Rocher

  • « Je vais tout te dire, tu pourras m'essorer, si tu veux, mais sache que le papier ne peut pas envelopper la braise.
    - L'encre saura la retenir. » À la frontière du réel et de la fiction, Leyla Z. Mechentel nous fait suivre l'itinéraire de femmes algériennes entre leur pays d'origine et l'Europe - en particulier l'Italie et la France.
    Djida et Sassiya se rencontrent lors de leur première année d'université, à Alger. Malgré leurs divergences, l'une musulmane pratiquante jusqu'à la dévotion, l'autre marxiste et féministe, elles deviennent amies. Séparées momentanément - Djida suit son jeune mari en Italie, Sassiya reste à Alger -, elles se retrouvent à Paris, mais leur relation se détériore en même temps que s'inversent les rôles : la dévote se glisse dans la peau d'une Parisienne mondaine, la marxiste féministe se découvre une identité religieuse. L'une comme l'autre ont leurs raisons que l'auteure analyse avec justesse et subtilité.
    Dans un style alerte et vif qui privilégie le dialogue, comme pour mieux faire entendre les voix de ses personnages, Leyla Z. Mechentel livre ici un récit moderne, traversé de tragédies mais aussi de moments de bonheur.

  • Les échanges épistolaires entre le grand cinéaste français et la journaliste ravivent le souvenir de la collaboration artistique de l'amour passionnel qui liaient "ce vieux lion et sa jeune panthère indomptable". Il fait écho au roman de Nelly Kaplan publié conjointement.

  • La visite

    Claire Fourier

    L'homme est médecin ophtalmologiste.
    La femme lit beaucoup, écrit des pages qu'elle range dans ses tiroirs. a l'occasion d'une consultation, ils découvrent leur voisinage : leurs fenêtres se font face, séparées par un jardinet. l'homme demande à la femme de l'autoriser à la visiter. pendant des mois, alex vient visiter gloria. une sympathie profonde naît, qui n'exclut pas une guerre de bon aloi entre les deux sexes. qu'est-ce que la visite ? claire fourier continue de traquer la relation masculin-féminin.
    Dans chaque livre, elle l'explore, portée par une sensibilité toujours à vif et un émerveillement constant devant le fait que la nature a créé les êtres humains homme et femme. la conscience d'une chance inouïe procure à claire fourier une intensité de sensations qu'elle décline à nouveau, avec minutie, en orfèvre du couple.

  • Titulaire d'une thèse de doctorat en histoire, joëlle guillais a publié la chair de l'autre, histoire du crime passionnel au xixe siècle, un essai dans lequel elle retrace, à partir d'archives judiciaires, les vies de criminels. photographe, elle a effectué de nombreux séjours à l'étranger, notamment pendant la guerre et la famine en éthiopie. entre autres, elle a publié deux passionnants récits de terroir, la berthe et agnès e. elle anime des ateliers d'écriture.

  • Quand deux jeunes enragées joueuses de flûtes à bec, Gretel et Gretchen, décident d'entrer au Conservatoire de musique, rien ne les arrête. Même pas leur père, Emilio Gesualdo-Von Bock, fabricant de lit, descendant du grand compositeur et improvisateur de discours tourmentés dont le dernier se termine par l'interdiction faite aux filles de s'approcher dudit Conservatoire. (Pourtant leur frère aîné, Hänsel, le fréquente en cachette !) Gretel et Gretchen s'obstinent, elles fuguent, débarquent dans une ville gérée par des fous ennemis de l'art et du Conservatoire en particulier.
    Le roman raconte les trois jours d'épreuves d'admission que les flûtistes passent dans une ambiance de conte fantastique. Ces épreuves ont lieu dans un Institut de médecine légale et comprennent, entre autres extravagances, un festin truffé de questions piégées, une sérénade donnée à un mort, les confidences de la coupable et tyrannique directrice, la rencontre d'une providentielle laveuse de vitres - Une folie chasse l'autre, - il ne faut pas avoir peur d'avoir peur » dit le passeur d'épreuves aux candidates-, et l'écriture pousse à la roue, mêlant burlesque, drame et fantaisie.
    Candides révélatrices d'une harmonie perdue, Gretel et Gretchen, par le son pur de leurs instruments, amènent les adultes à révéler le secret qui lie leur famille et le Conservatoire : une histoire d'enfant abandonné par sa mère, aimé follement par d'autres personnes. La dernière nuit d'épreuves fait triompher l'amour et la magie de l'art. Mais tout tremble de fragilité, même la musique qui a inspiré ce roman et qui s'est à peine fait entendre, oui, une musique qui commence vraiment quand le livre se ferme.

  • Dans la maison du père

    Yanick Lahens

    L'histoire suit la destinée d'alice bienaimé, qui grandit dans les années quarante dans une famille de la grande bourgeoisie d'haïti.
    Une atmosphère séduisante et chaleureuse nimbe au début les personnages. mais très vite, l'histoire, ses rumeurs, ses petitesses et sa fureur, les rattrapent. alice parvient à supporter les contraintes de son éducation de jeune fille de bonne famille parce que son oncle et sa tante lui apprennent la culture populaire. et puis surviennent les péripéties des journées révolutionnaires de 1945-1946 qui changeront à jamais sa vision du monde.
    Heureusement, alice danse et ce n'est pas anodin. pratiquer la danse en haïti tient de la lutte de classe.

  • Daté du 28 juin 1838, ce manuscrit récemment redécouvert au Brontë Parsonage Museum et inédit en France offre un exemple fascinant des premiers textes de Charlotte Brontë, alors âgée de vingt-deux ans, une dizaine d'années avant la publication de son chef-d'oeuvre, Jane Eyre.
    Cette novella, composée de plusieurs scènes d'une grande fraîcheur, se déroule dans un pays imaginaire, inventé collectivement par Charlotte, son frère et ses sueurs, pour leur propre distraction. Charlotte y laisse libre cours à son imagination en décrivant avec ironie les exploits et les intrigues des personnages décadents du royaume d'Angria, au centre duquel se détache la figure très byronienne du duc de Zamorna.
    Texte étonnant par ses licences - on y voit décrit avec beaucoup de réalisme les effets dévastateurs de l'opium - et sa modernité formelle, L'Hôtel Stancliffe permet de redécouvrir une dimension méconnue de l'oeuvre d'une des plus grandes romancières anglaises.

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