille juive rescapée mais aussi en tant qu'écrivaine des banlieues, des minorités, des marges, le clivage pervers entre la lutte contre l'antisémitisme et les autres luttes antiracistes me choque. Il produit des effets politiques et électoraux désastreux. Il est au service de toutes les oppressions.

    C. K.

  • Crève, mon amour

    Ariana Harwicz

    Dans un coin de campagne perdu, une jeune femme lutte contre ses démons : l'ennui des jours, le tourment des nuits, le sentiment d'aliénation - à soi-même et au monde -, les pulsions de désir et de violence qui sans cesse l'assaillent et viennent peu à peu fissurer le tableau d'une vie domestique en apparence sans histoires. On la trouve instable, ingérable ; on l'appelle l'étrangère ; l'hystérique ; la folle. Et de fait, la folie est là, tapie dans les ombres du quotidien, prête à fondre à tout moment sur cette femme brûlant de liberté mais corsetée par les rôles contradictoires que la société des hommes et le carcan de la famille entendent lui faire jouer - celui d'épouse dévouée, de mère attentionnée, mais aussi celui de sorcière et de putain, éternellement jetée en pâture à la vindicte autant qu'à la concupiscence.

    Monologue plein de rage et de rire noir, torrent de verbe dont le flot poétique et brutal, traversé de visions fulgurantes, brise toutes les idoles et met à mal toutes les conceptions figées dans lesquelles notre monde patriarcal s'échine à enfermer les femmes, Crève, mon amour est un roman d'une insolence radicale et incorruptible. Qu'elle heurte jusqu'à l'insoutenable ou qu'elle séduise jusqu'à l'envoûtement, cette nouvelle voix puissante ne pourra en tout cas laisser personne indifférent.

  • Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n'est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.

    A l'âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l'abandonne à son tour.

    La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.

    Lorsque l'irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même...

  • Les enténébrés

    Sarah Chiche

    Automne 2015. Alors qu'une chaleur inhabituelle s'attarde sur l'Europe, une femme se rend en Autriche pour écrire un article sur les conditions d'accueil des réfugiés. Elle se prénomme Sarah. Elle est aussi psychologue, vit à Paris avec Paul, un intellectuel connu pour ses écrits sur la fin du monde, avec qui elle a un enfant. À Vienne, elle rencontre Richard, un musicien mondialement célébré. Ils se voient. Ils s'aiment. Elle le fuit puis lui écrit, de retour en France. Il vient la retrouver. Pour Sarah, c'est l'épreuve du secret, de deux vies tout aussi intenses menées de front, qui se répondent et s'opposent, jusqu'au point de rupture intérieur : à l'occasion d'une autre enquête, sur une extermination d'enfants dans un hôpital psychiatrique autrichien, ses fantômes vont ressurgir. S'ouvre alors une fresque puissante et sombre sur l'amour fou, où le mal familial côtoie celui de l'Histoire en marche, de la fin du xixe siècle aux décombres de la Deuxième Guerre mondiale, de l'Afrique des indépendances à la catastrophe climatique de ce début de millénaire.

  • Paris, années 50. Marie travaille en France dans une maison de retraite. D'origine antillaise, elle s'est liée d'amitié avec Jeanne, une dame âgée dont elle s'occupe avec douceur et humanité et qui lui raconte sa vie. Avant de mourir, sa vieille amie l'incite à écrire sa propre histoire.

    Fidèle à sa promesse, Marie entreprend alors le récit de son existence. Et le roman s'ouvre sur le grand large. Née à l'aube du XXe siècle, la jeune Mariotte quitte la Martinique après l'éruption de la montagne Pelée qui a détruit la ville de Saint-Pierre, en 1902. Son errance la conduit d'abord en Guyane, où elle s'éprend, dans des conditions rocambolesques, d'un ancien bagnard reconverti dans l'orpaillage et sur le point de quitter le pays. Il entraînera Mariotte avec lui, à New York, puis en Colombie, jusqu'à Bogotá, où il l'abandonnera. Livrée à elle-même, la jeune femme puisera dans sa vitalité faite de colère, de courage et de joie de vivre pour dire adieu à Bogota, se tourner vers un autre homme, et un autre continent.

    Rappelant l'oeuvre et les personnages de García Márquez, ce personnage qui arpente le monde et le temps ressemble aussi à André Schwarz-Bart : mêlé au monde et toujours en décalage, présent et en même temps ailleurs, étranger.

    Simone Schwarz-Bart a publié, seule ou avec son mari André, des romans et du théâtre. Depuis la disparition d'André Schwarz-Bart, en 2006, elle a repris et achevé le cycle des romans antillais commencé à quatre mains avec Un plat de porc aux bananes vertes (Seuil, 1964) : L'Ancêtre en Solitude (Seuil, 2015) et aujourd'hui Adieu Bogota.

  • « Dans ma famille, on se tuait de mère en fille. Mais c'est fini. Il y a longtemps déjà, je me suis promis que cela devait s'arrêter avec moi. Ou plutôt, avant moi. Sauve qui peut la vie ! J'aime cette expression. C'est le titre d'un film de Jean-Luc Godard de 1980. Mais lui, il avait mis des parenthèses à (la vie), comme une précision, une correction de trajectoire. Le sauve-qui-peut, c'est la débandade, la déroute. Le sauve qui peut la vie, c'est la ligne de fuite, l'échappée parfois belle. J'en fais volontiers ma devise. Il m'a fallu du temps pour comprendre que ce qui était une manière d'être - une tendance à parier sur l'embellie, un goût de l'esquive, un refus des passions mortifères, une appétence au bonheur envers et contre tout -, avait aussi profondément influencé ma façon de penser.
    Tel est le sujet de ce livre. Il commence par un récit familial, intime. C'est un registre auquel je m'étais jusqu'ici refusée. Moi qui ai si souvent sollicité, dans mes enquêtes, de longs entretiens biographiques, suis toujours restée discrète sur ma propre histoire et celle de ma famille. Certes, je montrais le bout du nez de mon implication, persuadée qu'il fallait assumer cette part motrice (et non maudite !) de toute recherche. Mais j'en restais là. Peut-être que chaque livre arrive à son heure. Cette fois, c'est donc mon récit qui est matière à réflexion. Je m'appuie sur lui pour développer quelques idées qui me tiennent à cour. J'ai plus que jamais envie de les défendre aujourd'hui, face à la montée des préjugés, de l'injustice, de l'intolérance et contre l'accablement qui en résulte et se répand. Je souscris à cet "optimisme de la volonté" dont parlait Antonio Gramsci, qui n'est pas une détermination obtuse, ni une confiance naïve, mais bien la seule réponse possible au "pessimisme de l'intelligence".
    J'aimerais que ce texte, écrit sur fond de drames passés, collectifs et privés, soit une lecture revigorante, une sorte de fortifiant pour résister au mauvais temps présent. » N.L.

  • Vaterland

    Anne Weber

    Le passé s'étend devant nous comme un étrange et lointain pays. Anne Weber entreprend un voyage au pays de ses pères, dans le monde de son arrière-grand-père « Sanderling » - le philosophe Florens Christian Rang - et de ses amis Walter Benjamin et Martin Buber, dans la Prusse d'avant la Première Guerre mondiale et jusque dans un village près de Poznan où il fut pasteur quelques années durant. Mais, sur le chemin qui la mène vers cet homme passionné et tourmenté, ne cesse de se dresser un gigantesque obstacle : la suite de l'histoire allemande et familiale après la mort de Sanderling en 1924. Comment vivre avec un passé qui vous colle à la peau, qu'on porte en soi comme son patrimoine génétique ? Être allemand, être né allemand, qu'est-ce que cela signifiait il y a un siècle, et qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui ?

  • Les convalescentes

    Michèle Gazier

    • Seuil
    • 3 Avril 2014

    Professeur, mariée, un enfant, la trentaine, Lise est admise dans une maison de repos, à Saint-Libron, dans le sud de la France. Elle souffre de dépression. Sur place, elle ne tarde pas à se lier d'amitié avec Oriane, nettement plus jeune, parisienne de bonne famille et qui souffre d'anorexie. Oriane a subi des violences sexuelles à l'adolescence. Dans le Grand Hôtel voisin où l'on soigne les accidentés de la route, Daisy, Américaine de la côte Est, se rétablit d'un grave accident de la route, sous le regard de Maxime, son élégant et mystérieux mari qui pousse avec amour son fauteuil roulant. Tout est étrange dans ce couple : l'accident a couté la vie à Gladys, la précédente épouse de Maxime, et Daisy, blessée mais vivante, a pris la place de la défunte... La rencontre des trois femmes convalescentes et du séduisant Maxime, surnommé par Oriane et Lise « l'homme en noir », réveille toutes sortes de fantasmes, d'angoisses, de souvenirs. Et la mort rôde tant dans les cauchemars que dans le quotidien sans relief de ces convalescentes que la cure emprisonne. Peut-on vivre, aimer dans cette bulle qu'est la convalescence ? Peut-on vraiment en sortir un jour ? Oriane, Lise, Daisy répondent chacune à leur manière à ces obsédantes questions.

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